Daniel Thiery

Clamensane Sasse

 

C L A M E N S A N E

 

 Clamensane Titre

 

 

Le terroir

 

La commune, d’une superficie de 2373 hectares, est riveraine de la rivière Sasse depuis le confluent du Grand Vallon et de la Sasse jusqu’à la clue de Bayons. Orientée est-ouest, la rivière a creusé un large lit. Du côté de la rive sud, les collines s’étagent entre 700 et 800 mètres d’altitude. Coté nord, la pente est plus abrupte, mais offre cependant quelques plateaux favorables à l’implantation humaine jusqu’à 980 mètres d’altitude (Les Hautes Graves).

 

Les descriptions fournies par les affouagements décrivent les avantages et inconvénients du terroir [1]. Celui de 1698 n’est pas très optimiste : la situation du village sur une hauteur est désavantageuse. Les habitants ont de l’eau pour leur ménage et pour arroser quelques prés et cheneviers et la liberté des fours. Le terroir est presque tout en pente, les montagnes sont pelées et incultes et le peu de biens qui est dans la plaine est beaucoup endommagé par la rivière de Salce et par ceux des torrents. Pour celui de 1728, le village est situé sur la rivière de Sasse en descendant sur une hauteur. Une petite partie de son terroir est arrosé par ladite rivière et par les eaux qu’ils en dérivent pour faire du chanvre qui est le meilleur dans tout le pays, mais en petite quantité.

 

Celui de 1774 est plus détaillé : le terroir confronte ceux d’Esparron La Batie, Reynier, Valavoire, Chateaufort, La motte, Faucon et Bayons. Il est d’environ trois lieues de circonférence. La plus grande partie en collines et cotteaux dont certains sont stériles, d’autres agrégés de quelques petits chesnes, fayards et arbustes, y ayant dans partie d’icelles du gazon. Une partie du terroir est en plaine arrosable de l’eau de la ditte rivière de Sasse et de celle du ruisseau de Vermeil. Il y a aussi quelques vallons et terres penchantes, dont partie est aussi arrosable. Le terroir est coupé par la rivière de Sasse, par les ruisseaux de Vermeil, la fayière, les naisses et coste fontane, qui lors des crues et débordements emportent et engravent les terres voisines. Il est aussi coupé par des eissariades et ravins.

 

 

Le lieu (village) est scittué sur le Serre d’un cotteau penchant au midy vers la rivière de Sasse. Les maisons sont pour la plus grande partie en mauvais état. Il y a trois cazeaux (écuries). Les rues ne sont point pavées. L’habitation est incommode. Il y a un moulin à farine dans lequel se trouve aussy celui d’huille de noix sur le bas du village qui est distant de la ville de Sisteron de trois lieues. Les habitants sont obligés pour y aller de cotoyer la ditte rivière de Sasse, la plus grande partie du chemin de la traverser par diverses fois et lorsqu’elle grossit ils ne peuvent plus la passer. Les habitants n’ont d’autre eau pour boire que celles de la rivière et du riol de Vermeil, l’une et l’autre au pied et à cotté du village ; et dans le terroir il a quelques sources servant au même objet.

 

On le voit, la rivière est à la fois un avantage et un inconvénient. Elle fournit de l’eau pour les ménages, car il n’existe pas encore de fontaines, elle permet d’arroser quelques jardins et terres, principalement des chenevières et fait tourner le moulin à farine et à huile de noix. Les débordements sont calamiteux par les destructions qu’ils occasionnent et par le gravier et les pierres qu’ils abandonnent sur les terres fertiles. C’est à partir de 1859 que la commune envisage de construire une digue en aval du village afin de canaliser la rivière et dégager ainsi une longue bande de terre entre elle et le pied des collines. En même temps on établirait une passerelle, dite alors de Pressenas, pour faciliter le passage sur la rive gauche. Souscription volontaire des habitants, demandes réitérées de subventions ne font aboutir le projet qu’en 1889 et 1892. La passerelle sera exécutée par la commune de Valavoire financée par moitié par la commune de Clamensane. La municipalité achète dans le même temps les terrains devenus productifs depuis la construction de la digue depuis le torrent de Vermeilh jusqu’à la passerelle établie sur le canal du moulin du Plan [2]

