Daniel Thiery

Esparron-de-Verdon

 

ESPARRON-DE-VERDON

 

Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui dans le canton de Riez. C’est en 1973 que les deux communes d’Esparron et d’Albiosc sont fusionnées. Il n’est pas assuré que la colonica in Albiosco citée par le polyptique de Vadalde de 814 corresponde à l’Albiosc de la commune d’Esparron (CSV II, F, p. 637). En effet, la villa Betorrida dans laquelle est placée la colonge d’Albiosc serait située intégralement selon les auteurs actuels dans la commune de Forcalquier. Par contre, il est possible qu’Albiosc était durant l’Antiquité le siège ou le vicus de la tribu des Albici [1]. Le vicus d’Albiosc a, semble-t-il, continué de propérer durant le haut Moyen Age car au début du premier millénaire il est presque deux fois plus peuplé que le territoire d’Esparron. En 1315, il compte 62 feux tandis qu’Esparon n’en dénombre que 36. En 1400, il est inhabité et ne retrouvera jamais plus sa prospérité passée avec 106 habitants en 1851 tandis qu’Esparron dépassera les 550 habitants (Atlas, p. 159 et 174). Les deux communautés vont échoir à l’abbaye de Lérins, en 990 pour Esparron, en 1103 pour Albiosc.

 

ESPARRON

 

Le castrum d’Esparron est déjà cité en 990, castrum Sparronis, ce qui indique un perchement et une place fortifiée précoces (CL, CCXXII, p. 225-226). Le donjon, qui représente la partie la plus ancienne du château, ne date cependant que du XIIIe siècle (Collier, p. 245-246). Le castrum est cité ensuite en 1204, puis en 1237, castrum de Sparrono (RACP, n° 35 et 278). L’église apparaît en 1274 avec le prior de Sparrono, puis en 1351 où l’on remarque la prebenda de Sparrono, signe que l’église dépend du chapitre de Riez et est desservie par un vicarius de Sparrono (Pouillés, p. 106 et 110). Elle est sous la titulature de saint André (Bartel, p. 67), auquel on va adjoindre la protection du titulaire d’un prieuré disparu de Lérins, saint Vincent (Abbayes et Prieurés, p. 62). Le  patron de la paroisse est sainte Madeleine qui possède une chapelle rurale dans le terroir (Féraud, p. 153).

 

176. Le prieuré lérinien de Saint-Vincent

 

La première donation à Lérins date de 990, elle est faite par Germundus à une église dédiée au bienheureux Vincent martyr qui est située près du castrum Sparonnis in Bulzolschi valle. Cette église a été consacrée par Almérade évêque de Riez (990-1030 selon GCN). La donation consiste en plusieurs terres dont sont donnés les confronts. Une deuxième donation a lieu entre 1066 et 1102, faite par Odon et son épouse Bellefleure, qui donnent tout de l’héritage qu’ils possèdent en terres, vignes et autres (CL CCXXVII, p. 232). Il apparaît avec le premier texte que l’église Saint-Vincent vient d’être édifiée et a été dotée par Germond. L’appartenance à Lérins est ensuite confirmée en 1259 par le pape Alexandre IV, in diocesi Regensi, ecclesia Sancti Vincentii de Spareto (CL II, n° IV, p. 6). Le prieuré n’apparaît plus ensuite, mais on sait seulement qu’il fut uni à la sacristie de la cathédrale de Riez avec l’église paroissiale d’Esparron [2]. Il est probable qu’il fut abandandonné et détruit suite aux fléaux des XIVe et XVe siècles ; il ne restait que 8 foyers sur la commune en 1471.

 

Le prieuré, comme le relate le texte de 990, est près du castrum, juxta castrum Sparronis. On peut le situer au lieu-dit St-Vincent à 1500 mètres au NNE du village sur le Ravin de Bellioux (Bulzolschi valle ?). C’est dans ce secteur que la CAG (n° 081, p. 188-189) signale plusieurs découvertes, dont une nécropole du haut Moyen Age, une tombe en coffres de lauze, quatre sous tuiles et d’autres en pleine terre. Nous sommes en présence à cet endroit d’un site occupé depuis l’Antiquité auquel a succédé une villa carolingienne puis un prieuré fondé par l’abbaye de Lérins. Le nom de Saint-Vincent a donné son nom à la section A du cadastre napoléonien.

