Daniel Thiery

Soleilhas

 

SOLEILHAS

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui dans le canton de Castellane. La commune de 3453 hectares est située aux confins du département limitrophe avec la commune de Saint-Auban dans les Alpes-Maritimes. Dans le même contexte de terrain, elles communiquent entre elles par la vallée de l’Esteron. Cette rivière prend sa source dans la commune de Soleilhas et la traverse d’ouest en est. C’est dans cette vallée qu’est installé actuellement le village à l’altitude de 1100 mètres. Au nord et au sud, s’élèvent des montagnes culminant de 1400 à 1600 mètres d’altitude. C’est au début du XIIIe siècle que sont cités deux castra, castrum de Soleillas et castrum Verrayoni (Bouche I, p. 276). Ils apparaisent encore en 1278 castrum Soleillars et de Veraion (Enquêtes n° 825 et 827, p. 424 et 425). Ils possèdent chacun une église paroissiale dont la collation appartient à l’évêque de Senez. On les retrouve vers 1300 et en 1376, ecclesia de Solelhacio, ecclesia de Verrayono (Pouillés, p. 290, 292 et 293).

 

493. Saint-Jean, castrum et église

 

Le lieu-dit Saint-Jean domine la vallée au NO du village à l’altitude de 1350 mètres et paraît avoir abrité le castrum cité au XIIIe siècle avec ses remparts, barriorum, qui sont à réparer ou à construire de neuf selon l’enquête de 1278. Il en subsiste quelques murs ainsi qu’une plate-forme aménagée, ceinte par un fossé à l’ouest. On reconnaît quelques fragments de maisons adossées à la pente et creusées partiellement dans le rocher [1]. L’appellation Saint-Jean fait découvrir le titulaire de l’église castrale. C’est celle qui est citée au XIIIe siècle et dont la collation appartient à l’évêque de Senez.

 

494. Notre-Dame-du-Plan

 

En contrebas, au pied du castrum de Saint-Jean, s’élève une chapelle dédiée à Notre-Dame dite du Plan, car située dans la plaine à l’ouest du village. Elle est accompagnée du cimetière de la communauté. Lors des visites pastorales à partir de 1697, elle est qualifiée d’ancienne paroisse sous le titre de notre dame du plan, puis en 1708 qu’elle subsiste encore dans son entier à 1500 pas du village vers le couchant, qu’elle a été délaissée avant notre épiscopat mais qu’elle est fermée soigneusement et qu’on y dit la messe de temps en temps. Enfin, en 1722, elle est à 800 pas du village sous le titre de Notre Dame du Plan, en bon état et fermée [2]. Si cette chapelle est l’ancienne paroisse, elle a succédé à l’église du castrum lors de déperchement, mais son architecture, en partie romane, suggère également qu’elle fonctionnait en même temps que celle du castrum. Il se pourrait alors qu’elle soit, non pas seulement l’ancienne paroisse, mais la première paroisse antérieure à celle de Saint-Jean. La titulature, l’implantation en milieu ouvert, conforte cette hypothèse.

 

Cette église a été abandonnée comme paroisse quand fut construit une nouvelle église dans le village même. Lors de la visite de 1704, il est dit que l’église paroissiale sous le titre de Notre Dame du Plan a été bâtie depuis quelques années, elle est mal orientée. Elle reprend la titulature de la première et présente une architecture typique du XVIIe siècle. La remarque de l’évêque sur l’orientation de l’église est à relever.

 

495. Verraillon et la chapelle Saint-Pierre

 

L’ancien castrum Verrayoni cité au début du XIIIe siècle est encore mentionné lors de l’enquête de 1278. Il est probable que le nom de Verraillon soit cité encore antérieurement, au cours du XIe siècle, lors d’une donation faite aux églises Sainte-Marie et Saint-Martin de Puget-Théniers dépendant de l’abbaye de Lérins, entre autres don d’un manse in Verraione (CL n° CLXXXVI, p. 187). La communauté comptait 15 feux ou foyers en 1315, mais à la fin du XVe siècle, elle était réunie à celle de Soleilhas, ayant été dépeuplée par la peste et les guerres. En 1471, l’ensemble ne comptait plus que 8 foyers. On ignore si le castrum perché à 1286 mètres abritait une église paroissiale car au pied se trouve, près du hameau des Colettes une chapelle dédiée à saint Pierre (altitude 1000 mètres). Durant l’Ancien Régime, c’est une succursale de la paroisse de Soleihas (Achard II, p. 358).

