Daniel Thiery

Bayons Sasse

 

B A Y O N S

 

Bayons Titre

 

 

Le terroir

 

 

La commune de Bayons couvre actuellement une superficie de 12 575 hectares depuis sa réunion avec les communes de Reynier, d’Esparron-la-Bâtie et d’Astoin en 1973. Auparavant elle s’étendait sur 6 534 hectares ce qui en faisait déjà la commune la plus étendue des deux cantons. Sa caractéristique principale est d’être formée par un grand bassin, entouré de toutes parts de hautes montagnes culminant à plus de 2 000 mètres et traversé par le torrent de la Sasse. Les anciennes descriptions sont relativement abondantes.

 

La plus ancienne date de l’affouagement de 1698 où la situation du village est commode, que les habitants y ont abondance de l’eau pour le ménage de leurs familles et pour arroser les biens, des pâturages et du bois. La rivière de Salce et plusieurs ravines gastent tous les héritages de la plaine et la moitié de ceux de la montagne [1]. Celui du 1er octobre 1774 relate que le terroir confronte ceux de Saint-Martin, Selonet, Auzet, Barles, Esparron La Batie, Reynier, Clamensane, le Caire, Faucon, Astoin et Bellafaire. Il est d’environ sept lieux de circonférence, partie en montagnes, colines et cotteaux, agrégés de petits chesnes blancs, pins, fayards et arbustes. La plus grande partie propre au paturage, l’autre stérile. Une petite partie du terroir est en plaine penchante, le restant en valons coupé par la rivière de Sasse dans toute sa longueur, par les ruisseaux de Chabert, Combauvin, la Chaux, Tine, Rounaiches, Fontainioux, Marderic, la Clastre, la Ribière, Trente pas, encore par diverses eissarriades dégorgeant et grossissant la susdite rivière de Sasse qui lors des crues et débordements engravent ou emportent bien des terres voisines, principalement la susdite rivière.

 

 

Le lieu (village) est scitué au pied d’un petit cotteau visant au midy, qu’il y a deux fontaines publiques formées chaqu’une avec une pièce de bois dont l’eau est amère, n’étant propre qu’au ménage. Les habitants sont obligés d’aller en prendre pour leur boisson à la rivière de Sasse peu éloignée du lieu. Les maisons sont partie en mauvais état. Il y deux cazeaux. La plus grande partie des rues est bien pavée et l’autre ne l’est point. L’habitation est partie commode et partie incomode. L’abbé Albert remarque en 1783 que le chef-lieu où il y a 80 maisons, est situé au fond d’une vallée en forme de bassin assez agréable, dont les avenues sont très difficiles de tout côté. L’air y est tempéré, les chaleurs y sont même excessives pendant l’été. Les eaux y sont très mauvaises, à cause des carrières de plâtre par où elles passent. Les habitants sont obligés d’aller prendre de l’eau pour leur usage à la petite rivière de Sasse qui passe par-dessous le village et qui va se jeter dans la Durance un peu au dessus de la ville de Sisteron [2].

 

Si l’eau est abondante, elle est cependant amère comme on l’a constaté également à Astoin. On a beau construire des fontaines, l’eau qu’on y amène est plâtrée et impropre à la consommation. Le même constat est établi le 8 juin 1884 par le conseil municipal : les eaux dont font usage les habitants sont des eaux plâtrées qui occasionnent des maladies. Il faut demander du secours pour faire venir une source d’eau potable dans le village. Le 2 août 1896, il est nécessaire de désigner un architecte pour dresser les plans et un devis de la fontaine de Tomachon située dans le vallon de Mardéric que le conseil a choisie pour être amenée sur la place de la commune. Mr Sabatier de Turriers, des Ponts et Chaussées, est choisi comme conducteur des travaux. Ce n’est qu’en 1902 que l’adduction d’eau potable et la construction de trois fontaines seront achevées.

 

L’autre handicap de la commune était son isolement, cernée de toute part par des pentes abruptes et des montagnes élevées, qui, surtout en hiver, empêchaient toute communication. Des sentiers difficiles menaient à Seyne ou à Turriers. Pour joindre Sisteron, il fallait suivre le cours de la Sasse, mais la clue devenait infranchissable lors des crues. C’est ce que relate l’affouagement de 1774 : les habitants sont obligés pour aller à Sisteron de passer partie du chemin sur le gravier de la ditte rivière de Sasse, de la traverser diverses fois et lorsqu’elle grossit, ils ne peuvent plus passer. Au XIXe siècle, la municipalité mettait en arrentement pour cinq ans l’entretien du pas étroit de la Cluse, à raison de 13,10 francs par an (délibération du 12 mai 1839). La même année le conseil municipal constate que le chemin vicinal qui conduit à Clamensane se trouve aujourd’hui impraticable au pas étroit de la Cluse, on a grand peine pouvoir passer, un voyageur qui arriveroit avec une monture seroit obligé de s’en retourner ou la laisser. Une demande d’aide de 2000 francs est envoyée au Préfet pour qu’on puisse rendre ce chemin à y pouvoir passer avec les bêtes chargées, les habitants de notre commune ne peuvent transporter leurs marchandises à Sisteron, tels que bled, chanvre, légumes. 

 

En 1847, la situation est toujours la même : le chemin vicinal qui conduit à Clamensane se trouve impraticable au pas étroit de l’écluse, des voyageurs enclavés dans cette commune ont été obligés d’y séjourner 4 à 5 jours. Fin XIXe le tronçon du pont de Reynier au village sera exécuté, mais le 14 avril 1889, le maire constate que pendant l’hiver le chemin d’intérêt commun n° 17 du pont de Reynier à Clamensane est toujours impraticable à cause des eaux de la Sasse et que les voyageurs qui longent la rivière de Sasse courent un grand danger à cause des pierres détachées par le gel et le dégel qui roulent de la montagne. Pendant l’hiver Bayons se trouve isolé du reste du canton, de l’arrondissement et du département, à cause de la lacune qui reste à faire. 

 

Le troisième handicap est la dégradation des pentes et des éboulements provoqués par les orages violents. Une partie des terres situées dans la vallée est souvent envahie par les graviers apportés par les eaux. Le couvert végétal, surtout au-dessus du village, a disparu à cause des défrichements et de la coupe des arbres pour le chauffage des maisons. C’est ce qui a provoqué la catastrophe du 26 juillet 1492.

