Daniel Thiery

Céreste

 

CERESTE

 

Faisait partie du diocèse d’Apt et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Reillanne. La commune est située à l’ouest du département en limite avec celui du Vaucluse. Placé sur la via Domitia le territoire a livré de nombreux sites antiques et il est probable que la station romaine de Catuiacia y était située (CAG, n° 045, p. 126 à 129). Le Moyen Age est également bien représenté, puisqu’on y rencontre les abbayes de Saint-Victor, de Montmajour et de Saint-André de Villeneuve. Saint-Victor hérite en 1103 du prieuré de Notre-Dame de Beauvoir et de Saint-Michel, situé à Cezeresta, donné par l’évêque d’Apt Laugier II, puis en 1221 l’évêque Geoffroi II confirme l’union de l’église Notre-Dame de Bresis au prieuré de Céreste afin qu’un seul prieur gouverne les deux églises [1]. C’est l’église de ce prieuré qui deviendra l’église paroissiale, ne gardant à l’époque moderne que la titulature de saint Michel.

 

95. L’église Saint-Sauveur du Pont

 

Cette église est citée par les Pouillés au XIVe siècle : rector ecclesie S. Salvatoris pontis Cezeriste [2]. Abbayes et Prieurés (p. 28) ajoutent que le prieuré Saint-Sauveur dépend de Saint-André de Villeneuve. Les sources sont muettes sur ce prieuré qui semble avoir disparu très tôt. Seule la CAG en fait mention (n° 045, p. 128) situant la chapelle médiévale disparue de Saint-Sauveur-du-Pont au lieu-dit Saint-Sauveur-Les Astiés. C’est là, au sud du confluent du Calavon et de l’Encrème, que pourrait se situer la mutatio de Catuiacia. L’attribut le Pont donné à ce prieuré évoque le franchissement du Calavon sur l’antique voie romaine encore empruntée au Moyen Age. Les moines de Saint-André y percevaient peut-être un péage et continuaient sans doute la fonction de la mansio romaine par l’accueil des voyageurs.

 

96. Le prieuré de Carluc

 

Le site du prieuré a fait l’objet de plusieurs études et publications auxquelles nous renvoyons le lecteur [3]. Ce prieuré apparaît en 1011, lors de la fondation du monastère d’Estoublon. Une famille de Riez fait don au père abbé Archinric de l’abbaye de Montmajour du territoire d’Estoublon afin d’y construire un monastère. Elle lui donne également le lieu dit saint Pierre Apôtre de Cariloco qui est consacré en l’honneur de saint Pierre Apôtre [4]. Pendant une centaine d’années, Carluc sera un monastère à part entière avec sous sa dépendance une quinzaine de prieurés ruraux. Puis entre 1114 et 1118, il est rattaché directement à Montmajour. Le site de Carluc présente l’église Saint-Pierre datée du XIIe siècle, mais ayant subi quelques remaniements et réparations au cours des siècles. Elle se prolonge par une galerie aménagée dans le roc où ont été creusées des banquettes et des tombes anthropomorphes. On en retrouve également aux abords. Les auteurs qui ont étudié le site pensent que ce lieu a pu être déjà occupé durant le haut Moyen Age par quelques ermites. Il est clair d’autre part que lors de la donation de l’an 1011 le site dit loco sancto Petro existait déjà et ne désignait pas seulement un édifice dédié à saint Pierre mais un lieu aménagé. Collier évoque un sanctuaire plus ancien qui a dû précéder le prieuré comme l’indique une plaque funéraire au nom de Crescentia mise à jour dans la galerie funéraire. D’autre part, la présence d’une source près de la crypte, évoque aussi l’idée d’une divinité aquatique christianisée, ou, encore, d’une eau miraculeuse.

 

97. La chapelle Saint-Georges

 

Cette chapelle dédiée à saint Georges n’apparaît que lors des visites pastorales du XIXe siècle. Elle est reconnue convenable en 1859 et en 1866 l’encoule (contrefort) du nord est à construire et le sanctuaire à blanchir. Elle est décrite lors de l’inventaire du 5 février 1906 : chapelle appelée St-Georges construite à 1 km du pays sur le versant d’une colline dans les pins, donnant au nord sur le ravin de l’Encrème, au midi sur le chemin conduisant à la route d’Apt. Une seule nef, clocher campanile avec une petite cloche [5]. L’abbé Féraud (p. 378) confirme cette situation, elle est située à l’extrémité du territoire sur la rivière du Calavon et est bâtie sur un souterrain que l’on croit être un ancien aqueduc. Il ajoute : la fête patronale du lieu est saint Georges que l’on célèbre le dimanche qui suit le 23 avril. Cette chapelle qui n’est pas citée à la fin du Moyen Age a pu être élevée après les grands fléaux des XIVe et XVe siècles. Chapelle de protection, Georges, son titulaire, est devenu le nouveau patron de la paroisse, comme dans bien d’autres lieux.

 

Synthèse

 

Le prieuré de Carlus offre toutes les marques d’antiquité et les historiens n’hésitent pas à le faire remonter au haut Moyen Age si ce n’est encore plus haut, à l’époque de la christianisation.

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[1] Abbayes et Prieurés, p. 28. GCN, I, Apt, col. 232-233 et Inst. Apt, X, col. 134-135. L’abbé Féraud dans ses Souvenirs religieux (p. 35) fait une erreur en affirmant que Notre Dame et Saint-Michel sont deux églises distinctes. Par contre il ajoute avec justesse, qu’ayant cessé d’être régulier, le prieuré est érigé en cure en l’an 1618 par l’évêque d’Apt Jean Pélissier.

[2] GCN, I, Apt, n° XV, col. 139.

[3] En particulier, dans Provence Romane 2, par Guy Barruol, p. 187 à 232. Collier, p. 97, 406-407. Le prieuré de Carluc, Alpes de Lumière, n° 68.

[4] Texte fourni par Papon II, Preuves IV. Concedimus Abbati predicto vel ejus Monachis, de loco sancto Petro Apostolo Cariloco, qui est consecratus in honore ipsius sancti videlicet Petri Apostoli.

[5] Visites de 1859 et 1866 (ADAHP 2 V 90). Inventaire (1 V 67).

 

Voir site Dignois