Daniel Thiery

Colmars

 

COLMARS

 

Faisait partie du diocèse de Senez et était chef-lieu de viguerie, aujourd’hui chef-lieu canton. Dans la haute vallée du Verdon, le territoire s’étire le long du fleuve. Le terroir très montagneux est cependant fertile comme l’atteste Féraud (p. 280), son territoire est très fertile en grains, mais c’est là son unique production. Ses montagnes, couvertes de gazon, nourrissent en été de nombreux troupeaux qu’on y amène d’Arles. Le fromage de ce lieu, connu sous le nom de fromage de Thorame, est très apprécié. Ce fromage était déjà renommé et constituait une bonne source de revenus au Moyen Age puisqu’en 1056, une famille nombreuse et puissante fait don aux moines de Saint-Victor de la dîme des fromages des Alpes qui proviennent de Collo Martio et de Alodes, Colmars et Allos (CSV 2, n° 765, p. 110-111). Elle y ajoute la dîme sur les poissons du lac d’Allos (de stagno Levidone). La commune est très vaste, plus de 8100 hectares, et était très peuplée à la fin du Moyen Age, plus de 1200 habitants en 1315. Réduite à 850 en 1472, elle va atteindre son apogée en 1765 avec 1725 habitants (Atlas, p. 171-172). C’est à partir de cette date que va commencer la lente et progressive émigration des habitants pour atteindre une moyenne de 350 habitants depuis une cinquantaine d’années.

 

Le castrum de Colmars ou ville (seu villa) est cité lors de l’enquête de 1252, il fait partie de la bajula vallis Colli Marcii, de la baillie de la vallée de Colmars (n° 429 à 432, p. 326-327). Auparavant, en 1233, Raymond Bérenger V avait accordé le régime du consulat à la ville (RACP, n° 198, p. 297-298). L’église n’est citée qu’à partir de 1300, ecclesia de Collomarcio (Pouillés, p. 290). Dédiée à saint Martin, elle est détruite lors de l’incendie de 1672 qui ravage également la ville. Quand Mgr Soanen fait sa visite en 1697, il constate que la paroisse dud Colmars que estre nouvellement construite. Pendant le temps de la reconstruction c’est la chapelle des Frères pénitents qui a servi de paroisse [1]. Vu l’étendue du terroir et la difficulté des chemins en milieu montagnard, l’administration ecclésiastique a créé deux autres paroisses, à Clignon et à Chaumie [2].

 

125. L’hypothétique église paléochrétienne Saint-Pierre

 

Ce sont Achard et Féraud qui avancent la thèse d’une colonisation romaine dans la haute Vallée du Verdon et précisément à Colmars qui auraient pu être le siège de la capitale de la peuplade alpine des Galitae. Les Romains auraient élevé un temple au Dieu Mars sur une colline dominant l’actuel village. D’où le nom de Collis Martis, la « colline de Mars », à l’origine du nom de Colmars [3]. Lors de la christianisation, les premiers chrétiens auraient élevé à l’emplacement du temple païen une église dédiée à saint Pierre. Féraud ajoute que l’on trouve encore les débris de l’ancienne paroisse, elle fut désertée par ses habitants qui se réunirent auprès du Verdon. Rien ne vient justifier la présence des Romains et encore moins d’une église paléochrétienne. Nos deux auteurs reconnaissent d’ailleurs qu’on n’a trouvé à Colmars aucune antiquité remarquable. Un auteur plus contemporain, A. Roux, dans son histoire manuscrite de Colmars, pense que les vestiges de la chapelle des Templiers sur le rocher de Saint-Pierre ont donné naissance à la légende de l’origine romaine de Colmars [4]. La présence des templiers est attestée par l’abbé Féraud dans ses Souvenirs Religieux (p. 103) : Colmars conserve encore les ruines d’une maison des Templiers sur le monticule Saint-Pierre où se trouvait jadis la principale agglomération des habitants. Mais ici également nous ne possédons aucune preuve de la présence de cet ordre chevaleresque et les auteurs modernes (Durbec et Collier) ne mentionnent pas Colmars parmi les biens du Temple [5].