 

 

La catastrophe du 26 juillet 1492 [3]

 

Dans une supplique adressée par les consuls et la communauté de Bayons au grand sénéchal de la province, sont exposés les faits survenus le 26 juillet 1492 : ce jour-là, par cas fortuit et suivant la volonté du Très-Haut et du Créateur de toutes choses, un déluge, un orage violent, s’abattit sur une partie du terrain de la commune très en pente et menaçant ruine. Par suite, une masse d’eau, de rochers roulants et de terre se précipita tout à la fois dans un ravin ou torrent. Ce torrent grossit tellement qu’il semblait une mer plutôt qu’un ruisseau. Son impétuosité était si violente qu’il traînait avec lui des rochers de plus de cents quintaux et qu’il renversait tout ce qui était sur son passage ; ni les murs ni les arbres ne pouvaient lui résister. Le torrent, avec toute sa force, arriva directement contre le village de Bayons, détruisit de fond en combe les maisons, les étables avec cent bêtes, les greniers plein de foin au nombre de vingt environ ; et, ce qui est beaucoup plus malheureux encore, il fit périr d’une mort subite et horrible, une jeune femme qui venait d’accoucher et son nouveau-né, une vieille femme et un jeune homme âgé de seize ans qui était dans une étable. Il bouleversa, ravagea et déforma tellement le pays que l’aspect des lieux est complètement changé et tout différent de ce qu’il était avant ; rien ne saurait donner une idée de cette prodigieuse perturbation. Les terres les meilleures et les plus fertiles, qui entouraient le village, ont été entièrement dévastées. Le jour suivant, une pluie générale tomba en telle abondance dans le pays que non seulement les raisins, mais, ce qui est plus désastreux, les vignes elles-mêmes, avec leurs racines et les blés alors en épis, furent arrachés et emportés, comme on peut le voir en beaucoup d’endroits. Par suite de cette inondation, de cet ouragan et de ce désastre, le lieu de Bayons est singulièrement ruiné et appauvri ; on estime généralement qu’il a perdu la moitié de sa première valeur.

 

Suite à cette supplique, des commissaires sont envoyés à Bayons afin de vérifier les dires de la communauté. Réunis d’abord à Sisteron le samedi 20 octobre 1492, ils se rendent à Bayons le lendemain où ils arrivent à l’heure de vêpres et prennent gîte dans la maison de vénérable messire Pierre Baudet, curé dudit lieu. L’enquête a lieu le lendemain, lundi 22 octobre. Ils reçoivent d’abord trois témoignages sur les faits survenus, de Me Antoine Audemar, notaire de Bayons et de deux habitants, Pierre Roger et Antoine Magnan, tous deux laboureurs de Bayons.

 

 

Le notaire reprend le même récit en y ajoutant quelques détails : des pluies continues et torrentielles avaient raviné les terres de Bayons, très en pente, surtout aux lieux dits Tamaro et Costas Raynaudas, nouvellement cultivés. Un éboulement considérable s’ensuivit, entraînant dans le Merdaric une masse énorme de terre, de rochers, d’arbres, qui fit monter de sept à huit cannes (16 m) le niveau du torrent. C’est cette masse de matières qui, poussés par les eaux, détruisit tout sur son passage ; champs, prés, jardins, vignes, arbres, fruits et récoltes de toute nature, maisons et les habitants qui n’avaient pas eu le temps de fuir devant le fléau. Une jeune femme en couche, appelée Louise, épouse de Juvénal Martin, fut engloutie dans sa maison, et le cadavre de son nouveau-né fut trouvé au-dessous de Bayons, près du cimetière. Une autre femme, Catherine Garcin, veuve de Jean Garcin, fut trouvée morte, à une profondeur de trois cannes (6 m) ; plus de deux cents hommes travaillèrent pendant trois jours pour découvrir son cadavre. La tempête et la dévastation continuèrent sans relâche, durant plusieurs jours. Un jeune homme de quinze ans, Philippe fils de Pierre Benson, chaudronnier, et un autre de dix-huit ans, appelé Michel, périrent, surpris dans les étables, avec des bœufs, des brebis et des ânes. D’autres torrents débordèrent aussi, dévastant tout, couvrant les terres et les prairies d’une couche considérable de rochers et de pierres : le Rieu de Fontynillo, le Saxo, qui entraîna jusqu’au dessous de Clamensane un troupeau de vaches des heoirs de Laurent Bonnet et emporta vingt-quatre charges de blé aux heoirs de Mathieu Rolland et à Isnard Julian ; la Clastro, le Boynenc, et tous les autres petits vallons. En sorte que le terroir entier de Bayons, tout sillonné par des torrents, des vallons et des ruisseaux, a été plus ou moins ravagé.

 

Les deux laboureurs confirment le récit du notaire. Un autre, Guillaume Rolland, ajoute qu’il y eut des dommages dans les hameaux de la Montanhe, actuellement la Combe, ainsi qu’à Rounays (Rouinon). Tous les habitants ont perdu beaucoup de biens. Les commissaires et les experts visitent ensuite le terroir de Bayons pour constater les dégâts qui sont effectivement très importants. Ils concluent que les biens ont diminué du tiers de leur valeur, sans compter les récoltes anéanties qu’ils ne peuvent estimer. On ne sait si à la suite de cette catastrophe les impôts furent diminués, ce qu’espéraient les habitants privés d’un tiers de leurs ressources.

 

 

Le choléra de 1854

 

Un autre fléau dont on connaît également les répercussions est survenu en 1854 durant les mois d’août et de septembre. Quatre communes furent touchées, Claret, La Motte-du-Caire, Bellaffaire et Bayons. Cette dernière fut la plus atteinte puisqu’elle perdit 32 personnes pendant ces deux mois [4].

 

Bayons 1854

Hommes

Femmes

Enfants

Total

Nombre de cas

35

25

5

65

Nombre de décès

13

10

9

32

 

 

Les productions

 

Elles consistent, selon l’affouagement de 1774, en bled, seigle, avoine, vin de médiocre qualité, huille de noix, fourrage et menus fruits. Il y a dans le terroir diverses sources, ruisseaux qui avec les eaux des fontaines du lieu arrosent bien des terres. D’autres champs sont arrosés des eaux de la rivière de Sasse, de laquelle l’on en dérive pour faire tourner les moulins à farine et à huille de noix, servant aussi pour le foulon. L’on y nourrit du bétail lanal, des chevaux et des poulins. Le moulin à farine et à huille de noix est éloigné du village d’un demy quart de lieue. On a vu que les habitants de Turriers et d’Astoin y venaient également quand il manquait d’eau à leurs propres moulins.

