Daniel Thiery

Le Fugeret

 

LE FUGERET

 

Faisait partie du diocèse de Glandèves et de la viguerie d’Annot, aujourd’hui dans le canton d’Annot. La commune est située au nord d’Annot et arrosée par les torrents de la Vaïre et du Coulomp. Dans un milieu très montagneux, le territoire de 2838 hectares est composé de nombreux hameaux et fermes isolées, ce qui a favorisé l’éclosion de plusieurs lieux de culte. Le hameau le plus important est celui d’Argenton qui va former une paroisse à part entière. On a vu dans la monographie consacrée à Annot l’emprise au XIe siècle de la famille de Pons Sylvain sur tout le territoire environnant, puis les nombreuses donations qu’elle fit à l’abbaye de Saint-Victor. Mais au Fugeret, le prieuré dépendant de ce monastère n’apparaît pas avant 1337, prioratus de Folgaireto (CSV II, n° 1331, p. 623). La commanderie de Rigaud (Alpes-Maritimes) possèdait une maison au Fugeret, petit établissement de peu d’importance [1]. L’église paroissiale dédiée à saint Pons est citée en 1351 avec le prior de Fougaireto, puis en 1376, ecclesia de Figayreto (Pouillés, p. 262 et 264).

 

Paroisse du Fugeret

 

Voir site Dignois

 

189. La chapelle Saint-Pierre

 

Si saint Pons est le titulaire de l’église paroissiale, le patron de la paroisse est saint Pierre. Or, il existe à l’est du village une chapelle Saint-Pierre, perdue dans les bois, sur le versant d’un haut relief dominant la clairière de la Rouïe. En ruine, elle comportait une travée voûtée d’arêtes (voûte effondrée) et une abside en appareil de taille assez grossier, XIe siècle. (Collier, p. 58). Elle est signalée par les cartes IGN à l’altitude de 1284 mètres. Elle est citée plusieurs fois lors des visites pastorales du XIXe siècle, à partir de 1858 jusqu’en 1899 où elle est dite chapelle rurale sur la montagne et où l’on dit une messe une fois pas an. C’est ce que relatait déjà l’abbé Féraud, la fête patronale du lieu se célèbre le 29 juin (Saint-Pierre et Paul), avec bravade. On va ce jour en procession à la chapelle de ces saints, bâtie dans un désert à deux lieues de la paroisse (p. 295).

 

190. Chapelle Notre-Dame de la Salette

 

De 1858 à 1876, il n’existe que deux chapelles rurales dépendant de la paroisse du Fugeret. Le 15 novembre 1876 on apprend qu’il y a eu une construction depuis la dernière visite : chapelle dédiée à Notre Dame de la Salette et achat d’une station à disposer sur le chemin qui conduit à cette chapelle. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 affirme qu’elle a été construite en 1874 et qu’on y dit la messe au gré des fidèles. La date gravée sur le fronton indique 1873.Elle est toujours en état.

 

191. Chapelle Notre-Dame

 

Elle est située à quelques pas au nord du village et dédiée à la Vierge selon les visites pastorales. On y dit la messe au gré des fidèles selon l’enquête de 1899. Elle aussi est encore en bon état.

 

192. Chapelle du hameau de Bontès

 

Elle n’est citée qu’en 1899 : petite chapelle au hameau des Bontés, une messe par an. Elle est située au sud du village du Fugeret, au bord de la Vaïre, près de la route menant à Annot et dessert les hameaux de Béraud et de Bontès. Elle figure sur les cartes actuelles. Un guide touristique indique que le hameau de Béraud possède les vestiges d’une ancienne chapelle d’époque romane qui fut transformée au XVIIe siècle, époque à laquelle appartiennent les quelques peintures murales que l’on peut encore y voir (p. 283). La fiche Quid ? signale la chapelle en ruine avec des vestiges de fresques.

 

Paroisse d’Argenton

 

Voir site Dignois

 

Cette paroisse est située au nord du Fugeret sur la rive droite du Coulomp et est composée de petits hameaux et de fermes dispersées à plus de 1300 mètres d’altitude. Encore plus au nord-est du village, au lieu-dit le Villard, subsistent les restes d’une centaine d’éléments épars d’un mausolée romain en grand appareil (CAG, n° 090, p. 207-209). L’église paroissiale est dédiée à Notre-Dame de l’Assomption mais n’est pas citée à la fin du Moyen Age et on ne connaît pas la date de sa fondation. Son architecture remonterait au XVIIe siècle. Ses patrons sont les saints Gervais et Protais. 

 

A la fin du XIXe siècle, il existe trois chapelles rurales dépendant de la paroisse dont une a été construite durant cette période.

 

193. Chapelle Notre-Dame du Perpétuel Secours au hameau de la Béouge

 

C’est le 25 août 1884 que l’on apprend la construction d’une chapelle au quartier de la Bauge. Le hameau de la Béouge est situé au sud du village d’Argenton près du chemin conduisant au Fugeret. En 1899 on connaît sa dédicace : chapelle de Notre Dame du Perpétuel Secours au hameau de Briauge. Elle figure sur les cartes modernes.

 

194. Chapelle Saint-Jean-Baptiste au hameau de Chabrières

 

Elle n’est citée qu’en 1899 sous ce titre. Le hameau est situé au sud d’Argenton et de la Béouge, en bordure et sur la rive droite du Coulomp. Elle figure sur la carte de Cassini.

 

195. Chapelle Saint-Joseph

 

Elle n’est citée qu’en 1899 sur la paroisse d’Argenton, chapelle Saint-Joseph à une demi heure, sur le chemin d’Aurent. Il semble que cette chapelle ait complètement disparu et qu’il n’en reste aucune trace.

 

Synthèse

 

Il semble qu’il y ait eu aux alentours des XIe et XIIe siècles deux lieux de culte contemporains, l’église du village qui présente un chevet de la fin du XIe siècle et l’église Saint-Pierre que l’on date de la même époque (Collier, p. 58 et 139). Faut-il en déduire que l’église paroissiale était celle de Saint-Pierre et celle du village la cella des moines de Saint-Victor ? La procession votive à la chapelle et le patronage de saint Pierre abonderaient dans cette voie. Pour les autres édifices, ce sont des créations modernes, dues à l’étendue du terroir, à un habitat dispersé dans un milieu montagneux et peu commode d’accès. Deux d’entre eux ont été construits à la fin du XIXe siècle. La seule chapelle qui pose un doute, c’est celle du hameau de Bontès, qui pourrait être de l’époque romane.

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[1] R. Collier, s’inspirant de Durbec, « les Templiers en Haute-Provence », Bul. SSL, T XXXVI, 1960, p. 194-196.