Daniel Thiery

Bayons

 

BAYONS

 

Faisait partie du diocèse d’Embrun et de la viguerie de Sisteron. Aujourd’hui dans le canton de Turriers. En 1974, réunion avec les communes d’Astoin, d’Esparron-la-Bâtie et de Reynier.

 

BAYONS

 

La commune de Bayons occupe un vaste cirque formant une large vallée où coule la Sasse, entourée de hautes montagnes culminant à près de 2000 mètres. Un étroit goulot, la clue de Bayons, permet de communiquer avec le bassin de la Sasse en aval de Bayons.

 

40. La Clastre et le prieuré Notre-Dame de Nazareth [1]

 

En 1183, le pape Lucius III confirme les possessions de l’abbaye de l’Ile Barbe de Lyon à Bayons avec ses églises [2]. Ce n’est qu’au XIVe siècle que l’on apprend qu’il s’agit de deux églises, l’une desservie par un prieur, l’autre par un recteur ou chapelain [3]. Si la deuxième est l’église paroissiale dans le village, l’autre se révèle beaucoup plus tard. Deux actes notariés de 1685 et 1688 donnent de précieuses indications. Ils font état de la cérémonie pratiquée lors de l’intronisation ou mise en possession d’un nouveau prieur. Celui-ci était conduit par le curé au quartier de la Clastre où était ladite église notre Dame de Nazareth et lui faisait remuer les pierres aux vestiges de ladite église [4]. Le prieuré est alors en ruine mais la cérémonie qui s’y déroule fait comprendre qu’il s’agit du prieuré originel, celui qui a précédé celui du village. C’est un retour aux sources comparable aux pèlerinages qu’effectuent les villageois vers le premier lieu de rassemblement de la communauté comme on en rencontre dans de nombreux villages de Provence. Le quartier de la Clastre n’apparaît plus sur les cartes actuelles, seul le Ravin de la Clastre rappelle le prieuré. Il est situé au quartier de l’Adoux où a été décelé un site gallo-romain. L’implantation du premier prieuré est réalisée dans un milieu ouvert, non défensif, près d’un ruisseau et des terres arables.

 

La citation de 1183 n’est qu’une simple confirmation et non une création. Il existait deux églises dont celle du village est liée au castrum qui s’est formé au cours du XIIe siècle. Le transfert du prieuré de la Clastre vers le nouveau lieu de rassemblement de la communauté a dû s’effectuer très rapidement. Il a cependant conservé son statut de première fondation pendant encore plusieurs siècles.

 

Reste en suspens l’époque de cette fondation et par qui. Il existe la probabilité de l’Ile Barbe, monastère le plus ancien de France et très florissant durant la période carolingienne. Autre question : le cimetière qui devait accompagner le prieuré n’a pas été repéré jusqu’à présent. Il faut noter enfin que les deux églises étaient dédiées à Notre-Dame, celle du prieuré à Notre-Dame de Nazareth, celle du village à Notre-Dame de Bethléem.

 

41. La chapelle du Forest-Lacour

 

Une deuxième fondation pourrait se situer au Forest-Lacour. Si le Forest indique un hameau isolé du bourg principal, le toponyme la Cour peut faire référence à un établissement de l’époque carolingienne. Le hameau est situé en milieu ouvert, non défensif, près des zones de culture, d’un ravin et de la rivière Sasse. Le plan cadastral du hameau fait encore bien ressortir la cour centrale autour de laquelle sont disposées les maisons. Une chapelle de 24 m² le desservait, qui, en 1892, tombe en ruine [5]. Elle était sous la titulature de sainte Madeleine (Plan cadastral de 1839). Lors de l’incastellemento, le site ne s’est pas déplacé, mais s’est mis sous la protection d’une tour, la Tour de Bedoin, où la population pouvait se réfugier en cas de danger. Placée à la sortie de la clue, elle contrôlait également l’entrée du bassin [6]. Le cimetière ici aussi est absent et sa fondation demeure inconnue.