 

Bayons ne figure pas dans la statistique agricole de 1836, aussi nous prenons les données fournies par le cadastre de 1839 :

 

1839

Terres

Pré

Jardin

Vigne

Bois

Pâture

Hectare

817

35

2

39

1550

800

 

Les terres sont vouées aux céréales, blé, seigle, avoine. Les bois sont composés de chênes, hêtres et fayards. A cette liste il faut ajouter des oseraies pour le chanvre sur 11 hectares, bruyères, terres arides et vagues sur 600 hectares.

 

La communauté possède des terres et des biens qui lui rapportent quelques dividendes. Ils sont énumérés lors de l’affouagement de 1774 :

- le moulin à farine banal, à deux virants, c’est-à-dire deux jeux de meules, ainsi qu’un virant pour l’huille de noix, sous le même couvert (toit), à la mouture pour les grains du soixantième et pour l’huille de noix au droit du vingtieme, qui rend annuellement dix sept charges huit pannaux, moitié bled, moitié seigle (quelques 2 600 kg) et quarante cinq mesures huille de noix de deux livres l’une (quelques 50 litres). Le meunier devait moudre gratis quarante charges de blé pour le seigneur,

- l’hôtel de ville, la maison curiale (le presbytère) et un cazal (écurie) d’un ancien four,

- une terre et pré au quartier des Barnardet de 3 200 cannes,

- une autre aux Serriès de 2 300 cannes,

- une terre au Champ de la Chabanne de 5 240 cannes,

- une terre au Champ du Fraisse de 1 000 cannes,

- une terre le long du vallon du Forest, appelée Barrasson de 1 000 cannes,

- une terre à la Combette de 350 cannes,

- un domaine en plaine du Bois de la Rochaille d’environ 7 000 cannes,

- les quatre deffens et toutes les terres gastes pour l’usage des habitants.

 

Pour payer ses créanciers, la communauté avait vendu le 13 août 1602 une partie d’une montagne appellée La grand Montagne contenant environ 100 000 cannes (40 hectares). Le 6 janvier 1606, elle avait également aliéné l’autre partie de la même montagne appelée le Deffens des Vaches d’environ 70 000 cannes (28 hectares). On retrouve cette montahne aux mains de la Dame de Claret et de Jean Antoine Chabrier lors de la Révolution lors de leurs séquestrations [5]. Quant à la seigneurie de Bayons, qui a appartenu successivement au comte de Beaufort et à famille de Gaillard, cette dernière la vendit à la communauté en 1777 pour la somme de 60 000 livres. Selon l’affouagement de 1728, les bastides dites les Roches et Chabanettes sont les plus beaux domaines du territoire, mais elles sont nobles et possédées par le seigneur [6].

 

 

La population et l’habitat

 

Les affouagements apportent quelques données sur l’habitat et la population. En 1698 la plus part des maisons du village sont en pauvreté estant au nombre de 84 habitables néanmoins en méchant état. Dans ledit lieu (village) il n’y a que 105 méchantes maisons n’y ayant que 85 d’habitables. Avec les habitants des hameaux et des fermes en 1728, il existe 146 chefs de famille (730 habitants) et 149 maisons. Lors de la plainte des habitants suite à cet affouagement il y a 85 maisons habitées au village et 49 à la campagne. En 1774, le nombre des maisons habitées dans le lieu (village) est de 76, celui des inhabitées de 2. Il y a six hameaux dans le terroir comportant en tout 59 maisons habitées, deux inhabitées et deux cazeaux. Il y a une succursalle pour les deux hameaux de la montagne, il y a de plus 5 bastides habitées, une inhabitée et un cazal. Les chefs de famille sont au nombre de 148. Il y a dans le terroir un foulon à drap, une fabrique de tuille, des mines de plâtre. Il y a dans le lieu et ses hameaux 4 tisseurs à toile, un cardeur à laine et un fabriquant de drap grossier qui ne travaillent qu’une partie de l’année.

 

Enfin l’abbé Albert en 1783 fournit encore d’autres détails : les principaux hameaux de Bayons sont : celui qu’on appelle la Combe de la montagne, qui est effectivement situé dans un détroit d’une haute montagne qui confine avec celle de Selonnet, les hameaux de Rouinon et du Forest, du côté de Clamensane, diocèse de Gap. Dans un récapitulatif, il dénombre au chef-lieu 83 familles, à la Combe de la montagne 17 familles, à Rouinon 8 familles et au Forest 26 familles. Total : 134 familles, 750 personnes. Achard en 1788 reconnaîtenviron 700 habitants.

 

C’est au XIIIe siècle et début XIVe siècle que la population fut la plus florissante avec 1280 habitants, commune la plus peuplée de nos deux cantons, mais étant la plus étendue en superficie, elle ne vient pas au premier rang. Valernes, Thèze et La Motte la devancent proportionnellement à leur étendue. Néanmoins, c’est un chiffre important, indiquant que toute la campagne était vitalisée. On a vu qu’en 1492, lors de catastrophe, les hameaux de la Combe et du Rouinon étaient déjà investis.

 

Le XIVe siècle avec les guerres et la peste noire, ajoutés au cataclysme de 1492, voit la population chuter de 68 %. De plus de 250 familles on est tombé à 82 familles. Les maisons du village, les hameaux et les fermes sont en partie abandonnées, les terres cultivées retournent en friches, l’activité économique chute considérablement. Jamais la commune ne retrouvera cette prospérité et il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour constater une nette progression, mais insuffisante pour retrouver le lustre d’antan. Puis ce sera le déclin inexorable comme pour toutes les autres communes. En 1962, c’est 90 % de moins qu’en 1315 ! Aussi est-il difficile d’imaginer l’état du terroir, du village et des hameaux durant cette période. Ayant doublé sa superficie en 1973 avec le rattachement de trois communes, la population se fixe aux environs de 200 habitants à la fin du XXe siècle.

