Daniel Thiery

Devis de réparation

 

 

Devis instructif sur les réparations des terres

de St-Paul et de Faissolade

1749 octobre


Texte aux ADAM G 897

 

Observations générales à faire par l’entrepreneur

 

D’abord l’entrepreneur observera avec soin dans toutes les murailles qu’il faira les pactes et conditions suivantes.

 

1e observation

Premierement avant que de commencer aucune muraille on en creusera le fondement qui aura quatre pans de largeur et trois pans de profondeur là où il se trouvera de la terre à pouvoir creuser les dits trois pans.

 

2e observation

Secondement avant que de commencer la muraille, les fondements creusés, on avertira l’économe du chapitre qui ira vérifier sur le lieu si effectivement les fondements d’icelle ont trois pans de profondeur et les quatre pans de largeur.

 

3e observation

Troisiemement les fondements de la muraille creusés et vérifiés par l’économe ou autre ayant charge du chapitre, on commencera la muraille que l’on aura soin de bien enclapper, et pour cela on ramassera avec soin les petites pierres d’alantour qui se trouvent dans la terre.

 

4e observation

Quatriemement, on mettra aussi généralement sur toutes les murailles des grosses pierres d'un gros fardeau pour claver les dites murailles afin que le betail venant à passer par dessus ne puisse pas les faire tomber.

 

5e observation

Cinquiemement, l'entrepreneur défrichera ou faira défricher dessus et dessous toutes les murailles les ribes qui pourront s'y trouver pour qu'on puisse labourer facilement la terre.

 

6e observation

Sixiemement, il faut encore observer que dans la suite, en parlant en particulier de la hauteur de chaque muraille, on n'y comprendra pas les trois pans qui se trouveront en terres au moyen des fondements de façon que la hauteur que l'on marquera doit se prendre toujours du plan de la terre, et paroitre par dessus la terre telle qu'on l'indiquera. Il est d'établir cette règle générale pour eviter les variations et les meprises, parce que tantôt on trouvera de la terre à pouvoir creuser trois pans, tantôt on n'en pourra creuser que deux, tantôt moins, tantôt point du tout, à raison des pierres fermes qui se trouveront.

 

Observation à faire par le fermier

 

Pour faire raport des réparations en question on a commencé à visiter la partie de la terre de st paul qui se trouve actuelement en chaume, et d’abord on l’a examinée par le bas, et on a trouvé à propos de laisser subsister la première muraille qui est au dessus du chemin et au commencement de la terre, attendu qu’elle est encore assez bonne ; il faut seulement recommander au fermier prochain qui la faira labourer de laisser pousser un germe d’environ deux pans de largeur par-dessus la susdite muraille afin que le terrain venant à durcir l’eau ne puisse pas l’emporter et causer des écroulements.

 

La première muraille qu'il faut faire se trouve au commencement de la piece par dessus le chemin. Elle commencera à un terme, ou soit à une pierre posée avec une bêche en terre, et ira aboutir à un autre terme qui se trouve au dessous d'un poirier moitié bon, moitié sauvage. L'alignement de la muraille sera tiré du premier terme à un poirier sauvage, et du poirier sauvage à l'autre terme. Et par ainsi la muraille sera faite en coude. On y observera les conditions susdittes comme dans toutes tes autres, et comme ce sont là des generalités qui reviendront à chaque article en particulier, on entend les dire et tres bien inculquer une fois pour toutes, quoyque pour abreger on n'en fasse plus mention. La présente muraille sera portée, sçavoir sur le milieu à sept pans de hauteur pendant la contenance d'environ dix cannes, de chaque cotté elle sera portée à hauteur de cinq à six pans, et les bouts auront environ quatre pans de hauteur. Elle aura en tout, d'un bout à l'autre, trente neuf cannes de longueur. 39 cannes.

 

La seconde muraille commencera à un terme posé de cotté de la terre de st esprit comme la precedente tirant droit jusqu’à un terme posé au milieu de la dite muraille entre deux buissons, et de la tirant encore droit jusqu’au bout de la vieille muraille, on a mit un autre terme, et par ce moyen elle sera faite en coude comme l’autre. La présente muraille sera portée, sçavoir pendant environ trente cannes à sept pans de hauteur, pendant environ dix cannes à cinq à six pans, et le restant à quatre, elle a d’un bout à l’autre huit cannes er demi de long. 8 cannes 1/2.

 

On faira au de la des deux precedentes murailles, et du coté du couchant une petite muraille qui commencera, et aboutira aux termes posés, et sera tirée en droite ligne ; elle sera portée à la hauteur de quatre pans partout ; elle a vingt cannes et demi de longueur. 20 cannes ½.

 

En de la de la precedente muraille du coté du couchant encore, on faira une autre muraille tirant en droite ligne d’un terme posé à l’autre. La hauteur d’icelle sera au milieu pendant environ vingt cannes de cinq pans, le restant de quatre seulement ; elle a en tout trente cinq cannes de long. 35 cannes.

 

La muraille qui se trouve par-dessus la precedente subsistera etant encore bonne, on pourra oter à cette muraille quelques pierres superflues qui sont au dessus de la clef, et on en mettra quelqu’une qui pût en manquer. Il y a un abbatement ou fondude d’anviron deux cannes que l’on relevera. 2 cannes.

