Daniel Thiery

Reynier Sasse

 

R E Y N I E R

 

 Reynier Titre

 

 

Le terroir

 

 

Rattachée depuis 1973 à la commune de Bayons, les cadastres antérieurs dénombrent une superficie de 2060 hectares composés essentiellement de landes sur 1560 hectares et de bois sur 343 hectares, soit 92 % du terroir. Le reste est réparti en terres agricoles et quelques prés [1]. L’abbé Féraud, au XIXe siècle, relate que le sol y est peu fertile. On recueille du blé dans les vallons et les collines sont couvertes de pins et de chênes. Le climat y est froid. Les descriptions antérieures font état d’un territoire montagneux, le terroir est sec et en pente et beaucoup endommagé par les ravins et par deux torrents ; le terroir est tout à fait penchant et ardu, d’un très difficile abord, que les habitants vont chercher l’eau fort loin, qu’il ne produit que du grain et des herbages sur les montagnes, qu’il est éloigné environ 4 lieux de Sisteron [2]. Les récoltes consistent essentiellement en blé froment, mais seulement semé sur 18 hectares d’après la statistique agricole de 1836.

 

Par contre le cheptel est très abondant et vient en deuxième rang après Valernes, composé essentiellement de troupeaux d’ovins. La commune élève également la plus grande quantité de chevaux, juments et poulains, 70 têtes sur un total général de 152 têtes pour toutes les communes. Si l’on y ajoute la commune proche d’Esparron-la-Bâtie avec 30 têtes de bétail, les deux communes élèvent près de 70% de la race chevaline des deux cantons. Par contre, pas ou très peu de jardins, pas de chenevières ni d’arbres fruitiers.

 

1836

Bœuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Chèvres

Porc

Cheval

Jument

Poulain

Mulet

Total

 

100

20

500

400

400

200

50

10

50

10

85

1825

 

Quant au village, il est situé dans un vallon bordé par de grandes montagnes. Les habitants payent au seigneur 1 panal par maison pour droit de fournage. Le moulin est banal et ils n’ont que peu d’eau pour leur ménage, bois et pâturage. En 1698 il existe 45 maisons et chefs de famille, puis en 1728 il y a 40 maisons habitées y compris celles de la campagne qui sont très petites y ayant 10 inhabitées parce que les habitants ont déguerpis.

 

Il est facile de comprendre que la population ne fut jamais importante dans le terroir, celui-ci ne pouvant en nourrir un grand nombre. On ne connaît pas le nombre d’habitants en 1315. La population d’Esparron atteignait alors 370 habitants, aussi l’avons-nous estimée à 250, nombre sans doute insuffisant. Il est probable, que Reynier a dû perdre autant d’habitants qu’Esparron suite à la peste, soit 84 %. Les deux terroirs sont dans le même contexte géographique et nous avons vu que ce sont les communes de montagne qui ont le plus souffert, comme Astoin, Piégut, Urtis et Venterol. Les conditions climatiques dues à l’altitude, une alimentation pas assez variée, légumes et fruits insuffisants, en sont sans doute la cause.

 

 

1315

1471

1765

1851

1918

1946

1962

Habitants

250 ?

125

218

286

136

51

26

 

 

Historique du peuplement

 

 

Il n’existe aucune donnée sur le peuplement du territoire durant les périodes antiques et le haut Moyen Age. Le castrum de Rainerium apparaît seulement au XIIIe siècle sur la liste des castra lors de la donation en viager par Raymond Bérenger V à la comtesse Béatrice, sa femme, en gage ou hypothèque de 4000 marcs d’argent, du territoire situé sur la rive gauche de la Durance [3]. La commune se trouve alors dans le diocèse de Gap et c’est l’évêque qui en est le seigneur. Un vicarius de Raynero est cité en 1274, nommé par l’évêque et dessert l’église paroissiale [4]. Au cours du XVe siècle le fief de Reynier passe dans les mains de la famille d’Abon. La descendance de Pierre d’Abon, notaire à Gap en 1412, a formé plusieurs branches, dont une passe en Provence au XVe siècle où elle possède les fiefs d’Antrais, de Reynier et de Montfort où elle s‘éteint en 1777.

