Daniel Thiery

Châteaufort

 

CHATEAUFORT

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. Le territoire est établi sur la rive gauche de la Sasse et présente un paysage de montagnes et de collines où s’étendent quelques petits plateaux favorables à l’exploitation agricole. C’est sur ceux-ci que se révèlent des colonisations antiques et médiévales [1].

 

Entre 1030 et 1040, les moines de Saint-Victor reçoivent des biens et passent une convention avec des propriétaires du castrum Forte, Châteaufort [2]. Ils héritent d’un grand domaine dans tout le territoire de Châteaufort jusqu’au fleuve Sasse et dans le territoire de La Pène et de Valavoire. Ce domaine comprend des montagnes boisées, favorables aux pâturages des brebis et des agneaux et une zone de collines vallonnées propices à la culture des céréales. C’est dans cette dernière que nous rencontrons plus tard deux édifices religieux. Les citations de 1030 et de 1040 du castrum Forte indiquent non seulement une fortification mais également un habitat près du château. Quatre personnages, Isoard, Lothaire, Ricaud et Guillaume tiennent le territoire et sont maîtres du castrum. L’église et le cimetière sont établis sur une croupe de terrain qui se prolonge par un massif rocheux sur lequel se dresse le château à l’aplomb des gorges de la Sasse. L’église paroissiale est dédiée à saint Jacques ainsi citée en 1274 avec un rector ecclesia Beati Jacobi de Castroforti puis en 1350 où elle desservie par un prieur, prior de Castro Forti, de la prévôté de Chardavon [3]. Elle est encore sous cette titulature lors de la visite épiscopale de 1602, puis on la retrouve sous le titre de saint Laurent en 1642.

 

Si l’ensemble de l’édifice présente un appareil relevant des XVIIe-XVIIIe siècles, pierres en tout-venant liées au mortier, il subsiste un élément architectural d’une période antérieure qui pourrait être le clocher-tour primitif. Il est formé de pierres équarries de moyen module, disposées en lits réguliers à joints fins. A la base, on remarque un appareil formé de petites pierres cassées au marteau qui pourrait être le reliquat d’un édifice du XIe siècle.

 

104. Le prieuré Saint-Pierre d’Entraix

 

Etabli dans un fond de vallée, entre deux rious, le hameau d’Entraix regroupe 55 habitants en 1315 sous l’appellation Castellet d’Entraix. Un chapelain le dessert en 1274, puis un prieur en 1350. Il existe donc une église. Celle-ci n’apparaît nommément sous le titre de Saint-Pierre qu’à la fin des guerres de Religion où elle est en ruine. Après des réparations longues à effectuer, le hameau n’abritera plus que cinq à quatre familles et sera déserté au début du XXe siècle. Les quelques traces subsistantes de l’église et du cimetière ont complètement disparu aujourd'hui. Il en est de même des moulins à blé et à noix ainsi que du foulon à drap. Il faut relever que le plan cadastral napoléonien de 1836 indique que l’église était orientée le chevet vers l’est avec une contenance de 35 m². Le hameau et son terroir ont été rattachés à La Motte-du-Caire depuis le XIVe siècle par l’un des seigneurs de La Motte-du-Caire qui en a fait une enclave du territoire de La Motte dans celui de Châteaufort. Le prieuré relevait également du prieuré de La Motte, dépendance de l’évêque de Gap. Seul souvenir tangible, une grande vasque en pierre de taille, ancienne cuve baptismale, sert de pot de fleurs près d’une ferme restaurée du hameau de Saint-Véran [4].

 

105. La chapelle Saint-Vincent à Saint-Véran

 

Posé sur un plateau, entouré de collines et de ruisseaux, le domaine de Saint-Véran n’apparaît qu’en 1613 où le prévôt de Chardavon possède des terres à Saint-Véran [5]. Puis en 1698 on apprend que le seigneur (de Châteaufort) acheta du prévost de Chardavon les biens dépendants de la chapelle de saint Véran consistant en terres de la contenance de quatre charges et demi en semence et de trois souchoirées de pré [6]. Une seule visite pastorale, celle de 1759, nous apprend que la chapelle est dédiée à saint Vincent : le même jour nous sommes partis (de Reynier) pour nous rendre à Nibles. Et en descendant de notre logement nous avons fait la visite de la chapelle sous le titre de St Vincent qui se trouve au bas du village et dans laquelle on célèbre la messe les jours d’œuvres pour la commodité des habitants, à cause de l’éloignement de l’église paroissiale, laquelle (chapelle) nous avons trouvé assez décemment ornée [7]. Par la suite, il n’y a plus de nouvelles de la chapelle. Il n’est même pas possible de la situer sur le terrain.

 

Synthèse

 

Nous sommes en présence de deux édifices établis en milieu ouvert, non défensif, près des zones de culture et proches de ruisseaux. Les deux sites ont livré en outre des fragments de tegulae, signes d’une occupation antique. Si l’on peut soupçonner une fondation par les moines de Saint-Victor au XIe siècle, rien de tangible ne permet d’avancer une occupation antérieure, sinon gallo-romaine. Néanmoins, les deux églises offrent toutes les caractéristiques des premières églises rurales, antérieures à l’enchâtellement.

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[1] Reprise de notre texte paru dans les Chroniques de Haute Provence, n° 358, juillet 2007, « Eglises et prieurés ruraux (VIIIe-XIIe siècles) dans les cantons de la Motte-du-Caire et de Turriers ».

[2] CSV n° 714, T II, p. 60-61 et 727, T II, p. 70.

[3] Pouillés du diocèse de Gap.

[4] Un ancien habitant de Saint-Véran nous a appris que cette vasque avait été transférée d’Entraix à Saint-Véran par son grand-père au début du XXe siècle.

[5] ADHA G 2318, f° 340.

[6] ADAHP C 41. Affouagement de 1698.

[7] ADHA G 789, f° 25.

 

Voir site Dignois