 

Du coté du levant ou de la terre du st esprit apres les deux premieres murailles dont il a été fait mention, il y en a une troisieme qui subsistera a moité : ce qui doit etre refait commencera sur les limittes de la terre du st esprit à un terme posé, et aboutira en droite ligne à l’autre terme posé au dessous d’un poirier sauvage, et joindra la partie de la muraille qui doit subsister ; elle aura de hauteur sçavoir sept pans pendant la contenance d’environ douze cannes, cinq pans pendant la contenance de six cannes, le restant en aura quatre ; la longueur est de vingt deux cannes. 22 cannes.

 

Par-dessus la precedente muraille et du coté de la terre du st esprit encore, on en faira une quatrieme qui commencera à un terme posé sur les limites de la terre du st esprit et ira abboutir à l’autre terme tirant en droite ligne ; elle aura de la hauteur scavoir la distance de quinze cannes de sept pans, le restant de cinq et quatre, et de la longueur de vingt huit cannes et demi. 28 cannes ½.

 

Au milieu de la terre et entre le levant et le couchant au dessous du grand ormeau, on faira une muraille qui commencera à un terme posé près du dit ormeau, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme posé ; elle aura de hauteur sçavoir pendant environ vingt cinq cannes six pans, pendant environ quinze cannes cinq pans, et le restant quatre, et de longueur cinquante six cannes. 56 cannes.

 

La troisième muraille du coté du couchant joignant le gueré est bonne à la reserve d'un abbatement ou fondude qui se trouve au milieu et qui équivaut à une canne de muraille ; on relèvera seulement la fondude ou abbatement. 1 canne.

 

La muraille qui est au dessus la précédente est aussi bonne excepté un abbatement ou fondude d'environ cinq cannes et demi que l'on relèvera. 5 cannes ½.

 

Entre le couchant et le levant, et au dessous d’un gros poirier blanc on faira une muraille que l’on tirera en droite ligne d’un terme à l’autre ; elle sera de la hauteur sçavoir pendant environ vingt cannes de cinq pans, et le restant de quatre ; et de la longueur de trente une canne et demi. 31 cannes ½.

 

Du coté du couchant, et au dessous de la chapelle, on faira une muraille tirant en droite ligne d’un terme à l’autre ; elle aura six pans de hauteur excepté six cannes qui n’en auront que quatre et trente sept cannes de longueur. 37 cannes.

 

En ce qui est de la muraille qui se trouve au dessus de la precedente et qui est la derniere du coté du couchant, elle subsistera excepté un abbatement d’environ quatre cannes que l’on relevera. 4 cannes.

 

Du coté du couchant on faira une cinquieme muraille qui commencera aux limites de la terre du st esprit à une grosse pierre ferme, et tirera droit de la jusqu’au milieu de la muraille on en a mit un autre terme qui se trouve pres d’un poirier blanc, au moyen de quoy la muraille sera faite en coude ; elle aura sept pans de hauteur pendant la contenance de trente cannes, et six pans pendant la contenance du restant, et de longueur en tout elle aura cinquante cinq cannes. 55 cannes.

 

Au dessus de la precedente muraille il faut en faire une nouvelle qui commencera près de la muraille mitoienne du st esprit, où il y a une pierre rousse qui sert de terme, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme ; elle aura trois pans de hauteur seulement et elle aura trente deux cannes de longueur. 32 cannes.

 

En dessus de la dite muraille il y en a une qui est bonne excepté un abbatement ou fondude d’environ une canne que l’on relevera. 1 canne.

 

En dessus et un peu à coté de la susdite muraille et là où il y a beaucoup des buissons que l’on deracinera avec soin on faira une muraille qui commencera au terme posé du coté du levant, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme posé au coin de la chapelle ; elle aura six pans de hauteur à la reserve de huit qui n’en auront que trois, ou quatre et trente quatre cannes de longueur. 34 cannes.

 

On faira au dessus de la precedante muraille du côté du levant une seconde nouvelle muraille qui commencera sur les limites de la terre de gabriel trabaud à une grosse pierre, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme ; elle sera de la hauteur seulement de deux pans et demi, et de la longueur de vingt six cannes. 26 cannes.

 

La muraille qui se trouve au dessus de la precedente est bonne, et subsistera par consequent.

 

L’on faira au dessus de la muraille precedente qui doit subsister, une autre muraille qui commencera du coté du levant à un autre terme posé près des limites du voisin, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme que l’on a posé à l’autre bout de la vieille muraille ; elle sera de la hauteur de quatre pans et de la longueur de trente cannes. 30 cannes.

 

Toutes les susdites murailles se trouvent dans la partie de la terre de st paul qui est actuelement en chaume, il faut les retablir afin que le fermier en entrant trouve la terre en etat. Le nombre des cannes de muraille est de 508 cannes ½.

 

Reparations

 

à faire dans la partie de la terre de st paul qui est actuelement en gueré et que le fermier prochain ne semera que la seconde annee de sa ferme.

 

Il n’y a aucune ancienne muraille dans cette partie de terre, il ne sera pas pourtant difficile de trouver des pierres pour construire celles qu’on va indiquer parce qu’on en trouvera de touts cotés facilement, et qu’on ne les portera pas bien haut.

 

Le premiere muraille qu’on faira à la susdite terre commencera en un terme, ou pierre qu’on a posé en droiture de l’here de ricord dit ferreol, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme du coté du couchant, le creusement et le reste comme dessus ; elle aura trois pans de hauteur, et trente trois cannes de longueur. 33 cannes.

