Daniel Thiery

Escragnolles. Histoire 1562-1819

 

3) Châteaux, églises et habitats avant 1562

 

Le château, le village et l’église Saint-Martin

 

Il est vraisemblable que le château des premiers seigneurs d’Escragnolles, ceux nommés au XIIe siècle de Sclanola, était situé sur le site dominant la chapelle Saint-Martin actuelle. Il en reste en effet quelques traces, non seulement du château, mais également du village. Une tradition, transmise depuis des générations, en apporte plusieurs confirmations.

 

Une baume, située immédiatement sous le site, est dite Baume de la Ville. Elle est citée par Marcellin CHIRIS en 1882, comme tenant son nom d’une ancienne ville d’origine romaine bâtie sur le rocher de Saint-Martin et dont les ruines ont servi sans doute à la construction du Bay, hameau situé en face de Saint-Martin » [1]. Le toponyme Baume de la Ville apparaît dans une délibération du conseil municipal de 1734 [2]. En 1546, l’évêque de Fréjus reconnaît le mauvais état et l’incommodité de l’église vieille et antique proche du château et vieux village qui n’est plus en état de service et qu’il faut donc en construire une autre [3]. Cette église vieille et le vieux village semblent avoir subsistés jusqu’au milieu du XIVe siècle, car dans les comptes de décimes du diocèse de Fréjus, l’église est desservie en 1274 par un vicaire, dominus Nicolinus, vicarius de Sclagnola, de même en 1351, mais sans donner le nom du vicaire [4]. ACHARD, à fin du XVIIIe siècle, résume la situation du site de Saint-Martin : anciennement le village d’Escragnolle étoit sur la route de Castellane à Grasse, au lieu où est la chapelle dédiée à S. Martin. Il n’y a pas d’autres vestiges du village. On fait remonter sa destruction à l’époque du ravage que firent en Provence les Troupes du Comte de Turenne [5]

 

Puis, après cette dernière date, l’église semble abandonnée, plus aucune information n’apparaissant sur elle. Le village a dû, comme tant d’autres, pendant cette période de guerres et d’épidémies successives, être complètement déserté. Cent ans plus tard, en 1471, le lieu d’Escragnolles est toujours inhabité. L’église restera cependant paroissiale jusqu’en 1612 où elle est reconnue comme étant l’ancienne paroisse, mais comme on l’a vu vieille et antique [6].

 

 

Saint-Martin (Photo Guy Feynerol)

 

Saint-Martin

 

  

Ville Vieille et le château des Requiston

 

Ville vieille.

 

Si le site de Saint-Martin est situé à l’est du territoire sur le vieux chemin d’Antibes à Sisteron en passant par Castellane et Digne, celui de Ville Vieille est à l’opposé, à l’ouest, sur l’ancien chemin venant de la plaine de l’Argens et de Fréjus, passant par Callian et Mons.

 

L’appellation Ville Vieille, disparue depuis le XVIIIe siècle, apparaît plusieurs fois au XVIe et XVIIe siècles. En 1671, est citée une draye venant de ville vieille jusques au Gabre. En 1609, des enquêteurs sur les chemins traversant Escragnolles, sont allés de la montagne du Cavallet et dela descendus à la fontaine du pousses, suivant le long la draye, serions passés jusques à ville vieille et dela au logis [7]. Plusieurs fois, l’appellation apparaît dans l’acte d’habitation de 1562.

 

Cette draye que les enquêteurs empruntent depuis la montagne du Cavalet mesure 8 cannes de large mais le chemin est rude et rabouteux comme indiqué en 1659 [8]. Sur Escragnolles, cette draye continue le tracé venant du Col de la Lèque à la limite des communes de Saint-Vallier et de Saint-Cézaire. A ce col, arrivait également le chemin de la Tire provenant de Grasse qui avait drainé sur son parcours les drayes venant de Cabris et du Tignet. Au col de la Lèque, à la croix, cette draye évitait Saint-Vallier en descendant au nord-ouest dans le vallon de la Combe, puis remontait à la croix de Siagne. Sur son passage elle avait longé trois tumulus de l’âge du Bronze. De la croix de Siagne, elle descendait vers la rivière, passait aux abords de la chapelle Saint-Jean par le passage qui servit en 1736 à établir le nouveau tracé de la voie royale ou ancienne route Napoléon. Evitant encore le grand chemin montant vers Saint-Martin, la draye bifurquait vers l’ouest, passant entre le Marinon et Rouyère, puis au nord du Cavallet et de son enceinte. De là, elle longeait les pentes de la montagne de Briasq dominant la Siagnole pour aboutir au vallon du Ray et faire la jonction avec le chemin venant de Mons. Les deux chemins réunis, le tracé remontait le vallon du Gabre, passait sous Ville vieille, à l’endroit où se dresse aujourd’hui le site du « château » et aboutissait enfin au Grand Logis sur la voie royale.

