Daniel Thiery

Quinson

 

QUINSON

 

Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui dans le canton de Riez. La commune s’étend sur 2811 hectares de chaque côté des gorges du Verdon. Elle est connue pour ses baumes creusées dans les falaises occupées durant la Préhistoire et ses plateaux durant la Protohistoire. Le premier village était d’ailleurs établi à l’emplacement d’un oppidum protohistorique sur un promontoire dominant le Verdon à l’ouest du village. C’est là qu’il faut situer le castrum de Quinsono cité par l’enquête de 1252 (p. 361), ainsi que l’église paroissiale desservie par un prior de Quinsono en 1274 (Pouillés, p. 105). La paroisse dépend de l’abbaye de Lérins, la première mention de la parrochiam Quincionis datant de 1113 (CL, CCXIV, p. 218). Cette appartenance est confirmée par une bulle d’Alexandre IV de 1259, ecclesia de Chinsono (CL 2, n° IV, p. 6). Elle est sous la titulature de saint Michel comme l’atteste l’abbé Féraud, castrum de Sancto Michaele de Quinsono (p 150). Le coutumier de 1835 rappelle cet ancien habitat : le 8 mai, dimanche après l’apparition de St Michel on va en procession sur le mont St Michel, en chantant l’hymne Tibi Christi Splendor Patris. Vers le milieu de la montée, on bénit le territoire et l’on cesse de chanter à cause de l’aspérité du chemin. Arrivés au sommet, on bénit le territoire en se tournant du côté de Malesenque. On reprend ensuite le chant en suivant la crête de la montagne jusqu’à une croix qui s’y rencontre ; là, on bénit le territoire, ensuite l’absoute pour les morts et l’on descend sans chanter par la même raison que dessus jusqu’à la chapelle de St Clair. Là, on bénit le territoire et l’on retourne en chantant l’Ave Marie Stella jusqu’au village. En y entrant, on entonne le Te Deum et arrivés à l’église, le prêtre célèbre la Ste messe (2 V 73).

 

Le déperchement va s’effectuer à partir de 1419 où le 14 octobre la reine Yolande, femme de Louis II d’Anjou, régente et mère de Louis III, octroya aux habitants l’autorisation d’abandonner leur perchoir malcommode et d’aller s’établir dans la plaine (Collier, p. 300). Les habitants créent le nouveau village de Quinson entouré de remparts dont il reste quelques traces et élèvent une nouvelle église paroissiale sous le titre de Notre-Dame du Plan. Pour R. Collier, l’église paroissiale, dédiée à ND du Plan, est assez composite. Une partie de l’édifice pourrait remonter au XVe siècle, époque de la fondation du village (p. 385).

 

375. Le prieuré Sainte-Marie de Vallis-Munie

 

Si l’abbaye de Lérins dessert la paroisse dès le début du XIIe siècle, un prieuré dédié à Notre-Dame a été donné à Lérins à la même époque. Le don a été fait vers 1103 par Blacatius, son épouse Béatrix et ses fils de la domum sancte Marie Vallis-Munie, cum pertinentiis suis … Semblablement, Guillelma, épouse de Guillaume Augier et ses fils donnent la maison de Saint-Pierre de Albiols avec les hommes et tout ce qui en dépend (CL, CCXX, p. 224).

 

Pour retrouver cet ancien prieuré les cartes actuelles et le cadastre napoléonien ne sont d’aucun secours. Il faut recourir à la carte de Cassini (n° 154) pour rencontrer un quartier portant le nom de Plaine des Meuniers et une chapelle dite ND de la Fleur. Ils sont situés sur la rive gauche du Verdon près de la limite communale avec la Roquette. L’auteur du cartulaire de Lérins, dans son dictionnaire géographique, situe Vallis Munia, « Vaux des Meuniers », comme un ancien quartier situé sur la rive gauche du Verdon dans la commune de Quinson [1]. La chapelle mentionnée par Cassini a dû disparaître lors de la Révolution. Elle n’apparaît pas sur le cadastre de 1825.

 

376. Le prieuré Notre-Dame de Quinson

 

Il est lié à celui d’Albiosc et sont toujours cités ensemble. Le prieuré est sous le titre de la bienheureuse Marie, comme indiqué le 1er septembre 1277 lors d’un échange de terres fait entre Tasilus rector ecclesie Beate Marie de Quinsono et Isnard Martin (CL 2, LXXXVII, p. 142-143). Ces terres sont in valle de Quinsono, près des chemins publics qui vont au Verdon et à Riez et près de l’église. Les confronts indiquent que le prieuré n’est pas dans le castrum de Saint-Michel, mais dans la plaine, près du Verdon. Plusieurs pièces concernant les prieurés d’Albiosc et de Quinson sont entreposés aux ADAM, serie H, n° 849 à 862, s’étalant de 1113 à 1601. Au cours du XIXe siècle la chapelle est citée sous le titre de Notre-Dame du Bon Secours, elle est en bon état, on y fait même des réparations en 1892. Le coutumier de 1835 relate que le premier jour des Rogations on va à la chapelle Notre Dame. On s’y arrête encore aujourd’hui quand les paroissiens se rendent en pèlerinage à la chapelle Sainte-Maxime à la mi-mai.