 

Par-dessus la precedente muraille on en faira une seconde qui commencera au bout du gueré du coté du levant à un terme posé, elle suivra une ribbe qu’il y a en droiture, et abboutira à un petit tas de pierres qui sert de terme ; elle aura trois pans de hauteur et trente deux cannes de demi de longueur. 32 cannes ½.

 

Par-dessus la precedente muraille on en faire une troisieme qui commencera du coté du levant en droiture d’un poirier qui se trouve dans le chaume, où l’on a mis un terme, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme ; elle aura aussi trois pans de hauteur et cinquante trois cannes de longueur. 53 cannes.

 

On faira une quatrieme muraille par-dessus les precedentes du coté du levant qui commencera au dessus d’un agast à un terme posé, et ira abboutir en droite ligne à un autre terme ; elle aura trois pans de hauteur et vingt quatre de longueur. 24 cannes.

 

On faira encore une cinquieme muraille par-dessus les precedentes qui commencera au milieu de la plus haute faisse à un terme posé, et ira abboutir en droite ligne à l’autre terme ; elle aura comme les autres trois pans de hauteur et vingt deux cannes de longueur. 22 cannes.

 

Reparations

 

à faissoulade dans la partie de terre qui se trouve en chaume que le fermier suivant commencera à semer la premiere année.

 

Le rapport des reparations presentes commence dessus la tête, ou le plus haut du pred.

 

A la faisse qui se trouve immediatement en dessus du plus haut du pred, il faut faire une petite muraille pour employer des pierres que les eaux y ont apportées, et afin qu’on puisse les y loger toutes, on faira ici seulement un fossé pour fondement qui aura cinq pans de large, et quatre pans de profondeur ; la muraille n’aura que deux pans de hauteur sur terre, elle a vingt cannes de long. 20 cannes.

 

Du coté de l’hubac, et à la faisse, où il y a deux noyers, il y a une muraille où se trouvent quelques legers abbatements ou fondudes que l’on relevera, et qui peuvent equivaloir à deux cannes de muraille. 2 cannes.

 

Dans le terrein qui se trouve au dessus de celuy qui vient d’etre indiqué, le valon qui y passe a fait bien du degat, et y a apporté quantité de pierres, et de graviers ; pour remedier à ces inconvenients, et les prevenir pour l’avenir, il faut y faire huit esquives. Les trois premieres qui commenceront à l’embouchure du valon venant de la gardete, et entrant dans la terre du chapitre seront bien fortifiées, de la hauteur d’environ quatre pans, et de la longueur de quatre ou cinq cannes, les cinq autres seront de la hauteur de trois pans et de la longueur d’environ huit cannes. Elles seront faites de façon qu’elles se renvoyent l’eau de l’une à l’autre afin d’en empecher la rapidité. La quantité de cannes des susdites esquives sera en tout d’environ cinquante deux cannes. 52 cannes.

 

A le gouergue qui descent du courtil de ricord dit ferreol, il y a aux murailles qui sont au dessous du bien du dit ferreol six abbatements ou fondudes que l’on relevera et qui peuvent equivaloir à huit cannes de murailles. 8 cannes.

 

A coté du terrein qui vient d’etre indiqué venant vers le batiment, et tirant droit vers le nord, il y a un nombre des murailles dont on va ecrire l’etat, et marquer les reparations qui sy trouvent necessaires.

 

La premiere muraille qui est en dessus du pred allant vers le nord est bonne, elle subsistera ; on y relevara seulement quelques legers abbatements ou fondudes qui peuvent equivaloir à une canne de muraille. 1 canne.

 

En dessous de la precedente muraille, il faut en refaire une tirant en droite ligne d’un terme à l’autre ; elle aura cinq pas de hauteur et trente cinq cannes de longueur. 35 cannes.

 

A coté de la precedente muraille allant vers le courtil du batiment, il y a une muraille de la quelle il faut relever environ trois cannes d’abbatement. 3 cannes.

 

A coté de la susdite muraille allant vers le couchant, il faut refaire en partie la muraille qui s’y trouve, sçavoir ce qui est abbatu que l’on relevera à la hauteur de la partie qui subsiste, et qui est de la longueur de treize cannes et demi. 13 cannes ½.

 

Et de suite sur la meme ligne que dessus allant du coté du levant, il y a aussi une autre partie de la muraille à relever de la qui commencera au premier abbatement, et abboutira en droiture au bout de la muraille où il y a un terme posé sur une pierre ferme ; elle aura environ sept pans de hauteur et trente huit cannes de longueur. 38 cannes

 

En dessous de la precedente muraille on en refaira une grosse et haute que l’on commencera au dernier agast allant vers le couchant, et qui est à la haye d’arbrisseaux que l’on laissera subsister pour servir de muraille, et l’on la continuera en droite ligne jusqu’au coin du bien de melon ; elle sera de la hauteur de sept pans, et de la longueur de dix huit cannes et demie. 18 cannes ½.

 

La muraille qui se trouve au dessus de la precedente est bonne ; elle subsistera à la reserve de quelques abbatements qui peuvent equivaloir à deux cannes de muraille que l’on relevera. 2 cannes.

 

Il faut remonter de deux ou trois cannes, et d’un terme posé à l’autre en droite ligne, la muraille qui est au dessus de la precedente ; elle sera de la hauteur de quatre pans, et de la longueur de vingt huit cannes. 28 cannes.