 

Voir Carte in Illustrations

 

D’après les indications fournies par ces différents textes, il est possible de localiser cette ville vieille. Il s’agit de structures en pierre sèche contiguës à l’oppidum de « Cogolin » ou du « château ». Octobon en a fait le plan et les qualifient de grand habitat [9]. Il est difficile, faute de fouilles, d’attribuer une date d’occupation à ce site. Adossé à une enceinte occupée durant l’Antiquité, il est possible que ce grand habitat ait été ouvert durant les premiers siècles de notre ère et ait perduré pendant encore quelques siècles. Il est resté dans la mémoire des habitants comme une agglomération autrefois importante, pouvant être qualifiée de « ville » ou comme un ancien établissement romain sous le terme de villa, s’étant par la suite développé pendant la période carolingienne sous le même terme.

 

 

Le château des Requiston

 

On a l’habitude de dater la construction du château des Robert d’Escragnolles, au site dit du « château », au moment où cette famille a acquis la seigneurie d’Escragnolles au tout début du XVIIe siècle. Or il n’en est rien. En effet, que ce soit dans l’acte d’habitation de 1562 ou dans l’ordonnance de l’évêque de Fréjus de 1546, un château ou « maison seigneuriale » est cité au même endroit, c’est-à-dire au pied de la petite barre rocheuse et du plateau où sont les ruines de Ville vieille, au lieu-dit d’Ensuigue [10].

 

Dans le premier texte de 1546, il est question de construire une église proche du château et maison seigneuriale et au dessus le mollin [11]. Des précisions sont apportées par l’acte d’habitation de 1562. Outre le château et le moulin déjà cités, il y avait également un four pour cuire le pain. Un jas abritait un troupeau de moutons, des vignes fournissaient des raisins, un apier pour les abeilles procurait cire et miel. Les troupeaux paissaient dans tout le territoire, y compris dans celui de Clars disputé aux habitants de Mons. En 1559, un procès éclate à ce sujet entre le seigneur de Mons et celui d’Escragnolles. Ce litige sur les herbages se poursuivra d’ailleurs jusqu’à la Révolution [12].

 

On ne peut connaître pour l’instant la date de création de cette maison seigneuriale. On peut cependant l’attribuer à la famille des Grasse-Requiston présente depuis le XIVe siècle, puis passée aux Grasse du Mas et de Callian au milieu du XVIe siècle. Cette maison seigneuriale ne devait pas servir d’habitation permanente à ces seigneurs qui possédaient de véritables « châteaux », que ce soient les Requiston à Draguignan et les Grasse du Mas à Callian. En fait, cette maison seigneuriale représentait l’autorité seigneuriale et servait de centre d’exploitation agricole et pastorale. Un rentier ou tenancier en avait la charge, aidé par des travailleurs et des bergers, constituant ainsi quelques familles vivant sur place, dans les dépendances du château ou dans quelques maisons bâties à proximité.

 

On peut se faire une idée de cette organisation par le bail à acapt passé entre noble Requiston de Requiston, seigneur d’Escragnolles et Antoine Caponi de Saint-Cézaire en 1448 [13]. Le contrat d’emphytéose ou bail à acapt est passé devant notaire entre le seigneur et le « tenancier ». Ce dernier, en échange d’une exploitation, après avoir prêté l’hommage et le serment de fidélité sur les saints évangiles, se déclare tenu d’y demeurer sa vie durant. Dans le cas cité, le tenancier, Antoine Caponi, veut reprendre sa liberté et doit verser au seigneur une somme d’argent pour compenser le dommage subi par le seigneur. Lors du bail de 1562, Françoise de Grasse libère le terroir alors en arrentement, pour le livrer aux nouveaux habitants.

