Daniel Thiery

Pierrevert

 

PIERREVERT

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie d’Apt, aujourd’hui dans le canton de Manosque Sud-Ouest. Le territoire est limitrophe avec la commune de Manosque au nord et le département du Vaucluse au sud. La commune de 2790 hectares est composée de petits reliefs, vallons, coteaux et plaines fertiles. La population était relativement conséquente en 1315 avec 650 habitants, mais peste et guerres la réduisirent de près de 75 %, plus que 90 habitants en 1471. Etant parvenu à 850 personnes en 1851 et tombée à 518 en 1962, la population a fait un bond en avant spectaculaire depuis et dépasse les 3500 en 2006.

 

Le cadastre napoléonien de 1824 divise le territoire en quatre sections qui toutes portent le nom d’un saint ou d’une sainte : section A de Sainte-Marguerite, section B de Saint-Véran, section C de Saint-Michel et Saint-Patrice, section D de Notre-Dame du Bon Secours. La carte de Cassini figure cinq chapelles dédiées aux saints attribués à ces sections, mais il faut en ajouter d’autres. Aujourd’hui, il n’en subsiste plus que deux [1]. L’abbé Aillaud cite une bulle du pape Alexandre III de l’année 1178, confirmant les bénéfices et possessions du monastère de Villeneuve-lès-Avignon dans le diocèse de Sisteron, parmi lesquels les ecclesias de Petra-Viridi et Sancti Michaelis et Sancti Joannis et Santi Petri. Mais plutôt que d’y reconnaître trois églises, il les groupe sous un même prieuré possédant trois titulatures. Pourtant, le texte cite bien des églises distinctes, ecclesias au pluriel. Si l’église Saint-Pierre correspond à l’église paroissiale, les deux autres, Saint-Michel et Saint-Jean sont bien des églises à part entière. SAV fait dépendre de Saint-André de Villeneuve : Saint-Michel, Saint-Jean, Saint-Pierre et Sainte-Marguerite (p. 224-225 et 295).

 

349. Le prieuré Sainte-Marie du Bosquet

 

Petra viridis apparaît en 1113 comme étant le siège d’un prieuré dédié à sainte Marie et dépendant de l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Le prieuré est encore cité en 1135, cella sancte Marie Petra Viridi (CSV II, n° 848, p. 237 et n° 844, p. 226). On le retrouve plus tard, en 1274, ecclesia Beate Marie Petre Viridis (Pouillés, p. 115) et enfin au XIVe siècle avec le prior beate Marie de Bosqueto (GCN I, Inst. col. 471). C’est sous cette appellation que la nomme la carte de Cassini, ND du Bosquet, elle est en bon état. Elle a été vendue ensuite lors de la Révolution et détruite, elle n’apparaît pas en effet sur le cadastre de 1824 ni sur les cartes actuelles. En se référant à Cassini, il faudrait placer le prieuré dans le quartier actuel de la Done. D’ailleurs, l’abbé Aillaud la dénomme la chapelle des Donnes. Lors de la première citation de 1113, il s’agit d’une confirmation, le prieuré existant déjà à cette date, mais on ne connaît pas la date de sa fondation. On peut néanmoins estimer qu’il s’agit d’une de ces premières églises rurales destinées à desservir un habitat dispersé. Il semblerait que Saint-Victor ne l’ait pas gardé longtemps en sa possession, n’étant plus citée par la suite par le cartulaire.

 

350. Chapelle Saint-Patrice

 

La section C dite de Saint-Michel et de Saint-Patrice par le cadastre est située au sud du village. Une chapelle dédiée à saint Patrice y est encore élevée aux abords de la route allant de Pierrevert à Sainte-Tulle. Elle n’est pas citée au Moyen Age, mais selon R. Collier, son architecture avec un choeur, à chevet plat, voûté sur croisée d’ogive, pourrait appartenir au XIVe siècle (p. 174). Elle est régulièrement citée lors des visites pastorales du XIXe siècle et l’enquête sur les lieux de culte de 1899 indique une restauration de l’édifice en 1813 et qu’on y dit la messe les dimanches du mois de mai. L’abbé Féraud ajoute, il existe à un kil. de distance du village et du côté du S.O. une chapelle en l’honneur de saint Patrice qui a été relevé de ses ruines en 1835. C’est là que les habitants se rendent processionnellement le jour de saint Patrice, 2 du mois de mai. Cette fête se célèbre avec bravade et attire les populations voisines. Saint Patrice est également le titulaire de l’église paroissiale et le patron de la paroisse. Au vu de ce fait, on pourrait envisager que cette chapelle ait été la première église paroissiale et que lors de la création du village fortifié, la nouvelle église ait repris la titulature de la première. C’est un cas courant, « classique », que l’on rencontre en de nombreuses paroisses. L’église du village, contrairement à l’opinion de l’abbé Féraud qui date sa construction sur la fin du XVIIe, est beaucoup plus ancienne selon R. Collier : la partie inférieure de la nef peut remonter au XIIIe s. et le bas-côté nord au XIIe (sauf les voûtes). Quant au portail il proviendrait d’une église ayant existé sur l’emplacement de l’oratoire Saint-Jean. Il est mouluré de tores et de gorges, présente un larmier et des colonnettes sculptées de feuilles, de feuillages. Il peut remonter au début du XVIe siècle (p. 143 et 174).