 

Au dessus de la precedente muraille il y en a une qu’il faut refaire, on la tirera en droite ligne d’un terme posé à l’autre ; elle aura quatre pans de hauteur, et vingt deux cannes de longueur. 22 cannes.

 

A la muraille qui se trouve au dessus de la precedente et pres d’un gros chaine, il ny a que deux abbatements ou fondudes à relever qui peuvent equivaloir en tout à cinq cannes de muraille. 5 cannes.

 

Reparations

 

à faire à faissoulade dans la partie de terre qui se trouve actuelement en gueré, et que le fermier prochain ne semera que la seconde année de sa ferme.

 

D’abord au plus bas de la piece le valon a emporté une partie de muraille que l’on relevera, et qui commencera à ce qu’il y a de bon du coté du levant, et viendra abboutir à un petit poirier sauvage. Les fondements s’y trouvent encore, et ils subsisteront ; on la portera à la hauteur de trois pans, et elle est de la longueur de dix cannes. 10 cannes.

 

Par-dessus la susdite muraille pour obliger l’eau à suivre le valon et empecher qu’il ne fasse des degats dans la terre, on faira selon que le terrein l’indique un petit bout de muraille ou esquive qui aura trois pans de hauteur, et quatre cannes de longueur. 4 cannes.

 

La plus basse muraille du pred a eté emportée par les eaux, il faut la refaire à l’egalite de la partie qui subsiste ; son hauteur est d’environ quatre pans et ce qui doit etre retabli est de la longueur de dix cannes et demi. 10 cannes ½.

 

Il faut parcourir la muraille qui entoure le pred, remettre quelques clefs qui peuvent y manquer et redresser divers legers abbatements ou fondudes d’environ trois cannes de longueur que l’on relevera à la hauteur du restant. 3 cannes.

 

Au dessus de la precedente muraille et au dessous d’un gros noyer, où il y a un poirier sauvage, il faut refaire une muraille d’un terme posé à l’autre tirant en droite ligne ; elle aura cinq pans de hauteur et dix neuf cannes et demi de longueur. 19 cannes ½.

 

A coté de la precedente muraille allant vers le couchant, il y a des petits bouts de muraille ou esquives que l’on detruira pour en faire deux autres selon les termes que l’on a posé, la plus basse aura trois pans de hauteur, et six cannes de longueur. 6 cannes.

 

L’autre que l’on faira par dessus aura aussi trois pans de hauteur, et huit cannes de longueur. 8 cannes.

 

Au dessus de la precedente muraille de dix neuf cannes et demi, il faut faire une autre muraille d’un terme posé du coté du levant jusqu’à l’autre en droite ligne ; elle aura quatre pans de hauteur, et vingt cannes de longueur. 20 cannes.

 

Il faut faire une autre muraille au dessus de la precendente d’un terme posé du coté du levant tirant en droite ligne à une autre pierre ferme troüée qui sert de second terme ; elle sera de la hauteur sçavoir de cinq pans durant la contenance de quatre cannes, le restant de quatre pans ; elle aura vingt deux cannes de longueur. 22 cannes.

 

Au dessus de la precedente muraille un peu à coté du couchant il fait refaire une muraille d’un terme posé à l’autre tirant en droite ligne, qui aura quatre pans de hauteur, et dix neuf cannes et demi de longueur. 19 cannes ½.

 

Au dessus de la precedente muraille à coté du couchant encore il faut refaire une muraille qui sera tirée en droite ligne d’un terme posé à l’autre, et qui aura cinq pans de hauteur, et vingt deux cannes de longueur. 22 cannes.

 

Total des cannes  1070 cannes ½

 

Et de suite procedant à l’estimation du present devis après mure et longue reflexion sur chaque espece de muraille, et juste calcul d’icelles, avons fait monter toutes les susdites reparations à la somme de huit cents deux livres dix sols, au moyen de laquelle somme les murailles se trouvent payées une comportant l’autre à raison de quinze sols la canne courante, ou si l’on veut encore un plus grand detail pour voir tout au clair et d’un seul coup d’œil, au moyen toujours de la ditte somme de 802 livres dix sols les differentes murailles portées par le devis se trouvent payées, sçavoir celles de sept pans de hauteur sans y comprendre les fondements, et à compter comme dans toutes les autres murailles du plan du terrein ainsi qu’on a dit d’abord au commencement du devis, à vingt quatre sols la canne, celles de six pans à vingt sols, celles de cinq pans à dix sept sols, celles de quatre pans à treize sols, celles de trois à dix sols et enfin celles de deux à huit sols.

 

Ainsi a été ordonné et estimé par nous jean baptiste camatte commis pour cela le ……… 7bre 1749.

 


 

 

L'aménagement du milieu rural.

Contribution à l’étude de la pierre sèche.

 

Les terrasses de culture.

 

D'après un devis de réparation, de 1749, des terres de Faissolade

 

à Saint-Vallier-de-Thiey (AM)

 

Article tiré du Bulletin du GRHP n° 9, janvier 1997

Paru dans le T XXII, 1998, du CERAV

 

Une nouvelle fois, nous allons avoir recours à un texte d'archives pour mieux comprendre comment devaient être construites les terrasses de culture. Il s'agit d'un "Devis instructif et estimatif sur les réparations des terres de St Paul et Faissoulade que le chapitre a fait mettre aux enchères". Le texte est rédigé par Jean-Baptiste Camatte, en septembre 1749, commis par !e chapitre de Grasse pour mettre aux enchères le devis estimatif des réparations à faire aux terres du chapitre situées dans les quartiers de Saint-Paul et de Faissolade à Saint-Vallier. Le devis présente d'abord quelques notions générales sur la façon de procéder pour !a construction ou la réparation des terrasses de culture. Puis suit le détail des 50 murailles à réparer, à reconstruire ou à construire, totalisant 1070 cannes et demie, soit 2141 mètres (la canne équivalant à 2 mètres). Enfin, pour terminer, est indiqué le prix indicatif total, avec le détail du prix pour chaque hauteur de muraille. Le texte d'une dizaine de pages étant trop long pour le transcrire entièrement, nous n'en donnons ci-dessous que les extraits les plus significatifs. On peut !e consulter aux Archives Départementales des A.-M., G 897.

