Daniel Thiery

Escragnolles. Histoire 1562-1819

 

1) Introduction. Avril 1562

 

1562, 12 avril, dans l’église de Mons, se sont réunis, appelés à son de cloche et cri public, les habitants du village. Ils sont tous là, quelques 130 chefs de famille. L’église est pleine. Au premier rang, au pied de la table de communion, on reconnaît Louis Jordan, lieutenant de juge, représentant le seigneur du lieu. A côté de lui, les responsables de la communauté, François Gastaud et Julian Mus, syndics, Jean Ricolphe, trésorier et deux estimateurs, Emeric Jordan et André Porre.

 

François Gastaud, premier syndic, prend la parole pour expliquer aux assistants que le seigneur de Callian et d’Escragnolles, noble Henri de Grasse et sa fille Françoise, veulent donner aux manants et habitants du lieu de Mons, à nouveau bail et emphitéose perpétuelle, la place et terroyr du lieu inhabité d’Escragnolle.

 

19 avril, nouvelle réunion dans l’église, avec les plus apparents du village, soit 47 personnes. Les représentants de la communauté sont également présents. Mais ce jour-là l’assemblée va officialiser une importante décision. Après la proposition faite le dimanche dernier, durant toute la semaine, les discussions ont animé le village. De nouvelles terres à défricher, un nouveau terroir à coloniser s’offrent aux habitants. Leurs grands-parents, il y a cent ans, en 1468, étaient venus de Ligurie repeupler le village de Mons. Ils ont hérité de leurs ancêtres la volonté de construire des maisons, de fertiliser un sol souvent ingrat. Pleins d’ardeur, ils sont prêts à continuer l’œuvre des anciens dans un autre territoire.

 

Un notaire est présent, Antoine Sarde, venu de Fayence. Trois témoins ont été requis pour authentifier l’acte qui va être transcrit sur parchemin. Il y a Guilhen Fourquier, prêtre et curé de Tourrettes, André Guiot, gipier à Callian et Honoré Brun également de Callian. Antoine Sarde rappelle aux assistants la proposition faite à la population il y a sept jours et demande aux 47 représentants quelle est leur décision. Alors tous se lèvent et solennellement, la main levée, prêtent serment tant pour eux-mêmes que en tant que procureurs des autres habitants absents et acceptent le nouveau bail du terroir inhabité d’Escragnolles.

 

21 avril, dans la grande salle du château de Callian, en présence de Henri de Grasse, de sa fille Françoise et des habitants de Mons, le notaire procède à la lecture solennelle de l’acte d’habitation. Le terroir d’Escragnolles va commencer, à partir de ce jour, à revivre. Mais dans quel état était-il à ce moment et quels seigneurs s’y étaient-ils succédés ?