Daniel Thiery

Aiguines et Les Salles. Autour de l'An Mil

Aiguines et Les Salles-sur-Verdon (Var)

 

Autour de l’an Mil

 

Daniel THIERY

 

 

 

Une série de textes du cartulaire de Saint-Victor ainsi que les données historiques sur l’histoire de la Provence, nous font découvrir une partie de la vie dans ces deux communes au début du deuxième millénaire. Un premier constat s’impose, au vu des textes : elles sont intimement liées, au point que l’une est dans l’autre et réciproquement [1].

 

Entre 1021 et 1044, il existe une église dans le lieu ou villa appelé Aiguina, ou qu’ils appellent Sala.

En 1038, un alleu se trouve dans le comté de Riez, dans le lieu appelé Aquina ou Saleta.

En 1051, dans la villa qui est appelée Aquina ou Saleta.

En 1053, est citée une villa appelée Saleta.

 

Reprenons ces textes tirés du cartulaire de Saint-Victor.*

 

La villa

 

Quand au début du XIe siècle les textes parlent d’une villa, ils font référence à un état antérieur où les territoires étaient vitalisés par des exploitations rurales disséminées dans les campagnes. Ces exploitations, appelées villa ou curtis, étaient organisées autour de la villa proprement dite à la tête d’un domaine de plusieurs hectares. Quand le domaine était important, des fermes ou manses, tenues par des tenanciers, mettaient en valeur une partie du terroir. On y pratiquait l’agriculture et l’élevage, l’exploitation des forêts et la transformation des ressources avec des moulins pour la mouture, des pressoirs pour le vin, la fabrication de produits laitiers et la récolte des arbres fruitiers. A proximité de la villa était érigée une église pour le service du domaine, bâtie et entretenue par le propriétaire et desservie par un prêtre séculier ou un moine. La dîme, prélevée sur les récoltes, servait à l’entretien du desservant et du bâtiment. Ce système domanial où l’habitat dispersé prédominait avait été généralisé pendant la période carolingienne. Le pouvoir royal, l’Eglise et de grands propriétaires se partageaient ainsi les territoires [2]. Abandonné au cours du Xe siècle pour cause de guerre et de pillages, le terme villa subsistait cependant au début du XIe siècle. Durant cette période du Xe siècle où le pouvoir civil, l’église et les moines étaient absents, des autochtones entreprenants, pactisant plus ou moins avec les païens  (les Sarrazins), se constituent un patrimoine foncier en accaparant les domaines des villae. La paix revenue, les Sarrazins chassés, les moines reviennent et, sous l’influence des abbayes renaissantes, revitalisent l’Eglise et tentent de récupérer leurs anciens domaines spoliés. C’est pourquoi, lors de certaines donations, est employé le mot redditio, restitution.

 

Les donations

 

Nous rencontrons la villa Aiguina ou Saleta lors d’une donation faite à l’abbaye de Saint-Victor en 1038 (CSV 603). Elle est le fait d’un dénommé Heldebertus qui, accompagné de sa femme et de ses fils, donne une partie de son alleu (domaine) qui est dans la villa Aquina ou Saleta [3]. Il se réserve cependant cinq manses, signe d’une villa importante. Les ancêtres d’Heldebertus ont sans doute acquis autrefois leur alleu par rapine et compromission. Mais le temps est venu du repentir et les donations s’accumulent sur les abbayes, pour le salut de nos âmes et celles de nos parents.

 

La villa est circonscrite par des limites : à l’orient, de la via de guado Maurisco qui va jusqu’aux confins du mont appelé Viriz ; de l’occident, de la fontaine appelée Galubio et en suivant le fleuve appelé Verdunus  jusqu’au susdit gué.

