Daniel Thiery

Moriez

 

MORIEZ

 

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui dans le canton de Saint-André-les-Alpes. La commune de plus de 3700 hectares est située dans un milieu montagneux entre Barrême et Saint-André-les-Alpes. Elle est traversée par deux torrents, le torrent d’Hyèges qui va se jeter dans l’Asse de Moriez. Avec près de 400 habitants en 1315, il n’en subsiste que 130 en 1472 ; puis la population culmine en 1765 avec 689 habitants pour ensuite décroître et arriver à 195 en 1962 (Atlas, p. 186). C’est aux abords des deux torrents qu’ont été recensés plusieurs sites archéologiques dont un dépôt remarquable d’objets en bronze de l’époque protohistorique [1]. L’étendue du territoire a favorisé l’implantation de plusieurs hameaux, sans compter l’habitat dispersé en fermes, les plus importants étant ceux d’Hyèges, des Chaillans et de Courchons. Un autre situé tout au nord de la commune, le Castellet de la Robine a même constitué une communauté indépendante. Elle comptait une soixantaine d’habitants en 1315, mais fut ensuite réunie à Moriez à la fin du XVe siècle. Tous ces hameaux furent équipés d’églises ou de chapelles, dont certaines remontent à la période du début du IIe millénaire.

 

Un premier castrum semble s’être établi au sud du village actuel, au Coullet de Ville sur un oppidum constitué d’un rempart formant un demi-cercle sur à-pic. Il semble avoir été occupé durant la période protohistorique, puis au Xe siècle après avoir succédé à une villa carolingienne établie au pied du coteau, témoin le toponyme Ville. Une donation aurait été faite en 993 par Pierre Ier, évêque de Senez (993-1027) qui donne à Saint-Victor l’église de Saint-Martin et Saint-Maximin, sise au lieu de Menta, sans doute en 993 (GC I, p. 200). La CAG abonde dans cette voie (p. 315) et l’abbé Féraud y reconnaît l’ancien village (p. 276). L’habitat s’est ensuite déplacé pour créer un nouveau village, celui de Moriez. Il est cité au XIe siècle, le castrum Morarensem (CL, CCXXXI, p. 237). L’église est nommée en 1278 : l’église paroissiale dont le prieur est J. Jaucerandus et la collation de la dite église appartient à l’église de Senez (Enquêtes, p. 433, n° 856). Elle est encore citée par les Pouillés en 1300 et 1376, ecclesia de Moreriis (p. 289 et 292-293). Elle est dédiée à saint Barthélemy avec comme patronne sainte Madeleine. D’après R. Collier, elle remonte au XIIe siècle avec une abside en hémicycle et voûtée en cul-de-four, d’un joli appareil blanc et régulier, mais la corniche manque (p. 100).

 

292. Le prieuré Notre-Dame de Serret de Mouriez

 

C’est au cours du XIe siècle que Belielda et ses fils, Pons, Eldebert et Atenulf, donnent l’église édifiée en l’honneur de sainte Marie qui est dans le comté de Senez, proche du castrum Morarensem, à l’abbaye de Lérins. Suivent ensuite les confronts des terres données à l’église (CL, n° CCXXXI, p. 236-238, carta sancte Marie de Morers). La confirmation de cette possession est donnée en 1259 par le pape Alexandre IV : in diocesi Senensi, ecclesia Sanctae Mariae de Sarreto (CL 2,n° IV, p. 6). Le prieuré apparaît encore lors de l’enquête de 1278 en même temps que l’église paroissiale : à Moriars, il y a une autre église dont le prieur est Guido de Gareda et dont la collation appartient au seigneur abbé de Lérins. L’église est citée également par les Pouillés en 1300 et 1376 : ecclesia de Serreto Moreriorum. Le prieuré va rester dans les mains de Lérins jusqu’à la Révolution. Plusieurs pièces le concernant sont conservées aux archives des A.-M. [2].