 

177. Chapelle Sainte-Madeleine

 

Elle est citée lors des visites du XIXe siècle à partir de 1845 avec une autre dédiée à sainte Anne. Jusqu’en 1893, sur les deux chapelles, il en existe une en ruine. Celle de Sainte-Madeleine est placée au bord de la route qui conduit à Albiosc, à 800 mètres à l’est du village. La titulature à Madeleine semble récente car sur le cadastre napoléonien de 1825 elle est sous le patronage de Notre-Dame (Section B 3, parcelle 1188). Elle est figurée avec une abside en hémicycle orientée au NE et le chemin qui la côtoie est dit Chemin de Notre Dame.

 

 

178. Chapelle Sainte-Anne

 

Elle est mentionnée en même temps que celle de Sainte-Madeleine et est située dans le village.

 

ALBIOSC

 

Comme nous l’avons dit plus haut, Albiosc est cité le 24 mai 1103 lors de la donation faite par l’évêque de Riez Augier de l’église Saint-Pierre à l’abbaye de Lérins (CL CCXVIII, p. 221-222). Une bulle du pape Alexandre IV de 1259 confirme la possession d’Albiosc, in diocesi Regensi, castrum de Albiols cum ecclesiis ejusdem castri et omnibus pertinentiis eorumdem (CL II, IV, p. 6). Un inventaire des biens du prieuré a lieu le 17 octobre 1338 qui décrit d’abord le bâtiment du prieuré, puis une grande condamine située sous le prieuré qui confronte les chemins qui vont à Esparron et à Quinson, une ferrage qui confronte le cimetière de l’église, un jardin clot, un pré situé près du moulin, une autre condamine située à Peracedas, une terre au lieu-dit Pinada, quelques terres contigues au quartier Saint-Marcel confrontant l’église Saint-Marcel, une terre au lieu-dit Bosco près du chemin qui va à Montpezat, une autre terre au lieu-dit Aguderius, une autre à Plano de Silva et enfin une condamine située dans le territoire de Quinson au lieu appelé Pradellis (CL 2, LXXXIV, p. 144-147).

 

Le prieuré va perdurer jusqu’à la Révolution. Une pancarte de 1729 dénombre les prieurés et chapelles dépendant du monastère de Lérins, dont le château d’Albiosc et les églises dudit lieu (ADAM H 137, p. 42). Ce prieuré est toujours lié à celui de Quinson et c’est le prieur d’Albiosc qui désigne celui de Quinson, mais il y a souvent des litiges entre les deux prieurs au sujet, entre autres, du prèlèvement des dîmes ou des réparations à effectuer aux églises (ADAM H 849 à 862). L’église paroissiale est sous le titre de Saint-Pierre-ès-Liens et est desservie par le prieur du prieuré, prior de Albiosco. Les visites pastorales ne mentionnent aucune chapelle rurale au XIXe siècle, pourtant, il en existait une, sortie des mémoires.

 

179. Eglise Saint-Marcel

 

Nous l’avons décelée plus haut lors de l’inventaire des biens du prieuré établi en 1338, au quartier Saint-Marcel avec l’église Saint-Marcel, ecclesia Sancti Marcelli. Parmi les toponymes cités par ce texte, seul ce dernier figure encore sur le cadastre napoléonien et les cartes modernes sous la forme de deux lieux-dits contigus, le Grand St Marcel et le Petit St Marcel. Seul le cadastre de 1824 révèle peut-être la trace d’un édifice religieux. Dans la section A 1, parcelle 22, au Petit St Marcel, est figuré un bâtiment rectangulaire prolongé par une abside en hémicycle orientée vers l’est. Cette présence d’une deuxième église explique les mentions de 1259 et de 1729 où sont dénombrées les églises dudit castrum ou dudit lieu. Mais cette deuxième église reste une énigme, n’étant mentionnée qu’une seule fois, en 1338.

 

Synthèse

 

A Esparron on connaît la date d’érection du prieuré lérinien Saint-Vincent, mais il est possible que ce soit une re-fondation sur un site déjà investi, comme en témoignent la nécropole et les tombes découvertes à proximité. A Albiosc, l’église Saint-Marcel semble être un lieu de culte associé à un domaine, celui-ci pouvant dater de l’époque carolingienne.

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[1] C’est ce que suggère J.-P. Poly dans « La petite Valence,…. », Saint-Mayeul et son temps, Digne, 1997, p. 142. Par contre G. Barruol place plutôt les Albici dans la région qui s’étend du Luberon au plateau d’Albion, Les peuples préromains du Sud-Est de la Gaule, CNRS, Paris, 1973, p. 273-277.

[2] Bartel, p. 67 et Abbayes et Prieurés, p. 62. Féraud dans ses Souvenirs Religieux (p. 45) atteste que la paroisse était une prébende attachée à la dignité de sacristain du chapitre de Riez. Aucun des auteurs ne fournit la date d’union à la sacristie.

 

Voir site Dignois