 

Ensemble des travaux

 

I! est décrit quatre portions de terre pour lesquelles sont détaillés les travaux à effectuer :

• Une terre à Saint-Paul où subsiste 1 « muraille ancienne bonne » qui ne demande aucune réparation, 1 autre de 22 cannes à refaire à moitié et 5 autres dont il faut relever quelques abattements ou "fondudes", sur 13,5 cannes. Enfin, il faut construire 13 murailles nouvelles sur 473 cannes. On constate pour cette terre un aménagement nouveau à 93 %. L'ensemble comprend 21 murailles sur 508,5 cannes.

• Une autre terre à Saint-Paul où il n'existe aucune muraille ancienne. On établira 5 murailles neuves sur 164,5 cannes.

• Une terre à Faissolade où subsistent 12 murailles anciennes dont 6 à refaire entièrement sur 106,5 cannes et relever 6 abattements sur 34,5 cannes. Un fossé de 20 cannes et 8 esquives pour les eaux de 52 cannes seront créés, ainsi qu'une muraille neuve de 35 cannes. L'ensemble comporte 22 murailles pour 248 cannes.

• Une autre terre à Faissolade où parmi les 6 murailles anciennes 4 sont à refaire sur 62 cannes et 2 dont il faut relever 8 cannes d'abattements. Seront construites 3 esquives pour les eaux sur 18 cannes ainsi que 3 murailles neuves sur 61,5 cannes.

 

On constate donc deux cas particuliers : un aménagement presque complet des deux terres de Saint-Paul à 98 % et un réaménagement des deux terres de Faissolade où sont construits 33% de murailles neuves. Fossé et esquives sont des éléments neufs. Au total, il y aura 77% de murailles neuves et 33% de réhabilitation, i! s'agit donc d'un réaménagement complet de deux terres et création de deux autres.

 

Commentaires

 

Les fondements. L'insistance que met l'estimateur du devis sur les fondements des murailles laisse transparaître l'importance de cette règle. Elle est si primordiale que l'entrepreneur ne peut élever une muraille quelconque sans avoir d'abord montré à un responsable du chapitre que les fondements ont été bien réalisés. Que la muraille soit plus ou moins haute, longue, droite ou en coude, les fondements, invariablement, doivent avoir quatre pans de largeur et trois pans de profondeur. Une seule exception est tolérée : si l'on se trouve sur des "pierres fermes", soit sur le rocher. Ces fondements doivent être "bien enclappés", c'est-à-dire avec de grosses pierres, clapas signifiant en provençal une grosse pierre. Mais le terme signifie également, par contraction du mot enclava, enchâssé. On pourrait traduire "enclapper" par "de grosses pierres bien enchâssées". C'est pourquoi on profite de toutes les petites pierres que l'on trouvera aux alentours pour les incorporer dans la muraille et servir de calage.

 

Le faîte des murailles sera "c!avé" de "grosses pierres d'un gros fardeau" pour empêcher qu'elles ne tombent quand le bétail passe dessus. C'était le cas quand on utilisait des bœufs ou des mulets pour tirer l'araire dans des planches larges ou lors de l'année de repos où brebis, moutons et chèvres pouvaient pâturer sur la planche laissée en "chaume".

 

La première muraille est "en coude" parce que nous sommes dans un terrain en pente et en forme de cirque. Il est naturel alors que la muraille soit plus élevée en son milieu, 7 pans, pour se rétrécir ensuite à 6 ou 5 pans et enfin se terminer à 4 pans.

 

Des termes "ou soit une pierre posée avec une bêche en terre" indiquent à l'entrepreneur la direction et la longueur de la muraille. Le terme "bêche" vient du provençal bec signifiant "qui pointe", "qui sort". !l s'agit d'une pierre longue, plantée en terre, remarquable par sa forme plus ou moins pointue ou crochue. On en remarque encore signalant d'anciennes limites de parcelles.

 

Le fermier, celui à qui le chapitre remettra les terres pour les cultiver, devra laisser pousser les chaumes sur 50 cm. de largeur sur le faîte des murailles afin "que le terrain venant à durcir, l'eau ne puisse pas l'emporter et causer des éboulements". C'est une recommandation importante qu'il était nécessaire de relever, correspondant au principe du gazonnement signalé en Toscane, en Lozère et dans l'Hérault.

 

Les Fondudes.

