Daniel Thiery

Nibles

 

NIBLES

 

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune de Nibles s’étend sur la rive droite de la Sasse, au sud de celle de La Motte et à l’entrée des gorges conduisant vers Valernes et la Durance. Seul, un petit plateau dominant la rivière, appelé le Plan, offre un terrain favorable aux cultures. Durant l’Ancien Régime, il était partagé entre le seigneur du lieu, les Hospitaliers et le recteur de la chapelle Notre-Dame. Il ne restait aux habitants que les terres des collines peu fertiles, ce qui n’a pas favorisé leur expansion. On peut estimer la population à quelques 150-200 habitants en 1315, mais en 1471 le terroir est déclaré inhabité. Le maximum sera atteint en 1765 avec 171 habitants. On n’en comptait plus que 42 en 1999.

 

315. Le prieuré de Ulmebel et la chapelle Saint-Jean. Le castrum de Nibla

 

Trois confirmations d’un prieuré et d’une église appartenant à Saint-Victor sont citées au XIe et XIIe siècle [1]. Tous les auteurs s’accordent pour situer Ulmum Bel, « le bel orme », dans la commune de Nibles. Le prieuré n’apparaît plus par la suite. Il est probable qu’il soit passé dans les mains de la prévôté de Chardavon fondée à la fin du XIe siècle et cité en 1319 [2]. Dans le même temps le castrum se forme et un château et une église se perchent sur le rocher du Duc, à la sortie des gorges dominant la terrasse du Plan. La première église est abandonnée au profit de la nouvelle église paroissiale. On ne la retrouve qu’au début du XVIIIe siècle quand les habitants décident de construire une église sur la terrasse, celle du castrum étant en mauvais état et peu commode. Les consuls proposent la construction de la nouvelle église et de faire icelle proche la chapelle St Jean [3]. Celle-ci est en ruine comme remarqué lors d’une visite de l’évêque en 1687, nous aurions trouvé ensuite proche le château dudit lieu de Nibles une chapelle allant toutefois en ruine, la nef toute découverte y ayant un autel tout nu dans le presbytère [4]. Le château est le nouveau château élevé sur la terrasse remplaçant celui du castrum. La nouvelle église est achevée en 1717 reprenant la titulature à Notre-Dame de Bethléem de l’église castrale et le cimetière est consacré l’année suivante [5]. Les habitants élèvent un autel à saint Jean pour rappeler le souvenir de l’église originelle, car manquant de matériaux, ils se sont servis de ceux de la chapelle ruinée. Les entrepreneurs en ont repris également l’orientation, le chevet tourné vers l’est.

 

Synthèse

 

Nibles est l’exemple typique du passage de la paroisse rurale en milieu ouvert à celle de la paroisse castrale qui s’est effectué au cours du XIIe siècle, de l’habitat dispersé à l’habitat groupé et perché. Le retour vers le premier centre d’habitat s’effectue au cours du XVIIe siècle avec la création d’un nouveau château et au XVIIIe siècle avec une nouvelle église paroissiale sur les ruines de la première.

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[1] Cella ad Ulmum Bel, 4 juillet 1079 ; ecclesia de Ulmebel, 23 avril 1113 ; in Vapencensi, ecclesia de Ulmebel, 18 juin 1135 (CSV n° 843, 848, 844). 

[2] LAPLANE Edouard de, Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T II, p. 392-398. FERAUD J.J.M. Souvenirs religieux des Eglises de la Haute Provence, Digne, 1879, p. 85-88.

[3] Délibération du 13 mars 1707, ADAHP E Dépôt 137/1.

[4] ADHA G 786, f° 14 et ss.

[5] ADAHP E Dépôt 137/1. Délibération de 1707 pour la construction de la nouvelle église. Délibération du 20 juin 1718 où il est fait demande à l’évêque par l’intermédiaire de l’archiprêtre de venir bénir le nouveau cimetière auprès de l’église.

 

Voir site Dignois