Daniel Thiery

Clumanc

 

CLUMANC

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie du Val de Barrême, aujourd’hui dans le canton de Barrême. Cette commune très vaste, 5368 hectares, est située au nord de Barrême dans un paysage montagneux, irriguée cependant par l’Asse de Clumanc (altitude moyenne de la vallée, 850 m). Elle est vitalisée par un habitat très dispersé, en petits hameaux et fermes isolées, ce qui a entraîné une multiplicité des lieux de culte. Déjà à la fin du Moyen Age, sont signalées trois communautés et donc trois centres paroissiaux : Notre-Dame, Saint-Honorat et Labaut. Les deux dernières seront réunies à Notre-Dame à la fin du XVe siècle, suite à la dépopulation provoquée par les guerres et la peste. En 1315, les trois communautés totalisaient 800 habitants, en 1471 elles n’en comptaient plus que 220, soit une perte de plus de 70%. Malgré ce regroupement, les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Honorat vont continuer de perdurer jusqu’à nos jours.

 

CLUMANC SAINT-HONORAT

 

La première citation concerne l’église Saint-Honorat au milieu du XIe siècle. C’est une église, sous le titre du fondateur de l’abbaye de Lérins, située in valle Clumanci, qui est donnée par des laïcs à l’abbaye de Lérins ainsi que plusieurs terres [1]. Cette église existe déjà et il est probable, vu sa titulature, qu’elle appartenait déjà à Lérins durant le haut Moyen Age. C’est encore un cas parmi beaucoup d’autres où nous voyons des laïcs restituer des biens d’église qu’ils ont accaparés lors des troubles du Xe siècle. L’église est confirmée par le pape Alexandre IV en 1259 (CL 2, IV, p. 6), in diocesi Senensi, ecclesia Sancti Honorati de Clumanco. Elle est citée par les Pouillés en 1300 et 1376, ecclesia de Sancto Honorato (p. 289 et 292). Enfin, le castrum Sancti Honorati est mentionné en 1237 (Enquêtes n° 277, p. 364). Le prieuré restera dans les mains de Lérins jusqu’à la Révolution [2].

 

CLUMANC NOTRE-DAME

 

L’église est citée par les Pouillés en même temps que celle de Saint-Honorat sous l’appellation d’ecclesia de Clumanco (1300 et 1376) établie dans le castrum de Clumanco nommé en 1237. Atlas (p. 171) et Collier (p. 113) la reconnaissent comme un prieuré de Saint-Victor tandis qu’Alpes Romanes (p. 50) en fait une dépendance de l’évêché de Digne. C’est près d’elle que va être édifié le château dont il reste de nombreux éléments ainsi qu’un donjon carré du XIIIe siècle. L’église appartient selon Alpes Romanes à l’art roman tardif. Seuls, deux piliers sculptés en réemploi à l’intérieur de l’édifice indiquent une période plus ancienne. Certains auteurs y reconnaissent des éléments carolingiens tandis que d’autres les datent plutôt du Xe siècle [3]. Il est probable que ces piliers ont été empruntés sur place, ce qui fait supposer un monument antérieur et donc une église pouvant dater du haut Moyen Age.

 

La tour de Clumanc a provoqué des interprétations diverses. C’est d’abord Mgr Soanen en 1697 qui raconte : nous avons aussi visité une tour très ancienne qui est aujourd’hui une bastide entre les deux Clumanes et nous y avons observé des preuves certaines qu’il y avoit eu là une église de monastère par les arcades et les fenestres à l’antique, et on nous a dit suivant la tradition du pays, que pendant qu’il y avoit des Religieux dans le cloitre de St Honoré, il y avoit là des Religieuses du même ordre de St Benoît. Achard lui emboîte le pas : à quelque mille pas de l’eglise de N.D. est une bastide, nommée la Tour. Ses murailles et la disposition des appartements font soupçonner que c’étoit un monastère, ce qui s’accorde assez avec la tradition qui porte que c’étoit un couvent de Filles de l’Annonciade, détruit lors des guerres de la Religion [4]. R. Collier est beaucoup plus nuancé (p. 354) : s’il date l’édifice de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle, il récuse à la fois la fonction militaire et la fonction religieuse. Il y voit plutôt un rare spécimen de maison campagnarde, à demi-seigneuriale, du Moyen Age.