 

Population Bayons

 

Historique du peuplement

 

 

La Carte archéologique de la Gaule et une prospection inventaire réalisée en 2001 livrent quelques éléments remontant à l’Antiquité [7]. Une découverte ancienne, signalée fin XIXe siècle, fait état d’un trésor monétaire de plusieurs centaines d’oboles massaliotes au type d’Apollon que l’on date entre le IIIe et Ier siècle avant notre ère. Sur la colline dominant le village une sépulture médiévale et des fragments de tegulae ont été observés. Enfin, près du confluent du torrent de la Clastre et de la Sasse, au quartier de l’Adoux, ont été remarqués des fragments de céramiques romaines.

 

La moisson paraît bien mince, mais révèle cependant une occupation certaine à l’époque pré-romaine et romaine. Le trésor de monnaies massaliotes indique des contacts avec la cité phocéenne avant que les Romains n’investissent les Alpes. A cette époque le territoire de Bayons fait partie du royaume de Cottius, la frontière étant située sur les limites le séparant du territoire de Clamensane [8]. On a vu, dans la monographie de cette commune, que cette frontière passait à Saint-Amand, prolongée vers le nord-ouest par les posterles du Caire et de Faucon. Au sud de Saint-Amand, elle rejoignait la rivière de Sasse au niveau de la Tour de Bédoin et du hameau du Forest-Lacour. Cette tour, à l’entrée du bassin de Bayons, était idéalement placée pour en contrôler l’accès. Les ruines, d’origine médiévale, ont pu succéder à un poste fortifié antique. Le vocable est d’origine germanique, bet-win, nom de personne remontant à l’époque carolingienne. La carte de Cassini indique avec raison la Tour de Bédoin et non du Bédoin comme actuellement.

 

Quand l’abbé Albert affirme que l’édification de l’église de Bayons a été financée par l’empereur Charlemagne, il fait une grosse erreur, car elle date du XIIIe-XIVe siècle. Mais son assertion pourrait convenir pour une implantation du haut Moyen Age au lieu-dit la Clastre où ont été décelés des indices de l’époque romaine. Nous sommes en milieu ouvert, non défensif, au bord d’un ruisseau et près des cultures. Les villa et cours carolingiennes, nous l’avons vu plusieurs fois, se superposent aux occupations antiques. Nous reviendrons plus loin sur ce site. Il pourrait en être de même pour le hameau du Forest Lacour dont le toponyme évocateur dirige également vers cette période. Le noyau ancien du hameau est tout à fait comparable à celui des Roches sur la commune de Claret. Un long et étroit porche couvert y donne accès et on y remarque encore la cour entourée de maison. Une église desservait encore le hameau au tout début du XXe siècle.

 

La colline dominant le chef-lieu a pu être le siège du premier village, redescendu quand les moines de l’Ile Barbe ont investi le territoire et fondé leur prieuré et l’église dans le village actuel. L’isolement et les défenses naturelles du territoire de Bayons n’ont pas nécessité l’établissement d’un castrum avec château et fortifications élaborées.

 

Ces quelques indices et réflexions permettent de reconnaître les strates du peuplement du territoire de Bayons. Celui-ci offrait un bassin riche en terres de culture, drainé par plusieurs torrents, vaste en pâturages et bois pour l’entretien de nombreux troupeaux. Il ne pouvait échapper aux diverses colonisations qui se sont succédées. Les principales furent celle des Romains, puis après une longue coupure celle des carolingiens. Après un nouvel arrêt, suite aux troubles sarrasins, c’est le renouveau des monastères et la création de nombreux prieurés, puis la période florissante des XIIe-début XIVe siècles. C’est de cette dernière période que date la très belle église de Bayons, associée à une population nombreuse. On peut remarquer qu’elle fut restaurée principalement aux XVIIe et XIXe siècles, moments où la population était la plus conséquente et le pays prospère.

 

 

Les hameaux [9]

 

En 1774, il en est dénombré six et l’abbé Albert en 1783 en nomme trois, la Combe de la Montagne, Rouinon et le Forest qui sont les plus importants, avec respectivement 17, 8 et 26 familles. On a vu lors de l’enquête de 1492 que ceux de la Combe et de Rouinon étaient déjà investis. On n’apprend seulement en 1774 qu’ils sont tous les deux munis d’une succursale, c’est-à-dire d’une chapelle. L’abbé Albert nous signale que celle de la Combe a même été érigée en paroisse du temps que le cardinal de Tencin était archevêque d’Embrun, c’est-à-dire entre 1724 et 1740 [10].

 

 

Rouinon

 

Une chapelle à Rouinon est citée au milieu du XIXe siècle, sous le titre de saint Joseph [11]. Elle est toute petite, 10 m² selon le cadastre de 1837 et appartient alors à la commune (parcelle 341 A). Elle est encore citée par le cadastre de 1913. Il n’existe pas de cimetière. La titulature à saint Joseph indique une consécration récente, la dévotion à ce saint ayant vraiment débuté qu’au XVIIe siècle. Mais elle a pu changer de titulaire après les guerres de Religion comme pour d‘autres églises et on ne peut reconnaître une origine plus ancienne au vu des documents que nous possédons.

 

Le 12 mai 1878 le conseil municipal constate que attendu que la distance du hameau au chef-lieu est de 8 km, le nombre des enfants en âge de fréquenter l’école est 9, le nombre des habitants du hameau de Rouinon 8, une école d’hiver ou temporaire doit être créée, une institutrice sera nommée de préférence à un instituteur, le local sera fourni par les habitants du hameau et sera convenable. En 1879, la commune verse 650,00 francs comme traitement à l’institutrice.

 

Mais cette école n’est que temporaire et les habitants en 1884 font une demande tendant à obtenir que leur école soit créée permanente, attendu que pendant la saison d’été les enfants restent à courir dans les rues et qu’ils oublient pendant ce temps une partie de ce qu’ils ont appris l’hiver. La demande au Préfet est renouvelée en 1886 attendu que le hameau de Rouinon a une population de 41 âmes, plus la campagne de Rounaïche qui a une population de 4 âmes et la Cassine (commune de Faucon) de 10, ce qui fait en tout 54 habitants.

