Daniel Thiery

Escragnolles. Histoire 1562-1819

 

7) La vie communautaire et religieuse

 

On possède peu de renseignements sur la période située entre l’acte d’habitation de 1562 et le début du XVIIe siècle, moment où un nouveau seigneur prend possession de la seigneurie d’Escragnolles. L’affouagement de 1609 reste muet et les délibérations municipales conservées débutent seulement en 1630. Les guerres de religion ont sans doute contribué à ce silence. On en saisit cependant quelques éléments grâce à des documents postérieurs.

 

C’est ainsi que l’édification d’une église auprès du château demandée par l’évêque de Fréjus en 1546 et 1566 n’a pu être concrétisée. La cause, comme l’explique un texte de 1612 [1], en est l’occasion des troubles de la religion prethandue refformée en laquelle vivoit le seigneur dudict Escragnolle Henry de Grasse. Mais, comme le souligne le même texte, ceci jusqu’en 1603, année où le seigneur faisoit profession de la religion catholique, apostolique et romaine. En attendant l’édification de l’église, l’évêque autorise les fidèles à suivre les offices en ung petit oratoire qu’il y a en ung coing de la salle seigneurialle.

 

 

Organisation de la communauté

 

Le premier acte constitutif des arrivants fut de créer un « corps de communauté », avec trois consuls, trois auditeurs des comptes, trois regardateurs, quatre estimateurs, un trésorier et un greffier [2]. Elu tous les ans, Il gérait, sous l’autorité du Lieutenant de juge représentant le seigneur, l’ensemble des affaires de la communauté. Elle tenait ses séances près du château seigneurial et la communauté se plaignait de se rendre dans un lieu si éloigné du Logis où, comme nous l’avons vu, était concentré le plus grand nombre d’habitants.

 

Comme le stipulait l’acte d’habitation, la communauté versait chaque année le droit de censive en deux versements, à la saint Michel et le premier mai. Elle était libre de construire moulins, fours et tout autre engin à sa convenance. Comme toute autre communauté des environs, elle entretenait fours, moulins, chemins ruraux, églises et fontaines. Nous ne nous étendrons pas sur cette gestion bien connue.

 

 

Le moulin sur la petite Siagne

 

Ce moulin est cité en 1546 [3] quand il est ordonné que soit construit une nouvelle église proche du château et maison seigneurialle et au dessus le mollin. Il est encore cité à plusieurs reprises lors du bail de 1562 [4]. Ce moulin semble avoir été détruit lors de la construction de l’église en 1607, car deux ans plus tard, on en parle comme étant du passé. En 1609, en effet, deux citations n’offrent aucun doute sur sa disparition [5]. Il est dit au f° 68 r° que le moulin dudict Escragnolle estoit sittué aupres du chasteau ou esse maintenant l’esglise et au f° 91 r° : aurions visitté la source et l’eau à camp turquet laquelle faisoit tourner le moulin qui estoit au devan le chasteau au lieu où de present est l’église. Au folio 66 r°, ce moulin estoit sur la petite siagne, audit fenouilhet appartenant à la dame du dict lieu d’Escragnolle. Ce moulin était mû par un beal, prenant les eaux d’une source située en amont dans le vallon dit de Gabre. Ce vallon aboutit en aval dans la Siagnole qui reçoit également les eaux du Vallon du Ray.

 

 

Le moulin sur la grande Siagne

 

L’autre moulin est cité en 1609. Il appartient à la communauté et est situé à la grande siagne (f° 65 r°) ou estant le moulin de la communauté le long la riviere de Siagne (f° 5 r°). Il a du être construit au tout début du XVIIe siècle quand l’église du château a pris la place du moulin de la petite Siagne (1607). On le retrouve en 1706, le 18 avril, lors d’un arrentement [6] : André Chiris, premier consul de la Communauté d’Escragnolles,…. arrente le moulin à bled, paroir et jardin de ladite Communauté tout proche de la rivière de Siagne,…., pour le temps de quatre années complètes et révolues, commençant la première demain matin dix neuf du courant, …., lequel arrentement a esté fait pour et moyennant le prix et rente annuelle de deux cent sept livres.