 

351. Chapelle Saint-Michel

 

L’ancienne chapelle Saint-Michel était située dans la même section que celle de Saint-Patrice, au sud du village. Cassini la signale comme un édifice en ruine et depuis il n’en subsiste aucune trace, sinon un nom de lieu-dit à 900 mètres au SE de Pierrevert. D’après Abbayes et Prieurés le prieuré Saint-Michel dépendait de Saint-André de Villeneuve, c’est celui qui est en effet cité en 1178. Il fut cédé à Saint-Victor au XVIIe siècle (p. 72).

(Note 2014 : le prieuré est attribué en 1312 à l’abbaye de Psamody (revue SSL n° 369, 2012, p. 83).

 

352. Chapelle Saint-Véran

 

La section B porte le nom de Saint-Véran et est située au nord de la commune. Elle contenait une chapelle dédiée à ce saint, seulement signalée par la carte de Cassini. Elle n’est pas mentionnée par les visites pastorales du XIXe siècle et a complètement disparu.

 

353. Chapelle Sainte-Marguerite

 

C’est l’une des rares chapelles à subsister aujourd’hui. Elle fait partie de la section A située au SO de la commune près de la route conduisant à Pertuis. Mentionnée par Cassini elle est régulièrement citée lors des visites pastorales du XIXe siècle comme étant en bon état. Elle est éloignée de 6 kilomètres du village selon l’enquête sur les lieux de culte de 1899 et on dit la messe le dimanche qui suit la fête de la sainte. Elle était un prieuré dépendant de Saint-André de Villeneuve comme Saint-Patrice et a conservé quelques parties de l’époque romane (Atlas, p. 190). Elle relevait du diocèse d’Aix (SAV, p. 274-276).

 

354. Chapelle Saint-Jean-Baptiste

 

Il n’en subsiste qu’une croix située à 800 mètres au NO du village. D’après R. Collier, le portail de l’église qui se dressait à cet endroit a été transporté et placé comme porte de l’église paroissiale. Il daterait du début du XVIe siècle (p. 174). Pour Abbayes et Prieurés, le prieuré Saint-Jean dépendait également de l’abbaye Saint-André de Villeneuve, c’est celui qui est en effet cité en 1178. Il aurait été cédé à Saint-Victor au XVIIe siècle. La carte de Cassini ne figure pas ce prieuré.

 

355. Notre-Dame des Aires

 

C’était un édifice qui a donné son nom à la section D, dite de Notre-Dame du Bon Secours. Il se trouvait sur le bord de la route menant à Sainte-Tulle. Il ne figure ni sur Cassini ni sur le cadastre napoléonien.

 

356. Chapelle de la Croix

 

Elle est seulement citée par l’abbé Aillaud (p. 118) et se trouvait au bas du coteau de Saint-Michel.  Il n’en reste même plus de ruines. Toutefois cette terre est encore dénommée la chapelle. Il faut la placer là où se trouve un cimetière signalée par la carte IGN à l’ouest du quartier Saint-Michel.

 

Synthèse

 

Pas moins de huit anciennes églises et chapelles sont réparties sur le territoire de Pierrevert. Le manque d’informations pour la majorité d’entre elles ne permet pas d’avancer une quelconque date de fondation. Notre-Dame du Bosquet relève des premières paroisses, la chapelle Saint-Patrice peut représenter la première église paroissiale, la chapelle Sainte-Marguerite présente des éléments de l’époque romane. Saint-Michel et Saint-Jean sont attestés en 1178. Pour les autres, c’est l’inconnu.

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[1] Consulter Histoire de Pierrevert de l’abbé Adolphe Aillaud, 1928. Réédition par Le livre d’Histoire, 2003.

 

Voir site Dignois