 

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Les productions

 

L’affouagement de 1774 détaille les productions du terroir : bled, seigle, avoine, épeautre, légumes, vin, chanvre, fourrage, huille de noix et assez de menus fruits. L’on y nourrit du bétail lanal, chèvres et quelque peu de poulins. Il y a dans le lieu et son terroir quatre tisseurs à toile, beaucoup de mines de plâtre auxquelles certains habitants s’occupent dans les terres gastes sans avantage pour le corps de la communauté, les habitants des lieux circonvoisins viennent en acheter. Les productions sont plus variées que dans les communes de montagne comme Valavoire et d’autres moins favorisées par l’altitude et l’exposition. Le 4 février 1840, le conseil municipal demande au préfet qu’une foire annuelle soit établie pour faciliter le commerce public ainsi que pour faire circuler les différentes denrées qui se perçoivent dans cette commune dont la principale récolte commerçante consiste en bled, chanvre de bonne qualité et autres grains ainsi que de celles des pays circonvoisins qui consistent également en chanvre, blé, avoine, seigle et autres menus grains.

 

En 1885, le conseil décide de mettre en vente dès cette année les fleurs de lavande des forêts communales servant à faire l’eau ou essence de lavande. Il fera de même en 1889 pour la récolte des truffes en mettant en affermage les bois communaux pour la recherche des truffes. Puis, il réglemente la récolte de la lavande en 1899 : considérant qu’il est de l’intérêt de l’apiculteur que les fleurs de lavande employées à la distillerie ne soient pas coupées avant le mois d’août, considérant que cette mesure ne saurait causer de préjudice à personne attendu que les fleurs de lavande plus mûres donneraient des produits plus abondants et de meilleure qualité, il est décidé qu’à dater de cette année il sera interdit de couper la lavande dans les biens communaux avant le premier août. La ferme des lavandes sera reconduite chaque année et en 1923 on installera une distillerie au quartier de Champ Long dans la propriété de Silve Ismaël . En 1925, une pépinière d’arbres fruitiers est créée pour fournir aux habitants de la vallée les plantes d’arbres fruitiers dont ils ont besoin pour entretenir la production de leurs arbres fruitiers, mais elle n’aura qu’une courte vie.

 

On connaît avec plus de précisions les productions agricoles grâce à la première statistique effectuée en 1836 :

 

1836

Froment

Orge

Avoine

P.de terre

Leg sec

Vigne

Jardin

Chanvre

Total

Hectare

100

1

2

4

1

12

1

3

124

 

Le blé est la production essentielle et devait dégager des bénéfices. Mais seule une partie du terroir est cultivée. Les bois et terres vagues couvrent 70 % de la commune d’après le cadastre de 1837. Si l’on récolte des menus fruits en 1774, la culture fruitière intensive ne va pas commencer avant la deuxième guerre mondiale, avec 10 hectares en 1951 et 16 en 1974.

 

Quant au cheptel, il est à peu près équivalent à celui de Valavoire :

 

1836

Bœuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Chèvre

Porc

Cheval

Jument

Mulet

Ane

Total

 

50

20

100

400

350

400

60

4

2

50

36

1472

 

 

Habitat et population

 

L’habitat est réparti pour deux tiers dans le village et le reste dans des petits hameaux et bastides à la campagne selon l’affouagement de 1774 : le nombre des maisons habitées dans le lieu (le village) est de soixant’une, une ditte inhabitée. Il y a six hameaux dans le terroir composant vingt cinq maisons habitées, une inhabitée, quatre cazeaux et huit bastides dont trois habitées et cinq inhabitées. Les chefs de famille sont au nombre de 94. En 1698, il existe 82 chefs de famille dans 90 maisons et en 1728, 100 chefs de famille dans 93 maisons et quelques masures. L’abbé Féraud annonce 412 âmes au milieu du XIXe siècle dont 280 au village et le reste disséminé dans les hameaux des Hautes et des Basses Graves, de Meynard, de Precennas et quelques bastides. Le climat y est assez tempéré, son territoire produit du blé, du vin, des amandes et des légumes.