 

A l’Est, le guado Maurisco ou gué Maurice, aujourd’hui gué de Maireste est situé sur la commune d’Aiguines et permet de traverser le Verdon pour se rendre dans la commune de La Palud-sur-Verdon et au quartier de Maireste où est citée en 1079 un prieuré, cella Sancti Mauricii de Meiresca, dépendant de Saint-Victor. A cette date, ce gué était dédié à saint Maurice. De ce gué, la limite se dirige vers l’ouest jusqu’au mont Viriz, aujourd’hui Véris, commune de Bedouen (668 m d’altitude). De là, la limite part de la source du Galubio, lieu-dit Garuby sur la commune de Bauduen, au pied du mont Véris, remonte vers le Nord sur le territoire des Salles en suivant le Verdon qui fait ensuite un coude pour rejoindre le gué Maurice. La villa est ainsi inscrite dans un triangle isocèle [4]. En gros, sa surface couvre 140 hectares. Ce chiffre peut paraître important mais sans équivalant avec celui de la villa Caladius en Haute Bléone de 50 000 hectares.

 

Puis (CSV 604) Heldebertus va encore faire don, le jour de la consécration de l’église dont nous parlerons plus loin, de deux modiées de terre culte [5]. A sa suite, Isnardus de Aquina en offre cinq, cinq autres à Moraris et encore cinq autres à Carumbum et à Amigdalarios. Moraris se reconnaît dans la Plaine de Maurin (Cadastre 1831 Les Salles, A 2) ; Carumbum avec Garimbeau sur IGN, commune d’Aiguines ; Amigdalarios avec les Amandiers, près du Grignas sur IGN (cadastre Aiguines 1954, E 3). Dans le même temps les frères Pontius et Bermundus, fils d’Accellena, donnent la dîme qu’ils percevaient sur les modiées et en offre une autre située ad Paracetam (Pérassié, les Pérassées, cadastre Les Salles, B 3 et IGN). La dîme avait été, elle aussi, soustraite à l’Eglise en même temps que la villa.

 

Enfin, Ilisiars de Bul donne avec la dîme une vigne close qu’il a plantée dans le lieu appelé Cataliosco (?). Enfin, Raimundus  donne une modiée de terre culte qui fut du manse de Flavio, ad Crucem, près de la vigne de Rothbaldo. On reconnaît ici un manse, terme carolingien, synonyme de ferme, tenue par un tenancier du nom de Flavius et dépendant de la villa.

 

Cette villa apparaît s’étendre sur le Nord de la commune de Bauduen et sur les deux communes d’Aiguines et des Salles. A l’Ouest, au Nord et à l’Est, elle est délimitée par le Verdon. Seul, le Sud n’offre pas de limite géographique remarquable.

 

 

Les églises

 

Sainte-Marie de Saleta

 

Le texte de 1038 relate seulement le don de terres fait par Heldebertus à Saint-Victor, sans mentionner d’église. C’est dans le texte suivant (CSV 604), daté entre 1021 et 1044, qu’est citée une église dédiée en l’honneur de Sainte-Marie, mais elle est en ruine, dévastée par un incendie. On ne sait quand eut lieu cette destruction. Elle est néanmoins le témoin d’une existence antérieure qui pourrait la relier à l’église de la villa carolingienne de Saleta. Un moine de Saint-Victor, Isnard, vient de la restaurer et le jour de la consécration, Heldebertus et d’autres font les donations détaillées plus haut. Le 5 mars 1098 (CSV 697), l’évêque de Riez Augier, confirme les églises de son diocèse dépendant de Saint-Victor, dont Sancte Marie de Saleta. Les papes vont également consolider cette possession de l’église Sancte Marie de Saleta [6], ainsi que le prieuré [7].

