Daniel Thiery

Blieux

 

BLIEUX

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui dans le canton de Barrême. Cette commune, dans un milieu montagneux difficile, couvre près de 5700 hectares et n’a jamais pu abriter plus de 830 habitants. Les deux meilleures périodes furent celle du XIIIe-début XIVe siècle avec 750 personnes suivi par une perte de 75% recensée en 1471, puis celle de 1765 avec 823 habitants. L’exode rural a commencé bien avant le milieu du XIXe siècle (780 habitants en 1851, 73 en 1962). Le territoire était desservi par deux paroisses, celle de Blieux et celle de la Melle.

 

Blieux apparaît sous la forme de Bleus avec le patronyme de Raimundus. Douze ans plus tard, en 1122, sont citées deux églises aux mains de l’abbaye de Saint-Victor, ecclesias de Bleus sancti Symphoriani et sancti Pontii (CSV I, n° 446, p.452 et II, n° 777, p. 123). L’abbaye semble avoir abandonné Blieux après cette date car lors de l’enquête de 1278, l’église paroissiale dudit castrum est tenue par le seigneur évêque de Senez et il y a un hôpital des pauvres dans le dit castrum tenu par l’hospitalier R. Maurelles. G. de Majeste hospitalier décédé dudit hôpital a donné à Guillaume de Baux un pré situé dans ledit territoire près de la rivière Frey, pré qui contient trois scorées et vaut bien quinze livres ; que B. de Bliaud a légué à l’église dudit lieu un champ situé dans ledit territoire au lieu-dit Portaux (p. 439-440, n° 882-883). C’est ensuite l’abbaye de Lérins qui s’installe à Bileux. Le 5 octobre 1369 c’est la donation de plusieurs terres, sises à Blieux, faite à l’abbaye de Lérins par les hoirs de noble Isnard de Bileux, Isnard de Levis, terres in Ferraginibus, in Brigas, ad Balmas (CL, n° CI, p. 165-167).

 

L’abbaye de Saint-Victor et l’évêché de Senez paraissent asseoir leur domination sur le territoire de Blieux. L’abbaye de Lérins s’implante également au XIVe siècle. Mais la perte de 75 % d’habitants dénombrée à la fin du XVe siècle a dû considérablement affaiblir les revenus des ecclésiastiques et des moines. Deux églises sont citées en 1122, Saint-Symphorien et Saint-Pons. La première est l’église paroissiale de Blieux et comme le reconnaît Mgr Soanen en 1703, elle a toujours été dans le même lieu. Il relate qu’elle fut abattue en 1595 par les habitants pendant les guerres de peur que les ennemis ne s’en saisissent. Qu’ensuite elle a été réparée puis est retombée en ruine. C’est alors qu’il avait été proposé d’en bâtir une nouvelle dans le village, mais les habitants ont préféré restaurer totalement leur première église, malgré son éloignement de plus de 500 pas du village, les neiges et les glaces en hyver rendant cette église inaccessible [1]. Cette église existe toujours, dédiée à saint Symphorien.

 

L’évêque, après la visite de l’église paroissiale, recense 4 autres édifices : les chapelles Saint-Pierre, Saint-Pons, Saint-Joseph et Sainte-Elisabeth. Ce sont les mêmes répertoriées également par Achard (I, p. 343), l’abbé Féraud ne citant que les deux paroisses (p. 265-266).

 

65. La chapelle Saint-Pierre

 

La seule description est fournie par Mgr Soanen en 1703 ; c’est une chapelle de confrérie, elle est au haut du village avec un tableau représentant St Pierre, St Paul et St Honoré et tous les ornements et objets liturgiques nécessaires. Les murailles sont crépies et une cloche au dessus de la porte en dehors. La chapelle est citée en 1857, puis en 1866 où la chapelle de St-Pierre interdite depuis 8 mois ne sera rendue au culte qu’après qu’on aura enlevé l’humidité, réparé la toiture et le pavé, recrépi les murs à l’extérieur et construit une sacristie avec crédence. Lors de la visite suivante en 1870, elle est toujours interdite jusqu’à ce qu’elle soit réparée. Puis, elle n’est même plus citée en 1879, 1884 et 1889. Lors du recensement des lieux de culte en 1899, elle n’apparaît pas également et commence à tomber dans l’oubli [2]. Il n’en reste plus rien aujourd’hui.