 

Cette maison seigneuriale, centre d’exploitation rurale, était située sur un chemin de transhumance menant les troupeaux des plaines de Fréjus et de l’Argens vers les montagnes. L’on s’étonne parfois de voir des seigneurs posséder des territoires très éloignés les uns des autres, les uns dans la plaine, les autres dans les montagnes. Il en est ainsi de la famille des Requiston qui fut seigneur d’Escragnolles durant trois cents ans. En 1360, elle possédait des territoires dans le Haut Verdon avec Allons et Vauclause [14], dans le Haut Var avec Annot, Le Fugeret et Castellet-les-Sausses, mais également dans la plaine, à Bagnols et Draguignan. Il en était de même pour les Grasse du Mas, seigneurs de Callian, du Mas et d’Escragnolles après les Requiston. Ces possessions en plaine et à la montagne leurs permettaient d’avoir des pâturages d’hiver et d’été, sans être obligés de louer des pâturages fort onéreux. Le terroir d’Escragnolles, peu propice à l’élevage, à part l’ubac de Clars réservé aux habitants, servait au seigneur de lieu de passage et de stabulation entre ces deux périodes. Lors du bail de 1562, Françoise de Grasse se retient pour son usage et faculté les passages et abreuvages dudit terroir d’Escragnolle tant pour elle que pour les siens, et interdit aux nouveaux habitants de mettre ny rellargar aulcuns bestails estrangiers ni de mezairies aud terroir d’Ecragnolle en aulcune maniere. La défense est claire, le seigneur a seul le droit de transhumance et les habitants ne peuvent élever que leur propre bétail, à l’exclusion de tout autre.

 

 

L’église et le village de Clars

 

Encore plus à l’ouest mais au nord, un autre site présente une ancienne implantation humaine, le village de Clars. Un texte de 1559 cite plusieurs fois la fontaine de notre dame de Clars, la bastide de Clars et l’ubac de Clars [15]. Les habitants du village de Mons affirment qu’ils ont des droits antiques pour faire pâturer et abreuver leur bétail à la fontaine de notre dame de Clars et à la font dau sambuc dans ce terroir et lieu et contigu au terroir d’Escragnolles et que lubac de Clars est limite avec lou quatre termes, à savoir du terroir desclapon, mons, seranon et escragnolle. Le seigneur d’Escragnolles contestait ce droit et molestait les habitants de Mons quand ils venaient dans l’ubac de Clars faire pâturer leurs bestiaux et les faire boire aux deux abreuvages.

 

Le territoire de Clars, comme on le voit, est en limite de quatre communes et le toponyme les quatre termes apparaît encore sur les cartes actuelles. L’appellation notre dame de Clars correspond à une chapelle aujourd’hui ruinée, signalée au Moyen Age comme étant une église devenue ensuite un prieuré dépendant de l’abbaye de Lérins. En 1305 en effet, une transaction entre l’évêque de Fréjus et l’abbé de Lérins, provoque l’union de l’église de Notre-Dame de Clars au prieuré de Notre-Dame de Gratemoine [16]. De 1315 à 1673, plusieurs pièces confirment cette union des deux prieurés. Il s’agit de mises en possession du prieuré de Notre-Dame de Clars avec tous les droits, fruits, rantes, appartenances et deppandances [17]. Celle du 16 novembre 1615 relate la mise en possession du prieuré en faveur de dom Anthoine de Grasse profes audict monastere (de Lérins) : nous nous sommes transportés à la chapelle nostre dame aud terroir de Seranon, autre membre dependant dudict prieuré ou arrivés avons pris, ledict pere dom ange, par la main droite, l’avons mené au devant de lauthel, y estant avons fait nos prieres et benedictions, baisé ledict authel, luy ayant fait aussi baiser le retable image vierge en bosse y estant en signe de possession.

 

Le territoire de Clars se présente comme une entité géographique bien délimitée. Il est formé d’une large plaine traversée par le ruisseau du Ray, entourée sur trois côtés de pentes abruptes : au sud, un ubac boisé, à l’ouest et au nord, un adret bien exposé au soleil. A l’est, le ruisseau du Ray tombe en cascade le long d’une falaise fermant le territoire. L’église est installée dans la pente nord exposée au soleil, sur le territoire de Séranon, mais à 50 mètres de celui d’Escragnolles.