 

Population Clamensane

 

Le maximum d’habitants jamais dépassé fut pendant la période du XIIIe et début XIVe siècle avec 525 habitants. Guerres, peste et famines en déciment 71 %, taux plus élevé que la moyenne générale relevée en Provence, entre 60 et 65 %. Le rétablissement a lieu au XVIIe et XVIIIe siècle avec 428 habitants en 1765. Mais l’exode rural commence déjà puisqu’en 1851, date où la population provençale atteint son pic, Clamensane a déjà perdu 24 habitants. Ce sera ensuite une chute brutale pour se stabiliser, fin XXe siècle autour de 110 habitants et commencer à se redresser.

 

Nous avons relevé les noms des propriétaires à Clamensane en 1734 [3]. Ils sont au nombre de 113 possédants biens dont trois habitent hors de la commune et trois autres étant de la noblesse, Joseph Glandèves de Villeveuve seigneur de Clamensane, Messire Jean-Baptiste de Castellane et Monsieur d’Esparron la Bâtie.

 

17 Burle

9 Maurel

7 Reymond

6 La Garde

4 Esmiou. Motton. Reynier

3 Aillaud. Boyer. Daniel. Hermite. Isnard. Martin. Masse. Turcan

2 André. Daumas. Nicolas. Richier. Rolland. Sarlin. Verdillon.

1 Barles. Bouchet. Bourrely. Brémond. Brunet. Careluc. Casse. Chabert. Druzian. Garcin. Gay. Grimaud. Martel. Mauric. Mayol. Pons. Roche. Roland.

 

Parmi ceux-ci, on relève Jean Brunet cordonnier, François Burle et Jacques Maurel dits sieurs, Alexandre Boyer lieutenant de juge, Jean Maurel et Jean Burle bourgeois. Tous les autres, sans qualité, sont de simples travailleurs ou ménagers [4].

 

 

Historique du peuplement

 

La carte archéologique de la Gaule concernant le département ne mentionne pas Clamensane faute de découvertes. Pourtant, l’abbé Colomb, dans sa notice de 1861, cite des sépultures sous tegulae à Meynard et à la Bâtie, des ossements au lieu-dit Cimetière des Huguenots, à La Clastre et à la chapelle Saint-Amand [5]. Si les sépultures sous tuiles peuvent indiquer le haut Moyen Age, les autres sont plus difficiles à dater, nous verrons par la suite comment mieux les appréhender. Il faut remarquer que les sites de Meynard et de la Bâtie sont dans le même contexte géographique que ceux de Saint-Véran et d’Entraix sur Châteaufort et de La Bourasse et du Claux sur Valavoire, vitalisés aux périodes romaines et médiévales. Il faut également y ajouter le site d’Arnous ou Armous où le cadastre de 1734 cite un quartier dit Devant Ville [6]. Situé à 1 KM au sud et en face du village de Clamensane, il en est séparé par la rivière et par une haute colline qui le cache à la vue. On ne peut donc mettre ce toponyme en rapport avec le village et il pourrait renvoyer à une implantation carolingienne.

 

 

Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem

 

De retour de la Terre Sainte où l’Ordre des Hospitaliers avait été fondé, la première maison en France fut ouverte à Saint-Gilles dans le Gard au début du XIIe siècle. Leur vocation d’accueil des malades et des pèlerins les pousse à s’installer le long de la Durance, importante voie de passage. En 1149, ils créent une commanderie à Manosque et immédiatement après une autre à Claret. La commanderie de Claret essaime ensuite à Vaumeilh et à Clamensane, mais on ne sait à quelle date [7]. Le membre de Clamensane est cependant attesté au milieu du XIIIe siècle. On n’a plus de nouvelle de lui par la suite. Il est probable qu’à la suite de la peste, la commanderie de Claret ayant été rattachée à celle de Gap, le membre de Clamensane a été abandonné.