 

42. Les deux églises de la Combe

 

Il existait deux hameaux situés dans la haute vallée de la Sasse, distants l'un de l’autre de 2000 mètres, la Combe haute et basse. Distants de plus de 7500 mètres du chef-lieu, ils abritaient 17 familles au XVIIIe siècle, soit une centaine de personnes. La carte de Cassini, de la même époque, signale une église dans chacun des hameaux. Celle de la Combe Basse fut érigée en église succursale par l’archevêque d’Embrun [7]. Après la Révolution, elle fut de nouveau rétablie par décret impérial du 29 juin 1841 [8]. Les deux églises sont signalées par le cadastre napoléonien avec chacune un cimetière ainsi que deux fours à pain et un moulin à blé. Il ne reste plus que des ruines de ces deux hameaux, sauf l’ancienne église de la Basse Combe restaurée il y a quelques années par des particuliers, mais qui de nouveau se détériore par manque d’entretien. Elle est sous la titulature des saints apôtres Philippe et Jacques. L’autre était dédiée à sainte Marie-Madeleine. Cette dernière, en 1890, est ouverte et pleine de boue, dès lors à interdire. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 avait pronostiqué l’abandon prochain des deux hameaux : cette paroisse de la Combe tient à disparaître et bientôt elle ne sera plus qu’une pépinière pour le reboisement.

 

On a la confirmation au XIVe siècle de la présence d’un habitat à la Combe lors de l’enquête effectuée suite à la catastrophe survenue le 26 juillet 1492 où un déluge, des pluies continues et torrentielles entraînèrent une vague d’eau et de boue sur le village de Bayons. Les deux hameaux de la Combe, dits alors de la Montanhe, subirent aussi d’importants dégâts [9]. Il est à présumer que cet habitat, encore vitalisé à cette période malgré la peste, ait été déjà investi lors de la période faste précédente des XIIe-XIIIe siècles où la population de la commune atteignait presque les 1300 habitants. Il est établi en fond de vallon où l’on remarque encore les traces des anciennes terrasses de culture.

 

43. La communauté de Rouinon et la chapelle Saint-Joseph

 

Il existait un hameau appelé Rouinon, situé dans la montagne au nord du Forest-Lacour à plus de 1200 mètres d’altitude. Il est signalé pour la première fois en 1492 lors de la catastrophe de Bayons, en même temps que ceux de la Montagne. Il réapparaît seulement au cours du XIXe siècle quand il s’agit de créer une école temporaire pour 8 enfants, le hameau abritant en 1886 41 habitants. L’école sera fermée en 1911 faute de participants et la boîte aux lettres sera supprimée en 1929, le hameau ne comprenant plus qu’une seule famille de trois personnes [10]. Le cadastre de 1838 (parcelle 341 A) signale un tout petit édifice religieux dans le hameau, 10 m² seulement, et sans cimetière. Il est dédié à saint Joseph. Cette titulature indique une consécration récente, la dévotion à ce saint n’ayant vraiment débuté qu’au XVIIe siècle. La titulature a pu changer après les guerres de Religion comme pour tant d’autres églises. Faute de documents antérieurs, il est difficile d’en dire plus. La dernière citation date de 1899 lors de l’état des lieux de culte : une chapelle au hameau de Rouinon ; date et autorisation inconnues. Usage imémorial. A 2 heures de Bayons. Messe le lendemain de St Joseph et une fois pendant le temps pascal.

 

ASTOIN

 

Jusqu’en 1973, Astoin formait une commune s’étendant sur 1111 hectares dans un milieu montagneux entre le bassin de Bayons et celui de Turriers. La population ne fut jamais importante, 140 habitants en 1315, 30 en 1471, 264 en 1765, 19 en 1962.

 

44. L’ancienne église du castrum d’Astoin

 

Les quelques fermes formant le hameau actuel abritent une église dédiée à sainte Anne. Le premier habitat, au XIIe-XIIIe siècles, était 500 mètres au nord-est sur la colline et ses pentes que la carte de Cassini nomme la Sime de Vière. Le castrum de Reynier et son église paroissiale sont signalés aux XIIIe et XIVe siècles, castrum de Austeuno en 1237, ecclesie de Astuyno en 1351. A la fin du Moyen Age, les 6 familles subsistantes désertent Vière et créent un nouveau village ainsi qu’une petite chapelle dédiée à sainte Anne qui est desservie par la paroisse de Bayons. Ce n’est qu’au XVIIe siècle, quand la population dépassera les 250 habitants que la chapelle deviendra paroissiale.

 

Voir le site Dignois

 

ESPARRON-LA-BATIE

 

Cette ancienne commune occupe un territoire très montagneux s’étendant sur 2809 hectares. Le chef-lieu est situé à 1200 mètres d’altitude. Les moyens d’accès étaient difficiles et le climat rigoureux. Le maximum de population fut atteint au XIIIe siècle avec 370 habitants en 1315, puis ce fut le déclin pour aboutir à 27 habitants en 1962.