 

A la Révolution, la chapelle et le prieuré sont vendus à un particulier, mais la paroisse continue de s’y rendre en procession, comme attesté par le coutumier de 1835 : le jour de l’Annonciation de la Ste Vierge, procession et messe à la chapelle Notre Dame (2 V 73). Cependant la situation se dégrade entre la paroisse et le propriétaire, ainsi en 1870 : la chapelle de Notre Dame étant en litige depuis un certain nombre d’années entre la paroisse et la famille Collomp, il n’a pas été possible de connaître au juste le mobilier dont elle jouit. Ce qu’il y a de plus grave relativement à cette chapelle c’est que la famille Collomp y dépose les denrées de la campagne pendant l’année. J’y ai trouvé de la graine de sainfoin et de trèfle dans un coin et le van dont on se sert pour le blé (2V 90). Après cette date, la chapelle n’est plus citée. Aujourd’hui, la chapelle Notre-Dame du Serret, ancien prieuré de Lérins. Rectangulaire, accolée à une maison. La partie inférieure des murs jusqu’à mi-hauteur, est en appareil régulier ; au-dessus, des moellons. A l’intérieur, décor en plâtre du XVIIe. Pour les parties anciennes, cette chapelle peut remonter au XIIIe siècle (Collier, p. 142). La CAG signale qu’en 1960, à Notre-Dame, ancienne chapelle, des tombes furent découvertes avec des petits pots en céramique déposés vers la tête des défunts (p. 315).

 

293. L’église Saint-Gérard du Castellet de la Robine

 

L’ancien castrum ou plutôt le castellum de Robina comme le qualifie l’enquête de 1278 était situé tout au nord de la commune à plus de 1000 mètres d’altitude. Le col du Castellet permettait de rejoindre le village de Lambruisse dont l’église paroissiale fut pendant un temps une annexe de celle du Castelet [3]. Après les guerres et la peste, la communauté, réduite, est réunie à celle de Moriez au XVe siècle. Selon la même enquête, l’église paroissiale dudit castrum dont le prieur est Raibaud Aisola et la collation appartient à l’église de Senez. Le seigneur Guillelmus Grossus et dame Adalaisia de Moreriis sont les seigneurs dudit castrum (p. 433, n° 858). Les mêmes Pouillés de 1300 et 1376 citent l’ecclesia de Castelleto Robine. Suite au rattachement à Moriez, l’église va perdre son statut de paroissiale et devenir une simple chapelle. C’est ainsi qu’elle est nommée en 1697 : au hameau du Castellet de la Roubine les Moriez, chapelle St Gérard, paroisse primitive de Lambruisse avec un tableau représentant la Sainte Vierge, à costé  St Gérard patron, st Martin evesque, assez usé (2 G 17, f° 131). Elle va alors dépendre de la paroisse de Hyèges et selon le coutumier de 1835, le 13 octobre, saint Gérard, la dernière messe se dit au Castellet. Cette messe se dit encore une fois par an en 1899 d’après l’enquête sur les lieux de culte, puis c’est le silence. Il n’en reste plus qu’une ruine.

 

294. Courchons

 

Le quartier de Courchons est situé tout au sud de la commune entre 1200 et 1300 mètres d’altitude et les cartes modernes n’y signalent même pas une ruine. Cassini par contre indique Courchon avec une église succursale. C’est en 1278, lors de l’enquête, qu’est cité le castrum Corsonum, mais il n’existe pas d’église paroissiale. Le castrum dépend du roi qui possède toute la juridiction et Jo. Remusat est bayle dudit castrum (p. 432, n° 854). L’église n’est toujours pas citée par les Pouillés de 1300 et 1376. Il faut attendre la visite de l’évêque de Senez le 17 juin 1687 pour apprendre qu’elle existe (2 G 17, f° 131). Et c’est Abbayes et Prieurés qui nous donnent le titulaire, saint Pierre, et qui nous apprend qu’elle est une succursale de la paroisse de Moriez et dépend de l’évêché (p. 195). Depuis, tout a disparu.