 

La demande n’est pas suivie d’effet et quand, en 1894, il est demandé à la municipalité de nommer une maîtresse de couture, le conseil répond que l’école de Rouinon n’est qu’une école temporaire de six mois et que parmi les élèves la fréquentant il n’y a que trois filles seulement encore jeunes et désire qu’il ne soit pas nommé une maîtresse spéciale de couture. Le 14 mai 1911, le maire fait connaître au conseil et aux habitants de Rouinon que le 5 avril le conseil départemental a décidé la fermeture de l’école temporaire de Rouinon. La population a tellement diminué que le 7 juillet 1929 l’administration des PTT supprime la boîte aux lettres attendu que le hameau de Rouinon ne comprend plus qu’une seule famille de trois personnes.

 

 

La Combe

 

Ce hameau est divisé en Haute et Basse Combe distant de quelque 2 000 mètres. Actuellement, il subsiste une chapelle à l’est de la Basse Combe qui a été restaurée ces dernières années. Sous la titulature des saints apôtres Philippe et Jacques, elle a été édifiée suite à la demande des habitants en 1710 d’avoir un prêtre desservant [12]. Le cadastre de 1839 cite deux églises, une à la Haute Combe de 78 m² avec un cimetière de 69 m² (parcelles 556 et 557 C) et une autre à la Basse Combe de 156 m² avec un cimetière de 82 m² (parcelles 680 et 681 C). Les deux églises et cimetières sont encore recensés par le cadastre de 1913. Si la chapelle subsistante à la Basse Combe est bien connue, on ignorait qu’il en existait aussi une à la Haute Combe. Elle était dédiée à sainte Marie-Madeleine en 1710. Pourtant, elles sont signalées par la carte de Cassini, une église à La Montagne ou Basse Combe et une chapelle aux Magnans ou Haute Combe. Lors de l’inventaire de 1906, celle de la Basse Combe est munie dans le chœur d’un autel en bois blanc peint, des statues de saint Joseph et du Christ dans une niche de chaque côté du maître autel (Ht. : 1,20 m). Une balustrade en fer sépare la choeur de la nef. Il y a une bannière de Notre Dame du Lauz, don des habitants et un chemin de croix en 14 tableaux (0,70 x 0,50) [13].

 

Un verbal de dénombrement des familles et âmes de communion des hameaux de la montagne de Bayons est dressé au mois de mars 1710 par l’official forain de l’archevêché d’Embrun [14]. Il fait suite à une demande des habitants pour que le hameau ait un prêtre desservant vu l’éloignement de l’église paroissiale et des difficultés pour s’y rendre. Les hameaux de Aco das Magnans et de Aco de Boyer sont composés de 22 familles totalisant 138 personnes dont 94 qui communient.

 

Il apparaît que la paroisse a été abandonnée par le clergé suite à la Révolution puisqu’en 1839 le conseil municipal renouvelle la demande qu’un prêtre soit nommé pour desservir les deux hameaux : considérant le besoin des habitants de ces deux hameaux éloignés à 7 500 m de chemin du village, qu’en temps d’hiver la glace et la neige les empêche de pouvoir assister aux offices divins et examinant la nécessité de ne pouvoir leur envoyer leurs enfants au catéchisme pour les faire instruire sur les devoirs de la religion, en conséquence il est donc d’une très grande nécessité que les deux hameaux de la Combe ayent un prêtre pour les assister dans leurs besoins. Cette demande est exaucée puisque le conseil reconnaît en 1847 que la Combe, hameau de la commune de Bayons, a été érigée en succursale depuis peu. Le rétablissement de la succursale fut proclamé par décret impérial du 29 juin 1841 [15].

 

Dans le même temps la communauté fait remarquer que le besoin d’un instituteur est aussi important que celui d’un prêtre et l'on propose le sieur Joseph ALLEGRE qui est accepté. Régulièrement, la mairie assure le traitement de l’instituteur et le loyer du local servant de salle de classe. Le 12 novembre 1882, le conseil constate que l’école de la Combe est très mal installée, que l’institutrice n’a pas un logement convenable et que la salle de classe est mal éclairée, mal aérée et trop étroite pour le nombre d’élèves de cette section et qu’il ne se trouve pas de local convenable à la Combe et qu’il convient de prendre des mesures pour remédier à cet état de choses. On attend 1908 pour transférer l’école dans le presbytère que la mairie vient de récupérer. Un devis de 2 000,00 francs est proposé au conseil le 22 mars 1913 qui vote l’ouverture d’un crédit de 3 600,00 francs pour l’aménager.

 

Outre l’église et l’école, la Basse Combe était équipée d’un four à pain et d’un moulin à farine. Ce dernier figure sur la carte de Cassini de 1776. On constate que pendant certains temps et certaines époques, ces deux hameaux vivaient en complète autonomie. Fin XVIIIe siècle y résidaient environ 80 personnes. Qu’en était-il au Moyen Age, lors de la forte progression démographique ? Aujourd’hui, il ne reste plus que la chapelle, des pans de murs informes, des terrasses de culture qui s’éboulent et la végétation qui recouvre toute trace de vie.

 

 

Le Forest-Lacour.

 

Parfois appelé la Cour ou le Forest selon les documents, les deux noms sont maintenant liés indissociablement. Si le Forest indique un hameau isolé du bourg principal, le toponyme la Cour peut faire référence à un établissement de l’époque carolingienne, comme nous en avons déjà rencontré, associé ou non à celui de ville. Il serait étonnant que le bassin de Bayons ait échappé à l’administration carolingienne, implantée avec certitude dans le bassin de Turriers (villa Jugurnis) et à Valernes (corte Valerignaca), avec de grandes probabilités en d’autres lieux. Sans parler de l’immense domaine de la Villa Caladius en Haute Bléone, limitrophe avec Bayons.