 

Roger CHENEVEAU, en 1982, a examiné de près le site de Notre-Dame de Clars [18]. Il reconnaît d’abord le castellaras de Briauge situé 500 mètres au nord de la chapelle et estime qu’il a pu servir d’habitat et peut-être au pacage du bétail. Il suggère ensuite que de cette entité primitivement agro-pastorale, une migration d’agriculteurs venus de cette enceinte s’est effectuée dans un village ouvert, au premier millénaire de notre ère. Ce village, qu’il appelle le village de Clars, est situé sous la chapelle en ruine, sur le territoire d’Escragnolles. Il présente des habitations dispersées, dont beaucoup sont réduites à un gros tas de pierres, mais dont un certain nombre subsiste encore, mais ces dernières, construites comme les premières en pierres sèches, sont manifestement beaucoup plus récentes et vraisemblablement datables du XVIIe siècle. Dans et près de la chapelle, il n’a pas remarqué de débris de tuiles, ce qui lui fait supposer que la chapelle était couverte de lauzes. Par contre, dans certains tas de pierres, seuls témoins des constructions antérieures, nous avons trouvé des débris de tuiles plates (tegulae).

 

D’autres historiens citent brièvement le site de Notre-Dame de Clars. AUBENAS, en 1976, relate la réunion des prieurés en 1305 : tout près du carrefour où se croisent d’une part, la route de Valferrière à Mons et, d’autre part, un chemin allant à la vallée de Clars, achèvent de se ruiner les vestiges de N.D de Clars, jadis réunie à ND de Gratemoine [19]. CHENEVEAU, dans son article précédemment cité, fait état d’une lettre reçue de M. RIBOULAT du 1er septembre 1980. Ce dernier, outre la découverte de l’enceinte, lui signalait les ruines d’une chapelle voûtée, qui est très probablement Notre-Dame de Clars, rattachée au prieuré de Notre Dame de Séranon dès 1305 et alors propriété de Lérins. Et sous la chapelle les restes du village médiéval de Clars-Soubrana. Soubrana est un nom de famille passé au hameau mentionné dès 1252 dans une enquête de Charles d’Anjou sur les revenus de sa seigneurie de Séranon [20]. Enfin, C. et J.-C. POTEUR reconnaissent que Notre-Dame de Clars, dont il reste quelques ruines en contrebas de la route de Mons, s’est retrouvée un peu par hasard rattachée à Séranon. L’essentiel du territoire de Clars est sur la commune d’Escragnolles, mais depuis 1305, ce prieuré de Lérins, mentionné pour la première fois en 1259, est réuni à celui de Notre-Dame de Gratemoine [21].

 

La chapelle, qui mériterait un sérieux dégagement, présente encore les deux murs latéraux. A l’intérieur, une corniche en quart-de-rond soutient le départ de la voûte qui devait être en berceau. L’épaisseur des murs n’est que de 0,70 m et la largeur de l'édifice est de 3,70 m. Il est orienté à 320°. On distingue encore dans le mortier qui couvre l’intérieur de la voûte des carrés, délimités par une bande de deux rainures, qui devaient contenir des peintures. Une abside en cul-de-four, maintenant à moitié enterrée sous la route, se devine encore. Elle apparaît nettement sur le cadastre napoléonien de 1835 (section D du cadastre de Séranon, parcelle 393).

 

En 1559, seule une bastide avec un pré appartenant au seigneur d’Escragnolles est signalée. Le terroir de Clars semble à cette date dépeuplé, servant seulement de pâturage pour les habitants de Mons.

 

 

Le Logis et Camp Rouman

 

Enfin, un quatrième site indique une occupation avant l’acte d’habitation de 1562, celui du Logis. Il est situé au centre du territoire, sur la vieille voie reliant Antibes à Castellane. Avant de devenir la nationale 85 ou Route Napoléon, elle était dite en 1913 Route d’Antibes à Lyon et en 1817 Route royale d’Antibes à Sisteron. Au XVIIe siècle, elle est le grand chemin royal allant à Castellane et lieu de passage pour moyen du trafic de Castellane, Digne et Sisteron [22]. Escragnolles profite de cette voie de Grasse à la montagne quy lui donne un profit considérable, que ledit lieu est sur le passage de Castellane à Grasse qui n’est qu’à deux lieues, ce qui est d’un advantage aux habitants pour la débite de leurs denrées [23].

