Daniel Thiery

Allemagne-en-Provence

 

ALLEMAGNE-EN-PROVENCE

 

Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers. Aujourd’hui dans le canton de Riez. Sur le plateau de Valensole, au sud-ouest de la commune de Riez. La CAG (n° 004, p. 74-75) fait état de plusieurs sites antiques sur la commune traversée par une voie antique en rive gauche du Colostre reliant Riez à Aix-en-Provence.

 

En 1182 apparaît un certain Isnardus de Alamannia (CSV I, n° 223, p. 250). Au début du XIIIe siècle sont cités deux castra, le castrum Alamanie et le castrum Castelleti B. d’Autana. Ce dernier et sa communauté seront réunis à celle d’Allemagne au XVe siècle (Atlas, p. 160). Les deux communautés possèdent chacune une église paroissiale desservie par un vicaire. 1274 : vicarius de Alamania, vicarius Castelleti. 1351 : vicarius de Alamania, ecclesia Castelleti subtus Regium (Pouillés p. 106, 110 et 112). Ce Castellet est dit subtus Regium, sous Riez, pour le différencier des autres Castellet.

 

La carte de Cassini (n° 153) révèle, outre l’église paroissiale :

  une chapelle Notre-Dame de la Colle, rive gauche du Colostre

  une chapelle Saint-Pierre sur l’autre rive, en face

  une chapelle Saint-Eloi, à l’entrée du village à l’ouest

  une chapelle St-Marc à l’est du village.

 

3. Notre-Dame de la Colle sur une motte castrale

 

La CAG reconnaît à 700 m au sud-ouest du village une motte castrale médiévale (n° 004, p. 74-75). Etudiée par Daniel Mouton, elle se présente sous la forme d’une plate-forme de 26 m x 15 m, défendue par un fossé côté est. A l’ouest se dressait une chapelle orientée N-E et dont les caractéristiques architecturales nous reportent au second âge roman provençal [1]. Ce sont les seules bribes de renseignements connus, car Achard, Féraud et les documents ecclésiastiques n’en font pas mention. Le qualificatif attribué à Notre Dame, de la Colle, est fourni par la carte de Cassini. Elle figure en état en section D 1, parcelle 190, sur le cadastre de 1825, sous l’appellation Notre Dame.

 

4. Chapelle Saint-Pierre

 

Elle est seulement signalée par la carte de Cassini. Un quartier St-Pierre apparaît encore sur les cartes actuelles de l’IGN, mais sans aucun bâtiment ni ruine.

 

5. Chapelle Saint-Eloi, protectrice des chevaux

 

Elle est mentionnée le 10 novembre 1866 comme chapelle de confrérie, dans le village et en bon état (2 V 90). L’enquête de 1899 nous renseigne qu’il existait une chapelle à l’entrée du village, sur le bord de la route en venant de Saint-Martin. Autrefois messe dite une fois ou deux par le curé. Aujourd’hui, bénédiction des animaux le 24 juin jour de saint Eloi. Ce saint est particulièrement vénéré en Basse Provence où il est associé à saint Jean que l’on fête le même jour. D’abord patron des maréchaux-ferrants, il devient patron des agriculteurs et des bêtes de somme. C’est en son honneur que sont organisées les courses de chevaux et les cavalcades [2]. A l’issue de la messe dite à l’église ou à la chapelle dédiée au saint, le prêtre bénissait et aspergeait d’eau bénite les chevaux rassemblés. La chapelle, dédiée à saint Eloi, figure sur la carte de Cassini. De 1866 à 1888, elle est dite chapelle de confrérie et en bon état. Le 19 août 1891, elle est reconnue en mauvais état (2 V 90 et 93).