 

Plusieurs collations de la cure et de la chapellenie de Reynier sont accordées par l’évêque de Gap au cours des XVIe et XVIIIe siècles. Le 7 septembre 1534, collation de la cure de Reynier, vacante par décès de Jacques Baudet, à Claude Roche, familier de l’évêque de Gap. Le 29 novembre 1553, collation de la cure et de la chapelle Saint-Georges de Reynier, vacante par incapacité de Pierre Baudet, à Martin Brémon, par Gabriel de Clermont, évêque de Gap. Le 2 décembre de la même année, collation de la cure de Reynier, vacante par incapacité de Pierre Baudet, à Humbert Chaix, clerc, par Jacques Tibaud, vicaire général de Gap. Le 28 octobre 1570, mise en possession de la prébende de Reynier en faveur de Me Marchon Armand, chanoine de Gap. Le 13 octobre 1575, collation de la prébende de Reynier, vacante par décès d’Antoine Espagne, chanoine, à noble Gaspar Gruel, archidiacre et chanoine de Gap. Le 7 février 1704, collation de la chapelle St-Sébastien de Reynier, vacante par décès de Pierre d’Abon, à Ignace Tourniaire, clerc de Gap. Le 10 novembre 1711, collation de la chapelle St-Sébastien de Reynier, résignée par Ignace Tourniaire, clerc, à Louis Borelly, de Reynier, prêtre du diocèse de Die [5] .

 

Le 17 février 1791 a lieu le rapport d’estime des biens de la cure et de la chapellenie Saint-Sébastien. La cure détient 4 terres totalisant 3 489 cannes² (1 ha 40) dont le jardin de la cure de 260 m². La chapellenie de Saint-Sébastien est mieux lotie avec 17 terres totalisant 19 161 cannes², soit 7 hectares 66 [6].

 

 

L’église paroissiale Saint-Vincent

 

Oratoire ReynierLes cartes IGN modernes signalent un oratoire sur la colline dominant le village. En fait, il s’agit d’un fragment de l’ancienne église qui n’a pas jamais été transformé en oratoire. Toutes les pierres ont disparu, une partie pour construire les murs du cimetière tout proche, l’autre pour les maisons du village. Le moignon subsistant n’est pas suffisant pour déterminer un quelconque type d’architecture, seule l’épaisseur du mur est encore déterminable, 1 mètre.

 

Les guerres de Religion ont partiellement détruit l’édifice. En 1599, au sortir de la crise, l’église Saint-Vincent est en fort pauvre estat, presque toute ruinée, excepté que la voûte du presbytère (chœur) est quasi entière avec un peu de muraille alentour ; le clocher est aussi entier avec deux cloches, l’une qui est bonne, l’autre rompu, n’y ayan aulcun autel ni fons baptismalles. Lors de la visite suivante, en 1641, les murailles toutes ruynées, point de portes, tout descouvert, excepté un peu du presbytère (chœur) qui est couvert de paille et encore si mal qu’il pleut sur l’autel  [7].

 

Les années suivantes voient enfin la restauration de l’église, comme constaté le 30 avril 1687, mais tout n’est pas parfait : l’église est sous le titre de Saint-Vincent, laquelle avons trouvé construite à neuf sur une éminence hors le village, couverte de tuilles, le presbytère voûté et blanchy, la nef lambrissée non pavée y ayant encore beaucoup de débris, l’autel tout nu et le reste de l’église sans aucun ornement. S’étant informé où se faisoit le service divin, nous auroient répondu que depuis longtemps il se faisoit dans une chapelle construite au milieu du village appartenant au Seigneur dudit lieu de Reynier où avons trouvé qu’elle est couverte de paille, voûtée, pavée, ayant besoin d’être un peu recrépie et blanchie, l’autel est sous le titre de Notre Dame où est un tableau de la Ste Vierge. Le devant de la chapelle est fermé seulement d’un treillis de bois. L’évêque ordonne de finir et d’orner l’église, d’y mettre un tableau représentant saint Vincent, un confessionnal et des fonts baptismaux. Dans le cimetière y mettre une croix décente et d’une grandeur convenable  [8].

