Daniel Thiery

Turriers

 

TURRIERS

 

Faisait partie du diocèse d’Embrun et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune s’étend dans le bassin du même nom sur un plateau vallonné riche en pâtures et terres à céréales. L’habitat est dispersé en fermes et petits hameaux. Le village s’est établi en contrebas d’une butte dominant la plaine. Le sommet de la butte abritait une tour dont le village a tiré son nom, castrum de Turrias, cité vers 1050. C’est à cette date que les moines de la Villa Jugurnis (Gigors) reçoivent un manse des mains de Pierre de Roset qui l’avait reçu de mon seigneur Pierre de Mison vicomte et c’est sous le conseil de mon seigneur Isoard son fils que je le donne volontiers au monastère (CSV 2, n° 695, p. 37). En 1095, le pape Urbain II confirme que la paroisse de Turriers dépend des moines de Saint-Victor, puis l’archevêque d’Embrun confirme à Saint-Victor la possession de deux églises, l’une dédiée à sainte Marie, l’autre à saint Geniès (CSV 2, n° 840 et n° 699, p. 41-42).

 

527. L’église Notre-Dame des Neiges

 

On a longtemps pensé que cette église était juchée au plus haut de la colline dominant le village suite aux affirmations des anciens historiens et qui de plus la confondaient avec celle de Saint-Geniès. C’est d’abord l’abbé Albert, en 1783, qui relate que l’église paroissiale de Turriers avoit été anciennement sous le titre de S. Geniez. On en bâtit dans la suite une autre qui est sous le titre de Notre Dame des Neiges. Cette seconde église qui subsiste encore en haut du village est presque aujourd’hui abandonnée et on fait depuis plus d’un siècle toutes les fonctions paroissiales dans l’église de S. Antoine, second patron de la paroisse (p. 289). Puis Achard en 1788 : l’église sous le titre de Notre-Dame des Neiges subsiste en haut du village, elle est presque aujourd’hui abandonnée, les fonctions se font dans l’église saint Antoine, second patron de la paroisse. Enfin l’abbé Féraud : elle était alors au haut du village ; mais depuis deux siècles environ, elle est tombée en ruines, et les offices divins sont célébrés dans celle de Saint-Antoine, patron du lieu (p. 464).

 

Or plusieurs données viennent contredire ces affirmations. C’est d’abord une demande faite par les habitants à l’archevêque d’Embrun d’édifier une chapelle dans le village à cause de l’éloignement de l’église paroissiale, surtout en hiver à cause de la neige. La demande est exaucée le 5 février 1477 avec la construction d’une chapelle dédiée à saint Antoine ermite [1]. C’est ensuite la carte de Cassini qui place sur la colline un oratoire dit du Verger et Notre Dame aux Neiges près du hameau du Mouriers, à l’emplacement du cimetière. Enfin, en 1920, la toiture de Notre-Dame menace ruine et lors de la séance du conseil municipal du 27 avril 1929, il est décidé la démolition complète de cette ancienne chapelle qui nous a servi d’église paroissiale jusqu’en 1477. Il ne reste plus aucune trace de l’édifice sauf une légère élévation du terrain au centre du cimetière orientée nord-sud. Le hameau du Mouriers est situé en contrebas du village, en milieu ouvert, non défensif. Sa proximité du castrum a permis à la première église de continuer son office de paroissiale pendant quelque temps. Seul le cimetière a perduré jusqu’à nos jours. La délocalisation de l’habitat issue de la création du castrum est ici encore bien marquée.

 

528. L’église Saint-Geniès

 

Mentionnée en 1095, sa localisation est fournie par la carte de Cassini, avec le symbole représentant une chapelle et le nom St Geniès. Le lieu-dit n’apparaît plus sur les cartes modernes, mais on peut le situer à l’est de Crève-Cœur, à 1 000 mètres à vol d’oiseau à l’ouest du village. Le cadastre napoléonien de 1837 signale une chapelle en section B 1, parcelle 139. Nicole Michel d’Annoville a repéré les restes sommairement conservés d’un petit bâtiment orienté d’environ 20 m² (5 x 4). Ils y auraient eu des sépultures aux abords [2]. La carte de Cassini et le cadastre signalent également deux moulins sur le ravin de Piebes proche du site. Nous sommes ici également en présence d’un édifice et d’un cimetière issus des premières paroisses rurales, mais condamnés lors du changement d’organisation de la société.

 

529. Chapelle Saint-Pierre de Gière

 

Elle était située dans le centre du hameau de Gière qui comptait 15 familles à l’époque de l’abbé Albert. G. Andreeti nous apprend qu’en 1713, on y place une cloche et en 1862 on y installe un chemin de croix. Il n’en reste plus rien aujourd’hui.

 

530. Chapelle du Forest-Loin

 

Comme son nom l’indique, c’est un hameau éloigné du chef-lieu et une chapelle y est établie, mais on ne sait à quelle date, sans doute au XVIIIe siècle, période où la population fut la plus florissante, plus de 600 habitants en 1765. On ne connaît pas le titulaire sauf à partir de 1863 où elle en reçoit des nouveaux. G. Andreeti nous renseigne encore : en 1806, on y met une cloche. En 1863 elle est reconstruite par les habitants, bénie de 25 mai, jour où l’on a canonisé les 26 martyrs du Japon qui en sont les patrons (fête le 25 juillet). La nef a disparu et il ne subsiste que la ruine du chevet. Sur le cadastre de 1837 elle est signalée comme un édifice presque carré en section A 1, parcelle 299.

 

531. Chapelle de la Fontaine

 

Elle est seulement signalée par le cadastre napoléonien comme Chapelle en section B, parcelle 890, jouxtant une fontaine se trouvant au croisement de deux chemins, l’un appelé chemin de Turriers à Sisteron, l’autre montant au village. Elle n’est mentionnée par aucune source et on ne connaît pas sa titulature. Il n’en reste rien.

 

Synthèse

 

Les deux églises faisant partie des premières paroisses, Saint-Geniès et Notre-Dame des Neiges, ont disparu. Citées au XIe siècle, elles précèdent le castrum et sont établies en milieu ouvert, non défensif. Quand elles échoient à Saint-Victor, elles existent déjà et peuvent remonter à l’époque carolingienne, période durant laquelle la villa de Gigors, aux mains des Victorins, s’étendait dans tout le bassin de Turriers.

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[1] Document fourni par ANDREETI Guy, Turriers – Recueil de notes, Turriers, 1994, p. 61-62 et 69.

[2] MICHEL D’ANNOVILLE Nicole, Etude documentaire du terroir de Turriers, SIVOM, janvier 2001.

 

 Voir site Dignois