 

Il est recensé lors des affouagements de 1698 et de 1729, avec, à cette dernière date, un foulon [7]. En 1819, l’état des sections du cadastre napoléonien [8] décrit le moulin à farine : il n’existe qu’un seul moulin à farine appartenant à la Commune. Il est situé sur la rivière Siagne.

 

 

Ce moulin a nécessité de grands soins et les besoins de réparations jalonnent les délibérations du conseil municipal. Il faut réparer le canal qui conduit l’eau au moulin, changer les meules usagées, remettre des tuiles au toit. La plus grande dépense est celle des meules qu’il faut aller chercher loin et amener difficilement comme le relate une délibération de l’An XII : il faut acheter deux pierres de moulin à farine et envoyer un homme de confiance à Bagnols pour fait l’achapt des deux pierres à la meilleure condition, de sept pans de diamètre et être apportées sur des mulets à cause que les charretes ne peuvent parvenir à Escragnolles, comme montagne chemin de montée tout à fait impraticables [9]. Finalement, la commune « aliénera » le moulin en 1832 [10].

 

 

L’église Saint-Pons

 

Le deuxième acte important des nouveaux habitants fut de construire une église. On a vu plus haut que l’église Saint-Martin n’était plus en état de service, abandonnée depuis le 14e siècle. L’ordonnance de l’évêque de Fréjus de 1546 de construire une nouvelle église n’avait pas abouti, malgré un souhait renouvelé en 1566. Les guerres de Religion avait stoppé toute réalisation, d’autant que le seigneur d’Escragnolles, à ce moment la famille Grasse du Mas, avait embrassé la religion protestante.

 

Un document intitulé Mémoire sur les sentences ecclésiastiques relate la création de cette église [11]. Il expose que le lieu d’Escragnolles étant anciennement inhabité n’avoit point d’église et qu’en 1562 les habitants presque tous rassemblés au quartier de St-Pons étaient secourus par le curé de Mons. Les habitants décident donc, dès leur arrivée, de construire une église dans ce quartier et de la faire desservir par un prêtre habitant parmi eux.

 

Une ordonnance de l’évêque de Fréjus du 25 juin 1582 confirme l’existence de l’église et assure que le service divin y est bien exercé. Mais l’édifice ne semble pas être entretenu comme il devrait car le 4 juin 1603, l’évêque exige qu’il soit réparé, couvert de tuiles, fermé à clef et qu’on y mette un retable auquel sera dépeint l’image de St Pons, le tout aux frais des consuls et de la communauté. On enterre les morts à l’intérieur de l’église dans un grand caveau couvert d’une énorme dalle de pierre. Il est curieux que 20 ans après la construction de cette église, elle soit déjà presque en ruine, ce qui laisserait supposer que les habitants avaient seulement réhabilité un édifice déjà existant. Nous verrons par la suite les tribulations de cette église causées par l’édification de l’église du château.

 

 

L’église du château

 

La venue du nouveau seigneur fut un évènement important pour la vie de la communauté, car ce seigneur était seigneur uniquement d’Escragnolles. Contrairement aux précédents dont la résidence était au château de Callian, les DE ROBERT s’installèrent sur place, au château. Il est probable qu’ils le restaurèrent pour en faire une demeure seigneuriale conforme à leur rang. Mais ils gardèrent les dépendances, le four, le moulin, la bergerie et l’apier. Ils ne mirent pas en cause les conditions et pactes de l’acte d’habitation de 1562. Au contraire, ils le gardèrent précieusement dans les archives de la famille et il demeure encore le seul exemplaire connu.

 

Le premier acte important, dès leur arrivée, fut de construire enfin cette église dont l’évêque de Fréjus attendait depuis 50 ans l’édification. Trois raisons s’imposèrent aux DE ROBERT. La première fut l’insistance renouvelée de l’évêque, la deuxième était qu’il était naturel que l’église soit près du château, la troisième était que l’église Saint-Pons était trop éloignée du château et que le trajet était fatiguant et même dangereux en hiver.

 

En 1607, l’église est achevée et munie d’un beau retable et ornemens. Mais il restait à en faire l’église paroissiale, car depuis le Moyen Age, seule l’église Saint-Martin possédait ce titre. C’est pourquoi le 17 décembre 1612, a lieu une transaction entre Melchior de Robert, seigneur d’Escragnolles et la communauté des habitants représentée par Ferreol Chiris et Pierre Porre, consuls, faisant muttation et changement de ladite eglise parochiale du lieu où elle estoit antiennement au lieu où le sieur d’escragnolle la fait batir, pres de la maison seignorialle.