 

C’est lors de cette dernière visite que nous apprenons qu’il existe une chapelle dans le village, sans doute près du « château » ou maison seigneuriale. Elle est dédiée à la Vierge puisque l’autel lui est consacré et orné d’un tableau la représentant. Il devait s’agir d’un petit monument, plutôt chapelle-oratoire, fermée seulement par un treillis de bois, ce qui permettait aux paroissiens d’assister aux offices de l’extérieur. La dernière visite du 16 septembre 1759 nous apprend seulement qu’il existe dans l’église deux confréries, du Saint Sacrement et du saint Rosaire [9].

 

Le cimetière est toujours au même endroit, sur la colline, près de l’ancienne église. En 1599, il est tout ouvert et en 1687, il semble avoir été clôturé car l’évêque demande seulement d’y mettre une croix décente et d’une grandeur convenable. Il ne réapparaît dans les archives que le 10 novembre 1907 où le maire relate qu’il s’est rendu sur les lieux à l’effet de visiter le champ du repos. J’ai constaté à regret l’état des lieux que j’ai trouvé totalement délabré, des brèches ont été faites donnant passage aux animaux carnassiers qui vont se disputer les restes mortels des défunts qui reposent dans cette enceinte dont l’état piteux est affreux à voir et soulève l’indignation publique [10].  

 

 

La nouvelle église Saint-Vincent

 

On ne sait ce qui a motivé les habitants de construire une nouvelle église dans le village, sans doute à cause de l’éloignement de la première, juchée sur la colline et peut-être trop petite et en mauvais état. La date de 1833 figure sur le portail d’entrée. C’est un édifice comportant une nef unique à deux travées ouvrant sur un chœur à chevet plat. Le chœur est séparé de la nef par un arc-doubleau formé d’un arc plein cintre reposant sur des pilastres massifs. Cette église est l’un des rares exemplaires à peu près conservé depuis sa création, typique d’un ouvrage et d’une décoration du milieu XIXe siècle. Tout le mobilier est resté en l’état, il n’a même pas été posé un autel face au peuple. Un tableau mérite l’attention, celui de la donation du Rosaire. Il est identique à celui exposé dans l’église de Valernes. Mais ici, sainte Catherine de Sienne est remplacée par saint Simon Stock recevant le scapulaire des mains de la Vierge. Les deux toiles sont du même auteur, mais adaptées aux dévotions des paroissiens.

 

Tableau Reynier 1 Tableau Reynier 2
Tableau de l’église de Reynier Tableau de l’église de Valernes

 

La modernisation [11]

 

Après la construction de la nouvelle église en 1837, il faut attendre le début du XXe siècle pour voir de nouveaux grands travaux aboutir. Deux projets seront menés à bien dès le début du siècle, le pont sur la Sasse et l’école.

 

C’est le 16 août 1903 que le conseil municipal approuve le procès-verbal d’expertise et le procès-verbal d’enquête pour l’emplacement et projet de construction d’une maison d‘école, les procès-verbaux s’élevant à 600 francs. Le 28 février 1904 un emprunt de 2496 francs est contracté à la caisse nationale des retraites pour la vieillesse. Le 4 décembre, le maire relate qu’au cours des travaux de construction de la maison d’école, j’ai constaté qu’il n’avait été prévu que 157 m cubes de déblais pour le nivellement du sol d’emplacement, or ce chiffre mal étudié s’est élevé à 800 m cubes environ et met la commune dans une grave et fâcheuse situation, ce supplément de travail n’étant pas subventionné. Et de conclure, il y a faute de l’architecte et il faut soumettre la question au préfet. Le 15 janvier 1905, il est consigné dans le registre des délibérations : aujourd’hui 15 janvier 1905 j’ai tenu à signer le présent registre en compagnie de Monsieur le sous-Préfet Schneider pour marquer le souvenir de votre visite dans la commune de Reynier à l’occasion de l’inauguration du groupe scolaire édifié sur l’initiative de la municipalité, Mr Astoin étant maire, Me Borelly adjoint. L’architecte était Monsieur Gondran Roch, de Sisteron. Le 19 novembre c’était l’approbation du procès-verbal de réception des travaux de la maison d’école pour 14 509,99 francs.