Dans la suite du texte, l'estimateur constate que plusieurs murailles anciennes présentent des abattements ou fondudes :

"La troisième muraille du coté du couchant joignant le gueré est bonne à la reserve d'un abbatement ou fondude qui se trouve au milieu et qui équivaut à une canne de muraille; on relèvera seulement la fondude ou abbatement. La muraille qui est au dessus la précédente est aussi bonne excepté un abbatement ou fondude d'environ cinq cannes et demi que l'on relèvera"

Le terme "fondude" est régulièrement employé dans l'amère-pays grassois. Un quartier de Saint-Cézaire porte d'ailleurs ce nom. Lors d'un arrentement du 14 avril 1755 (ADAM 3E 75/53, f° 516), le rentier "sera obligé de réparer quelques fondudes ou soit murailles abattues". C'est un dérivé du verbe provençal "foundre" signifiant, fondre, amollir, démolir, ruiner, abattre, du verbe latin "fundere".

 

Muraille d'épierrement.

Nous avons déjà relaté, dans nos précédentes publications, la construction de murailles servant uniquement à entasser les pierres inutiles. C'était le cas de murailles enterrées en terrain plat construites à Saint-Cézaire et à La Malle. Le texte d'aujourd'hui présente un autre cas remarquable :

" A la faisse qui se trouve immédiatement en dessus du plus haut du pred, i! faut faire une petite muraille pour employer les pierres que les eaux y ont apportées; et afin qu'on puisse les y loger toutes, on faira ici seulement un fossé pour fondement qui aura cinq pans de large et quatre pans de profondeur. La muraille n'aura que deux pans de hauteur sur terre. Elle a vingt cannes de long".

Nous avons affaire ici à un pierrier au 3/4 enterré, de 40 mètres de longueur. Si !a muraille n’a que 2 pans de hauteur, par contre le fossé est plus important que les fondements des murailles des terrasses : 5 pans de large et 4 pans de profondeur, au lieu de 4 et 3 pans, ceci "afin qu'on puisse loger toutes les pierres". La muraille se présente donc ainsi : 40 mètres de longueur, 1,25 m. de large, 0,50 m. de hauteur et 1 m. de profondeur, représentant 75 m cube.

 

Les esquives pour les eaux.

Une autre technique de murailles est employée afin de régulariser et diriger le cours des eaux lors des orages et intempéries :

" Dans le terrein qui se trouve au dessus de celuy qui vient d'être indiqué, le valon qui y passe a fait bien du dégât et y apporté quantité de pierres et de gravier. Pour remédier à ces inconvénients et les prévenir pour l'avenir, Il faut y faire huit esquives. Les trois premières qui commenceront à l'embouchure du valon venant de la Gardette et entrant dans la terre du chapitre seront bien fortifiées, de la hauteur d'environ quatre pans et de la longueur de quatre ou cinq cannes; les cinq autres seront de la hauteur de trois pans et de la longueur d'environ huit cannes. Elles seront faites de façon qu'elles se renvoient l'eau de l'une à l'autre, afin d'en empêcher la rapidité. La quantité de cannes des susdittes esquives sera en tout d'environ cinquante deux cannes".

Le principe est clairement décrit : il s'agit de construire des murailles "bien fortifiées", disposées de façon que l'eau soit ralentie, renvoyée d'une muraille à l'autre et l'empêchant de dévaler trop vite, emportant pierres et graviers pour les répandre plus bas sur les terrasses.

 

Construction de bas en haut.

La description de Jean-Baptiste Camatte commence toujours par le bas du terrain. !l décrit d'abord la première muraille, puis passe à celle qui est au-dessus et ainsi de suite. Il semble bien que l'entrepreneur doive suivre la même démarche puisqu'il est dit "par dessus la première muraille, on en faira une autre qui...... par dessus !a précédente on en faire une autre qui....". Parmi les quelques articles consacrés à la construction des terrasses de culture en milieu pentu, rares sont ceux qui indiquent ce processus, c'est-à-dire que les murailles des terrasses seront construites de bas en haut.

Une phrase du texte confirme ceci :

"il n'y a aucune ancienne muraille dans cette partie de terre, il ne sera pas pourtant difficille de trouver des pierres pour construire celles qu'on va indiquer parce qu'on en trouvera de touts cotés facilement et qu'on ne les portera pas bien haut".

L'information est d'importance, car les auteurs décrivant la construction des terrasses de culture passent habilement sur cette question. Seuls, Pierre FRAPPA et Sébastien GIORGIS, avancent prudemment que "l'aménagement était vraisemblablement entrepris par le bas".

 

Durée des travaux.

Si le délai n'est pas explicitement fixé, on peut cependant l'estimer grâce à ces trois phrases :

" réparations à faire dans les parties de terres de St Paul qui sont actuellement en guéré et que le fermier prochain ne sèmera qu'à la seconde année de sa ferme"- "Réparations à Faissoulade dans la partie de terre qui se trouve en chaume que le fermier suivant commencera à semer la première année" - "Réparations à Faissoulade dans la partie de terre qui se trouve actuellement en guéré et que le fermier prochain ne sèmera que la seconde année de sa ferme".

On constate d'abord que les quatre terres sont en chaume ou guéret, c'est-à-dire en jachère. Le fermier pourra commencer à semer une seule terre la première année et les trois autres la deuxième année. Sachant que les premiers labours s'effectuent fin septembre-début octobre, et que le devis est établi en septembre, l'entrepreneur a une année pour mettre en état la première terre et deux ans pour les trois autres.

 

La haie servant de muraille.

Une autre donnée fournie par le texte consiste à laisser un rideau d'arbrisseaux pour servir de muraille : « en dessus de la précédente muraille on en refaira une grosse et haute que l'on commencera au dernier agast allant vers le couchant, et qui est à la haye d'arbrisseaux que l'on laissera subsister pour servir de muraille". Cette pratique, courante dans le nord de la France, n'a été que rarement observée dans le midi, ou l'on tend à privilégier uniquement le mur en pierre sèche.