 

6. Chapelle Saint-Marc, premier lieu de culte commémoré par un pèlerinage

 

C’est Bartel en 1640 (p. 48-49) qui qualifie l’édifice de très ancien petit sanctuaire (sacellum) dédié à saint Marc évangéliste, construit au sommet d’une colline. Puis Achard relate que non loin du village sur la cime d’une colline située à la droite en entrant dans le chemin d’Allemagne à Riez, est une Chapelle dédiée à S. Marc, où les habitants se rendent en Roumavagi le jour de la Fête de ce Saint, leur patron. L’abbé Féraud reprend le même récit : on trouve, sur le coteau de Saint-Marc, une chapelle dédiée à ce saint, qui est fort ancienne, et où les habitants se rendent en roumavagi le 25 avril. L’enquête sur les lieux de culte du diocèse de Digne en 1899 confirme : chapelle rurale Saint-Marc sur le côteau de ce nom. Coutume séculaire sans autorisation écrite : messe deux fois par an par le curé le 25 avril et le lendemain ou surlendemain [3]. Cette coutume perdure encore aujourd’hui le jour de la saint Marc, 25 avril.

 

Saint Marc est non seulement le patron de la paroisse, mais également le titulaire de l’église paroissiale. Celle-ci correspond à l’église du castrum qui s’est constitué au cours du XIIe siècle. Elle a repris la même titulature de l’église qui l’a précédée. Construite sur un promontoire, à 700 mètres à l’est du village, la chapelle Saint-Marc, plusieurs fois remaniée, présente, selon R. Collier, trois chapelles (qui) ont dû se succéder avant l’actuelle : un édicule quadrilobé, une chapelle du XIe siècle, une autre du XIIe ou du XIIIe siècle, prise dans la précédente [4]. Du matériel préromain a été repéré sur la plate-forme qui a été aménagée par un fossé et un mur de pierre sèche qui pourraient remonter à l’époque médiévale, formule bien vague [5]. Seul, R. Collier pressent que cette chapelle remonte au-delà du XIIe siècle comme ne le suggèrent pas D. Mouton et la Carte Archéologique. Le pèlerinage séculaire vers le premier lieu de culte semble confirmer cette observation.

 

7. Eglise du Castellet

 

Les seules mentions de l’habitat et de l’église sont fournies aux XIIIe et XIVe siècles, castrum et ecclesia Castelleti. Suite à la grande peste, le site est abandonné et son terroir rattaché à celui d’Allemagne. D’après la CAG (p. 75), il faut situer le site en bordure de la vallée du Colostre (rive gauche), à environ 1 km au nord-est de La Moutte (altitude : 550 m). Y ont été découverts plusieurs monnaies romaines ainsi que des restes de fortifications et une motte tronconique peut-être médiévale. Le lieu-dit St-Antoine, au pied de l’éperon du Castellet, rappelle peut-être la dédicace de l’église.

 

Synthèse

 

Le territoire paraît avoir été investi dès le haut Moyen Age, avec en particulier l’église Saint-Marc élevée sur un site antique et qui pourrait être à l’origine de la communauté. Le pèlerinage annuel traduit encore aujourd’hui cette pérennité de la mémoire collective. La chapelle disparue de Saint-Pierre, en milieu ouvert, pourrait relever également de cette période. Au début du deuxième millénaire, s’élèvent deux mottes castrales, dont celle du Castellet va former un castrum éphémère. Puis se construit le village actuel, regroupant la population. Enfin, après les guerres et la peste, une chapelle dédiée à saint Eloi est élevée à l’entrée du village en protection des troupeaux et contre les fléaux.

________________________________

 

[1] Mouton Daniel, « Les fortifications de terre de la Provence médiévale : l’exemple du bassin de la Durance moyenne », Bastides, bories, hameaux. L’habitat dispersé en Provence, Mouans-Sartoux, 1986, p. 118. Manque la description des ruines de l’église.

[2] Benoît Fernand, La Provence et le Comtat Venaissin. Arts et traditions populaires, Aubanel, 1975-1992, p. 244-245.

[3] Achard, I, p. 207. Féraud, p. 156. Lieux de culte, 1899, n° 6.

[4] Collier, p. 134.

[5] Mouton Daniel, op cité, p. 118. Carte archéologique, n° 004, p. 74.

 

Voir le site Dignois