Daniel Thiery

Simiane-la-Rotonde

 

SIMIANE-LA-ROTONDE

 

Faisait partie du diocèse et de la viguerie d’Apt, aujourd’hui dans le canton de Banon. C’est une vaste commune de 6786 hectares qui confine avec le département du Vaucluse et fait partie du plateau d’Albion. Depuis 1974, elle a englobé les anciennes communes de Carniol et de Valsaintes situées à l’est qui bien que faisant aussi partie du diocèse d’Apt dépendaient de la viguerie de Forcalquier. Le territoire a livré de nombreux sites antiques, particulièrement voués au traitement des gisements de fer (CAG n° 208, p. 453-458).

 

SIMIANE

 

Voir site Dignois

 

Elle couvrait 5600 hectares répartis en une plaine fertile et des coteaux boisés. On ne connaît pas le nombre d’habitants à la fin du Moyen Age, mais il est probable que sa situation était semblable aux communautés de Carniol et de Valsaintes déclarées inhabitées en 1471. Le castrum Simiana apparaît en 1031-1032 lors d’une donation faite à Saint-Victor passée dans le castrum (CSV I, n° 425, p. 429). Puis, vers 1065, Rambaud Capitaneus donne à l’église d’Apt divers droits féodaux au terroir de Simiane (Poli, p. 13). Le castrum est encore cité au début du XIIIe siècle (Bouche I, p. 225) et l’église paroissiale est desservie par un prieur qui dépend de l’abbbaye Saint-André-de-Villeneuve (GCN I, Instr. col. 138). Elle est dédiée à saint Pierre et date dans son premier œuvre du XVIIe siècle, la patronne est sainte Victoire (Collier, p. 185-186).

 

484. Le prieuré Saint-Pierre

 

Il était situé au pied de la colline où se perche le village et fut le premier établissement où s’installèrent les moines de Saint-André avant que l’église paroissiale ne soit construite dans le village au début du XVIIe siècle. A cet endroit la CAG signale la découverte de sarcophages, de tombes sous lauzes et d’ossements humains (p. 455, 12*). Il est probable que le prieuré fut abandonné à la suite des guerres et de la peste du XVe siècle. Les moines de l’abbaye en s’y installant au XIe siècle reprenaient un site plus ancien, christianisé depuis l’origine.

 

485. Chapelle Notre-Dame de Pitié

 

Elle est citée comme chapelle rurale mentionnée le 13 juin 1859, étant hors des murs, au quartier des Moulins (2 V 86). Lors de l’inventaire de 1906, le curé du lieu élève une protestation au nom de la Fabrique où il relate que la chapelle N.D. de Pitié a été construite et dotée par la famille Pélissier des Granges qui y avait établi le lieu de sa sépulture suivant acte de l’Etat civil en date du 4 août 1790 (1 V 67). L’inventaire recopie les données fournies par le curé : la chapelle ND de Pitié a été construite, paraît-il, par la famille Pélissier des Granges. 100 m². Mais la chapelle est plus ancienne, le PR fait état d’un texte de l’abbé Corriol où il fournit un acte notarié en date de 1573 et il estime qu’elle date du XVIe siècle, la date gravée de 1635 sur le tympan de la porte signalant des réparations [1].

 

486. Chapelle Saint-Joseph de Cheyran

 

Les Cheyran, Haut et Bas sont deux hameaux situés au nord de Simiane. C’est dans celui du Haut Cheyran que s’élève encore une chapelle dédiée à saint Joseph. C’est la deuxième chapelle rurale signalée en 1859 en même temps que Notre-Dame. R. Collier la date de 1779 (p. 232), sans doute à cause d’une date gravée indiquant seulement une restauration. Le curé de la paroise, lors de l’inventaire de 1906, demande au percepteur de noter que la chapelle de St Joseph, sise au hameau de Cheyran, fut élevée au cours du 16e siècle, avec la coopération des habitants du dit hameau, sur un terrain appartenant à la famille Pelissier de Sylvabelle. Quant à la cloche, elle fut achetée par les Cheyranais en 1856. L’inventaire reprend les mêmes données : la chapelle de St-Joseph à Cheyran, fut construite, dit-on, au 16e siècle avec la coopération des habitants des hameaux de Cheyran. 55 m². La chapelle renferme une toile représentant une Adoration des Mages de style archaïque que R. Collier date du XVIIe siècle (p. 477).

 

La famille Pélissier a donné un évêque à Apt. Prénommé Jean, il était né à Simiane, puis devint religieux de l’ordre de Saint-Benoît, fut ensuite prieur de Simiane et enfin nommé à quarante ans évêque d’Apt (1607-1628). Le 18 juin 1617, il consacre la nouvelle église de Simiane dont il avait conservé la commende du temps où il était prieur (GCN I, col. 285-286).

 

487. Chapelle Sainte-Victoire

 

A plus de 3 kilomètres au SO du village, à 1000 mètres d’altitude, la carte IGN signale une chapelle en ruine dédiée à sainte Victoire. Elle domine la D 30 entre les lieux-dits de Curnier au nord et de la Combe du Pommier au sud. On sait que cette sainte est la patronne du village d’après l’abbé Féraud (p. 395), et lors de la visite pastorale de 1859, la paroisse est sous le titre de sainte Victoire. Cette chapelle a été bâtie en 1920 sur l’emplacement d’un ancien édifice, mais n’a pas été terminée, il y manque la toiture. La nef est prolongée par une abside non couverte en hémicycle. Dans le mur sud se trouve la grotte de Sainte-Victoire où la légende rapporte qu’elle s’y était réfugiée pour prier (Elliot 2, p. 147). Elle n’est pas signalée par Cassini ni par le cadastre napoléonien. Cette grotte a pu servir d’ermitage à un moment donné [2].