 

Le seul souvenir laissé par les Hospitaliers de Clamensane réside en un site dit la Clastre situé sur la rive droite du Ravin des Naisses, à l’endroit où il rejoint la Sasse. Le cadastre de 1734 cite une terre à la Clastre confrontant de tous côtés des clapiers et Notre Dame d’Alamond. Une autre terre confronte le chemin allant à Notre Dame [8]. Ce texte n’est pas assez explicite pour savoir s’il existait encore les restes d’un édifice. Aujourd’hui, rien n’apparaît en surface sur le site, mais le souvenir des Hospitaliers était encore très vivace au XIXe siècle puisqu’un habitant du village, Pierre Blanc, a élevé une croix au bord de la route en 1863. L’abbé Colomb, dans sa notice de 1862, relate que les paroissiens s’y rendaient en procession.

 

Sur le piédestal figure sur 2 lignes : PIERRE / BLANC et en dessous une croix de Malte. Sur le fût, sur 5 lignes : EN MEM. / DES / HOSPITAL. / DE ST JN DE JER / 1863, avec en dessous un cœur surmonté d’une croix.

 

Croix Hospitaliers ClamensaneLa titulature à Notre Dame correspond bien à une origine médiévale, mais le vocable Alamond est plus surprenant. Nous avons déjà évoqué dans la monographie de Claret l’origine de cette appellation. Il semblerait que les Hospitaliers venant de Claret, lors de la création de l’église, lui ont donné le nom du lieu où, à Claret, ils avaient également construit une église. Dédiée également à Notre Dame, ils lui ont donné le même nom tiré du site d’Alamon ou d’Alabon, site correspondant à l’antique station romaine d’Alabons que l’on place sur les deux rives de la Durance, à Monêtier et à Claret. L’abbé Colomb signale qu’on aurait trouvé des ossements humains près de Notre Dame d’Alamond, sans doute reliquat d’un cimetière près de l’église.

 

Peut-on reconnaître avec cette église Notre-Dame la première paroisse de Clamensane, comme on en a rencontré maints exemples ? Les preuves ne sont pas suffisantes, mais on peut cependant constater qu’elle correspond pleinement aux caractéristiques des premières églises rurales du début de l’an 1 000 : implantation en milieu ouvert, près des cultures et d’un ruisseau et qu’on y vient ensuite en pèlerinage. Dans ce cas, il faudrait attribuer sa création, non pas aux Hospitaliers venus plus tard, mais à un autre monastère. Le toponyme La Clastre s’expliquerait alors mieux, les implantations des Hospitaliers étant plutôt qualifiées de commanderie comme à Nibles, Vaumeilh et Tallard.

 

 

L’abbaye de l’Ile Barbe

 

Un autre ordre religieux vient s’installer à Clamensane, les bénédictins de l’Ile Barbe de Lyon. Ils apparaissent au même moment que les Hospitaliers au milieu du XIIIe siècle et fondent un prieuré sous le titre de Notre-Dame de l’Espinasse dans le village actuel [9]. Depuis le début du siècle, un castrum s’est implanté sur la butte dominant le village, au lieu-dit la Roche ou Cime de Ville. Un château y est construit avec son rempart et des maisons s’y appuyant. Une église également est édifiée sous le titre de Saint-Martin, prenant la titulature de la maison mère des bénédictins.

 

Après le terrible épisode de la peste où la population diminue de 71 %, celle qui reste quitte la Cime de Ville et s’installe sur la croupe dominant la rivière près du prieuré de Notre-Dame. Le village naît alors et l’église Saint-Martin devient difficile d’accès. Insensiblement, la chapelle va devenir le lieu des cérémonies religieuses. Elle reste pendant un long moment encore le siège du prieuré bénédictin. Unie au prieuré de Saint-Martin, elle sera ensuite dissociée de lui. En 1581, une collation est accordée à un clerc du diocèse de Carpentras pour les deux prieurés. Puis, les collations se succèdent du prieuré de Saint-Martin, dit aussi de Clamensane, à des bénéficiaires choisis par l’abbé de l’Ile Barbe en 1721, 1739 et 1771 [10].