 

En 1902, une contestation s’est élevée entre les communes de Reynier et d’Esparron-la-Bâtie à propos de l’école de Baudinard : vu la délibération du conseil municipal de la commune d’Esparron la Bâtie tendant à faire supporter la moitié des frais de chauffage de l’école de Baudinard à la commune de Reynier, considérant qu’il n’y a actuellement que deux enfants d’âge scolaire qui fréquentent l’école sus visée, considérant que de temps immémorial les enfants de Langon et la Bâtie, campagnes d’Esparron, ont toujours été admis à notre école mixte sans que la commune de Reynier n’ait jamais rien demandé à celle d’Esparron. Pour ces motifs le conseil est d’avis de rejeter la demande d’Esparron relative aux frais de chauffage de l’école de Baudinard .

 

Le 7 février 1904, le maire constate que le pont en bois donnant passage sur la rivière du Sasse au chemin vicinal ordinaire n° 1 se trouve dans un état très défectueux, la plus part des poutres maîtresses et garde grèves étant presque hors d’usage, qu’il est nécessaire de consolider ce pont au plus tôt car si actuellement il suffit tout juste au passage des voitures peu chargées et encore il y a à craindre quelque effondrement, il n’en sera pas de même lors de la construction de la maison d’école dans le courant de l’année quand les fardiers emmenant les matériaux à pied d’oeuvre seront obligés de passer sur le pont. Le rapport de l’ingénieur relatif aux réparations au pont de Sasse sont évaluées à 2000,00 francs, répartis pour 1200,00 à Reynier et 800,00 à Esparron. 

 

Comme à Clamensane et dans d’autres communes, en 1929 le conseil municipal considère que les fleurs de lavande communales si elles étaient affermées donneraient à la commune une recette supplémentaire appréciable, autorise le maire à affermer par voie d‘adjudication les dites fleurs. Juste avant la deuxième guerre mondiale, la commune jouira de l’électricité et d’une première adduction d’eau potable.

 

 

Synthèse et perspective

 

 

Les renseignements sur cette commune sont succincts et ne permettent pas de dégager une vue panoramique du peuplement de son terroir. Pays de montagnes, aux maigres ressources, il n’a guère attiré les convoitises. Son principal atout consiste dans les vastes étendues de pâturages propices à l’élevage des ovins, mais également des équidés. Les ressources vivrières sont par contre restreintes.

 

Le village s’est groupé sur une croupe de terrain, entre deux vallons et au pied d’une butte. Sur celle-ci ont été érigés l’église paroissiale et le cimetière. Il est possible qu’il y ait eu, lors de la féodalisation, un ouvrage défensif, lieu à la fois de la puissance seigneuriale et de refuge pour les habitants. C’est ce que nous avons constaté pour tous les autres villages. Seul, un écrit ou un sondage pourrait confirmer cette hypothèse.

____________________________________

[1] Données du cadastre de 1937, archives de la mairie de Bayons.

[2] AD AHP, affouagements de 1698 et de 1728 (C 41 et 44). L’affouagement de 1774-1775 est absent.

[3] RACP, n° 163, 18 septembre 1232 et n° 375, 3 mai 1244.

[4] Pouillésdu diocèse de Gap et AtlasHistorique. Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco. Baratier, Duby, Hildesheimer, Paris, 1969.

[5] AD HA G 831, 833, 843, 846, 872, 789.

[6] AD AHP 1 Q 70.

[7] AD HA, G 779, f° 536 et G 784, f° 1749

[8] AD HA G 786, f° 156 et ss.

[9] AD HA G 789.

[10] Archives communales, délibérations du conseil municipal, mairie de Bayons.

[11] Extrait du registre des délibérations du conseil municipal (1 registre de 1904 à 1973), mairie de Bayons.

 

Retour au choix

 

 Vallée Sasse  Monographie des Communes  Histoire du peuplement et des lieux de culte