Daniel Thiery

Malijai

 

MALIJAI

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton des Mées. La commune actuelle comprend celles de Malijai et de Chenerilles rattachée en 1971 et totalise 2656 hectares. Elle est établie sur les deux rives de la Bléone et au confluent de celle-ci avec la Durance. En fait, il en était tout autrement au début du deuxième millénaire. Malijai n’existait pas, mais à l’emplacement du village s’élevait la villa Fracca citée en 1252 et le castrum est appelé castrum Bezaudunum qui est détruit, dirruto (Enquêtes n° 530, p. 352). Le castrum de Bezaudun occupait toute la rive droite de la Bléone et faisait partie du diocèse et du comté de Gap. La rive gauche de la Bléone était occupée par le castrum de Chénerilles, castrum de Canallilas, et faisait partie du diocèse et du comté de Riez [1].

 

229. L’église Saint-Pierre du castrum de Bézaudun

 

La villa Fracca ou de Mallijai est dite en 1252 castro antiquo et de novo reedificato. Ce qui veut dire qu’existe à l’emplacement de Malijai une petite communauté issue d’une villa du haut Moyen Age et qui vient de se fortifier. Mais elle n’est pas assez importante pour être considérée comme une entité administrative reconnue. Elle n’est pas en effet recensée comme castrum au cours du XIIIe siècle, seul celui de Chénerilles, castrum de Canallilas, est cité, celui de Bezaudun étant reconnu disrupt, détruit, en 1252 [2]. Si ce dernier n’existe plus, il reste cependant encore des habitants dans le terroir et l’église paroissiale joue encore son rôle. On la retrouve vers 1350 et en 1351 avec un prior de Besauduno, accompagnée d’un prior de Rourebello ou de Royrebello (Pouillés, p. 88, 89 et 93). Les guerres et la peste vont accentuer le processus de démantèlement de Bezaudun qui va disparaître au profit de Malijai qui va devenir le centre administratif du terroir de la rive droite de la Bléone.

 

Le castrum Belsadunum fait partie des donations faites par Pierre de Volonne aux moines de Saint-Victor installés à l’Escale (voir les textes transcrits dans l’article de l’Escale). La première donation date de 1060 et fait état du territoire de Bezaudun donné aux moines. En 1180, l’église échoit aux chanoines de Chardavon [3]. Ce territoire est circonscrit, en remontant la Bléone, jusqu’à l’église Sainte-Marie au Roures et occupe toute la partie montagneuse qui se trouve sur la rive droite de la rivière. Il constitue le territoire de Bezaudun, limité aujourd’hui à l’est par la commune de Mirabeau et à l’ouest par celle de l’Escale. Le toponyme, Besaudun, est cité à la fois par le cadastre de l’Escale de 1820 (tableau d’assemblage) et celui de Malijai de 1824 (section A). Il est à proximité du Sommet de St Pierre, toponyme que l’on retrouve sur les cartes actuelles en limite avec les deux communes à 821 mètres d’altitude. C’est sur ce mamelon que s’élevait l’église paroissiale Saint-Pierre de Bezaudun. L’abbé Maurel y reconnaît une chapelle dédiée à Saint-Pierre qui était dans doute, un dernier souvenir de l’église paroissiale de Besaudun. Les vieillards de l’endroit disent qu’autrefois leurs pères faisaient halte à cette chapelle au cours de la longue procession du jour de l’Ascension. On y voit encore quelques débris de maçonnerie mais il serait difficile d’y reconnaître les restes et l’emplacement d’une chapelle [4]. La carte de Cassini et les cadastres ne signalent aucun édifice ni ruine quelconque.

 

230. Le prieuré de Rourebelle

 

Il est cité en même temps que Bezaudun en 1060 lors de la même donation et constitue la limite orientale sur la rive droite de la Bléone du territoire donné à l’abbaye de Saint-Victor. Il est dédié à Marie avec une église sous cette titulature, ecclesia sancte Marie ad Rovres. Le 17 septembre 1337, il fait partie des prieurés relevant encore de Saint-Victor sous le nom d’ecclesia beate Marie de Roverbello. Il est cité en compagnie de l’église Saint-Christophe située un peu plus à l’est sur la commune de Mirabeau (CSV II, n° 1131, p. 619). Les Pouillés de Gap en 1350 et 1351 relèvent un prior de Rourebello ou de Royrebello. Abbayes et Prieurés citent le Prieuré de Notre-Dame de Rorabelle, cluniste soumis à Ganagobie, en produisant un texte des archives des Bouches-du-Rhône des XVIe et XVIIe siècles (p. 53). Le prieuré n’apparaît plus par la suite et il faut tenter de le retrouver par d’autres voies [5].

