Daniel Thiery

Escragnolles. Histoire 1562-1819

 

2) Le lieu inhabité et les seigneurs d’Escragnolles

 

Les Grasse du Mas

 

Depuis l’affouagement de 1471, le lieu d’Escragnollles, dans la viguerie de Grasse, est reconnu inhabité, c’est-à-dire sans communauté constituée, sans chefs de famille, sans consuls ou syndics. Le terroir, en 1562, appartient cependant à un seigneur, en l’occurrence, la famille de Grasse du Mas, seigneur de Callian, du Mas et d’Escragnolles. Henri de Grasse est dit de Requiston, car sa mère Françoise, fille de François de Requiston et de Françoise de Puget, a apporté en dot à son père Louis, la seigneurie d’Escragnolles.

 

Les Requiston

 

Avant ce mariage, la terre d’Escragnolles est en possession d’une autre branche des de Grasse, celle des Requiston. On les voit apparaître au milieu du XIIIe siècle comme seigneur d’Allons [1]. Le premier du nom s’appelle Salvain, son fils également auquel lui succède Raimond qui teste le 27 décembre 1360 en faveur de son fils Féraud. Ce dernier est non seulement seigneur d’Allons, mais également de Tanneron, Bagnols, Villepey, Annot, Fugeret, Castellet-les-Sausses, Vauclause, Draguignan et Escragnolles. Son fils, Requiston de Requiston, rend hommage à Louis II d’Anjou pour les mêmes terres en 1399 et son fils, Honoré, fait de même avec le roi René le 2 mai 1440. Vincent, son fils, teste en 1497 en faveur de son fils Durand [2].

 

Les de Scanola

 

Avant les Requiston, les premiers seigneurs sont dits « de Scanola », « de Sclannola » ou « de Scagnola ». On en rencontre deux le 30 mars 1196, R. et G. de Scanola, qui font partie des dix familles de chevaliers de la ville de Grasse ayant droit de porter des armes [3]. Lors d’un acte passé à Grasse le 13 janvier 1213, figure, parmi les témoins, un certain Guillelmi de Sclannola [4]. Un autre acte nous fait découvrir, le 21 janvier 1219, un R. de Sclanola, parmi les quatre consuls en exercice à Grasse cette année-là [5].

 

Le 18 janvier 1227, Aiceline ou Aicelene, veuve de Raymondi de Scagnola, sans doute celui cité en 1219, vient se retirer dans un monastère de femmes qu’elle demande de fonder à Vallauris sous l’autorité de l’abbé Giraud de l’abbaye de Lérins. Ce monastère, qui ne comprenait qu’une dizaine de moniales, a une vie très courte car il n’est plus cité après 1273. La chapelle du monastère, édifiée à cette époque, existe toujours, aujourd’hui transformée en musée [6].

 

A partir de 1227 jusqu’aux Requiston reconnus en 1360, on ne sait plus rien sur les seigneurs d’Escragnolles, sinon qu’un castrum d’Esclangolo est cité par BOUCHE vers 1235, dans la viguerie de Grasse [7]. Ce castrum, d’abord dans la viguerie de Fréjus en 1235, est rattaché à celle de Grasse, comme recensé en 1251-1252, sous le nom d’Esclaniola [8]. Alain VENTUTINI explique ce transfert par la simplification des frontières d’Outre-Siagne, en fixant la limite entre les baillies de Fréjus et de Grasse, non pas sur la branche principale de la Siagne, mais sur la Siagnole d’Escragnolles [9]. C’est depuis cette époque que la commune d’Escragnolles est rattachée à la viguerie de Grasse, puis au département des Alpes-Maritimes en 1793, mais que la paroisse est restée dans le diocèse de Fréjus jusqu’en 1886, date à laquelle elle est jointe au diocèse de Nice.

__________________________________________________ 

[1] A 14 km à l’est de Saint-André-les-Alpes, dans le diocèse de Senez et dans la baillie de Castellane.

[2] Sur les seigneurs des de Grasse, voir :

- GRASSE (Marquis de), Histoire de la Maison de Grasse, Paris, 1933.

- CHENAYE DESBOIS (de la) François Aubert, Dictionnaire de la noblesse, 1863-1876, réédition de 1980, t. IV, p. 963.

[3] AEA, CXCIV, p. 293-295 : « Olivier, évêque d’Antibes, établit par arbitrage un règlement pour la contribution des chevaliers de Grasse aux impositions établies par le consulat de cette ville ». L’évêque permet seulement à dix familles de chevaliers de porter les armes. Pour les autres, « tam milites quam burgenses », « tant chevaliers que bourgeois », ce droit est interdit.

[4] AEA, CXLIII, p.185.

[5] AEA, CXCVI, p. 299.

[6] CL, t. II, p. 131-134. Jacques THIRION a consacré un article sur ce monastère, dans Mém. de l’IPAAM, t. V, p. 99-102, « Notre-Dame de Vallauris ».

[7] BOUCHE H., La chorographie ou description de la Provence, Aix, 1664, t. I, p. 349.

[8] BARATIER E., Enquêtes sur les droits et revenus de Charles Ier d’Anjou, Paris, 1969, p. 211 et 275 (n° 174).

[9] VENTUTINI Alain, « Episcopatus et bajula », Territoires, seigneuries, communes, Mouans-Sartoux, 1987, p. 124 et 137.