 

66. La chapelle Saint-Pons au quartier du Thon

 

Il s’agit sans doute de l’église Saint-Pons citée en 1122. Elle est visitée par Mgr Soanen et nous y avons trouvé l’édifice en assez bon état …. une cloche assez bonne sur une petite arcade servant de clocher. Elle réapparaît en 1857 : chapelle au quartier de Thor dédiée à saint Pons où l’on dit la messe et on fait une procession le jour de la fête du saint. En 1866, elle est à réparer, puis interdite en 1870 et 1879. Puis elle est de nouveau citée, sans commentaire, en 1884 et 1889, ce qui signifie qu’elle a été réparée. Enfin, lors du recensement des lieux de culte en 1899, chapelle S. Pons, à deux kil. de la paroisse, dans un hameau de soixante habitants, existe depuis plusieurs siècles, sans autorisation écrite ; entretenue par la Fabrique, la Commune et les habitants. La Ste messe y est dite une ou deux fois par an par le curé, surtout le 11 mai fête du titulaire Saint Pons, avec les Vêpres et la procession de tous les habitants. Les membres du Conseil de Fabrique expriment le désir, au nom de toute la population de Blieux, de conserver cette chapelle ouverte au culte, tel qu’il a été pratiqué jusqu’à ce jour [3] .

 

Le quartier du Thon ou du Thor et même du Toun (Cassini) est situé à près de 2 kil. au sud du village de Blieux. Cassini signale la chapelle et plusieurs habitations, les cartes actuelles une chapelle St-Pons en ruine au Thon. R. Collier (p. 135), la cite au quartier du Thor : en ruine, rectangulaire. A l’intérieur, elle était divisée en trois travées, séparées par des doubleaux retombant sur des pilastres. La partie antérieure, en pierres de taille assez frustes, peut remonter au XIIIe siècle. Cette datation, grâce à l’architecture, confirme son existence en 1122.

 

67. La chapelle Saint-Joseph

 

C’est encore la même visite de 1703 qui nous la fait découvrir. Elle est qualifiée de chapelle rurale et nous y avons trouvé l’édifice tourné au couchant …. Un petit clocher avec une clochette. Au-dedans est le tableau de la Sacrée famille assez propre. La remarque sur l’orientation de la chapelle indique une origine non romane puisque le chevet est orienté vers l’ouest. La titulature à saint Joseph conforte cette constatation. La dernière citation s’achève avec Achard en 1788 et la carte de Cassini qui la signale sous son nom St Joseph. Elle n’apparaît plus par la suite lors des nombreuses visites pastorales de la dernière moitié du XIXe siècle. Elle semble avoir été remplacée par un oratoire dit St-Joseph au Bas Chaudoul signalé par les cartes IGN actuelles, à 1800 m. au NO de Blieux.

 

68. La chapelle Sainte-Elisabeth de la Melle

 

La même visite de 1703 nous décrit la chapelle rurale de Ste Elisabeth au quartier de la Mesle située fort loin des dernières maisons sur le haut du mont où l’on nous a dit qu’on célébroit la messe une fois l’année le jour de la Visitation. L’édifice est en assez bon état, mais trop peu deffendu contre les eaux vers la porte où il y a de grands barreaux de bois pour donner du jour ….. un tableau de la Visitation. Pour Achard, cette chapelle est une succursale de la paroisse de Blieux et un second prêtre fait sa résidence à la Mêle. Pour Féraud c’est une paroisse à part entière, statut que l’on retrouve lors des visites pastorales du XIXe siècle. En 1857, elle a besoin d’être réparée, puis en 1860 et 1870, elle est interdite. Il semble qu’elle ait été réparée, car elle est de nouveau citée en 1884 et 1899 où on dit une messe une fois par an le 2 juillet. Aujourd’hui, elle apparaît en ruine sur les cartes modernes. Une chapelle l’a remplacée, cette fois près du hameau ruiné de Melle, à 1147 mètres d’altitude.

 

La situation de cette église/chapelle est curieuse. Au lieu de se trouver près des habitations, elle est perchée sur le haut du mont comme le constate Mgr Soanen. A 1400 mètres d’altitude, aujourd’hui ruinée, elle ne correspond pas à un édifice relié à un château, celui-ci étant situé beaucoup plus bas, également en ruine. Autre énigme, le diocèse de Digne, Wikipedia et Quid sur Internet, attribuent la titulature de la chapelle à sainte Elisabeth du Portugal. Or, les anciennes citations donnent seulement sainte Elisabeth dont on célèbre la fête le 2 juillet, le jour de la Visitation (Mgr Soanen, Féraud et les visites du XIXe siècle). Le tableau vu par Soanen est celui de la Visitation. Elisabeth est toujours associée à la fête de la Visitation. Il semblerait qu’au cours du XXe siècle, le rapprochement, évident auparavant, se soit distendu, qu’on ait oublié la Visitation et adopté une sainte Elisabeth du Portugal dont on ne voit pas ce qu’elle pouvait protéger dans ce pays de haute montagne de Provence.

 

Synthèse

 

L’église, puis chapelle Saint-Pons, peut faire partie de ces premières paroisses fondées au cours du XIe siècle, souvent par des moines, ici par ceux de Saint-Victor. En 1122, elle est entre leurs mains et existe déjà.

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[1] Visite pastorale de 1703, ADAHP 2 G 17, f° 202 et ss.

[2] Visites pastorales de 1857, 1866, 1870, 1879 (ADAHP 2 V 91), de 1884, 1889 (2 V 93).

[3] Idem.

 

Voir site Dignois