Daniel Thiery

Vaumeilh

 

VAUMEILH

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune s’étend le long de la Durance dont la rive gauche présente un vaste plateau cultivable drainé par la voie auprès de laquelle ont été repérés plusieurs sites remontant à l’Antiquité gallo-romaine (CAG, p. 494-495). Le village s’est établi à l’intérieur des collines qui s’étagent au-dessus du plateau sur un piton permettant l’élévation d’une fortification et d’un habitat groupé sur ses pentes. Peuplé par 565 habitants en 1315, 30% seulement subsistent en 1471. La population retrouvera 564 habitants en 1765 pour ensuite péricliter et aboutir à 159 en 1982. Le castrum de Vaumel est cité au XIIe siècle et la commanderie des Hospitaliers de Claret fondée au cours du XIe siècle y établit un membre. On retrouve les Hospitaliers en 1698 où, lors de l’affouagement, il est indiqué que les Chevaliers de Malte possèdent divers fonds arrantés annuellement à 60 livres (C 19). Un lieu-dit, rappelle leur présence, le Collet de la Commanderie, aujourd’hui le Collet. Il est probable que l’église paroissiale ait été édifiée près du château au plus haut du village, car l’église actuelle présente un bas-côté daté de 1660 qui correspondrait à une chapelle édifiée à ce moment. C’est au cours du dernier tiers du XIXe siècle qu’elle prendra son aspect définitif. Elle est dédiée à la Tranfiguration et a pour patron saint Marcellin.

 

566. Chapelle Saint-Marcellin

 

La chapelle est située à 800 m au NO du village, dans un milieu de collines et de plateaux dégagés favorables aux cultures. Sur une plate-forme aménagée se dresse une petite chapelle bien orientée vers l’est, isolée, non loin de deux fermes. En 1540, les habitants demandent à l’évêque de Gap de procéder à sa restauration. Les guerres de Religion survenant, rien n’est fait. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’elle réapparaît lors d’une visite pastorale, elle est en bon état (2 V 89 et 93). Un habitant de Vaumeilh, selon la tradition orale, avait fait le vœu de la reconstruire si sa femme pouvait enfin avoir un enfant. La chapelle donnait lieu à une procession votive pour demander la pluie et souvent, comme on le raconte encore, on n’avait pas le temps de rentrer au village que déjà la pluie tombait. Une procession et une messe ont encore lieu le dernier dimanche d’avril, le jour de la fête de saint Marcellin étant le 20 du même mois. On y administre parfois des baptêmes.

 

L’édifice, entièrement restauré, a été amputé sur la partie ouest d’une surface de 3,30 m, servant maintenant de terre-plein. On reconnaît à l’intérieur le départ d’une voûte, remplacée par une couverture en lambris. Avec un chevet plat, l’édifice présentait une surface de 55,80 m² (9,30 x 6,00). Des tombes ont été repérées aux abords. Le mur sud présente à la base un appareil lité construit en petites pierres rectangulaires. Des contreforts soutiennent le mur sud, sans doute pour le renforcer lors de l’établissement d’une voûte, n’étant que charpenté à l’origine. Cette chapelle est dédiée à Saint-Marcellin, premier évêque d’Embrun et évangélisateur de la contrée. Toutes ces caractéristiques renvoient aux premières églises rurales et à l’origine de la communauté de Vaumeilh avant qu’elle ne se fixe dans le castrum. Le pèlerinage que les habitants effectuent sur le lieu est, sans qu’ils s’en doutent, un retour vers leur origine et le premier lieu de rassemblement de leur communauté.

 

567. Prieuré Notre-Dame de Chane

 

C’est auprès de la voie qui longe la Durance que l’abbaye d’Aniane s’installe au début du XIe siècle. La première confirmation de sa présence date de 1045 par le pape Jean XX [1]. Son domaine s’étendait sur tout le plateau compris entre la Durance et le pied des premières collines à l’est. Il englobait également une partie du territoire de la commune de Sigoyer actuelle dans les quartiers du Haut-Planet, des Casses et des Sagnières où ils fondent également une église (voir Sigoyer). Une église dédiée à Notre-Dame desservait le prieuré et servait également d’église paroissiale pour les habitants proches. Lors de l’enchâtellement, le prieuré devient un castrum à part entière. Mais, suite à la peste, le prieuré est inhabité et en ruine. Il passe dans les mains de l’évêque de Gap en 1470 qui le donne en rente à la communauté de Vaumeilh contre une pension annuelle. Le domaine sera ensuite vendu au XVIIIe siècle au comte d’Hugues, puis séquestré à la Révolution. Ce n’est plus aujourd’hui qu’une ferme dans laquelle est noyée l’ancienne église méconnaissable.

 

Synthèse

 

Deux sites, Chane et Saint-Marcellin, semblent bien relever des premières églises rurales, élevées avant l’enchâtellement.

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[1] Se référer à l’étude de LEEUW Marc de, Prieuré de Chane, SIVOM de la Motte-Turriers, janvier 2000.

 

Voir site Dignois