 

Il faut attendre ensuite Simon Bartel en 1636 pour constater que Saint-Victor est toujours en tête du prieuré : « Sallae les Salles ou Salettes, pagus cujus sacerdotium regulare est Ordinis S. Benedicti ex Monasterio S. Victoris Massiliensis sub titulo B. Mariae » ; « Les Salles, village dont la paroisse est de l’ordre régulier de Saint-Benoît du Monastère de S. Victor de Marseille, est sous le titre de la Bienheureuse Marie » [8]. On sait aujourd’hui que la titulature est celle de l’Assomption de la Vierge. L’église du prieuré est donc devenue l’église paroissiale du village. Elle figure sur le plan cadastral de 1831, section C, parcelle 149, de 260 m². L’église est orientée, formant une croix latine avec sans doute l’ajout d’une sacristie sur l’abside en hémicycle au sud. Elle a été démolie en 1974 lors de la construction du lac de Sainte-Croix. L’église construite dans le nouveau village reprend la même titulature.

 

 

 

 

 

Nous devons cette photo à l’Association « Mémoires des Salles-sur-Verdon », sur le site internet www.lessallessurverdon.com. Le cliché est du 4 mars 1974 quelques heures avant la destruction.

 

 

 

 

 

 

L’église Saint-Jean-Baptiste de Saleta

 

Elle est citée peu de temps après, en 1051. Le même Heldebertus, toujours accompagné de sa femme et de ses fils, fait une donation pour l’église fondée en l’honneur de saint Jean-Baptiste, dans la villa appelée Saleta. Le don n’est pas fait en faveur des Victorins mais à un prêtre nommé Venerandus et à ses clercs qui se trouvent à Moustiers.  Il est dit par ailleurs que ce prêtre est un familier de l’évêque Raimond. Ce dernier semble être une sorte d’évêque coadjuteur de l’évêque de Riez dans la cité de Moustiers et il est fort probable que Venerandus soit à la tête d’un chapitre naissant de chanoines de cette ville [9]. Le don consiste en un manse se composant de vignes, prés, garrigues et labours, en plaines et monts, en ruisseaux et fontaines et moulins, en arbres fructueux et infructueux.  Puis, en 1053, Venerandus et ses prêtres reçoivent d’Heldebertus pour la dite église qui est fondée en l’honneur de saint Jean-Baptiste, dans la villa appelée Saleta, une modiée de terre plantée en vigne ; le jardin de Rolanno ; et près de la clôture, d’un angle de l’église de saint Jean-Baptiste jusque à un autre angle jusqu’au sommet du dit manse qui s’y trouve [10].

 

Peu de temps après, les prêtres Venerandus et Rainoardus donnent à Saint-Victor l’église Saint-Jean-Baptiste qui est située dans le lieu appelé Aquina. La date imprécise de cette donation est assurée par une autre charte de l’an 1059 qui confirme la guirpitio (l’abandon, le déguerpissement) de cette église par les deux prêtres aux Victorins [11]. On retrouve les mêmes confirmations que pour Sainte-Marie en 1079, 1113 et 1135.

 

C’est cette église qui a devenir la paroisse du village, édifiée un peu à l’écart, avec le cimetière. R. Collier date les parties romanes du XIIIe siècle : la nef comprend trois travées séparées par des doubleaux retombant sur des pilastres à impostes. Cordon en quart-de-rond à la naissance de la voûte, qui est en appareil de taille, mais a pu être reconstruite. Le chœur, plus bas que la nef, est formé d’un berceau transversal [12]. Des chapelles latérales seront édifiées à partir du XVIIe siècle. Le cadastre de 1832 pour la place et l’église donne une surface de 330 m² (parcelle C 321).

 

 

L’Eglise Saint-Pierre

 

Cette église est citée en même temps que celle de Saint-Jean, en 1051, et échoit comme elle au prêtre Venerandus et à ses clercs qui se trouvent à Moustiers. Mais lors de la rétrocession en 1059 de l’église Saint-Jean à Saint-Victor, il n’est pas fait mention de l’église Saint-Pierre. Elle n’apparaît non plus par la suite dans le cartulaire ni dans les Pouillés. Or, saint Pierre est le patron de la paroisse et une chapelle à son nom existe encore près du village. Mais il n’est pas assuré que c’est celle qui est citée en 1051. En effet, il existe un quartier St Peyre signalé par le cadastre napoléonien de 1831 en section I 1, St Peyre le bas et St Peyre le haut. On peut situer ce quartier sur la carte IGN à environ 1500 m à l’est du village et au nord de Chanteraine.