 

377. Chapelle Sainte-Maxime dans le désert

 

Cette chapelle est située aux confins du territoire, sur la rive gauche du Verdon à l’altitude de 446 mètres dans un désert comme l’atteste le coutumier de 1835. Celui-ci relate le pèlerinage qui avait lieu le 16 mai, jour de la fête de sainte Maxime, patronne de la paroisse :

ce jour-là on part dès que l’aurore commence à poindre pour se rendre à la chapelle de Ste Maxime en chantant l’hymne Jesu Corona Virginum. On s’arrête à la chapelle de St Clair et on bénit le territoire. Après le chant cesse et chacun s’achemine vers la chapelle située dans un désert à une lieue et demie. Lorsque le prêtre est arrivé à une croix qui se trouve à peu de distance de la susdite chapelle, on bénit le territoire. La procession se forme de nouveau et se dirige vers la chapelle en chantant Jesu Corona Virginum. Dès qu’on y est arrivé, le prêtre se dispose à dire une messe basse. Lorsqu’elle est finie, il bénit les enfants que les mères présentent, et après un petit déjeuner, on retourne en procession jusqu’à la croix dont nous avons parlé précédemment. Au départ, on bénit le territoire et à la croix on bénit le territoire. La procession se termine là et ne se réorganise plus. Ceux qui ont porté au désert le buste de Ste Maxime la laissent à leur retour à la chapelle de St Clair. C’est là qu’on va la prendre en procession avant la grand messe en chantant toujours l’hymne Jesus Corona. Arrivés à la chapelle de St Clair, le prêtre bénit le territoire et l’on s’en retourne par le même chemin. Dans le village, au retour, la procession passe par le Collet, prend la Grand Rue, suit les faubourgs, revient au Collet pour entrer de là dans l’intérieur du village. Alors on entonne le Te Deum et la procession arrive dans l’église où se célèbre la Grand Messe. Après diner, on chante les vêpres et l’on donne la bénédiction du St Sacrement. Le lendemain de Ste Maxime, on célèbre une grand’messe qui se termine par une cérémonie appelée l’offrande. Tous viennent baiser la croix et la chasse des Reliques de Ste Maxime. On bénit encore les enfants dans la chapelle de Ste Maxime. Le dimanche suivant, on fait encore la procession après les vêpres dans l’intérieur du village en l’honneur de Ste Maxime.

 

Sainte Maxime est une sainte de Provence, vierge, du monastère d’Arluc près de Cannes et est vénérée surtout dans le diocèse de Fréjus. On connaît peu de sa vie sinon qu’elle vécut au VIIIe siècle et qu’elle fonda un monastère à Callian (Var) [2]. R. Collier date la chapelle de 1854 (p. 380), mais il doit s’agir de réparations car elle est citée en 1845 lors d’une visite pastorale et par la carte de Cassini qui y place un Hermitage. Elle figure également sur le cadastre de 1825. Elle est encore en bon état aujourd’hui. Le récit circonstancié de la procession à la chapelle indique combien était grande la dévotion à cette sainte de Provence. La chapelle, en outre siège d’un ermitage au XVIIIe siècle, peut être la paroisse originelle avant la création du castrum de Saint-Michel sur son site perché. Il est à peu près certain que la dévotion à cette sainte fut apportée par un prieur ou un moine de l’abbaye de Lérins. Son culte s’est développé à partir du IXe siècle et se poursuit encore aujourd’hui avec une procession qui se rend à la chapelle à la mi-mai.

 

378. Chapelle Saint-Clair

 

Elle est signalée par Cassini et le cadastre napoléonien. Elle était située sur la rive droite du Verdon non loin du pont qui permet de passer sur l’autre rive pour se rendre à Sainte-Maxime. C’est pourquoi la procession s’y arrêtait à l’aller et au retour. Elle est citée parmi les trois chapelles existantes en 1845 avec Notre-Dame et Sainte-Maxime. A partir de 1860, il n’en n’est plus cité que deux et Saint-Clair a disparu.

 

379. Chapelle du Saint-Esprit

 

Elle est seulement citée une fois, par le coutumier de 1835, où le troisième jour des Rogations on se rend à la chapelle du Saint-Esprit. Dans le village, elle devait servir de chapelle pour une confrérie de Pénitents. Elle abrite aujourd’hui le local du Syndicat d’Initiative.

 

Synthèse

 

L’occupation du territoire se révèle depuis la Préhistoire, se poursuit durant la Protohistoire où l’oppidum Saint-Michel semble avoir été occupé pratiquement sans interruption jusqu’au XVe siècle. Le terroir avec ses grottes et ses baumes a peut être attiré les ermites de Lérins dès le haut Moyen Age et la chapelle Sainte-Maxime a pu perpétuer cette tradition dans le désert. Reste en suspens la chapelle Notre-Dame de Vallis-Munie que les deux rédacteurs du cartulaire de Lérins situent différemment.

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[1] Flammare, l’autre éditeur du Cartulaire de Lérins, place Notre Dame de Vaumougne au nord de Baudinard et à peu de distance de ce village (p. 276). A cet endroit se dresse une chapelle appelée Notre-Dame de la Garde et le quartier de Vaumougne se trouve complètement à l’ouest de la commune avec un prieuré.

[2] Sur sainte Maxime, consulter Abbé ALLIEZ, Les îles de Lérins, Cannes et les rivages environnants, Paris, 1860, p. 474-477. Il relate qu’on voyait à Quinson, dans l’ancien diocèse de Riez, une autre côte de sainte Maxime. Selon la tradition de Callian, elle fut portée par un religieux de Lérins, transféré du prieuré de Callian à celui de Quinson. C’était avant 1677, année où fut extraite la dernière côte de la sainte et qui fut placée dans la cathédrale de Fréjus.

 

Voir site Dignois