Daniel Thiery

Barras

 

BARRAS

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Digne. Aujourd’hui dans le canton de Digne Ouest. La commune s’étire tout au long de la rive droite du torrent des Duyes à une altitude moyenne de 600 mètres et sur 2080 hectares. La vallée, fertile, a été investie par plusieurs lieux de culte avec un habitat dispersé et disséminé tout le long de la vallée. Au début du XIIIe siècle, il existait deux communautés, Barras et Tournefort dont la dernière va connaître un sort funeste. C’est indirectement que Barras apparaît au XIe siècle joint à Thoard. Le torrent des Duyes qui descend rejoindre la Bléone porte alors le nom de valle Toarci. En 1070, un certain Féraud accompagné de son épouse et de ses cinq filles fait don à Saint-Victor du territoire nommé Balcosa, aujourd’hui Beaucouse. Il le fait pour les églises Sainte-Marie, Saint-Domnin et Saint-Jean qu’il possède avec les dîmes et tous les biens en dépendant et avec tous les hommes qui les travaillent ainsi que ceux qui habitent in villa sancti Domnini. Suivent les confronts du territoire, rivi Valnaves (ravin de Vaunavès), rivi de Seistairadas (ravin de Seyteirac), Caput Guigonis ( ?) et ad fontem Rainardi (Reignard). Tous ces lieux-dits figurent sur les cartes modernes à part le dernier que l’on reconnaît sur Cassini à l’est de Barras, rive gauche (CSV II, n° 740, p. 88-89, Carta de Toard). Le territoire s’étend donc sur les communes actuelles de Barras, Thoard et Champtercier. Si Saint-Domnin est facilement identifiable, il n’en est pas de même pour les églises Sainte-Marie et Saint-Jean que nous ne savons où situer.

 

31. L’église Notre-Dame du castrum de Tournefort

 

Durant la période post-carolingienne il est probable qu’un habitat se soit perché au lieu-dit la Garde, ayant donné lieu, lors du retour au calme, à un habitat situé à mi-pente, à Tournefort. Ce dernier n’a pu résister aux fléaux des disettes, des guerres et de la peste du XIVe siècle. En 1393, le castrum est tenu par une bande armée et le baillage de Sisteron y met le siège en même temps que celui de Briançon (voir Authon). Ruinés et dépeuplés, les terroirs de Tournefort et de Barras sont déclarés inhabités en 1400. Lors de la visite de l’évêque de Gap en 1602, l’église Notre-Dame est déclarée toute découverte [1]. Par la suite, elle et l’ancien castrum tombent dans l’oubli.

 

32. Le prieuré Victorin de Saint-Domnin

 

Saint-Domnin est le siège d’une villa comme indiqué en 1070. Il est ensuite cité en 1079 comme cella sancti Domnini in valle Toarci, appartenant à Saint-Victor. Le prieuré est encore cité en 1113 et 1135, mais n’apparaît plus en 1337 dans le cartulaire de Saint-Victor [2]. Il est mentionné ensuite en 1350 dans les Pouillés du diocèse de Gap avec à sa tête un prieur, prior Sancti Domnini de Barassio. Il est probable que le prieuré soit revenu dans les mains de l’évêché de Gap. La dernière mention est du 23 mai 1713 où la chapelle Saint Donin est possédée par M. Louis de Laugier [3]. Ce prieuré, existant déjà en 1070, pourrait remonter à la période carolingienne, le vocable villa paraissant l’indiquer. Les cartes modernes situent un quartier St-Domnin au nord de Barras au bord du torrent des Duyes.

 

33. Le prieuré de Ganagobie Saint-Pierre de Bonnafosse sur un site antique

 

Un autre prieuré oublié est celui de Saint-Pierre qui dépendait de Ganagobie, sous le titre de Saint-Pierre de Bonnafossa [4]. Il devait se trouver dans les quartiers actuels dits St-Pierre et le Chapelier, où J.Fr. Devos a observé une construction en galets liés au mortier (5 x 5 m environ), en cours d’érosion (chapelle ?). A proximité affleuraient des ossements humains, tandis que sur un rayon de 50 m étaient visibles des tegulae et imbrices et de la céramique de l’Antiquité tardive et de l’époque médiévale : céramique commune engobé [5]. Ce prieuré n’est pas cité par les Pouillés du XIVe siècle, ni par les visites épiscopales de l’évêque de Gap à partir du début du XVIIe siècle. Faut-il en déduire qu’il était déjà à l’abandon ? Existant déjà au XIe siècle, les ruines de la chapelle, sur un site antique et une occupation au haut Moyen Age, laissent entendre une longue occupation durant le premier millénaire [6].