 

45. L’église oubliée de la Bâtie

 

Le castrum d’Esparron est toujours cité au Moyen Age avec celui de la Bâtie ou Bastide, castrum de Sparrono et Bastita en 1237. Cela suppose qu’il existe deux communautés distinctes, mais toutes les deux aux mains d’un même seigneur, la famille de Morier. La peste du XIVe siècle va créer des ravages dans la population. Noble Jean de Morier adresse une plainte en 1698 aux commissaires de l’affouagement. Il leur explique qu’il n’existe plus de corps de communauté depuis 1471. Cette année-là, malgré le peu d’habitants, ceux-ci furent imposés comme du temps où la communauté était prospère. Si bien qu’ils durent s’engayer extremement (déguerpir) [11]. Noble de Morier reconnaît qu’il possède tout le territoire, dont une bastide au quartier de la Casse ainsi que le domaine de la Bastide. En 1709, c’est la renaissance de la communauté qui a enfin retrouvé  un nombre plus conséquent d’habitants, 200. Le seigneur lui offre alors ses deux domaines de la Casse et de la Bastide.

 

C’est en 1599 qu’apparaît un renseignement capital. C’est lors de la visite de l’évêque de Gap, à la sortie des guerres de Religion. Il reconnaît que l’église d’Esparron est en pauvre estat, toute découverte, les murailles presque toutes abattues. Il recommande ensuite que le cymetière qui est auprès de ladite église, ainsi que celui qui est auprès de l’église de la bastide, pour estre fermé tout alentour afin que le bestail ny entre [12]. Dans le cadastre de 1760, le plus ancien conservé, il est fait mention du tènement de la Bastide appartenant à la communauté. Il se compose de quatre terres et d’un gros tènement de terre et bastiment de crépin confrontant terre de la chapelle [13].

 

La Bastide, ou la Bâtie aujourd’hui, est située dans le vallon où coule le Torrent de Reynier, entre le village de Reynier et le hameau de Baudinard.Il subsiste encore une ruine qui devait être l’ancienne ferme-bastide, mais plus d’église ni de cimetière. C’est sans doute à cet endroit que doit se trouver le site signalé par l’abbé Féraud : à l’extrémité du terroir, du côté de Reynier, et dans un champ appelé Cimetière, on a trouvé enfouis dans la terre, des ossements humains d’une grosseur extraordinaire, plus, des pierres taillées, parmi lesquelles une paraît avoir servi de fonts baptismaux. Ce qui annonce une ancienne église, dont le souvenir s’était perdu dans la suite des temps.

 

Voir le site Dignois

 

46. La chapelle moderne de Baudinard

 

Nous signalons seulement cette chapelle afin que l’on ne soit pas tenté de lui trouver une origine ancienne. Deux textes suffisent à la dater précisément. C’est d’abord une délibération municipale du 31 mars 1867 où le maire fait état du désir des habitants de Baudinard d’avoir un cimetière près du hameau, celui du chef lieu étant trop éloigné, 5 km, par des chemins affreux. Le hameau ne compte que 8 habitants. Les habitants ont construit l’année dernière une belle chapelle. Le cimetière sera établi à 150 mètres des habitations [14]. Puis, c’est la confirmation du 28 avril 1868 lors d’une visite pastorale, une chapelle rurale en construction à Baudinard [15]. Elle est sous la titulature de Notre-Dame Secours des Pécheurs.

 

Voir le site Dignois

 

REYNIER

 

Limitrophe avec Esparron-la-Bâtie, cette ancienne commune est située dans le même contexte de terrain montagneux et difficile. Le castrum de Rainerium apparaît en 1232 et l’église paroissiale en 1274 avec le vicarius de Raynero.

 

47. La première église sur la colline

 

Plusieurs collations de la cure, de la chapelle Saint-Georges, de la prébende et de la chapelle Saint-Sébastien ont lieu au XVIe siècle au profit de familiers de l’évêque de Gap [16]. L’église est par contre dédiée à saint Vincent et se trouve au sommet de la colline qui domine le village où seul a subsisté le cimetière. Au sortir des guerres de Religion en 1599, l’édifice est en piteux état, l’église Saint-Vincent est en fort pauvre estat, presque toute ruinée. Il faut attendre 1687 pour que les réparations principales soient terminées : l’église sous le titre de saint Vincent, laquelle avons trouvé construite à neuf sur une éminence hors le village,[17]. On ne sait ce qui est arrivé par la suite à cette église, puisqu’aujourd’hui il n’en subsiste plus qu’un moignon informe que l’on prend pour un oratoire. En 1833, une nouvelle église est achevée de construire dans le village qui va devenir la paroissiale, reprenant le titre de la première, Saint-Vincent.