 

Notre hypothèse est confortée par le fait que cette église se trouve en milieu ouvert et non perché et défensif, emplacement conforme aux édifices pré-castraux issus  de la période carolingienne. Lors de l’établissement du village fortifié au XIe-XIIe siècles est édifiée une chapelle castrale près du nouveau château dominant le village. Elle reprend la titulature de la première église saint Pierre et servira de paroisse jusqu’à la fin du Moyen Age où l’église Saint-Jean lui succèdera. Elle sera réparée plusieurs fois, comme en 1645 où la commune verse 40 livres comme acompte du prix fait de la chapelle Saint-Pierre à Claude Bris et Jean-Claude Allary [13].

 

 

L’église Sainte-Madeleine et la maison du Pont d’Aiguines

 

En 1210, Hugues, évêque de Riez, au lieu d’Aiguines, dans lequel furent d’abord les Pontarii, puis les Spadati, concède à l’abbaye de Sancti Tircii de Saonensis, la réparation du pont quasiment détruit d’Aiguines, de l’hôpital et de l’église Sainte-Madeleine [14]. Cette phrase est la traduction du texte de présentation par Albanès de la directive de l’évêque. Elle demande des explications.

 

Nous découvrons les Pontarii ou « frères pontifes », littéralement les « ponteniers », corporation d’ouvriers bâtisseurs de ponts qui, ici, sont administrés par l’évêque de Riez [15]. C’est ce dernier qui a demandé la construction et l’a confiée aux Pontarii. Les Spadati [16] prennent ensuite la relève, mais, comme le fait remarquer le texte, ils en ont négligé l’entretien. En même temps que le pont, l’évêque a fait bâtir un « hôpital », c’est-à-dire une maison (un hospice) pour accueillir voyageurs et pèlerins, ainsi qu’une église pour le service religieux. Le financement d’une telle entreprise était important et seules des familles bien nanties pouvaient intervenir. Ici, c’est l’évêque de Riez issu de la famille des princes de Riez. Un péage assurait également une certaine autonomie financière à l’œuvre du pont. Il était perçu par un officier de pontenage.

 

Depuis que la ville de Moustiers était devenue une cité importante avec consulat, chef de baillage, « petite capitale régionale » selon E. Baratier, il était important qu’elle soit accessible pour les voyageurs et les marchands venant de la plaine littorale. Le passage du Verdon était incontournable pour éviter le détour par le pont des Salles et la cité de Riez.

 

Devant l’incurie des administrateurs, Hugues confie les réparations du pont, de l’hôpital et de l’église à l’abbaye Saint-Thyrse de Saou dans la Drôme par l’intermédiaire de l’église Saint-Appolinaire de Puimoisson du diocèse de Riez. Cette dernière, ancien bien de Mayeul citée en 909 sous le titre de Saint-Thyrse, est donnée par le même évêque et la même année à l’abbaye de Saou sous la condition de réparer le pont d’Aiguines. Treize ans plus tard, en 1233, l’abbé de Saou échange l’église avec les Hospitaliers de Puimoisson qui en deviennent propriétaires. Ils héritent en même temps de la maison du Pont d’Aiguines où ils reçoivent également une bastide en 1235 [17].  En 1274, la Domus Pontis de Ayguina est exemptée des décimes [18]. C’est la seule citation que nous avons pu reconnaître sur cette « maison du pont ».