 

34. L’ancienne église paroissiale Saint-Pierre.

 

Une autre église Saint-Pierre est située 900 mètres au sud de Barras. De facture romane selon certains auteurs, elle est entourée du cimetière. Il s’agit de la paroisse issue du regroupement du XIIe siècle, citée par les Pouillés du XIVe siècle. Elle était desservie par un prieur de Chardavon [7]. La carte de Cassini la signale comme paroisse. Elle va être abandonnée comme paroissiale, sans doute au XVIIe siècle au profit d’une église dédiée à saint Nicolas élevée près du village. Le cimetière, seul, continuera sa fonction. Aujourd’hui, complètement recrépi, il n’est plus possible de remarquer l’appareil des murs. Le chevet plat, orienté vers le nord, présente un doute sur son origine romane.

 

35. La chapelle Saint-Valentin sur un site antique et la fête patronale

 

C’est la seule chapelle qui faisait l’objet d’un pèlerinage encore en 1835 : le 14 février, saint Valentin, fête patronale de la paroisse, on fait une procession d’après l’usage à une chapelle dédiée à ce saint et située près de Mirabeau. En 1899, on en parle au passé avec nostalgie : pèlerinage à la chapelle S. Valentin, à 5 kilomètres, de temps immémorial et sans décret d’autorisation. Autrefois, procession et messe le 14 février jour de S. Valentin ; abandonnée depuis trois ans à cause de son délabrement. Pourra-t-on jamais y reprendre les anciennes coutumes ? Elle était située au sud de la commune, à 300 mètres au NE du village de Mirabeau. Dans ses murs ruinés et aux abords ont été observées des tuiles romaines [8].

 

La première citation remonte au 20 avril 1687 où, lors de la visite pastorale, l’évêque cite la chapelle de Saint-Valentin où les habitants de Beaudun viennent entendre la messe [9]. Lors de la visite du 19 août 1857, il y a la chapelle dédiée à Saint Valentin sur les confins de la paroisse, du côté de Mirabeau, qui laisse à désirer sur bien des rapports [10]. Puis, c’est la dernière citation, de 1899, donnée plus haut : abandonnée depuis trois ans à cause de son délabrement.

 

Synthèse

 

On peut reconnaître trois églises pré castrales : Saint-Domnin, Saint-Pierre de Bonnafosse et Saint-Valentin. Saint-Domnin est cité comme église déjà existante en 1070 aux mains de laïcs qui en font don à Saint-Victor, les deux autres sont sur des sites antiques. Saint-Pierre était accompagné d’un cimetière et Saint-Valentin fait l’objet d’un pèlerinage annuel.

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[1] ADHA, G 780

[2] CSV n° 843, p. 218 ; n° 848, p. 237 ; n° 844, p. 226 ; n° 1131.

[3] ADHA, G 787.

[4] Collectif, Ganagobie, mille ans d’un monastère en Provence, Les Alpes de Lumière, n° 120-121, p. 31.

[5] Carte archéologique, n° 031, p. 96.

[6] Dans les registres de l’évêque de Gap de 1664, on lit que l’église de St-Pierre de Bonnafosse était « prophanée et toute ouverte, avec des masures d’un ancien grand corps de bâtiment, ayant un cimetière à costé ». Cité par P. Guillaume, « Etat général des bénéfices séculiers et réguliers du diocèse de Gap avant 1780 », Bul. Sté Et. Gap, 1891, p. 140.

[7] Féraud, Souvenirs religieux, p. 86.

[8] Carte archéologique, n° 031, p. 96.

[9] ADHA, G 786.

[10] ADAHP, 2 V 87.

 

Voir le site Dignois