 

L’église du château est dédiée à Notre-Dame. Lors de son testament, en date du 18 février 1613, Melchior de Robert « élit la sépulture de son corps dans l’église parrochiale dudit Escragnolle proche du château et dans la tombe de son père » et « il fonde une messe de requiem dans ladite église soubs le titre de Notre Dame » [12]. Plus tard, Alexandre de Robert fera de même le 21 octobre 1690 [13]. Cette église du château restera paroissiale jusqu’à la Révolution.

 

Le 9 messidor An III, elle fait partie des biens nationaux et vendue conjointement avec la maison presbytérale [14]. Cette dernière semble être revenue à la commune puisque le 28 août 1810, elle est mise aux enchères : la maison presbytérale et écuries attenantes, au quartier du ci devant chateau, le jardin et l’ancien cimetière près de l’ancienne paroisse abandonnée depuis de longues années [15].

 

Le 2 février 1824, l’évêque de Fréjus, Charles Alexandre de Richery, vu l’état de dégradation et ruine où se trouve l’ancienne église paroissiale d’Escragnolles, avons interdit et interdisons la ditte église avec défense à l’avenir à tout prêtre de notre diocèse d’y exercer aucune fonction ecclésiastique et religieuse. Le 29 du même mois, le conseil municipal décide la vente de tous les matériaux qui composent l’ancienne église du château, décision approuvée par le sous Préfet de Grasse le 9 juillet 1824 [16].

 

 

La chapelle Saint-Pons

 

La transaction du 16 décembre 1612, bénéfique au seigneur, devint très vite insupportable aux habitants, car le seigneur trouva le moyen de persuader aux habitants, gens simples et faciles, en leur promettant que le curé qui desserviroit la paroisse seroit obligé de leur aller dire la messe et leur administrer les sacremens dans l’église de St Pons toutes les fois qu’il y auroit des vieux malades necessiteux et des femmes enceintes. Mais cet article n’était pas consigné dans la transaction, seulement dans une écrite privée du même jour.

 

La « paroisse » est maintenant au château et est desservie par un prêtre logeant dans un presbytère attenant. Le curé de la nouvelle église refuse de desservir Saint-Pons. Les habitant ne furent pas longtemps à s’en repentir et à reconnoitre qu’ils avaient été trompés. Ils firent donc appel aussi bien à la Cour que devant les juges d’Eglise. Pendant un siècle de procès ils sont privés de tout secours religieux : ceux qui pour remplir leurs obligations se hazardoient d’aller à la paroisse pendant le rigoureux tems de l’hiver, ou n’entendoient pas la messe qui étoit presque finie à leur arrivée, ou retournoient malades chez eux, tantot d’une chute, tantot d’une autre maladie dangereuse, et lorsque cloués dans un lit il falloit les confesser et leur donner le viatique ils etoient morts avant que le curé put venir à leur secours et put estre averty qu’ils etoient malades.

 

Enfin, l’évêque de Fréjus, en 1714, fait dresser un verbal par son official de la triste situation des habitans de Saint Pons. En 1715 il nomme un secondaire pour desservir la chapelle qui logera au hameau voisin dit le Logis. En même temps, il ordonne que les frais du secondaire et de l’entretien de la chapelle soient assurés par le sieur vicaire de la paroisse. La chapelle est en effet en mauvais état, le tabernacle est dégarni, il n’y a pas de lampe ni de vases sacrés, les ornements sont anciens et délabrés et le caveau est absolument ramply d’ossements.

 

Le vicaire continue de faire obstacle à toutes les ordonnances de l’évêque. Les consuls convoquent le 1er mai 1733 une assemblée des plus apparents du lieu de St Pons et prennent une délibération de s’adresser à l’évêque pour faire appliquer la sentence de 1715. Le vicaire averti de cette démarche fait une réponse qui prouve que c’est le seul interest qui le fait agir dans ce procès et qu’il se met peu en peine du salut de ses ouailles pourvu qu’il puisse empecher l’etablissement d’une succursale dans l’église de St Pons qui pourroit diminuer le casuel de sa paroisse qui luy tient fort à cœur. Le 12 juin 1739, une nouvelle sentence de l’évêque ordonne d’appliquer la sentence de 1715.