 

Arbres et arbrisseaux.

Au cours de sa description, l'estimateur signale, outre la haie d'arbrisseaux qu'il recommande de laisser comme muraille, d'autres "buissons que l'on déracinera avec soin", il note également un "poirier moitié bon, moitié sauvage", un autre poirier, deux gros poiriers blancs et trois poiriers sauvages. Il cite en outre un "gros chaine", "un grand ormeau" et "un agast", mot provençal pour désigner un érable. Cette description correspond tout à fait à celle faite en 1760 où, au cours d'un recensement des arbres existant dans les montagnes de Saint-Vallier, les experts remarquent à Faissolade seulement deux chênes, quatre érables, quelques poiriers sauvages, des "avaux" (chênes nains), du thym, romarin et petites ronces. A Saint-Paul, Ils notent trois noyers, quatre érables et six ormeaux, ils concluent alors "qu'il n'y a aucuns arbres que ceux cy dessus et qu'il n'y a aucun vestige qu'il y en ait eu auparavant".

 

Fonction des "faisses» et état ancien.

La fonction des terrasses est clairement indiquée, elles sont destinées à être d'abord labourées, puis ensemencées. Ce sont les céréales, blé froment (anonne), seigle, blé méteil (mélange de froment et de seigle) qui sont communément cultivées dans les montagnes de Saint-Vallier. En 1710, un texte (ADAM G 931) rapporte précisément la qualité et la quantité des produits ensemencés au terroir de Feissolade : 14 setiers de fusille, blanche ou rouge, 4 panals de méteil, 1 pana! de gaisons, 4 panals d'avoine et 2 sivadiers de lentilles. Le rapport varie entre 3 et 5 fois la semence selon la qualité de la terre. L'assolement biennal était pratiqué, l'année de repos procurant fourrage et légumes secs. Le cadastre de 1817 (section C, 3ème feuille) dénombre dans le quartier de Faissolade, 9 terres labours, destinées aux céréales totalisant 22 ha 55, soit 64,5 % du quartier. C'est une belle proportion étant donné qu'il est situé à 1.000 m. d'altitude, mais sur le versant bien exposé au soleil et en forme de cirque ou de corbeille. Le terme employé dans le texte pour désigner les terrasses est celui de "faisses". D'ailleurs, le quartier de Faissolade tire directement son nom de ce vocable avec un qualificatif de laide, faisso laido. Ce toponyme, reconnu dès 1655, laisse envisager que le terrain et les terrasses étaient mal entretenues depuis longtemps. Il semblerait, d'après le texte et le nombre important de murailles "nouvelles", qu'effectivement le quartier de Faissolade présentait un état de dégradation important méritant un tel qualificatif. Les anciennes terrasses datent alors de quelle époque ?

Quelques pistes s'offrent cependant. C'est le 16 janvier 1727, en usant de son droit de prélation, que le chapitre de Grasse, seigneur temporel de Saint-Vallier, acquiert les terres de Feissolade. Elles appartenaient auparavant à une Damoiselle Mougins et lors d'une proposition de vente, en date du 16 juin 1710, en faveur de Jacques Augier, bourgeois de Saint-Vallier, suivi d'un long procès, les terres revenaient alors au chapitre. C'est dire qu'entre 1710 et 1749, elles restèrent en jachère et sans entretien. Nous pouvons peut-être évoquer également les premières constructions de terrasses dès le Xlème siècle. Sur une arête rocheuse dominant le cirque de Faissolade, est cité, en 1061, la Villa Cavagna et très mansos (manses), appartenant à l'Abbaye de Lérins et données à cette date à l'évêque d'Antibes. Et le texte cite même les anciens possesseurs, dont Pons Rodoard, premier prince d'Antibes, en 961. Le site de Cavagne, vocable dérivé du gentilice latin Cavanius, offre également les restes de présences pré-romaine et romaine. S'il est possible, sur le terrain, de reconnaître les terrasses édifiées en 1749, ii est par contre difficile d'attribuer une date d'édification aux autres, à cause des remaniements et des abandons successifs.

 

Prix de !a canne de muraille.

" Et de suite procédant à l'estimation du présent devis, après mûre et longue reflexion sur chaque espèce de muraille, et juste calcul d'icelles, avons fait monter toutes les susdittes réparations à ta somme de huit cent deux livres dix sols. Au moyen de laquelle somme les murailles se trouvent payées, une comportant l'autre, à raison de quinze sols la canne courante. Ou si l'on veut encore un plus grand détail pour voir tout au clair et d'un seul coup d'œil, au moyen toujours de la ditte somme de 802 ll 10 s., les différentes murailles portées par le devis se trouvent payées, sçavoir celles de sept pans de hauteur, sans y comprendre les fondements, et à compter comme dans toutes les autres murailles du plan du terrain ainsi qu'on a dit d'abord au commencement du devis, à vingt quatre sols la canne, celles de six pans à vingt sols, celles de cinq pans à dix sept sols, celles de quatre pans à treize sois, celles de trois pans à dix sols et enfin celles de deux à huit sols. Ainsi a été ordonné et estimé par nous Jean Baptiste Camatte commis pour cela le ....... 7bre 1749".