 

C’est d’abord l’abbé Maurel dans son Histoire de l’Escale qui le situe sur la rive droite, à quelques pas du courant et en amont du village de Malilai (p. 35-36). C’est ensuite la carte de Cassini qui indique un bâtiment nommé la Clastre. Puis, le cadastre napoléonien de 1824, à l’endroit dit Biançon, figure une construction dont une partie représente une abside en hémicycle orientée vers le nord (section A 3, parcelle 310). Enfin, les cartes IGN modernes indiquent le Prieuré pour un ensemble de quatre bâtiments situés à 300 mètres de la limite communale de Mirabeau. Ce prieuré est, comme celui de Saint-Christophe tout proche, aux abords mêmes de la voie antique Digne/Sisteron. Il est probable que nous sommes en présence d’un lieu de culte élevé avant l’enchâtellement, il est cité déjà existant en 1060, et a été remplacé par la suite comme paroisse par l’église Saint-Pierre de Bezaudun sur un site perché. Ce fut certainement le même processus pour l’église Saint-Christophe et le castrum de Beauvezer.

 

231. Chapelle Sainte-Madeleine

 

Il est probable que la petite chapelle Sainte-Madeleine située près de la Bléone en dessous du barrage soit l’église paroissiale d’origine. Elle n’est pas citée dans les Pouillés du XIVe siècle, mais à cette époque l’église paroissiale était celle de Bezaudun. Aussi, on ne peut que présumer son existence. Le site Internet de la ville de Malijai affirme pourtant qu’elle est citée au XIVe siècle et servait d’église paroissiale. Elle aurait été désaffectée en 1640 etr devenue propriété privée. Elle figure sur Cassini et le cadastre de 1824 avec une abside en hémicycle orientée vers l’est (section C, parcelle 223). L’église du village a repris la même titulature, ce qui serait un indice de son antériorité.

 

232. Saint-Florent de Chénerilles

 

L’ancienne commune de Chénerilles est donc sur la rive gauche de la Bléone et faisait partie du diocèse et du comté de Riez. Le castrum est cité en 1202 et 1237, castrum de Canallilas (RACP, n° 29, p. 35 et n° 228, p. 366). L’église apparaît en 1274 avec un vicarius de Cananillis (p. 106) et Bartel nous apprend qu’elle est sous le titre de saint Florent (p. 55). Abbayes et Prieurés précise que le prieuré Saint-Florent dépend de l’évêché de Riez (p. 61). La communauté eut à souffrir beaucoup de la période du XIVe siècle puisque de 155 habitants en 1315, elle n’en comptait plus que 25 en 1471. Après avoir atteint les 112 habitants en 1765, il n’en subsistait plus que 10 en 1962 (Atlas, p. 171). Aujourd’hui, le village est abandonné, mais l’ancienne église devenue chapelle, a été restaurée en 2007 et inaugurée le 6 juillet 2008.

 

Cet édifice constitue l’église paroissiale du castrum, mais il n’est pas assuré qu’elle soit la première église de la communauté. En effet, au bord de la Bléone, existe un lieu-dit St-Florent mentionné par Cassini et le cadastre de 1824. Nous sommes, comme avec la chapelle Sainte-Madeleine et le prieuré de Sainte-Marie de Rourebelle, en milieu ouvert, sur un site pré castral avec une église présumée du premier réseau paroissial.

 

232 bis. Eglise Saint-Bonnet

 

Elle était située sur la rive gauche de la Bléone et faisait partie du diocèse de Riez. En 1178, elle dépendait de l’abbaye Saint-André de Villeneuve (SAV, p. 296), mais par la suite est rattachée à l’évêché. En 1274 et 1351, l’ecclesia Sancti Boneti est desservie par un vicarius (Pouillés, p. 106 et 112). Signalée par Cassini et le cadastre napoléonien, les restes subsistants ont été arasés en 1969. C’était un petit édifice de 13 x 6 m accompagné d’un cimetière (SAV, p. 296-297).

 

Synthèse

 

La commune présente une histoire complexe avec le castrum de Bezaudun et la villa Fracca. Cette dernière est antérieure au castrum qui s’est formé lors de l’enchâtellement. Mais lorsque celui-ci est abandonné, semble-t-il très tôt, la villa reprend son rôle de chef-lieu sous le nom de Malijai. La chapelle Sainte-Madeleine pourrait être

la première paroisse. Quant au prieuré de Rourebelle, il est dans la même position que celui de Saint-Christophe, au bord de la voie antique.

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[1] L’abbé Féraud commet une erreur, reproduite par la suite, en plaçant Bézaudun sur la rive gauche (p. 179), erreur relevée par l’abbé Maurel dans son Histoire de l’Escale, p. 33-44.

[2] Le castrum de Canallilas est cité en 1202 et 1237 (RACP, n° 29, p. 35 et n° 228, p. 366).

[3] Confirmation de ce rattachement fournie par l’abbé Féraud, dans ses Souvenirs religieux, p. 86.

[4] J.-M. MAUREL, Histoire de l’Escale, Forcalquier, 1893, p. 173.

[5] Il faut mettre en doute la localisation proposée par Guérard dans le Dictionnaire géographique du Cartulaire de Saint-Victor, qui situe le prieuré sur l’ancienne commune du Chaffaut (CSV II, p. 905). Les possessions de Pierre de Volonne sont situées sur la rive droite de la Bléone et dans le comté de Gap, ce qui n’est pas le cas du Chaffaut.

 

Voir site Dignois