 

Le « Mémoire », dont il manque les dernières pages, s’arrête à cette date et nous ignorons la suite des évènements. Il apparaît cependant que Saint-Pons fut construite entre 1562 et 1582 par la volonté et aux frais des habitants. Elle était alors la seule église dans le terroir d’Escragnolle comme le stipule le « Mémoire ». Elle ne servira au culte que jusqu’en 1612 date où elle devient une chapelle succursale, mal desservie certes, mais pourvue d’un secondaire en 1715. C’est ce que confirme ACHARD : Les habitants du logis qui est sur la grande route, et ceux des autres hameaux, au nombre d’environ cinquante, reçoivens les Sacremens à la Succursale du logis, dédiée à S. Pons et établie depuis plus d’un siècle. Il y a un prêtre pour le service de cette Eglise [17] .

 

Une délibération du conseil municipal, en date du 7 février 1740, décide de faire incessamment construire un cimetière au derrière de St Pons du côté de septentrion, qui sera de la longueur de ladite église et de 20 pas de large et de faire enchère. En même temps, il approuve la réparation des degrés des deux portes de l’église, lesquels degrés seront faits de pierre taillée. Puis, le 6 mai 1742, il paye 2 livres pour avoir fait la croix du cimetière dudit St Pons et pour avoir mis des tuilles au toit de ladite église. Enfin, le 10 juin de la même année, les consuls offrent une rétribution au vicaire pour venir bénir le cimetière [18].

 

En 1810 la chapelle menace ruine et est mise aux enchères publiques avec divers terrains communaux afin de financer les frais de construction d’une nouvelle église [19]. Il semble que la commune n’ait pas trouvé preneur et l’ait gardé en sa possession, car en 1851, elle établit un devis estimatif de réparation [20]. Le toit est à remettre en état, les murs intérieurs seront purgés à la pointe du marteau, puis enduits de bon mortier liquide en quatre différentes couches, puis le tout blanchi très proprement au pinceau avec chaux coullée. La porte de l’église du midi ou du couchant sera bouchée, laquelle trouveront à propos Mr le Maire et le conseil de Fabrique. Il sera ouvert une fenetre du coté du midi à l’endroit désigné par le conseil de Fabrique de 40 cm de largeur pour 75 cm de hauteur. Il sera porté une grande pierre de taille dans le cimetière se trouvant dans l’intérieur pour y porter la croix. Le devis est approuvé par le sous Préfet le 23 avril et par le Préfet le 24 avril.

 

Cette chapelle, dédiée à saint Pons, outre son rôle, d’abord de paroisse, puis de succursale, était l’objet de neuvaines et de processions dans le but de protéger les récoltes et les troupeaux. Le 13 juin 1723, le sieur Canot, vicaire, reçoit de Barthélemy Mourlan, trésorier moderne de ce lieu, la somme de 2 livres 5 sols pour la rétribution de neuf messes que j’ai dit de l’ordre des sieurs consuls pour demander et prier le Seigneur de leur accorder et donner un beau tems et une bonne récolte des fruits [21].

 

Au cours du XIXe siècle, alors que la nouvelle église est construite, on se rend à la chapelle Saint-Pons le dimanche qui suit le 11 du mois de mai, fête du saint. Une messe y est célébrée et à l’issue de la messe on bénit le sel destiné à l’alimentation des bestiaux ainsi que les troupeaux. En vue d’obtenir la protection du ciel sur les récoltes de blé, on a coutume de sonner une cloche, la petite, lorsque le temps est à l’orage. La croyance veut que saint Pons a pour agréable cette sonnerie et qu’il accorde en retour son intervention pour détourner la grêle du pays [22].

