Daniel Thiery

Lardiers

 

LARDIERS [1]

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Saint-Etienne-les-Orgues. La commune de plus de 3000 hectares s’étire du nord au sud sur le versant sud de la montagne de Lure. Elle occupe une vallée entourée de collines boisées et traversée par un vieux chemin qui, rejoignant l’Hospitalet, franchit la montagne de Lure au col Saint-Vincent. Un autre chemin passait plus à l’est et franchissait la montagne à la Baisse de Malcort (1369 mètres d’altitude). Lardiers est remarquable par son oppidum Le Chastelard, d’abord occupé par un habitat protohistorique, puis transformé à l’époque romaine en sanctuaire qui a livré un nombre considérable de matériel (CAG, n° 101, p. 238-252).

 

Lardiers fait partie de ces territoires qui sont confirmés aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem au milieu du XIIe siècle. On a déjà rencontré l’Hospitalet, mais il faut y ajouter Les Omergues, Saumane, ainsi que Ongles pour une courte durée, tous situés dans la montagne de Lure. Les textes de 1155 et 1156 (GCN I, Inst. n° XIII et XIV, col. 450) citent quatre donations faites aux Hospitaliers au début du XIIe siècle :

 

l’église de Girone qui se trouve à l’Hospitalet,

l’église Saint-Pierre d’Amenicis localisée aux Omergues,

l’église Saint-Jean de Salvinanna ( ?)

l’église Sainte-Marie de Boira Cette dernière correspond au hameau situé au nord de la commune d’Ongles nommé Bouiron où le cadastre napoléonien de 1832 signale une chapelle. Ce quartier se poursuit dans la commune de Lardiers.

 

L’ecclesia de Lariderio est citée en 1274 (Pouillés, p. 121) et est dédiée à sainte Anne. Elle a fait l’objet d’une description dans Provence Romane 2 qui la classe parmi les édifices romans de la fin du XIIe siècle (p. 235-236). La maison de la commanderie la jouxtait au sud. D’abord simple chapelle de la commanderie, elle devint l’église paroissiale.

 

216. Saint-Barthélemy de Malcor

 

Malcor fait partie de ces communautés qui disparaissent à la fin du XIIIe siècle. Situés en altitude, elles n’ont pu survivre à la dureté du climat et à la pauvreté des terroirs. Tout le quartier nord de la commune de Lardiers fait partie de la section A, dite de Malcor, par le cadastre napoléonien de 1832. En A 1, est signalé un quartier Barthélemy et dans la parcelle 44 est figuré un rond portant le nom de St Barthélemy. Il est situé quelques 300 mètres au sud de Font Ginestoue. La carte IGN signale ce toponyme ainsi que celui de Combe St-Barthélemy. Il indique également quelques bergeries, beaucoup plus nombreuses sur le cadastre napoléonien. Nous sommes en effet entre 1300 et 1400 mètres d’altitude où seul l’élevage peut être pratiqué. Or c’est sous cette appellation qu’est nommée par les Pouillés en 1274 l’ecclesia Sancti Bartholomei de Malcor (p. 119). L. Pelloux rapporte qu’on trouve au quartier de St-Barthélemy quelques vestiges d’anciennes habitations ainsi que les ruines d’un petit monastère appelé autrefois le temple (p. 62). Le fief de Malcor était situé sur les deux passages franchissant la montagne de Lure par le Col Saint-Vincent et la Baisse de Malcort et devait avoir une certaine importance.

 

217. Chapelle Saint-Claude

 

Cette chapelle est située à l’est du village, près de l’ancien hameau du Riou. Elle ne figure pas sur Cassini mais est recensée par le cadastre napoléonien de 1832, Section A 3, parcelle 659. Deux indications permettent de mieux l’appréhender. C’est d’abord l’inventaire de 1906 qui la nomme chapelle Notre Dame de la Salette et ajoute qu’elle est postérieure au Concordat avec une contenance de 100 m². C’est ensuite l’enquête sur les lieux de culte de 1899 qui fait remarquer que la chapelle Notre Dame de la Salette a été rebâtie en 1858. Messe tous les samedis de mai, aux fêtes religieuses et le 24 septembre. C’est à partir de 1851, année où le culte à Notre-Dame de la Salette fut autorisé suite aux apparations de 1846 que la titulature de la chapelle a changé. Auparavant, elle était sous la titulature de saint Claude, c’est sous ce titre qu’elle est nommée en 1832 par le cadastre et aujourd’hui encore sur les cartes modernes. L. Pelloux indique que la petite chapelle de Saint-Claude fut, dit-on, édifiée vers la fin du 17eme siècle, par un prêtre appelé Claude Brunier ; elle tombait en ruines, lorsque M. Fabre curé, la fit reconstruire en 1865 (p. 50). Elle est entourée du cimetière de la communauté. Le fait qu’elle soit accompagnée du cimetière pourrait faire remonter sa fondation bien avant le XVIIe siècle.

 

La chapelle se détache au milieu de la plaine, à l’écart du village avec le cimetière. C’est un petit édifice d’allure classique avec une façade se terminant par un fronton-pignon s’abaissant aux extrémités supportant deux acrotères. Le faîte est couronné par un clocheton en arc plein cintre surmonté d’une croix. La porte est formée d’un arc plein cintre dont les claveaux, en pierre de taille, se poursuivent sur les piédroits eux-mêmes reposant sur une base en saillie. Sur la clef, evasée et saillante, est gravée la date de 1868.

 

Synthèse

 

Le doute subsiste pour la chapelle Saint-Claude qui a pu être édifiée bien avant le XVIIe siècle. La présence du cimetière, son isolement plaident pour une église pré-castrale.

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[1]Voir PELLOUX L., Notices géographique et historique sur les communes du canton de St-Etienne-les-Orgues, Forcalquier, 1887, p. 45-63.

 

Voir site Dignois