 

Par contre, il ne reste aucune trace de l’église Sainte-Madeleine et de l’hôpital.  Le cadastre de 1832, en section A, recense deux grandes maisons au hameau du Pont, de 124 et 132 m². En tout, il existe 9 maisons habitées, 2 aires à battre le blé, 3 écuries, 1 grenier à foin, 1 cour et 1 loge à cochons. Le recensement de 1856 dénombre 8 familles totalisant 35 habitants ; en 1911, il ne reste que 3 familles et 9 habitants. En 1974, le tout sera englouti sous le lac de Sainte-Croix. Le pont avait été pourtant classé Monument Historique en 1945, daté de 1er quart du 13e siècle, de 1210. Mais le texte que nous avons présenté ci-dessus indique que cette date n’est que le commandement de restauration du pont. Il faut donc envisager une construction ultérieure, sans doute au cours du XIe siècle, au moment où s’installe l’autorité seigneuriale et ecclésiastique. Il n’existe aucun élément pour le dater des Romains qui en avait construit un à Fontaine-l’Evêque.

 

Figuration du pont. Cadastre 1831, Aiguines.

Le pont d’Aiguines. Mars 1974,

avant sa disparition.

Cliché www.lessallessurverdon.com

 

 

 

Le hameau du Pont en 1831. Cadastre, section A

 

Saint-Michel de Vernis

 

En 1063-1064, une donation est faite à l’église Saint-Michel Archange du lieu appelé Vernino, au comté de Riez, à l’occasion de sa consécration, par Guillaume, Ingilbert, Bremond, Silve et leurs héritiers [19]. La confirmation à Saint-Victor est donnée par l’évêque de Riez Augier le 5 mars 1098 en même temps que d’autres églises du diocèse [20].

 

Ici c’est la citation d’une église qui vient d’être consacrée, mais il n’est pas dit s’il s’agit d’une restauration ou d’une création. Il n’existe pas d’autres textes en faisant mention. Elle n’apparaît pas dans les relevés de 1113 et de 1135 du cartulaire. Au XIIIe siècle, les Pouillés de 1274 et de 1351 sont également muets. Il est donc difficile de statuer sur cet édifice, ni même de le situer, sinon seulement dans le quartier de Vernis qui offre des terres en plaine et en montagne.

 

 

 

L’église Saint-Victor

 

Une erreur a été commise en insinuant qu’il existait également une église dédiée à saint Victor à Aiguines. C’est à partir du texte où le prêtre Venerandus fait la guerpition de l’église Saint-Jean à l’abbaye victorine et où il fait cession également de l’ecclesia sancte Marie et sancti Victoris de Aquina [21]. Le texte latin est clair, ecclesia est au singulier et non au pluriel : il n’y a qu’une seule église, dédiée à sainte Marie et à saint Victor. D’autre part, cette église n’est pas à Aiguines, mais aux Salles. Il paraissait quelque peu normal d’associer saint Victor à cette église sachant qu’un moine de cette abbaye l’avait restaurée.

 

 

 

Les chapelles

 

 

Nous quittons maintenant la dernière période du Moyen Age pour découvrir de nouvelles réalisations plus tardives. La plus favorable pour de nouveaux lieux de culte commence à la fin des guerres de Religion et s’étale durant les XVIIe et XVIIIe siècles.

 

 

Chapelle Notre-Dame du Rosaire - 1652

 

 

La dévotion au saint Rosaire s’est étendue à partir du concile de Trente (1542-1563) et a gagné toute la chrétienté. En France, elle s’est particulièrement développée après les guerres de Religion du XVIe siècle. Chaque paroisse a érigé des chapellenies et créé des confréries du Rosaire. C’est en 1642 que Pons Bousquet fonde une chapellenie à Notre-Dame du Rosaire à Aiguines, c’est-à-dire qu’il octroie à un chapelain le bénéfice de la fondation, lui procurant ainsi un subside, mais également le devoir de célébrer des offices en l’honneur de la Vierge. D’abord sans doute élevé dans l’église paroissiale, l’autel fut transféré dix ans plus tard, en 1652, dans une chapelle construite à cet effet. Il est d’abord fait mention du port de pierres de taille, puis de 82 livres délivré à Jérôme Reynaud maçon pour second tiers d’acompte des gages du prix fait de la chapelle du Saint Rosaire. Enfin, construction de la chapelle du Rosaire pour 85 livres et 114 livres, achat de tuiles pour la chapelle, 35 livres et achat de boiseries, 21 livres [22].