 

 

L’église Saint-Pons et Saint-Martin

 

Dès la Révolution, l’idée de construire une église plus grande et plus commode au quartier du Logis, c’est-à-dire à l’endroit où était concentré le maximum de la population, avait germée dans les esprits du conseil municipal. Plusieurs fois, ce sujet revient à l’ordre du jour, mais le projet est toujours ajourné par manque de finances et de réelle volonté. Il faut également trouver un terrain, avoir l’accord du préfet et de l’évêché, démarches longues et difficiles [23]. Plus de quinze années seront nécessaires pour faire aboutir cette réalisation.

Le 23 mai 1810 paraît un décret impérial autorisant le maire d’Escragnolles d’aliéner aux enchères publiques plusieurs biens appartenant à la commune pour subvenir aux frais de la construction d’une nouvelle église [24]. Après plusieurs propositions, le procès verbal d’adjudication, en date du 31 janvier, 1811, donne la construction de l’église à Dominique Romancin, maçon de Cabris, pour la somme de 8680 francs.

 

Un rapport de vérification de la nouvelle église, du 18 septembre 1818, est établi par Jacques Quine, architecte. Il reconnaît que les travaux n’ont pas été correctement exécutés : une partie de la voûte s’est affaissée, les murs ne sont pas crépis, les fenêtres n’ont pas les bonnes dimensions, le sol n’est pas pavé et le clocher n’est pas fait. Un deuxième rapport de vérification est réalisé par les sieurs Gobi, architecte de Grasse et Lantoin, architecte de Draguignan le 9 mars 1820 qui constate que les travaux n’ont pas été réalisés.

 

Le 1er juin 1820, le conseil municipal considère qu’il importe fort aux habitants que la messe se dise dans la nouvelle église attendu que celle de Saint Pons est trop petite et ne peut par conséquent contenir tous les fidèles. Les ouvrages qui n’ont point été faits et ceux à refaire ont été portés à la somme de 2332 francs 18 centimes pour que l’église puisse être reconnue conformément au plan et devis.

 

Par une nouvelle délibération du 17 février 1822, le maire fait accepter par le conseil municipal la décoration et l’ameublement de l’église. Désirant faire jouir au plus tôt possible les habitants de cette commune de voir célébrer les offices divins dans la nouvelle église, j’ai fait exécuter dernièrement au sieur Bastian, peintre à Draguignan, un projet d’autel. Cet autel se compose d’un tabernacle, d’un tableau qui est superbe et d’un entablement qui peut être exécuté en peinture, pour le prix de 1000 francs. La délibération est acceptée par le sous Préfet de Grasse le 27 mars 1822 [25].

 

A partir de cette dernière date, l’église a pu être enfin livrée au culte. Il aura fallu douze ans pour qu’elle soit achevée. Une tribune sera installée à la suite d’une délibération du 10 novembre 1871 attandu que l’église n’est pas assez grande pour contenir tous ceux qui sont bien aise d’assister aux offices divins [26].

 

 

La chapelle Saint-Martin

 

Nous avons laissé l’église Saint-Martin lors de son abandon au XIVe siècle au moment où Escragnolles est déclaré inhabité. Lorsqu’une vie organisée reprend en 1562, elle est déclarée vieille et antique, ce qui incite l’évêque à faire bâtir une église près du château des de Robert en 1607, puis d’y transférer la paroisse en 1612. Presque trois siècles d’abandon n’ont dû laisser qu’un tas de ruines.

 

La première mention où elle réapparaît date de la fin du XVIIe siècle. Lors de son testament du 21 octobre 1690, Alexandre de Robert charge son héritier, outre des dons à faire à l’église paroissiale, de donner 6 livres à la chapelle sainct Martin [27]. Il semblerait que la famille de Robert ait restauré l’église durant le dernier quart du XVIIe siècle. C’est ce qu’affirme en tout cas, mais sans preuves, Luiz Affonso d’Escragnolle, où l’oratoire de St Martin est transformé en chapelle [28]. Mais ce fait semble cependant très probable, l’architecture de l’édifice n’ayant rien de médiéval et correspondant mieux à cette période. Le bon état de la chapelle est confirmé par la neuvaine de messes assurée tous les ans, comme l’indique un texte de 1723 : 6 livres 5 sols que j’ay receu pour la rétribution des deux neuvenes acquittées à la chapelle Saint Martin et Saint Pons [29]. ACHARD, à la fin du XVIIIe siècle, confirme que l’on dit depuis quelques années une messe à l’ancienne Paroisse ou à la Chapelle de S. Martin [30]. En 1904, les habitants du hameau du Bail font dire au curé qu’il ne vienne pas à la chapelle car il n’y aurait personne [31]. C’est à partir de cette date que la chapelle est abandonnée comme lieu de culte et n’est plus entretenue.