 

295. La paroisse Saint-Claude d’Hyèges et la succursale Saint-Jacques des Chaillans

 

Le hameau d’Hyèges est situé au nord du village de Moriez au bord du torrent d’Hyèges, à 930 mètres d’altitude. Il n’est pas cité à la fin du Moyen Age et l’église n’apparaît que lors de la visite de 1697. C’est au cours du XIXe siècle que l’on connaît son titulaire, saint Claude, lors des visites pastorales et par l’abbé Féraud. Ce dernier lui attribue le titre de paroisse, ce que ne fait pas Achard qui ne la cite même pas, ce qui indique une investiture récente (II, p. 358). Elle a comme succursales la chapelle Saint-Jacques du hameau des Chaillans et celle du Castellet. En 1857, il y a une chapelle rurale convenable au quartier des Chaillans, dans laquelle Mr le curé va dire la Sainte Messe par bis tous les dimanches et fêtes d’obligation. A la fin du XIXe siècle, en 1899, la chapelle du Chaylan, sert quelquefois aux habitants du quartier, on n’y dit plus la messe que le 1er mai. Au Castellet, il en est de même comme on l’a vu, le curé n’y va qu’une fois par an. Les deux édifices d’Hyèges et des Chaillans sont encore en état, signalés par les cartes modernes.

 

296. Chapelle Saint-Pierre

 

Les ruines de la chapelle sont situées à 500 mètres au SO du village, au sommet d’un coteau dominant le passage de la N 202. Elle est d’abord recensée par la carte de Cassini. La première citation date du 18 mars 1791 où lors de la séquestration des biens du clergé sont recensés une terre et un pré attenant ensemble près la chapelle St-Pierre au quartier du Coullet de St-Pierre (1 Q 5). Le coutumier de 1835 relate que lors de la fête de saint Pierre et Paul, procession et messe à la chapelle Saint-Pierre. Elle est citée ensuite comme chapelle rurale jusqu’en 1912 lors des visites pastorales, en état et propre. Aujourd’hui, elle est en ruine.

 

297. Chapelle Saint-Firmin

 

Seule la carte de Cassini mentionne cette chapelle St Firmin. Le toponyme apparaît sur les cartes modernes à quelques 2000 mètres au sud du village mais sans bâtiment. Il a également servi pour dénommer la section E du cadastre napoléonien de 1838.

 

Synthèse

 

Parmi toutes ces églises et succursales, il est possible d’opérer une classification. Les édifices les plus récents sont soit des chapelles de hameaux, soit des succursales d’une église-mère. Courchons semble être une paroisse créée au XVIIIe siècle, celle de Hyèges, si elle existe comme chapelle fin du XVIIe siècle, ne devient paroissiale qu’au XIXe siècle. Elle va prendre en charge la succursale des Chaillans. Saint-Firmin semble être une chapelle de secours édifiée au XVIIIe siècle pour les habitants du quartier, elle est à plus de 2 kilomètres des paroisses de Moriez et de Courchons. Il faut rappeler que c’est durant ce siècle que la population fut la plus nombreuse (689 habitants en 1765). Si l’on remonte dans le temps, on reconnaît deux églises de castra citées au XIIIe siècle, celles de Moriez et du Castellet. La dernière va devenir simple chapelle suite à l’abandon de la communauté. Il faut ajouter à ces deux églises, celle du castrum de Menta dont l’édification peut remonter au tout début du XIe siècle. Restent enfin deux chapelles situées en milieu ouvert. Notre-Dame est donnée à Lérins au XIe siècle mais existe déjà lors de la donation. Les tombes avec pégaus pourraient indiquer un cimetière du haut Moyen Age. Enfin la chapelle Saint-Pierre sur sa colline, objet de procession votive comme pour celle de Notre-Dame, pourrait relever de la même période.

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[1] Carte Archéologique, n° 133, p. 313. Hélène Barge, « Le dépôt de bronzes de Moriez (Alpes-de-Haute-Provence) », Documents d’archéologie méridionale, numéro 27, 2004, p. 141-170.

[2] Série H, n° 932 à 939, pièces s’échelonnant de 1306 à 1736, concernant des arrentements, procès, collations, etc.

[3] Visite de la paroisse de Lambruisse du 24 et 25 juin 1703 : l’église est une ancienne annexe du Castellet (2 G 17, f° 259).

 

Voir site Dignois