 

Cette chapelle était située à l’entrée de l’allée conduisant au château. Elle est signalée par le cadastre napoléonien de 1831, section C, parcelle 152, de 198 m² dans le quartier dit Notre-Dame. Elle est signalée sur IGN, mais sans toiture.

La chapelle Notre-Dame en 1831

Cadastre 1831. AD Var.

 

Chapelle Saint-Joseph - XVIIe

 

On connaît son existence grâce à une citation de 1707 où la communauté d’Aiguines est condamnée à reconstruire la maison claustrale (presbytère) qui est près de la chapelle Saint-Joseph [23]. Cette chapelle est signalée par le cadastre de 1831, section C, parcelle 302, de 32 m². La dévotion à saint Joseph est apparue au XVIe siècle comme patron de la bonne mort et l’idéal parfait du père de famille exemplaire. Tableaux et statues ornent encore les églises.

 

 

Chapelle de la Barre

 

La Barre est un lieu de culte éloigné de la paroisse qui permettait aux habitants du plateau de Canjuers d’accomplir leurs devoirs religieux. Ce n’était pas le seul sur cet immense territoire qui pourrait paraître improductif vu son aridité et son isolement. Il existait de nombreuses bastides, fermes, bergeries, parcs à moutons et terres labourables. Depuis l’Antiquité, il avait été investi par les riches marchands des cités marseillaises et arlésiennes pour l’estive de leurs grands troupeaux de
moutons [24]. Le commerce des peaux et de la viande en salaison nécessitait une importante main d’œuvre et les salins du Verdon fournissaient le sel en abondance. L’ancien nom de Castellane, Salinae et peut-être aussi celui des Salles sont sans doute les témoins de cette production.

 

L’abbaye de Saint-Victor, solidement implantée dans la région comme le décrit le polyptyque de Vadalde de 814, à Rougon, Trigance et Comps, avait aussi investi le plateau comme en témoigne un fragment de polyptique de l’année 870. N’a été conservé que son titre, description des tenures de la vallée Ovacina faite au temps de Babon évêque [25]. Au début du XIe siècle, la famille des Moustiers-Gaubert accapare toutes les terres de la région, mais restitue cependant à Saint-Victor les vallées de Lagnes et d’Auveine (Ovacina) et l’évêque de Riez Almérade, apparenté aux Moustiers, rend à Saint-Victor l’église Saint-Julien de Lagnes [26].

 

Mais il restait encore de la terre détenue par la famille des Blacas d’Aulps liée aux Moustiers et aux Castellane. En 1831, le cadastre dénombre 1245 hectares leur appartenant, dont au Petit Plan de Canjuers, quartier de Collebasse, le domaine de la Barre et sa chapelle. Celle-ci est petite, seulement 20 m² (Cadastre, section E 3, parcelle 255). La communauté d’Aiguines s’en souciait puisqu’en 1724, elle sollicite l’évêque de Riez d’en prendre soin, d’y établir un prêtre pour cette succursale. En 1755, elle y exécute des réparations, ce qui n’empêchera pas en 1789 à l’évêque de l’interdire. Depuis, elle est devenue une ruine.


[1] Aujourd’hui dans le département du Var depuis la Révolution, ces deux communes dépendaient de la baillie de Moustiers et du diocèse de Riez.