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[1] ADAM E 077/DD2 et 1 E 24/7, liasse 73, Transaction sur le transfert de l’église paroissiale.

[2] Les auditeurs des comptes sont chargés de vérifier et de contrôler les récoltes des habitants afin de répartir l’impôt et de vérifier les dépenses de la commune. Les regardateurs ont un rôle de police. Les estimateurs procèdent aux expertises lors des ventes et des échanges et jouent éventuellement un rôle d’arbitres. Il faut ajouter un « campier », ancêtre du garde-champêtre, chargé de faire respecter les règlements communautaires.

[3] ADAM, E 07/ GG 004.

[4] ADAM, 1 E 24 / 7, liasse 73.

[5] ADAM, E 077/ FF 2.

[6] ADAM, 3 E 75/51, f° 95 r°. Arrentement du moulin à farine par André Chiris à Jean Pie. Notaire, Esprit Gaignard.

[7] ADAM, C 44, f° 108-112, 1698. C 45, 1729.

[8] ADAM, 34655, section C, dite de Siagne, parcelle n° 896, contenance de 50 m², propriétaire : la Commune.

[9] E077/ 01D001. Délibération du 22 fructidor An XII.

[10] Idem, délibération du 8 février 1832.

[11] ADAM, EO77 / GG 4. Il manque la première page du document, ainsi que la ou les dernières pages. Non daté, l’archiviste l’estime « vers 1740 ».

[12] ADAM 1 E 24/ 7, liasse 73.

[13] ADAM 1 E 24/ 7, liasse 71.

[14] COIFFARD Aimé, La vente des biens nationaux dans le district de Grasse, Paris, 1973, p. 113. Les acheteurs sont Louis LUCE, négociant à Grasse et André LIEUTAUD d’Andon.

[15] ADAM E 077/ 09 M 001. Construction de la nouvelle église.

[16] Idem.

[17] ACHARD, op. cité, p. 523.

[18] ADAM E 077 / BB 07 (délibérations de 1733 à 1764).

[19] ADAM, E077/ 09 M 001. 23 mai 1810, « Décret impérial autorisant le maire d’aliéner aux enchères publiques en différents lots l’église de St Pons qui menace ruine».

[20] ADAM, E077/ 09 M 002. 3 février 1851. Devis estimatif des réparations à faire à l’église de St Pons, commune d’Escragnolles.

[21] ADAM E 077 / CC 05, comptes trésoraires 1712-1785.

[22] Archives diocésaines.

[23] Le terrain choisi offre une contenance de 110 m², pré arrosable d’une valeur de 154 francs, selon un rapport d’estime du 10 mai 1818 (E077/ 01D001).

[24] Note 96.

[25] L’ensemble de ces délibérations est conservé aux ADAM, E 077/ 09M 001. Le tableau est signé Bastiani et daté : 1813.

[26] ADAM, E 077/ 09M 002

[27] ADAM 1 E 24/7, liasse 71.

[28] D’ESCRAGNOLLE Luiz Affonso, « Genealogia da Familia d’Escragnolle, França-Brasil », Revista do Instituto Historico et Geografico Brasileiro, vol. 234, abril-junho, Rio de Janeiro, 1957, p. 5.

[29] ADAM E 077/CC 005, acquit du 22 août 1723.

[30] ACHARD, C.F., Description historique, géographique, …… Aix, 2 vol. 1787-1788, p. 523.

[31] Archives diocésaines de Nice.

 

Les saints protecteurs

 

 Tableau de saint Pons 

 Statue de saint Martin
Tableau Saint-Pons Statue Saint-Martin
 Buste de saint Pons   Buste de saint Clair
Buste Saint-Pons Buste de Saint-Clair

 

 

 

 

La chapelle Saint-Pons avant sa restauration

(Association Le Figon)

Intérieur de la chapelle Saint-Martin

(Association Le Figon)

Chapelle Saint-Pons Chapelle Saint-Martin