 

48. Chapelle Notre-Dame dans le village

 

C’est durant l’année 1687 déjà citée plus haut que nous apprenons qu’il existe une chapelle dans le village dédiée à la Vierge. Il devait s’agir d’un petit monument, plutôt chapelle-oratoire. L’évêque s’étant informé où se faisoit le service divin, nous auroient répondu que depuis longtemps il se faisoit dans une chapelle construite au milieu du village appartenant au Seigneur dudit lieu de Reynier où avons trouvé qu’elle est couverte de paille, voûtée, pavée, ayant besoin d’être un peu recrépie et blanchie, l’autel est sous le titre de Notre Dame où est un tableau de la Ste Vierge. Le devant de la chapelle est fermé seulement d’un treillis de bois. Ce treillis de bois permettait aux paroissiens d’assister aux offices de l’extérieur. La dernière citation de cette chapelle date de 1899 lors du recensement des lieux de culte, chapelle de la Vierge, messe une fois par mois. Elle n’apparaît plus par la suite. 

 

Voir le site Dignois

 

Pour mémoire, nous signalons la seule citation d’une chapelle rurale au hameau du Gaine en 1890 [18].

 

Synthèse

 

Un édifice, Notre-Dame et le prieuré de la Clastre à Bayons, présente toutes les caractéristiques d’une fondation antérieure au castrum. Il en peut-être de même au Forest-Lacour. Pour les autres, il s’agit, soit d’anciennes églises paroissiales délocalisées comme à Astoin et à Reynier, soit de succursales élevées dans les hameaux.

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[1] Reprise de notre texte paru dans les Chroniques de Haute Provence, n° 358, juillet 2007, « Eglises et prieurés ruraux (VIIIe-XIIe siècles) dans les cantons de la Motte-du-Caire et de Turriers ».

[2] GUIGUE E., Cartulaire de l’abbaye de l’Ile Barbe de Lyon. Ecclesias de Bayone.

[3] CLOUZOT E., Pouillés des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, Paris, 1923, p. 214, 252 et 246. En 1351, prior de Bayonis, 34 livres et ecclesie de Bayonis, 30 livres. En 1376, prior de Bayonis, 6 florins et capellanus de Bayonis, 5 florins. En 1382-1383, priore de Bayons, 34 s. et rectore de Bayons, 30 s.

[4] THIRION Jacques et VIRE Marie-Madeleine,« L’église romane de Bayons et ses travaux aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’après des documents inédits », Bulletin archéologique du C.T.H.S., Paris, 1983, p. 95-122. Les recherches notariales ont été effectuées par M.-M. VIRE qui fournit les références d’archives. Ou souloit estre ladite esglize de Nostre Damme de Nazaret, …, et remuer pieres aux vestiges de ladite esglize.

[5] Visite pastorale du 24 novembre 1892, ADAHP 2 V 94.

[6] Dite aujourd’hui Tour du Bedoin, la carte de Cassini indique de Bedoin, faisant référence à un nom d’origine germanique bet-win, nom de personne remontant à l’époque carolingienne.

[7] ALBERT, op. cité, I, p. 292. On a établi du temps que le cardinal de Tencin était archevêque d’Embrun une église succursale pour la communauté des habitants. Pierre IV Guérin, cardinal de Tencin, 12 juillet 1724 au 11 novembre 1740.

[8] ADAHP 1 V 12 (1).

[9] Le document relatant cette catastrophe a été traduit et commenté par ISNARD M., « Le cataclysme de Bayons en 1492 », BSSL des BA, T III, 1888, p. 44-55. La vague atteignit une hauteur de huit cannes (16 mètres).

[10] Archives communales, registres des délibérations municipales.

[11] Affouagement de 1698. ADAHP C 18.

[12] ADHA, G 779, f° 733.

[13] ADAHP, E 82/2, cadastre de 1760.

[14] ADAHP E 82/3.

[15] ADAHP 2 V 92.

[16] ADAH G 831 (1534), 833 (1553), 843 (1570), 846 (1575), 794 (1598).

[17] ADAH, G 779 (1599), 784 (1641), 786 (1687).

[18] Visite pastorale du 28 octobre 1890, ADAHP 2 V 93.

 

Voir le site Dignois