 

Une chapelle desservait le hameau. On ne connaît son existence qu’à partir du cadastre de 1839 avec un édifice de 24 m² sous le titre de sainte Madeleine (parcelle 1702 B). Il n’existe pas de cimetière. Le 12 novembre 1882, le maire informe le conseil que les Ponts et Chaussées ont besoin de prendre une partie de la chapelle du hameau de la Cour pour rectifier le chemin d’intérêt commun n° 17 du Grand Vallon à Bellafaire. Considérant que les habitants de ce hameau tiennent à la conservation de cette chapelle et qu’on ne peut la laisser démolir sans en faire construire une nouvelle, consent à la démolition de la chapelle à condition que l’administration accorde une subvention pour la reconstruire à un autre endroit. Le 13 mai 1883, le maire constate que l’administration des Ponts et Chaussées en construisant la route n° 7 a fait un déblai devant la chapelle du hameau du Forest d’environ 1 m 50 en sorte que devant la porte de la chapelle il y a un talus de 1 m, que par suite la chapelle menace ruine et ne peut manquer de s’écrouler. Enfin, le 14 juin 1885 les habitants du Forest ont faits une souscription de 255 francs pour la reconstruction de leur chapelle, plus ils proposent une souscription en nature en journée d’hommes et de mulets, soit en tout 705 francs. Le conseil municipal décide de voter un secours de 200 francs et demande à l’Etat ou au département une subvention de 500 francs, pour que cette chapelle puisse être reconstruite.

 

Contrairement aux hameaux de la Combe et de Rouinon, l’école du Forest-Lacour ne deviendra une préoccupation qu’à partir de 1906. Mais ce n’est que quatre ans plus tard qu’elle sera ouverte, en 1910. Il s’agit également d’une école temporaire, ouverte seulement l’hiver. La commune verse annuellement une indemnité de logement et aménage le local servant de salle de classe. Elle paie également un loyer au propriétaire de la maison, ainsi 80,00 francs à Jules GARCIN, en 1917. La somme est de 300,00 francs en 1927 au même. La maison comprend, au premier niveau une cuisine, une chambre et un bûcher, au deuxième, la salle de classe et une petite pièce, la maison étant entourée d’un terrain de sport et d’un potager.

 

Peu de renseignements apparaissent sur cette école durant une cinquantaine d’années. Mais ici aussi la population diminue et une lettre de l’Inspecteur d’Académie est lue par le maire lors de la séance du 19 février 1966, informant la commune de la fermeture de l’école à la rentrée de septembre. Le conseil évoque les multiples conséquences désastreuses de cette mesure et demande le maintien de cette école qui comporte 5 élèves. La menace n’est cependant pas mise à exécution puisque le 20 janvier 1967, la commune verse une indemnité de logement à l’institutrice, madame LATIL. En 1969, le 15 octobre, c’est à mademoiselle Aline ROUX que le conseil municipal vote la somme de 52,80 francs par trimestre pour l’année scolaire 1969-1970. On rencontre ensuite madame MORAND en 1971, année où est acheté un poêle à mazout pour le chauffage de la salle de classe. Cet achat est financé également par la commune d’Esparron qui envoie ses enfants à l’école du Forest. En 1972, mademoiselle Maryvonne LE LIEVRE est institutrice. L’année suivante, elle est appelée madame MARTIN, née LE LIEVRE, s’étant mariée entre temps.

 

Une nouvelle menace pèse sur l’école. Le 19 avril 1974, le conseil municipal apprend avec une vive inquiétude le projet de fermeture de l’école du Forest, seule école qui demeure sur la commune. Le maintien de cette école est absolument indispensable à la vie du pays. Le conseil rappelle que, à la rentrée scolaire 1974-1975, se trouvent sur la commune les élèves suivants : 5 garçons et filles entre 4 et 9 ans et qu’il y a 4 autres enfants âgés de 1 et 2 ans. Il s’oppose de toutes ses forces et demande son ouverture au mois de septembre prochain. L’année 1975 sera la dernière pendant laquelle la commune versera une indemnité de logement à l’institutrice. Ce sera l’école qui aura survécu le plus longtemps à Bayons.

 

 

La maison d’école

 

En 1878, il existe au chef-lieu une école pour les garçons et une pour les filles. On vient d’ouvrir l’école temporaire de Rouinon et depuis 1845, une école également temporaire est ouverte pour les deux hameaux de la Combe. Le maire, François ALLEGRE, le 11 avril, donne connaissance au conseil d’une lettre de l’Inspecteur des écoles primaires engageant vivement la municipalité à proposer le plan et le devis d’une construction destinée à l’école des garçons et à celle des filles. Une nouvelle lettre, en 1880, renouvelle la demande, la municipalité étant restée muette durant deux ans.

 

En 1881, le conseil se décide enfin d’agir. Il envisage d’abord de vendre l’ancienne école considérant qu’elle n’est nullement convenable à sa destination. Puis, il se propose d’acquérir un terrain pour la nouvelle construction et l’on choisit un emplacement appartenant à monsieur PUSTEL, terrain de 800 m², au prix de 1,25 le m². Enfin, le 6 novembre, le maire fait état du devis s’élevant à 30 000,00 francs. Le financement est assuré par une subvention du ministère de l’Instruction Publique pour 20 000,00 francs, la commune pouvant avancer 2 500,00 francs. Il manque 7 500,00 francs que l’on pense récupérer par la vente de l’ancienne école.

 

Les travaux devaient débuter en 1882, mais l’entrepreneur, Monsieur SOULET, demande un acompte, sinon il menace de ne rien entreprendre. On le fait attendre plus d’un an pour lui verser 3.500,00 francs, somme réalisée par la vente de l’ancienne école le 6 mars, acquise par le maire. Mais en octobre, il redemande un autre acompte, estimant qu’il ne peut rien faire. L’évaluation du terrain pour l’emplacement de l’école s’élève à 1 760,00 francs, soit pour les 800 m² du bâtiment et les 420 m² pour les jardins. En 1884, on choisit comme architecte, monsieur PARDIGON, conducteur des Ponts et Chaussées de Turriers. L’école est terminée relativement vite.

 

Mais un différent s’élève entre la commune et l’entrepreneur, Monsieur SOULET, Ce dernier, en 1885, réclame un appoint qui lui serait dû, soit la somme de 6 735,45 francs. Surpris, le conseil demande un devis des soi-disant travaux supplémentaires et désigne Monsieur TYRAIL, contrôleur des écoles à Digne, pour vérification et demande une nouvelle subvention. En 1886, rien n’est fait et l’entrepreneur s’agite. Le conseil fait appel à Monsieur PARET, agent voyer d’arrondissement de Sisteron, comme vérificateur. Le 1er novembre 1886, le conseil reçoit une lettre du Préfet relative au sieur Soulet qui a porté sa demande de paiement devant le conseil de la préfecture. Le conseil municipal autorise le maire à ester en justice. Le 12 mars 1887, un arrêté du Conseil de la Préfecture condamne la commune de Bayons à payer au sieur Soulet la somme de 6 735,45 francs lui restant dû sur les 32 064,01 francs, montant de son entreprise, plus les intérêts à 5 % l’an, à partir du 20 juin 1885. La somme se monte maintenant à 7 409,21 francs et on doit encore 300,00 francs à l’architecte.