 

LE CASTRUM DE LABAUT

 

Il est cité en même temps que ceux de Saint-Honorat et de Clumanc, en 1237, castrum de Labaut. L’Atlas Historique y recense 24 feux en 1315, mais à la fin du XVe siècle, il est dépeuplé et réuni au castrum de Notre-Dame ou de Clumanc. L’ultime renseignement sur cet ancien castrum est fourni par Mgr Soanen en 1697 : pour reste d’antiquité nous avons vu au dessus des Sosseries Basses une bastide appelée Labaut appartenant autrefois aux Templiers et aujourd’hui aux Chevaliers de Malte qui dépend de la commanderie de Puimoisson et fait environ 300 livres de rente. La carte de Cassini (n° 153) situe entre les deux Sausseries un édifice religieux nommé St Benoit. Les cartes modernes n’y placent plus qu’un cimetière. Lors de la visite de l’évêque dans la paroisse de Tartonne en 1706, celui-ci cite une chapelle Saint-Pancrace dans le hameau des Sosseries Hautes à demie lieue de l’église (2 G 17).

 

122. L’église Sainte-Marie du Mont, prieuré de Saint-Victor

 

Le cartulaire de Saint-Victor en 1122, cite parmi les églises appartenant à l’abbaye et sises dans le diocèse de Senez, une ecclesia sancte Marie de Monte Romaldi (CSV 2, n° 972, p. 417). Guérard dans son Dictionnaire géographique (p. 898) situe cette église au Roubaud, commune de Clumanc, mais avec un point d’interrogation. La France Pontificale de Fisquet traduit par Sainte-Marie de Montromaud (I, p. 208), sans localisation. Abbayes et Prieurés (p. 61) reproduit Guérard, à Clumanc prieuré Notre-Dame du Mont, Mons Romaldi, au Roubauld. Ce prieuré n’apparaît pas dans les chartes antérieures du cartulaire. Il existe effectivement un Roubaud signalé par la carte de Cassini, au sud de Saint-Honorat et entre les Nobles et Raumas (Nobles, aujourd’hui les Nèbles). Actuellement, la carte est vide à cet endroit et Roubaud a disparu. Mais le doute subsiste sur la réelle localisation de cette église.

 

123. La chapelle Saint-Jean-Baptiste du Riou

 

Elle est déjà signalée lors de la visite de l’évêque de Senez le 20 mai 1697 : le recteur de la chapelle St Jean scituée au masage de Rioul, paroisse St Honoré, a abandonné lad chapelle, s’est absenté du diocèse et même de la province depuis plus de deux ans depuis lequel tems il n’a esté faict aucun service [5]. Elle figure sur la carte de Cassini au Rioul. Elle réapparaît lors des visites du XIXe siècle à partir de 1857. En 1865 et 1870 elle est en mauvais état et même délabrée. Elle est aujourd’hui en bon état.

 

124. La chapelle Saint-Victor

 

Dédiée à saint Victor, elle est citée en 1857 comme étant au hameau de la Lauze, hameau qui ne figure ni sur Cassini ni sur les cartes modernes. En 1870, elle est à réparer intérieurement et extérieurement

 

Synthèse

Notre-Dame de Clumanc avec ses deux piliers sculptés laisse apparaître la possibilité d’une fondation au haut Moyen Age.

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[1] CL, CCXXXII, p. 238-239, entre 1046 et 1066.

[2] Plusieurs pièces du XIe au XVIIIe sont référencées dans la série H des Archives Départementales des Alpes-Maritimes, H 919-931, p. 150-151. Le prieuré Saint-Georges de Sergan (Commune actuelle du Chaffaut-Saint-Jurson) fut uni à celui de Clumanc en 1407.

[3] Consulter Collier, p. 456-457. Alpes Romanes 2, p. 50. Carte Archéologique, n° 059, p. 141.

[4] Visite pastorale du 20 mai 1697, note 166. Achard, I, p. 464-465.

[5] ADAHP, 2 G 17, f° 21r°-22 v°.

 

Voir site Dignois