 

 

Notre Dame d’Espinasse

 

Le prieuré de l’Espinasse est semble-t-il abandonné par les moines, sans doute à la suite des guerres de Religion. Il est repris par un clerc de Tallard, Honoré Burle, qui teste le 4 octobre 1717 [11]. Selon l’abbé Colomb la chapelle aurait déjà été commencée à être construite peu avant le décès d’Honoré Burle en 1722. Elle était placée sous le vocable de Jésus Marie Joseph. Le prix fait est attribué à un maçon de Bayons Antoine Richaud en 1712 et on y place une cloche en 1714 pour 139 livres 16 sols. Colomb ajoute que la chapelle existait déjà sous le titre de saint Barthélemy et était très utile pour les paroissiens, plus facile d’accès que l’église paroissiale.

 

Les données sur la titulature et la construction de la chapelle sont contradictoires. La titulature varie : Notre-Dame, puis Saint-Barthélemy, Jésus Marie Joseph et Notre-Dame. Faut-il envisager qu’immédiatement après les guerres de Religion, les habitants ont choisi saint Barthélemy comme protecteur, changement de titulature remarqué dans d’autres paroisses, comme à Faucon avec le même Barthélemy ? L’abbé Colomb d’autre part affirme d’un côté une nouvelle construction et d‘autre part dit qu’elle existait déjà. Le chevet orienté vers le nord n’indique pas une fondation du Moyen Age, mais la nouvelle chapelle construite en 1714 sur l’ancienne a pu être totalement désorientée. Le devis du maçon, s’il existe, serait d ‘un précieux secours et des recherches dans les actes notariés apporterait peut-être la réponse. D’autre part, l’édifice construit au début du XVIIIe siècle était aussi vaste que l’église actuelle sur lequel elle s’est superposée. Le plan cadastral de 1826 indique le même plan et la contenance est la même, 220 m². Il est donc fort probable que seul l’emplacement ait été conservé et que la chapelle primitive, beaucoup plus petite, ait été entièrement transformée en un bâtiment beaucoup plus vaste.

 

 

L’église paroissiale Saint-Martin

 

C’est l’église du castrum quand celui-ci s’installe sur la Roche au début du XIIIe siècle. Dédiée à Saint-Martin, elle est l’église paroissiale et le restera jusqu’au milieu du XIXe siècle, mais sera progressivement abandonnée à partir du moment où sera restaurée et agrandie la chapelle Notre-Dame d’Espinasse en 1714. On ne sait rien d’elle jusqu’à la fin des guerres de Religion. En 1599, elle est en fort mauvais estat toute descouverte, la voute touttefois entière, excepté une partie qui est tombée sur le milieu. Elle est encore dans le même état en 1641 [12].

 

Des restaurations sont enfin entreprises et lors de la visite pastorale du 1er mai 1687, l’église, sous le titre de Saint-Martin, est couverte de tuilles, bien voûtée, blanchie, pavée, le presbytère (chœur) ayant besoin d’être reblanchi à quelques endroits, un tableau fort vieux et indécens (en mauvais état) au dessus de l’autel, un tabernacle de bois noier peint, des gradins de plâtre. Du côté de l’évangile une chapelle sous le titre de saint Jacques, voûtée, blanchie, un tableau passable au dessus de l’autel, ayant un principal de 25 écus laissés par le testament de feu Jacques Giraud du 21 janvier 1668. Du même côté une chapelle de la sainte Vierge et de saint Joseph, sans aucun ornement, appartenant au Seigneur du lieu. Du côté de l’épître un autel de saint Joseph, entretenu par les confrères orné d’un tableau. Le cimetière éloigné de l’église est bien fermé de bois au milieu duquel est une croix propre et décente [13]. En 1707, il est reconnu que l’église est petite, mal propre et mal ornée, ayant deux chapelles entièrement indécentes, l’une du seigneur et l’autre de Maurel ; et en 1759 l’autel de saint Joseph du côté de l’épître est suffisamment orné, celuy du Rosaire est mal situé [14].

 

 

Depuis le début du XVIe siècle, l’habitat est progressivement descendu de la Roche pour s’installer sur une petite croupe de terrain, proche de la rivière. La chapelle de l’Espinasse devient naturellement le centre paroissial, plus commode pour les habitants, ce qui les poussera, au milieu du XIXe siècle, à la restaurer de nouveau complètement. Elle deviendra alors officiellement l’église paroissiale pendant que la première va tomber en ruine.