 

Le 23 mai 1889, le conseil municipal décide que le chauffage des écoles restera à la charge des pères de famille qui seront tenus de porter une charge de bois de 100 kilos par élève et en temps utile. Sinon, 3,00 francs par élève et par charge seront exigés. Mais, le 12 juillet 1891, le sous-Préfet exige que ce soit la commune qui paie le chauffage des écoles et non les pères de famille. On vote alors 50,00 francs pour l’année 1892.

 

Après ces péripéties, il ne reste plus qu’à entretenir régulièrement le bâtiment. Vingt ans après l’ouverture, en 1903, il faut déjà réparer la toiture pour 11 120,00 francs. En 1910, le conseil fait remarquer que la maison d’école est dans un état déplorable et qu’il faut demander du secours. Il semble que les travaux aient été mal exécuté. Ces réfections, coûteuses pour la commune, permettent au bâtiment de rester en état jusqu’en 1947, date où l’on refait de nouveau la toiture, qu’on installe l’eau courante et une clôture.

 

Mais la menace de suppression d’une classe se profile à l’horizon et le conseil est d’avis de maintenir les deux classes du village, les effectifs de l’heure présente sont dus aux cinq années de guerre, et nous espérons pour 1947 et suivant que les classes remonteront à un taux normal. En 1951, l’institutrice, Madame RICHAUD, demande de construire un petit garage en planches dans un coin du jardin de l’école pour y mettre sa 4 CV Renaud. Le conseil accepte pour un loyer de 100,00 francs par an.

 

De nouveau, en 1956, le conseil municipal demande un devis pour restaurer l’école. Un premier parvient le 13 mars 1957 où la commune doit participer pour 170 000,00. Le 1er février 1958, la somme se monte à 320 000,00 francs. Un devis de 1 617 867,00 francs est proposé par Monsieur FIGUIERE, artisan maçon à Sisteron. Les travaux n’avancent pas vite, par manque d’argent et l'on redemande une subvention, en 1960.

 

Les travaux à peine terminés, la commune est avertie, début 1968, de la fermeture de l’école. Le conseil a beau protester, l’école est définitivement fermée. Cette fermeture était devenue inéluctable car deux ans plus tard, le 18 mai 1970, le conseil reconnaissait que la commune n’a plus d’enfants ni de jeunes ménages. Déjà, en 1959, le maire avait indiqué au conseil que la population de la commune est de 140 personnes, dont 14 âgés de plus de 70 ans et 20 célibataires de plus de 30 ans.

 

 

Les églises de Bayons

 

La première citation de 1183 est une confirmation par le pape Lucius III des possessions de l’abbaye de l’Ile Barbe avec les églises de Bayons, ecclesias de Bayone [16]. Ce n’est qu’au XIVe siècle que l’on sait qu’il s’agit de deux églises, l’une desservie par un prieur, l’autre par un recteur ou chapelain [17]. Des recherches ont été effectuées par deux auteurs ayant consacré une étude sur l’église de Bayons [18]. Elles permettent de reconnaître où se trouvait l’église du prieuré et l’église paroissiale.

 

 

Le prieuré

 

Deux actes notariés de 1685 et 1688 donnent de précieuses indications. Ils font état de la cérémonie pratiquée lors de l’intronisation ou mise en possession d’un nouveau prieur. Celui-ci était conduit par le curé au quartier de la Clastre où était ladite église notre Dame de Nazareth et lui faisait remuer les pierres aux vestiges de ladite eglise [19]. Ce texte indique qu’à cette date, l’église du prieuré est ruinée. Elle devait l’être depuis longtemps car elle n’apparaît pas antérieurement, sauf comme étant source de bénéfices. L’érection de la grande église paroissiale au XIIIe-début XIVe siècle a dû provoquer son abandon L’hypothèse de son antériorité par rapport à l’église du village, que nous avons proposé en début de cette monographie, est également suggérée par M.-M. Viré. Il est probable que Notre-Dame de Nazareth est la première église paroissiale fondée à Bayons. Nous retrouvons ici, comme à Faucon et en de nombreux lieux en Provence, la coutume du retour cérémoniel vers la paroisse originelle. Ce prieuré aurait été transféré ensuite à l’église du village, mais l’intronisation du nouveau prieur a perduré sur le lieu même de la première fondation.

 

Il faut remarquer que l’abbaye de l’Ile Barbe s’est installée à Clamensane et à Bayons, au bord de la Sasse, dans un milieu ouvert, non défensif. Ces deux fondations, dont les églises sont dédiées à Notre Dame, correspondent à l’érection des premières paroisses rurales dont nous avons découvert plusieurs exemplaires dans d’autres communes. Cette constatation permet de penser qu’elles remontent au moins au début du XIe siècle, succédant peut-être à un établissement carolingien.

 

On ne connaît les biens du prieuré qu’au moment de la Révolution où ils sont séquestrés et vendus. Il s’agit de trois terres situées aux quartiers du Thoron, de l’Adoux (ou de la Clastre) et de Girard, totalisant 3 300 cannes², soit 1 hectare 32, représentant un capital de 652 livres. Il est probable qu’à l’origine le prieuré était plus largement loti. Il devait détenir également les terres de la cure consistant en deux terres aux quartiers du Champ de Dieu et du Verger de 828 cannes pour un capital de 1015 livres [20].

 

 

L’église de Bayons

 

Dédiée à Notre-Dame de Bethléem, c’est l’une des plus belles églises du département que l’on compare souvent avec celle de Seyne-les-Alpes et les cathédrales de Sisteron et de Digne [21]. C’est elle qui est signalée en 1183 comme étant la paroisse, desservie par un recteur. Mais son architecture actuelle ne date pas du XIIe siècle. Elle est une oeuvre typique du mélange savoureux de sève romane et d’infiltrations gothiques qui fait le charme de l’art de la fin du Moyen Age dans les Alpes comme le souligne Jacques THIRION. Nous renvoyons le lecteur à l’article cité en référence pour la description de l’édifice et les multiples réparations effectuées au cours des siècles, article malheureusement difficile à se procurer [22].

