Daniel Thiery

Volonne

 

VOLONNE

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui chef-lieu de canton. D’une superficie de 2461 hectares, la commune s’étale sur la rive gauche de la Durance au sud de Sisteron et est limitrophe au sud avec celle de l’Escale. Le passage de la voie antique Digne/Sisteron, la proximité du fort fluvial du Bourguet ont attiré les colons romains sur la terrasse qui domine la Durance et ils y ont laissé de nombreux indices de leur présence (CAG, p. 504-507). Il en fut de même au début du XIe siècle, le territoire est dans les mains d’une puissante famille, celle des Mison-Dromon. L’origine de cette branche remonte à l’année 1023 quand l’évêque de Gap, Féraud, inféode la châtellenie de Dromon, l’une des plus importantes de son diocèse, et la vicomté de Gap à la famille de Mison [1]. Le premier connu des seigneurs de Volonne, issu de cette famille, est Isnard de Volonne avec sa femme Dalmatia. On les rencontre en 1030 lors de la donation de l’église de Saint-Geniez à Saint-Victor Ils donnent également des terres situées à Dromon ainsi que les droits de passage (CSV 2, n° 712, 713, 714). Nous rencontrons ensuite le troisième fils du couple en 1060. Il se prénomme Pierre et est marié à Bellissima ou Bilisma. Il fait don à Saint-Victor en 1060 de son propre alleu de terres situées à l’Escale et Bezaudun. En 1063, sa femme fait de même (CSV 2, n° 703 et 705). La charte de 1060 indique que toutes ces terres et donations sont situées dans le comté de Gap et dans le territoire de Volonne. Ce dernier s’étendait donc de Saint-Géniez à Malijai.

 

587. Le prieuré Saint-Martin de Cornillon

 

Parmi les biens de Saint-Victor sis précisément sur le territoire de Volonne se trouvait la cella sancti Martini de Cornillon citée en 1113 et 1135 ((CSV II, n° 848, p. 237 et n° 844, p. 226). Mais en 1180, il s’élève une controverse entre les moines de Saint-Victor et les chanoines de Chardavon au sujet des églises de Saint-Martin de Cornillon, de Bezaudun et de l’Escale. L’archevêque d’Aix, Henri, en présence du seigneur Pierre, évêque d’Apt et du seigneur Bermond de Sisteron, du seigneur Grégoire évêque de Gap, décide d’attribuer l’église de l’Escale avec sa paroisse, tant du bourg que du castrum, aux moines de Saint-Victor. Pour ce qui est des églises de Bezaudun avec sa paroisse et de Saint-Martin de Cornillon, elles sont attribuées aux chanoines. Acte passé à Sisteron (CSV II, n° 870, p. 260-261). L’église du prieuré avec le cimetière, malgré son éloignement du centre du village, va devenir l’église paroissiale et le restera jusqu’au milieu du XVIe siècle, étant toujours desservie par un prior Sancti Martini de Cornilhono, de la prévôté des chanoines augustins de Chardavon. Détruite en partie, réparée plusieurs fois, l’église a retrouvé son allure primitive que les auteurs datent du premier âge roman, début XIIe siècle ou même XIe siècle [2]. Elle a été classée MH en 1971.

 

588. Saint-Jean de Taravon

 

Les quartiers de Saint-Jean et de Taravon se trouvent à 2 km au NO du village, en bordure de la route menant à Sisteron dans ce qui est nommé le Plan de Volonne, car occupant le plateau de la terrasse côtoyant la Durance. C’est entre Taravon et Saint-Jean qu’est située une chapelle dont le nom apparaît en 1350. C’est alors une église desservie par un prior de Taraono (Pouillés, p. 89). Ce prieur est comme pour Saint-Martin un chanoine augustin de Chardavon. C’est ce que confirme l’évêque en 1602 : église ou chapelle Saint-Jean de Taravon, dépend de Chardavon, mais elle a esté trouvée démolie excepté une chapelle (ADHA, G 780). Réparée plusieurs fois, mais dénaturée, on s’y rendait en procession selon le coutumier de 1835 (2 V 73). A la fin du XIXe siècle, elle est encore en état, mais sans mobilier (2 V 92, visites de 1862, 1868 et 1871). Mais lors de l’inventaire de 1906 la chapelle St Jean, complètement vide et délabrée, 40 m² (1 V 68).

 

Des recherches récentes relatées dans la CAG parue en 1997 (p. 505-507) ont révélé des traces d’occupation antique et un important monument du haut Moyen Age. Il y aurait eu à proximité une villa antique dont quelques éléments lapidaires auraient été réemployés dans la chapelle. Dans l’intérieur de l’édifice ont été retrouvées treize tombes de trois types, en pleine terre, sous lauzes et en coffres de pierre. On a pu les dater entre les VIIIe-Xe siècles. La chapelle a pu servir également de baptistère dès son origine, la titulature à saint Jean-Baptiste allant dans ce sens. Enfin le plan primitif restitué présente un édifice de plan centré, globalement carré (environ 20 m de côté), organisé autour d’une croix grecque. Ce type de monument, inédit en Provence, présente des similitudes avec certaines églises wisigothiques du nord de l’Espagne datées du VIIe siècle.

 

 

589. Chapelle Sainte-Madeleine

 

Disparue aujourd’hui on ne connaît son existence que lors de la visiste de l’évêque de Gap en 1602 : une chapelle fondée sous le titre de la sainte Marie-Madelaine au terroir de Volonne, dépendant du prieuré de Vilhosc. L’évêque envoie un de ses chanoines la visiter et celui-ci la trouve toutte rompue et desmollie jusques aux fondements fors ung peu d’une murailhe quy s’en va par terre, distante dud. Vollonne presque d’une lue. Dans ses ordonnances, il ordonne de la rebâtir. Un quartier porte son nom et même une grande colline culminant à 844 mètres dominant de près de 300 mètres le ravin de la Frache qui la contourne sur trois côtés. La carte de Cassini y place au sommet une chapelle Ste Magdeleine. On n’a plus de nouvelles par la suite. L’inventaire de 1906 recense seulement deux chapelles en ruine, Saint-Martin et Saint-Jean.

 

Synthèse

 

Le site de Saint-Jean se révèle exceptionnel car il peut remonter à la période paléochrétienne. Comme les archéologues le pressentent, des fouilles approfondies permettraient de le confirmer. Le prieuré Saint-Martin offre une architecture du premier âge roman. Son implantation en milieu ouvert, à l’écart de l’agglomération, le cimetière attenant, présentent les caractéristiques des premières églises paroissiales.

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[1] RIPERT-MONCLAR De, Cartulaire de la Commanderie de Richerenches, de l’ordre du Temple, Paris, 1907, p. LVIII.

[2] Provence Romane 2, p. 65-72. Alpes Romanes, p. 66. Bailly, p. 44-45. Collier, p. 52-54, 58, 60.

 

 Voir site Dignois