 

CARNIOL ET VALSAINTES

 

Voir site Dignois

 

Les deux anciennes communes sont intimement liées suite à la fondation de l’abbaye cistercienne de Valsaintes. Elles sont situées à l’est de celle de Simiane couvrant respectivement 550 et 628 hectares. C’est en 1188 que Bertrand Rambaud, seigneur de Simiane, donne à Sainte-Marie de Valsaintes, S. Mariae Vallis Sancta, toute la terre de Boulinette, Bolenete, qu’il possède au-delà du Calavon, ultra Causilum. Il en fait don à l’abbaye de Silvacane représentée par le père abbé Norbert, le cellérier Augier et le prieur Alberic (Bouche, I, p. 169). Le texte de 1188 fait seulement état du don de la terre de Boulinette et n’est pas la date de création de l’abbaye comme on peut le lire parfois. C’est ce que fait observer Achard en citant l’abbé Boze, auteur de l’Histoire d’Apt : « les auteurs qui ont parlé de l’Abbaye de N-D de Valsainte, en mettent la fondation sous l’année 1188 ; mais les titres mêmes sur lesquels ils se fondent, prouvent que cet établissement est d’une date plus ancienne, et que Valsainte étoit connue et habitée par des Moines avant le XIIe siècle. Les Sarrazins ayant détruit ce Monastère, Rambaud de Siminiane se proposa de le rétablir en 1188, et donna (avec le consentement de l’Empereur et sans mention ni recours au comte de Forcalquier) la terre de Bolinette, avec les hommes et les bestiaux attachés à ce domaine, aux religieux de Silvacane » [3].

 

488. Saint-Marc à Labadie, premier monastère de Valsaintes

 

Le premier monastère était établi au lieu-dit Labadie avec une église sous le titre de saint Marc. Il n’en subsiste que quelques pans de murs, comme le décrit R. Collier : ce sont de faibles restes… Les bâtiments conventuels ont apparemment disparu, cependant l’on aperçoit des pans d’appareil régulier dans les soubassements des maisons composant le hameau. Seule subsiste l’église – on pourrait dire chapelle, en raison de ses dimensions – transformée en cellier et en appartement rustique. La voûte de la nef a disparu, mais les murs latéraux existent encore. Le chœur est assez intrégralement conservé, il forme une travée droite, voûtée en berceau brisé, éclairé d’un triplet de fenêtres hautes et étroites. Les murs sont épais (1,25 m), l’appareil fort beau dans le chœur, moyen, à joints très fins ; celui des murs de la nef a été largement repris. Nous sommes ici à la fin du XIIe siècle, ou au début du XIIIe (p. 148).

 

Le monastère va connaître un peu plus de deux siècles de vie sereine. La désolation va apparaître au milieu du XIVe siècle avec la peste, puis les bandes armées qui vont réduire encore ceux qui restent. En 1425, les moines survivants quittent leur monastère dévasté et vont se réfugier à Silvacane. En 1471, le territoire de Valsaintes est déclaré inhabité comme celui de Carniols.

 

489. Boulinette, deuxième monastère des cisterciens de Valsaintes

 

Réfugiés à Silvacane, les moines de Valsaintes connurent encore des tribulations. En 1540, une crue de la Durance détruisait l’abbaye. Ils reviennent alors dans leur ancien domaine puis s’installent à Boulinette en 1657, domaine toujours en leur possession et où les premiers abbés avaient élevés un château qu’ils restaurent. R. Collier y reconnaît deux parties. La première, bien conservée, forme un corps de logis rectangulaire, haut, long, massif, à deux etages, dominant vigoureusement les alentours et d’allure féodale ; sa partie inférieure est occupée par l’église. Cette aile doit remonter au XVIIe siècle (vers 1668-1670). L’autre aile, assez en ruine, dénote le XVIIIe siècle (p. 265). Depuis 1986, année où paraissait l’ouvrage de R. Collier, l’abbaye a été restaurée à partir de 1996. L’église a retrouvé sa splendeur avec son magnifique portail roman en réemploi classé MH en 1979 que R. Collier date du XIe ou XIIe siècle (p. 461). Un parc floral de roses occupe maintenant les anciens jardins du monastère.

 

Synthèse

 

Avec l’exploitation des gisements de fer à partir de l’Antiquité jusqu’à la fin du Moyen Age, plusieurs implantations religieuses dans le territoire indiquent sa richesse et son intérêt. On ne connaît pas précisément le moment des fondations, mais il semble que lorsque les moines de Saint-André, puis les cisterciens viennent s’installer, ils n’arrivent pas dans un désert. Le premier prieuré Saint-Pierre, au pied du castrum, relève des premières paroisses et a pu succéder à un établissement carolingien. On en retrouve un près de Carniol où un quartier porte le nom de Pré de la Cour. La butte du Haut Carniol a abrité un habitat protohistorique, puis gallo-romain qui ensuite s’est déplacé en contrebas avec une villa ou curtis carolingienne.

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[1] PR n° 23, 2000, p. 51.

[2] D’après le PR, n° 23, 2000, p. 51, l’ermitage remonterait au XVe siècle avec une sainte ermite du nom de Victoire dont le corps, à sa mort, fut transporté à Simiane.

[3] Achard III, Additions et corrections, p. 169. L’Histoire d’Apt de l’abbé Boze, parue en 1813.