 

 

Synthèse et perspective

 

Le peu d’indices de la période antique et du haut Moyen Age révèle cependant un peuplement similaire et comparable à d’autres communes. Le bassin de Bayons offre un milieu favorable à la colonisation et au développement de plusieurs communautés. Sa grande étendue a permis la création de plusieurs hameaux répartis sur tout le territoire, avec chapelles succursales, fours à pain, moulins et même écoles. Des ruptures parfois longues au cours de l’Histoire les ont vidées de leur substance humaine, mais ils furent plusieurs fois réinvestis et revitalisés. L’administration carolingienne fut sans doute l’une de ses périodes prospère dont on peut suggérer l’implantation à la Clastre et au Forest-Lacour. La puissante abbaye de l’Ile Barbe avait aussi compris plus tard l’intérêt d’un tel terroir. Ce fut l’apogée, peu après son arrivée, du développement de Bayons, concrétisé par la magnifique église Notre-Dame de Bethléem, seul témoin subsistant de cette mise en valeur des terres.

 

Des questions subsistent encore, en particulier le problème de cette frontière délimitant les anciennes tribus des Alpes qu’il conviendrait de mieux circonscrire et délimiter, du fait également de l’incorporation de Bayons au diocèse d’Embrun et en même temps de son rattachement à la baillie de Sisteron. Egalement, déterminer le rôle joué par la Tour de Bédoin, à la sortie des gorges, dont l’origine est incertaine.

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[1] AD AHP C 41.

[2] ALBERT Antoine, abbé, Histoire naturelle, ecclésiastique et civile du diocèse d’Embrun, Embrun,1783.

[3] Le document a été traduit et commenté par M. ISNARD, « Le cataclysme de Bayons en 1492 », Bull. Sté Sc. et Lit. BA, T III, 1888, p. 44-55.

[4] AD AHP 5 M 34. Claret perd 7 personnes, La Motte 26 et Bellaffaire 11. Avec Bayons il y eut 216 personnes atteintes et 76 décès.

[5] AD AHP 1 Q 64.

[6] AD AHP C 23.

[7] Carte archéologique de la Gaule. Les Alpes-de-Haute-Provence, CNRS, Paris, 1997, p. 97, n° 023 Bilan scientifique 2001. DRAC PACA, 2002, p. 34.

[8] Si cette frontière correspond bien aux limites de l’ancien diocèse d’Embrun, il faudrait alors, soit intégrer le bassin de Bayons à la tribu des Edenates avec sa capitale à Seyne-les-Alpes, soit le faire dépendre d’une autre tribu, les Nemaloni ou les Sebaginni. Dans ce dernier cas, le bassin de Bayons serait à rattacher à la confédération des Voconces. Mais il faudrait alors expliquer pourquoi Bayons, ainsi que le bassin de Turriers ont été intégrés au diocèse d’Embrun dès le Haut Empire et non à celui de Gap dont faisaient partie les Voconces.Voir Guy BARRUOL, Les peuples préromains du sud-est de la Gaule, CNRS, Paris, 1975, p. 289, 291 et 358.

[9] Les données sont fournies par les archives communales entreposées à la mairie.

[10] Pierre IV Guérin, cardinal de Tencin, 12 juillet 1724 au 11 novembre 1740.

[11] Elle figure comme chapelle sur la carte de Cassini de 1776 au hameau de Tournon (erreur du géographe pris pour Rouinon)

[12] Un verbal de dénombrement des familles des hameaux de la Montagne a été rédigé les 26-28 mars 1710 (AD AHP E 23/27).

[13] AD AHP 1V 68, inventaire dressé par Caunes Louis-Joseph, receveur des Domaines à Turriers, le 17 février 1906. Bousquet, curé.

[14] AD AHP E dépôt 23 /27. Rapport de 27 pages très détaillé où est décrite la chapelle Sainte-Madeleine et où sont nommés les chefs de famille avec femmes et enfants. Il se poursuit par l’arpentage de la distance qu’il y a entre la chapelle et l’église de Bayons et décrit les difficultés du chemin à parcourir.

[15] Un décret impérial du 30 septembre 1807 avait dressé la liste des succursales de France qui avaient été supprimées. Les évêques avaient entériné les décisions. Ce n’est que sous Louis-Philippe qu’une grande partie des succursales commença à être rétablie, suite aux demandes réitérées des communes. Voir dossier aux AD AHP 1 V 12 (1 et 2) et 1 V 13 (1 et 2) où sont énumérées toutes les succursales érigées officiellement dans le département des Basses-Alpes.

[16] GUIGUE E, Cartulaire de l’abbaye de l’Ile Barbe de Lyon.

[17] CLOUZOT E., Pouillés des provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, Paris, 1923, p. 214, 252 et 246. En 1351, prior de Bayonis, 34 livres et ecclesie de Bayonis, 30 livres. En 1376, prior de Bayonis, 6 florins et capellanus de Bayonis, 5 florins. En 1382-1383, priore de Bayons, 34 s. et rectore de Bayons, 30 s.

[18] THIRION Jacques et VIRE Marie-Madeleine,« L’église romane de Bayons et ses travaux aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’après des documents inédits », Bulletin archéologique du C.T.H.S. Paris, 1983, p. 95-122. Les recherches notariales ont été effectuées par M.-M. VIRE qui fournit les références d’archives.

[19] ou souloit estre ladite esglize de Nostre Damme de Nazaret, …, et remuer pieres aux vestiges de ladite esglize.

[20] AD HAP 1 Q 70. Rapport d’estime du 3 mars 1791.

[21] Nous avons souvent entendu des visiteurs la qualifier de cathédrale devant son imposante nef. Elle fut classée Monument Historique le 16 novembre 1891.

[22] Nous suggérons qu’il serait utile d’éditer des petits fascicules présentant certains édifices remarquables de notre région. Nous renvoyons également le lecteur à notre ouvrage Le patrimoine des églises des cantons de La-Motte-du-Caire et de Turriers, article Bayons, La Motte-du-Caire, 2004.

 

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