Daniel Thiery

Corbières

 

CORBIERES

 

Faisait partie du diocèse d’Aix et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Manosque Sud-Est. En limite sud du département et mitoyenne avec le Vaucluse, la commune s’étend sur la rive droite de la Durance à une altitude moyenne de 300 mètres. D’une superficie de 2888 hectares elle est composée d’une zone de terrasses bordant le fleuve et d’une zone de coteaux boisés. Le premier habitat était établi sur le sommet du côteau qui domine le village au nord. D’abord pendant la période protohistorique avec des tumulus et sans doute un oppidum de la même époque avec des échanges en monnaies massaliotes, puis par la romanisation avec des tegulae et une monnaie du IVe siècle (CAG p. 143). C’est sur ce site qu’il faut situer le castrum de Rocham Corbariam mentionné au début du XIe siècle (Atlas, p. 172). En 1236, un certain W. de Rochacorba, chevalier, est cité comme témoin [1]. Il est sans doute le seigneur du castrum.

 

131. Saint-Brice première paroisse sur un site préhistorique et antique

 

La CAG reconnaît une chapelle médiévale et une nécropole adjacente. Revue en septembre 1999 par E. Sauze elle relève la structure d’un édifice orienté de 10 x 6 m, aux murs épais de 1 m en petits moellons assisés, mêlés à des débris de tegulae [2]. On ne connaît pas la titulature exacte de cette église seulement signalée comme ecclesia de Corberia ou de Rocha Corberia [3]. Cassini la place sous le vocable de saint Brice. Ce saint, successeur de saint Martin sur l’évêché de Tours, est plutôt vénéré dans le nord de la France et peu connu dans le Midi. On connaît un certain Stéphanus nom d’un presbiter de Corberio cité en 1060 faisant don à l’abbaye de Saint-Victor d’une pièce de terre qu’il possède sur le territoire de Rions dans la Drôme (CSV II, n° 730, p. 72).

 

L’abbé Féraud fait état d’une bulle du pape Alexandre III en 1159 qui confirme la possession de Corbières à l’abbaye Saint-André de Villeneuve (p. 367). C’est en 1165 que Pierre IV archevêque d’Aix confirme à la même abbaye l’ecclesia de Corberia (GCN I, Inst. col. 12). Le prieuré de Corbières va être cédé très tôt à l’abbaye cistercienne de Valsaintes puisqu’en 1191, le père abbé de Valsaintes, Etienne, acquiert le tiers de la seigneurie du lieu de Corbières. C’est le père abbé Benoît Bonajusti qui en 1566 abandonne les droits de l’abbaye sur Corbières en échange de la seigneurie de Montsalier [4]. La carte de Cassini signale à l’est du village de Corbières un lieu-dit avec un édifice nommé l’Abbaye. Il pourrait s’agir de l’ancienne résidence des moines de Valsaintes.

 

La commune a connu un dépeuplement complet à la fin du Moyen Age qu’il a fallu compenser par un repeuplement de Piémontais. La nouvelle communauté villageoise s’est installée au pied du côteau où se trouvait la première agglomération. Une église y est construite. Ce n’est qu’à l’époque moderne que nous découvrons sa titulature, à saint Sébastien. Il est très probable que ce patronage a été instauré au XVIe siècle suite aux ravages provoqués par la peste qui décima la population. Les visites pastorales de la fin du XIXe siècle (1857, 1862 et 1867) reconnaissent qu’il n’existe pas de chapelle rurale. Pourtant la carte IGN signale

 

132. La chapelle Notre-Dame de Lorette ou de la Salette ou de saint-Brice

 

C’est sous le titre de Notre-Dame de Lorette qu’elle est signalée par la carte de Cassini alors qu’aujourd’hui sur la carte IGN elle est dite de Saint-Brice. Mais la statue qui orne le mur du fond du chœur de la chapelle, au dessus de l’autel, représente Notre-Dame de la Salette comme inscrit sur le piédestal. Le vocable donné par Cassini est à retenir, celui de la Salette n’étant apparu qu’en 1851, année où fut autorisé le culte à la Vierge suite aux apparitions de 1846.

 

132 bis. Saint-Martin de Picarlet

 

On doit à E. Sauze la reconnaissance d’un petit castrum situé au lieu-dit le Picarlet, petite colline au SO de Corbières, altitude 401 m. Il correspond au Podium Carletti ou Poycarlet mentionné en 1119, 1143, 1178 et 1227 comme dépendant de Saint-André de Villeneuve avec une église dédiée à saint Martin (SAV, p. 277). Les Pouillés citent l’église dans la taxe synodale vers 1300, ecclesia Poycarlet, mais la place au lieu-dit Pigraillet dans la commune de Pertuis, Vaucluse (p. 27). Le castrum n’a pas survécu à la grande crise du XVe siècle.

 

Synthèse

 

L’implantation de la première église paroissiale sur un site préhistorique et antique, en milieu ouvert, n’est pas fortuite. C’est un ancien lieu de rassemblement d’une communauté qui a été christianisée, peut-être très tôt et qui perdure avec cette chapelle.

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[1] RACP, n° 261, p. 345 et n° 262, p. 346.

[2] SAV, p. 276-277. Observation archélologiques d’E. Sauze en septembre 1999.

[3] Pouillés, p. 9, 28, 30, 33 et 45 : ecclesia de Corberia an 1274, vers 1300, en 1351.

[4] Sur l’abbaye de Valsainte, Souvenirs religieux de l’abbé Féraud, p. 67 à 71. L’abbaye de Valsainte est située dans la commune de Simiane-la-Rotonde.E. Sauze place cette cession avant 1227.

 

Voir site Dignois 

et Dignois