 

126. La chapelle Saint-Martin, église du castrum

 

La colline Saint-Martin abrite aujourd’hui le Fort de Savoie qui a incorporé dans ses murs une partie de la chapelle. Construit par Vauban à la fin du XVIIe siècle, le fort a fait disparaître les dernières traces de l’habitat élevé lors de l’enchâtellement. L’habitat va descendre assez vite vers le Verdon à partir du XIIIe siècle et est fortifié à la fin du XIVe siècle. Une nouvelle église paroissiale y est édifiée qui reprend la titulature de la première, Saint-Martin. Deux chapelles de confréries voient le jour dans la ville, dédiées à la Vierge et à saint Joseph. Elles sont signalées lors des visites du XIXe siècle et proprement restaurées en 1865. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 est assez explicite : chapelles de confréries dans la ville. Messe, vêpres et Salut par Mr le Curé, sept ou huit fois par an. Les Pénitants y récite quelques fois l’office ; les soirs des vendredis de carême, exercices à l’une de ces chapelles : office des pénitents, chants, prières, sermon, Salut. Sur la paroisse, sont également citées deux chapelles rurales.

 

127. Chapelle Saint-Jean du Désert

 

Elle n’est pas signalée par Mgr Soanen lors de ses visites de 1697 et 1700. Elle est située à l’est du village à près de 1800 mètres d’altitude, près du Ravin de St Jean. Comme il est dit en 1899, chapelle St Jean de désert, à 6 kil. environ, dans la montagne. Messe solennelle et grand concours le 24 juin et le 29 août. Bravade en costume militaire. Confréries en habit de chœur [6]. Féraud ajoute que la fête de saint Jean-Baptiste et celle de saint Martin attirent beaucoup d’étrangers. Lors de chaque citation de la fin du XIXe siècle, la chapelle est soit convenable, soit en bon état. Nous rencontrons encore un lieu de culte isolé, dans le désert, en montagne et dédié à saint Jean-Baptiste. Ces lieux de culte sont souvent à l’origine du peuplement du territoire, liés à l’eau purificatrice et à l’ascèse du désert. Ils se substituent également, lors du solstice d’été et des feux de la Saint-Jean, aux fêtes païennes. Si la chapelle semble être dans un « désert », elle est cependant placée près du vieux passage faisant communiquer les vallées du Verdon et du Var par le Col des Champs (2045 m). A partir de Saint-Martin d’Entraunes sur le Var, l’itinéraire était également jalonné par une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste où les habitants venaient en pèlerinage au mois de juin.

 

128. Chapelle de la Trinité au Bas Clignon

 

Bien que le Clignon Haut soit une église succursale de Colmars, la chapelle située au Bas Clignon dépend de la paroisse de Colmars. La première citation date de la visite de Mgr Soanen en 1700, au bas Clignon, petite chapelle de la Ste Trinité. Elle est citée régulièrement lors des visites pastorales du XIXe siècle sous le titre de la Sainte Trinité. En 1869 la chapelle du Bas Clignon, toiture en bon état, un campanile avec une cloche. En 1893, son état laisse à désirer. Elle ne sert au culte que quatre fois par an selon l’enquête de 1899 : petite chapelle au hameau de Clignon Bas, une première messe le dimanche de la Trinité, plus quatre messes par an. Au Haut Clignon, l’église paroissiale est dédiée à sainte Madeleine. En 1700, Mgr Soanen relate qu’au plus haut Clignon, la chapelle brulée en les dernières guerres est rebastie assez proprement sous le titre de Ste Madelaine. Il cite également une chapelle St Roch qui est trente pas plus haut, toute décrépie et mal couverte et qui a totalement disparu (elle ne figure pas sur Cassini). A la fin du XIXe siècle, il n’existe aucune chapelle rurale au Haut Clignon.

 

Synthèse

 

La chapelle Saint-Jean du Désert fait partie de ces lieux de culte liés à la solitude érémitique et à la purification par l’eau. Ils ont souvent remplacé des lieux de culte païens célébrant le solstice d’été.

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[1] Visites de 1697, ADHAP, 2 G 17, f° 89 v°-99 r°.

[2] Visites pastorales du XIXe s. : 1858. 1865, 1869, 1876 (2 V 87) ; 1884, 1890 (2 V 93) ; 1894 (2 V 94).

[3] Une autre hypothèse fait venir l’origine du vocable Colmars de Collis Martini, la colline Saint-Martin, saint patron et titulaire de la paroisse. Quant aux Galitae on les situe maintenant en Haute Bléone.

[4] Cité par la Carte Archéologique, n° 061, p. 142.

[5] COLLIER R., « les Templiers en Haute-Provence », Bul. SSL, T XXXVI, 1960, p. 194-196. DURBEC, « Les Templiers en Provence », Provence Historique, fasc. 35 et 37 du tome IX, 1959-1960.

[6] 24 juin, fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste. 29 août, fête de la décollation du saint (procession dite ce jour-là du Petit Saint-Jean). La procession est attestée par le coutumier de 1835, procession au désert le jour de saint Jean-Baptiste.

 

Voir site Dignois