 

Cette chapelle a fait l’objet de plusieurs descriptions, dont celle de R. Collier : voûtée en berceau légèrement déprimé, elle offre deux longues travées séparées par un doubleau de section rectangulaire, retombant sur des pilastres de même ; à la naissance de la voûte, cordon formé d’un quart-de-rond et se continuant, en imposte, sur des pilastres. L’abside en cul-de-four, plus basse que la nef, forme un ressaut et présente également une moulure en quart-de-rond. Dans le mur nord est encastrée une sculpture représentant saint Pierre avec l’inscription : Fidelis usque ad aras 1522. Cette chapelle (fin XIIe, début XIIIe siècle) a fait l’objet d’une restauration ces dernières années [3].

 

496. Chapelle Saint-Barnabé

 

Elle se trouve au nord de la commune à 1382 mètres d’altitude et à 400 mètres au nord du passage de la voie romaine dite Vintiana. Celle-ci, en provenance de Briançonnet, passait à la Sagne, au Col de Saint-Barnabé (1366 m) et se dirigeait ensuite vers Demandolx. La première mention de cette chapelle date de la visite de Mgr Soanen en 1697. Il la trouve toute ouverte et profanée par les bestiaux. A moitié chemin entre Soleihas et Demandols en mauvais état, le toit enfoncé par les neiges, un tableau de st Barnabé, st Jean Baptiste et st Antoine. En 1708 il reconnaît qu’elle a été réparée et est en bon état. On n’a pas dansé cette année devant et après la procession, mais on l’a fait après vêpres. Si le fait se reproduit, la chapelle sera interdite. En 1722 elle est encore en bon état. Il semble ensuite qu’elle soit régulièrement entretenue puisqu’en 1870 elle est dans un état passable quant aux murs et au toit mais l’autel laisse à désirer (2 V 87).

 

R. Collier en donne une brève description : cette chapelle, dont le pèlerinage était encore très vivace il y a peu d’années, a une petite nef rectangulaire, une abside en cul-de-four ; l’appareil de cette dernière, ainsi qu’une partie des murs latéraux, indique une origine romane, XIIIe siècle peut-être (p. 147). Mais l’intérêt réside dans la pierre d’autel, imposant bloc monolithe de près d’une demi-tonne qui devait faire partie d’un monument funéraire proche de la chapelle ou à son emplacement. Sur cette dalle figure une inscription en lettres latines que les archéologues datent de la période julio-claudienne, aux environs du début de notre ère [4]. Barnabé est le saint patron de la paroisse et les paroissiens s’y rendent en procession tous les 11 juin, jour de la fête du saint, et une messe est célébrée.

 

497. Vauplane et son église disparue

 

C’est actuellement un quartier situé au nord de la commune à 1600 mètres d’altitude, autrefois zone d’alpage, Montagne pastorale de Vauplane selon le cadastre de 1834, aujourd’hui station de sport d’hiver. Sous l’Ancien Régime, Vauplane est une succursale de la paroisse de Soleilhas (Achard II, p. 358). Au mois d’août de chaque année, une messe des bergers y est célébrée. Elle a lieu les 2, 3 ou 10 août, cette dernière date semblant être celle d’origine, jour de la fête de saint Laurent qui pourrait être alors le titulaire de l’église disparue. Celle-ci figure encore sur la carte de Cassini n° 153 à Valplane à l’ouest de la cabane de Valplane. Une croix aujourd’hui signale son emplacement.

 

Synthèse

 

Deux édifices posent problème, Notre-Dame du Plan et Saint-Barnabé. La première pourrait relever des églises pré castrales, la deuxième pourrait faire suite à un fanum sur la voie romaine.

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[1] Base Mérimée sur Internet où figurent 38 notices concernant la commune de Soleilhas, dossier Inventaire général du patrimoine culturel, Région PACA.

[2] Visites pastorales 2 G 17 et 18.

[3] R. Collier, p. 115. Alpes Romanes, p. 63. Bailly, p. 46.

[4] BRENTCHALOFF Daniel et GASCOU Jacques, « Deux inscriptions latines découvertes à Soleilhas (A-H-P), Mém. IPAAM, t. XXXVIII, 1996, p. 49-57. Egalement CA, p. 476-477.

 

 Voir site Dignois