 

Le Logis était l’une de ces auberges placée sur le grand chemin royal où le voyageur pouvait faire halte pour s’y restaurer, dormir et ferrer les chevaux. De Grasse, il est le troisième établissement après celui de Saint-Vallier avec le Grand Logis, annexe du château et celui du Logissoun aux sources de la Siagne, près du moulin d’Escragnolles. Ce logissoun est également dit cabaret de Siagne lors du projet de construction du pont de Siagne et du passage de la route sur la rive droite [24]. Il appartient à la communauté qui l’arrente tous les quatre ans à un rentier [25]. Le Logis d’Escragnolles est plus important que celui du logissoun car il figure sur la carte de Cassini, feuille n° 168. Il est déjà cité en 1609 [26]. Lors d’un examen des chemins et abreuvoirs d’Escragnolles en 1659, les experts venus de Grasse estant le mauvais temps, prennent retraite au masage du logis [27].

 

Dominant le Logis et le grand chemin, à l’aplomb d’un à-pic, se dresse une importante muraille de trois mètres d’épaisseur formant le Camp Rouman ou Camp Mounjoun.Déjà ces deux appellations interpellent. Camp Rouman signifie en provençal « camp romain », sans cependant signifier qu’il s’agisse d’une construction romaine, mais d’un ouvrage antique, ancien. Quant à Moujoun, que les premiers chercheurs traduisent par « petit mont », il peut également faire référence à une « montjoie », tas de pierres servant de borne, ou à un « Mont Jovis », le mont de Jupiter [28].

 

Si l’occupation pré-romaine est attestée par la présence de différents outils en silex, de haches en pierre polie, de pointes de javelot en bronze et en fer et de poteries micacées, la période romaine se manifeste également par de la poterie gallo-romaine et des monnaies de Tibère, Gallien et d’Orbianna, femme d’Alexandre Sévère [29]. Cette enceinte contrôle le passage de la voie venant d’Antibes par Grasse allant à Castellane, Sisteron, Grenoble. Peut-on envisager le transfert d’un poste fortifié de surveillance, descendu à l’époque romaine à vocation de mansio ou de mutatio, transformé par la suite en relais de poste ? D’autant que le site du Logis a livré tegulae et céramiques gallo-romaines.

 

 

En conclusion de ce chapitre, nous constatons que le lieu d’Escragnolles, avant 1562, n’était pas totalement inhabité. Si effectivement l’ancien habitat du site de Saint-Martin était bien abandonné, ainsi que celui de Ville Vieille, une intense activité régnait en d’autres lieux. Le trafic de la voie royale apportait vie et échanges au Logis. Le château des Requiston, puis des Grasse du Mas entretenait une activité agricole et pastorale. Le prieur de Notre-Dame de Clars faisait fructifier par des fermiers son domaine de la vallée. Par contre, aucune communauté structurée, pas de village organisé n’avaient colonisé l’ensemble du terroir. C’est ce peuplement épars qui avait motivé l’évêque de Fréjus, en 1546, de faire construire une église. Il la voulait près du château, près de l’autorité seigneuriale, là où devait résider le plus grand nombre de personnes. La vallée de Clars était déjà desservie par le prieuré. Quant au Logis, sur la route royale, unique maison du quartier, il ne nécessitait pas d’être desservi.

 

 

ND Clars

 

Notre-Dame de Clars (Photo de l’auteur, 2002)

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[1] CHIRIS Marcellin, « Les grottes préhistoriques de Saint-Martin », Ann. Soc. Lett. Sc. et Arts, t. VIII, 1882, p. 258.

[2] ADAM, E 077 / BB 007. Délibération du conseil municipal du 8 décembre 1734.

[3] Cette ordonnance de l’évêque de 1546 est rappelée dans une transaction du 17 décembre 1612, Transaction sur le transfert de l’église paroissiale, ADAM, E 077 / DD 002. Une copie de cette transaction est également conservée dans les archives de la famille Robert, ADAM, 1 E 24/7, liasse n° 73.

