Daniel Thiery

Faucon-du-Caire

 

FAUCON-DU-CAIRE

 

Faisait partie du diocèse d’Embrun et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de Turriers. La commune s’étire le long du Grand Vallon au nord de celle du Caire et au sud de celle de Gigors. Le vallon encaissé est entouré de montagnes abruptes, mais offre cependant quelques espaces plus larges favorables aux cultures vivrières, principalement au nord du chef-lieu, dans le quartier actuel de Saint-Barthélemy. C’est là qu’apparaît pour la première fois Faucon. Le territoire est particulièrement lié à partir du XIe siècle à la villa Jugurnis, siège d’une possession des moines de Saint-Victor depuis la période carolingienne (voir Gigors).

 

186. La chapelle Saint-Barthélemy

 

Après la restitution de la villa Jugurnis aux moines de Saint-Victor en 1045, ceux-ci reçoivent plusieurs donations dont quatre sont situées à Faucon [1]. La dernière, en 1062, la plus importante, est faite par le vicomte de Gap Isoard qui offre à l’abbaye la moitié de la condamine qu’il possède in castello Falcone. Les limites de cette condamine sont indiquées au moyen des quatre points cardinaux et permettent de la situer dans le quartier de Saint-Barthélemy actuel, dit également La Clastre au XIXe siècle [2]. Ce n’est qu’à la fin du XIe siècle que nous apprenons qu’elle est dotée d’une église sous le titre de Sainte-Marie [3]. Elle apparaît ensuite en 1113 et 1135 en même temps que celle de Faucon dédiée à saint Pons [4]. C’est au cours de cette même période que se construit le castrum Falcone avec une tour élevée sur la colline dite le Château qui surplombe le village.

 

Il est probable que l’église Sainte-Marie a été élevée au moment où les moines ont pris possession de la condamine, Isoard n’aurait pas manqué de la citer si elle existait déjà. Son statut de paroissiale a été vite détrôné par l’église du castrum. Mais les moines possédaient toujours les terres qui leur rapportaient en 1698 quelque 5000 kilos de céréales [5]. Au fil du temps, des guerres et de la peste, Sainte-Marie est ruinée et abandonnée. Réparée plusieurs fois, le curé de Faucon devait y célébrer une messe une fois par an, cérémonie qui donnait l’occasion aux habitants de s’y rendre en procession [6]. C’est ce que relate le coutumier de 1835 : il n’y a dans cette paroisse qu’un seul usage particulier, c’est une procession faite la seconde fête de la Pentecôte sur le chemin de Faucon à deux stades de Gigors. Réparée une dernière fois suite au legs testamentaire d’un habitant de Faucon en 1895, le pèlerinage survivra jusqu’en 1914 [7]. Elle avait changé de titulaire, sans doute suite à la peste, adoptant saint Barthélemy, jugé sans doute plus efficace pour conjurer les fléaux.

 

L’édifice subsiste encore sous la forme de quatre murs ne dépassant pas 1,70 m de hauteur avec un chevet plat orienté à 80 °. L’appareil est en tout-venant lié au mortier de chaux. Seule, la base des murs présente un appareil plus soigné, lité, en pierres équarries de moyen module. L’entrée, à l’ouest, ne présente plus qu’un seul piédroit encore en place composé à la base de pierres calcaires, puis de pierres de tuf. Il subsiste la trace d’une ouverture bouchée dans le mur de chevet. Les murs sont peu épais, 0,50 m, et il est probable qu’il n’y eut jamais de voûte, seulement une charpente en bois. Un mur contrefort cependant a été adossé contre le mur sud, côté pente, pour le renforcer. La surface intérieure offre une contenance de 24 m². Aux alentours, des ossements sortent de terre lors des cultures.

 

Synthèse

 

C’est l’un des rares cas où l’on peut avancer relativement sûrement une date d’édification, fin XIe siècle. L’édifice a été construit peu d’années avant l’église du castrum, au moment où celui-ci va transformer radicalement l’organisation de la société, passant d’un habitat dispersé en fermes et petits hameaux au village groupé réunissant l’autorité seigneuriale et religieuse. Elle est élevée en plein champ, près d’un ruisseau et des terres arables, le chevet orienté vers l’est et d’une faible superficie, avec un cimetière, caractéristiques tout à fait conformes aux premières églises rurales. Ici encore, une procession votive attirait les paroissiens vers l’église originelle.

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[1] Vers 1050, deux pièces de vignes ; en 1054 une autre vigne ; en 1058 la moitié d’un manse in castello Falcone (CVS n° 696, T II, p. 37-38 ; n° 693, T II, p. 35-36 ; 694, T II, p. 36-37).

[2] CSV n° 692, T II, p. 34-35. Terminatur vero ipsa terra : ab oriente, rivo de Cumba Fera ; ab occidente, medietas de ipsa condamina ; a meridie, supradicto rivulo ; ab aquilone, monte Solemiaco. Le ravin de Combe Fère porte encore ce nom.

[3] CSV n° 699, T II, p. 42. Cette charte non datée est établie par l’archevêque d’Embrun Lantelme (1080-1105).

[4] CSV n° 844, confirmation par Innocent II et n° 848, par Pascal II.

[5] Affouagement de 1698, ADAHP C 41.

[6] Renseignements fournis par les affouagements de 1698 et de 1775 (AD AHP C 41 et 26).

[7] Le 2 avril 1895, Joseph Isnard de Faucon, rédige son testament où il lègue à la Fabrique la somme de 300 francs pour être affectés à la réparation et à l’ameublement de la chapelle votive rurale dite de Saint-Barthélemy (Délibérations du conseil municipal, archives communales, mairie).

 

Voir site Dignois