Daniel Thiery

Thèze

 

 

THEZE

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune occupe la rive gauche de la Durance au sud de celle de Claret et la première terrasse dominant le fleuve offre un espace facile à mettre en culture. Céréales et arbres fruitiers en faisaient la richesse durant l’Ancien Régime et encore aujourd’hui. Plusieurs sites placés sur l’ancienne voie longeant la Durance ont livré des indices d’occupation antique, gallo-romaine en particulier.

 

507. Le prieuré clunisien et l’église Notre-Dame de Bellevue

 

Une confirmation d’une cella appartenant à l’abbaye de Cluny est faite en 998 par Rodophe III (CLU III, n° 2466, p. 547). Le prieuré restera dans les mains de l’abbaye jusqu’à la Révolution. Le bâtiment et son enclos portent encore ce nom de prieuré et sont situés immédiatement au sud de l’église paroissiale actuelle. Celle-ci, reconstruite entièrement au XIXe siècle, est sous la titulature de saint Blaise depuis 1707, auparavant elle était dédiée à Notre-Dame de Bellevue [1]. Le village est situé immédiatement à côté sur une butte où s’est élevé le château, les maisons s’enroulant autour de lui dans la pente. La proximité du prieuré et de son église n’a pas obligé les habitants à construire une église dans le village. L’église a gardé de son ancienne fondation uniquement une orientation vers l’est. Elle est élevée, ainsi que le prieuré, au bord de la deuxième terrasse dominant la Durance où figure le toponyme devant Ville et où ont été repérées des traces d’occupation antique.

 

508. La chapelle et le cimetière des Sarrasins de Jean Clare

 

La tradition orale d’une chapelle et d’un cimetière dans le quartier de Jean Clare situé à 1500 m au NE du village, est confirmé par plusieurs documents, la Chapelle par le cadastre napoléonien de 1836, le cimetière lors d’une visite de l’évêque de Gap en 1685 [2]. Il reconnaît que certaines familles sont en coustume d’estre inhumées dans un lieu vulgairement appelé Cimetière des Sarrasins et séparé du cimetière de la paroisse. Il ordonne que les ossemens du Cimetière des Sarrasins seront transportés dans celuy proche de l’église, dans un an, et en après, déclaré profane. Cette chapelle n’existe déjà plus en 1685 et n’apparaît pas lors des visites précédentes, seul le cimetière profane, comme le qualifie l’évêque, subsiste encore mais pour peu de temps. La référence aux Sarrasins à prendre avec précaution, mais surtout l’implantation du site en milieu ouvert, en plein champ, renvoient aux premières églises rurales. Il ne peut s’agir d’un cimetière protestant car l’évêque n’aurait pas ordonné le transfert des ossements dans le cimetière catholique près de l’église paroissiale. La destruction de l’église est-elle due à la période troublée du Xe siècle et sommes-nous en présence d’une fondation carolingienne ?

 

Synthèse

 

La mention précoce du prieuré de Thèze, en même temps que ceux de Ganagobie, Valensole et Rosans, laisse envisager une fondation antérieure, d’autant qu’il s’agit d’une confirmation. La position du territoire sur une vaste terrasse surplombant la Durance a favorisé l’implantation humaine depuis l’Antiquité et le prieuré de Cluny est installé sur un site gallo-romain. Un autre site évocateur est représenté  par le toponyme Pré la Cour. Il apparaît avec le cadastre de 1836 et est situé à l’ouest du village où s’étale une vaste terrasse cultivée où apparaissent des fragments de tegulae. Si le site laisse envisager une occupation gallo-romaine, la Cour peut faire référence à une curtis carolingienne, centre d’un domaine important, d’autant que le milieu est très favorable à une telle fondation.

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[1] Bellevidere attesté en 1563 ou de Beauregard en 1585 (ADHA, Collations, G 842 et 849). Bellevue en 1599 et 1687, visites pastorales (G 779, f° 548 et 786 f° 197). Saint Blaise en 1707, état des paroisses (G 1103).

[2] ADHA 786 f° 197 et ss.

 

Voir site Dignois