[4] CLOUZOT E., Pouillés des Provinces d’Aix, Arles et Embrun, Paris, 1923, p. 60 et 68.

[5] ACHARD C.-F. Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne, du Comtat Venaissin et de la Principauté d’Orange, Aix, 2 vol., 1787-1788, p. 522.

[6]Transaction sur le transfert de l’église paroissiale, op. cité : mutation et transfert « de l’église paroissiale du lieu où elle estoit anciennement ».

[7] Transaction du 5 octobre 1671, ADAM, E 077/ FF 3. Transaction de 1609. ADAM, E 077/ FF 2.

[8] Rapport sur les chemins, abreuvoirs et relarguiers de la communauté d’Escragnolles, E O77/ HH 001.

[9] OCTOBON F.-C.-E., « Castellaras et camps », Mém. IPAAM, t. VII, 1962, planche VII. Voir également BRETAUDEAU G., Les enceintes des Alpes-Maritimes, IPAAM, 1996, p. 168 ; « grand habitat à l’Est en dehors du castellaras ».

[10] Le premier fils d’Alexandre de Robert, Jacques, prendra le nom de “seigneur d’Ansuegue”.

[11] ADAM E 077/ DD 002, op. cité.

[12] Sur ce sujet, voir l’article de Daniel SOLAKIAN, « Un exemple de lutte villageoise unitaire au XVIIIe siècle : la défense des herbages du terroir de Mons-en-Provence », Le village en Provence, CACO, Mouans-Sartoux, 1985, p. 191-203.

[13] Exemple donné par MALAUSSENA P.-L., La vie en Provence orientale auxXIVe et XVe siècles, Paris, 1969, p. 102. Pour plus de renseignements sur les baux à acapt, voir p. 93 à 103.

[14] Au nord d’Allons, au confluent de l’Ivoire et du Verdon.

[15] ADAM E 077/ FF 005. Droits d’abreuvage, de pâture et de chaume. Procès entre le seigneur et les habitants de Mons et le seigneur d’Escragnolles, 1718, avec copie de la transaction de 1559.

[16] ADAM, H 413, p. 84.

[17] ADAM, H 415.

[18] CHENEVEAU Roger, « Le castellaras de Briauge et le village de Clars », Mém. IPAAM, t. XXIV, 1982, p. 142-152.

[19] AUBENAS, R.-J. « Les vallées de Séranon et de Valderoure des origines à 1815 », Mémoires et travaux de l’association méditerranéenne d’histoire et d’ethnologie, 1976, p. 137.

[20] CHENEVEAU, op. cité. M. Riboulat cite sans références Aubanel, Durbec et Léautaud.

[21] POTEUR C. et J.-C. Séranon et Valderoure, un territoire féodal, Castrum, architecture historique des Alpes-Maritimes, n° 2, 1999, p. 14.

[22] THIERY Daniel, « En passant par Saint-Vallier. Archéologie et histoire de cinq voies antiques ». Communication, circulation en Provence, CACO, Mouans-Sartoux, 2001, p. 13-34.

[23] Affouagements de 1698 et de 1729, ADAM C 44 et C 45,

[24] ADAM, C 81, Chemin de Grasse à Escragnolles par Saint-Vallier, 29 août 1736.

[25] ADAM, 3 E 75/51, f° 417-418, « arrentement de l’hostellerie au quartier de Siagne par Claude Chiris à Honoré Pie », du 23 juillet 1714. Le terme logissoun ou lougissoun signifie en provençal « petit logis », « petite hôtellerie », « cabaret de campagne ».

[26] Il faut signaler dans l’un des murs de ce logis une fenêtre à meneau, d’époque Renaissance.

[27] ADAM, E 077/ HH 001, Rapport sur les chemins, les abreuvoirs et les relarguiers de la communauté d’Escragnolles, 1659. Masage : « hôtellerie » en provençal.

[28] Voir en particulier DAUZAT, DESLANDES, ROSTAING, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Klinksieck, Paris, 1982, p. 160. LOT F. et DUVAL P.-M., La Gaule, Marabout Université, 1979, p. 198, qui indiquent que Jupiter a longtemps survécu dans les Alpes, Mons Jovis.

[29] GOBY Paul, « Trouvailles au Camp de Mounjoun ou Con-Rouan », Mém. IPAAM, t. I, 1930, p. 109-119.