Daniel Thiery

Mane

 

MANE

 

Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Forcalquier. La commune est située immédiatement au sud de celle de Forcalquier et offre une vaste plaine fertile arrosée par la Laye. Elle est traversée par la voie domitienne et le territoire a livré des traces d’intense occupation humaine depuis la Préhistoire. La période gallo-romaine est particulièrement bien représentée en plusieurs endroits de la commune et surtout à Salagon où l’on a décelé quatre phases d’occupation : une ferme du 1er siècle de notre ère ; une villa gallo-romaine des IIe-IVe s. ; une implantation de basilique funéraire chrétienne au Ve avec, plus tard, l’adjonction de mausolées antiques ; enfin les extensions de la nécropole chrétienne entre les Ve et VIIIe s (CAG, n° 111, p. 270-281). Le territoire, d’une relative petite étendue, 2200 hectares, a cependant accueilli une population élevée par rapport à d’autres communes voisines, 660 habitants en 1315 avec un point culminant en 1851 avec 1521 habitants (Atlas, p. 181). Après une chute régulière jusqu’en 1962 avec 705 résidents, elle atteint en 2007 les 1350 habitants. La commune était composée jusqu’au XVe siècle de deux communautés, Mane et Châteauneuf-lès-Mane qui vont fusionner.

 

Le territoire va attirer à l’aube du deuxième millénaire un ordre religieux qui va s’implanter dès le début du XIIe siècle. Mais d’abord, en 1015, l’évêque de Sisteron Frodon donne aux chanoines de Forcalquier les dîmes du prieuré de Salagon (GCN I, col. 686). Le prieuré existe donc déjà à cette date et fait partie des biens de l’évêque de Sisteron. Puis au début du XIIe siècle, c’est l’expansion de l’abbaye bénédictine de Saint-André de Villeneuve dans le diocèse de Sisteron. Le pape Gélase II en 1118 confirme les biens de l’abbaye à Mane avec, à Salagon, les églises Sainte-Marie et Saint-Laurent ; dans le castrum de Mane, Saint-Etienne et Saint-André ; petits prieurés ruraux de Châteauneuf et de Saint-Jean-de-Fodilz. D’autres bulles de confirmations sont données par Innocent II en 1143, Eugène III en 1147, Alexandre IV en 1178 et Grégoire IX en 1227 (Provence Romane 2, p. 166). Le lieu lui-même de Mane, Mana, est cité comme confront dans une charte concernant les biens de l’abbaye de Saint-Victor à Forcalquier vers 1190 (CSV II, n° 973, p. 419). L’église paroissiale est dédiée à saint André. On la date ordinairement du XVIe siècle.

 

236. Le prieuré Notre-Dame de Salagon

 

Cité, comme on l’a vu, dès 1015 et déjà existant à cette date, il est établi sur un site antique remarquable. Devenu prieuré de l’abbaye Saint-André de Villeneuve au début du XIIe siècle, les moines construisent une église de style roman, l’une des plus belles de Provence. Aussi, nous renvoyons le lecteur aux études qui lui ont été consacrées [1].

 

237. Le prieuré Saint-Laurent

 

Ce prieuré cité en même temps que celui de Salagon en 1118 comme dépendant de la même abbaye, est situé à proximité de Notre-Dame de Salagon. Il est également établi sur un site antique ayant livré des sépultures, tombes sous tegulae, sarcophages monolithes et tombes en pleine terre (CAG, p. 279-280). On le date de la même époque, du XIIe siècle, mais est aujourd’hui transformé en maison d’habitation.

 

238. Le prieuré de Châteauneuf

 

La communauté de Châteauneuf fut réunie à Mane au XVe siècle et fut le siège d’un prieuré de Saint-André de Villeneuve en même temps que ceux de Mane. L’église est dédiée à Notre-Dame de l’Assomption et est établie sur un site antique. La construction d’origine fut remaniée au XIIIe siècle (Provence Romane 2, p. 237). L’édifice se compose d’une nef unique de deux travées terminées par une abside en hémicycle appareillée en cul-de-four et éclairée par une baie axiale. L’ermitage aux côtés de l’église fut construit au XVIe siècle (PR, n° 23, p. 15. SAV, p. 294).

 

238 bis. Le prieuré Saint-Etienne

 

Une brève notice lui est consacrée par G. Barruol (SAV, p. 294). L’église Saint-Etienne est située également au quartier de Salagon au quartier de Saint-Estève, à 300 m à l’ouest du village de Mane. Elle est entièrement ruinée.

 

Synthèse

 

L’importance du territoire de Mane durant l’Antiquité se poursuit durant les siècles suivants avec ses quatre prieurés.

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[1] Provence Romane 2,p. 165-178. Bailly, p. 29-32. Collier, p. 74, 75, 77, 79, 94-95, 170, 357, 421, 458, 459, 460, 485. Barruol G., Coste P., Martel P., Salagon. Prieuré roman et gothique, 1983.SAV, p. 292-294.

 

Voir site Dignois