[2] Nous renvoyons sur ce sujet à nos différentes études, avec notre site Internet daniel-thiery.com, en particulier les articles sur la Haute Bléone et Ampus.

[3] CVS I, n° 603, p. 596-597, 5 mai 1038 et n° 604, p. 598-600, 1021-1044.  Cet Heldebert ou Aldebert d’Aiguines est apparenté aux princes de Moustiers par sa mère Adalgarde et son grand-père Augier, premier prince de Riez. Par commodité, nous utilisons les noms propres et de lieux tels qu’ils sont donné par le cartulaire.

[4] On ne peut, comme certains, reconnaître dans le mont Viriz, celui de Vernis, ce qui rend impossible la circonscription totale de la villa.

[5] La modiée de terre labour équivaut à peu près à 2 hectare 50.

[6] 1079, Grégoire VII (CSV n° 843, p. 218). 1113, Pascal II (CSV n° 848, p. 237). 1135, Innocent II (CSV n° 844, p. 226).

[7] 1235, R. Petri prioris de Saletis (CSV n° 892, p. 282).

[8] S. Bartel. Historica et chronologica praesulum sanctae Regiensi ecclesiae nomenclatura, Aix, 1636, p. 49.

[9] FISQUET, La France Pontificale, Gallia Christiana, Riez, p. 319. ALBANES, Gallia Christiana Novissima I, 1895, col. 585-586, qui relate que l’évêque de Riez Bertrand crée en 1052 une fondation de chanoines réguliers vivant en commun dans l’église de Moustiers. Cette fondation est attestée par le Cartulaire de Lérins I, CCXI, p. 213-215, en 1052. 

[10] CSV I, n° 606, p. 601-602. N° 610, p. 604-605.

[11] CSV I, n° 611, p. 606-607 et n° 612, p. 607.

[12] COLLIER R., La Haute-Provence monumentale et artistique, Digne, 1986, p. 125.

[13] Inventaires « Mireur » des archives communales, Aiguines, vue 132.

[14] ALBANES, Gallia Christiana Novissima, I, Riez, Inst. XVII, col. 377-378.

[15] Certains auteurs ont voulu intégrer ces frères dans un ordre religieux. Cette proposition n’est plus suivie aujourd’hui. Voir Jean MESQUI, « Les œuvres du pont au  Moyen Age », Colloque du C.T.H.S., 110 « Les routes du sud de la France », Paris, 1985,  p. 231-243.

[16] Il est probable qu’il s’agit d’ouvriers bâtisseurs attachés à la famille des Augier-Spada, liée directement aux princes de Riez.

[17] Sur ce sujet : L. BLANCARD, Inventaire des archives du Grand Prieuré de Saint-Gilles, Paris, 1869, p. 23. Egalement, notre étude, Aux origines des églises et chapelles rurales de Haute-Provence, 2010, site Internet daniel-thiery.com.

[18] PROU M., CLOUZOT E., Pouillés des provinces d’Aix, Arles et Embrun, Paris, 1923, p. 108. Le terme « maison » fait directement référence aux maisons des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.

[19] Chartrier de Saint-Victor, série H. 1 H 43, p. 14.

[20] CSV II, n° 697, p. 39.

[21] CSV I, n° 611 et 612.

[22] Inventaires « Mireur » des archives communales, Aiguines, vues 196, 150, 11 et 151.

[23] Idem, vue 285.

[24] POLY J.-P. « La petite Valence », p. 153-154 et note 74.

[25] Gallia christiana novissima (GCN), II, n° 53 : descriptio mancipiorum de valle Ovacina factum tempore Babonis episcopi. ALBANES, Armorial et sigillographie des évêques de Marseille, Marseille, 1884, p. 30-31.

[26] CSV I, n° 613, vers 1015, p. 607-609. CSV I, n° 615, vers 1020, p. 610. Pour plus de précisions, consulter notre étude « Ampus. Des Romains au Moyen Age », site Internet daniel-thiery.com.