 

Si l'on veut d'abord vérifier le calcul de l'estimateur, on constate qu'il ne s'est pas trompé. Sachant qu'une livre comporte 20 sols, la somme indiquée atteint 802 livres 10 sols x 20 sols = 16.050 sols. Le prix moyen de la canne de muraille étant de 15 sols, le total des murailles atteignant 1070 cannes et demi, nous trouvons : 1070,5 x 15 sols = 16.057,5 sols, converti en livres, soit 16.057,5 sols divisés par 20 = 802 livres 875, soit 802 livres 10 sols.

 

Mais une indication supplémentaire nous est donnée par Jean-Baptiste Camatte. Non seulement, il fournit !e prix moyen de construction d'une canne de muraille en longueur, mais il précise également le détail de chaque prix par hauteur de muraille. Ainsi une muraille d'une canne de longueur pour 7 pans de hauteur, soit 2 mètres sur 1,75 m, !e pan équivalant à 0,25 m., revient à 24 sols. Une muraille de 3 pans de hauteur revient à 10 sols la canne. Dans le devis de réparation de la terre de la Malle de 1750 que nous avons cité, le prix pour une muraille de 3 pans est de 8 sols la canne, soit un prix à peu près équivalant.

 

L'analyse du cadastre de 1742, établie par Myriam VACHER, a fait reconnaître que le chapitre de Grasse, à cette date, tirait 27.000 livres de rentes de ses propriétés foncières de Saint-Vallier, totalisant 38,2 hectares. Il s'agit ici du produit brut, auquel il faut soustraire les impôts royaux, de la viguerie et communaux, ainsi qu'également les frais des fermiers et d'entretien. A titre de comparaison, pour estimer la somme de 802 livres, un devis de 1768 (AC/ADAM DD 8) propose 662 livres pour des réparations à effectuer à l'église de Saint-Vallier : au toit de l'église et de la sacristie, ce dernier à refaire entièrement ; enlever tous les vieux blanchissages des murs intérieurs et de la voûte, les refaire à mortier et à plâtre, puis blanchir au plâtre blanc; réparer l'intérieur de la sacristie de la même façon; remplacer !a chaire à prêcher par une neuve en bois noyer avec son cie! en cul de lampe; remettre quelques carreaux de vitre qui manquent aux fenêtres.

 

Vers d'autres textes.

Ce devis est fort instructif puisqu'il dévoile différents éléments majeurs sur la construction des terrasses de culture : importance et détails des fondements, relèvement des "fondudes", créations de pierriers enterrés et d'esquives pour les eaux, utilisation de haies d'arbrisseaux, technique du gazonnement. Mais il laisse cependant dans l'ombre quelques aspects également essentiels. Ainsi, il ne dit pas s'il faut appliquer un certain fruit aux murs et dans quelles proportions, il n'indique pas également le nombre d'ouvriers employé à cette tâche colossale de relever et de construire plus de deux kilomètres de murailles et à combien revient le prix d'une journée d'un travailleur spécialisé. Le 27 prairial de l'An Il cependant, II nous est indiqué qu'un « faiseur de murailles ou paretaire » est payé 40 sols la journée, qu'un laboureur ou boyier touche 4 livres et 10 sols et un moissonneur 45 sols (A.C. Délibérations municipales, BB 12 F 352).

 

Nous découvrons avec ce texte que 77% des terrasses de culture des quartiers de Faissolade et de Saint-Paul ont été créés au milieu de 18ème siècle. Le renseignement est d'importance, tant notre connaissance sur la date d'édification des terrasses de culture est limitée et où il habituel de dire qu'elles remontent à la nuit des temps !

 

Le cirque de Faissolade. Photo aérienne n° 350

Mission 1977 (77 FR 1833 / 100 C)

 

Cirque Faissolade

Signalé par une flèche blanche, le site de Cavagne sur l’arête rocheuse

Au Nord et au pied, les terrasses aménagées en 1749

 

 

Bibliographie

 

Archives.

- ADAM, G 897 : "Devis instructif et estimatif sur les réparations des terres de St Paul et de Faissoulade que le chapitre à fait mettre aux enchères".

- AC/ADAM HH 3 : "Commissions pour examiner les montagnes de la Commune afin de savoir si on peut y introduire des chèvres" (1760).

- ADAM, 34799 : Cadastre de 1817, Etat des sections.

 

Historique,

- BLANCHEMANCHE Philippe. Paysages ruraux et techniques agricoles (XVIIè-XIXè siècle). In "Pour une archéologie agraire". Colin, Paris, 1991. Chapitre 8, p. 259 à 278.

- FRAPPA P. et G!ORG!S S. "Terrasses de culture", in Pierres en Provence. Edisud, 1987, pp. 138 à 152.

- PERREIN Christian. "Archéologie des bocages : phytohistoire de la haie vive". In "Pour une archéologie agraire", chapitre 7, p. 223 à 257.

- RAYBAUT Paul. Technique du montage d'un mur en pierres sèches; son rôle dans l'économie rurale (Provence orientale), in De la voûte céleste au terroir, du jardin au foyer,.... Paris, 1987, pp. 159- 169.

- THIERY Daniel. La pierre sèche et le milieu rural dans les textes anciens. Mémoires de l'IPAAM, T. XXXIV, 1992, pp. 3 à16.

- VACHER Myriam. Un village provençal au XVIIIe siècle, Saint-Vallier-de-Thiey, d’après le cadastre de 1742, Mémoire de maîtrise Université Panthéon-Sorbonne, juin 1976.