 

 

La nouvelle église paroissiale

 

Porte église ClamensaneC’est le 28 août 1830 qu’est rédigé le procès-verbal d’adjudication de la construction d’une nouvelle église et démolition de l’ancienne d’après le devis estimatif dressé par le sieur Massot plâtrier à Sisteron et attribué à Angelo Andréeti maçon à Turriers pour 5 465 francs. Des travaux supplémentaires pour 571,50 donnent un total de 6 096,50. Le procès-verbal de réception définitive de l’édifice est du 12 décembre 1832 [15]. Selon l’abbé Colomb, Mgr Miollis, évêque de Digne, est venu le consacrer le 10 mai 1832. L’édifice reprend le même plan au sol que la chapelle selon les plans du cadastre de 1826 et de l’actuel. De la chapelle, il ne subsiste que la très belle porte d’entrée en arc plein cintre dont l’intrados et les piédroits sont adoucis par un large chanfrein.

 

L’église présente une nef centrale voûtée en berceau brisé, flanquée de deux bas-côtés à trois arcades reposant sur des colonnes en calcaire gris. Selon Colomb, la pierre de ces colonnes a été extraite du quartier de Monaud. Le mobilier actuel est tel qu’il est recensé en 1906 lors de l’inventaire du 9 février et rien n’a été changé de son agencement depuis l’édification de l’édifice. Seul un autel face au peuple a été installé suite au concile Vatican II. Les autels en bois peint, la chaire, la table de communion et le siège du célébrant ont intégralement subsisté.

 

 

La chapelle Saint-Amand

 

Nous renvoyons le lecteur à l’étude que Nicole Michel d’Annoville a consacrée à la chapelle [16]. L’auteur remarque que le site où elle est implantée est situé sur l’ancienne frontière délimitant à l’époque romaine la Provincia et la province des Alpae Maritimae, puis les anciens diocèses d’Embrun et de Gap. Nous avons reconnu, avec les monographies de Faucon-du-Caire et du Caire, deux posterles placées sur la même frontière. Il semble que nous soyons en présence de trois postes de surveillance et de défense. Avant Auguste et la création de la province des Alpae Maritimae, cette frontière séparait la Provincia du royaume de Cottius, vaste territoire du nom des Alpes cottiennes s’étendant sur les deux versants des Alpes et dont la capitale était à Suse. Sous Auguste, le royaume de Cottius allié de Rome conserva son indépendance et fut déclaré province impériale sous Néron en l’an 36. Il serait possible que nous soyons en présence de postes de surveillance créés par Rome avant que les Alpes cottiennes ne fassent partie de l’Empire romain. Lors de la restauration de l’édifice en 1999, ont été observés, suite à des sondages, des fragments de tegulae. L’abbé Colomb signale des sépulturesainsi que des restes d’ossements humains.

 

Les deux posterles et la chapelle sont en altitude, 1290 mètres pour Saint-Amand, 1580 mètres pour la posterle du Caire et 1360 mètres pour celle de Faucon [17]. Elles sont sur la frontière, mais cependant à l’intérieur de la Provincia et non de l’autre côté. Elles pourraient être alors l’œuvre des Romains à un moment où les Alpes cotiennes n’étaient pas encore les alliées de Rome. Guy Barruol observe chez les Romains un nombre important de monuments-frontières, qui, dans la désignation des limites leur servaient de points de repères fixes et inamovibles, par exemple des tombeaux monumentaux [18]. Le site de Saint-Amand pourrait se révéler être l’un d’entre eux, repris ensuite lors de la christianisation pour sacraliser un monument païen, tombeau ou petit temple. L’attrait de la population vers ce haut lieu, dans les deux sens du terme, ferait ainsi suite à une tradition dont elle aurait perdu l’origine et le sens premier. Des recherches seraient à mener sur cette frontière hors de nos deux cantons afin de conforter ces premières constatations.

 

 

Les saints protecteurs de Clamensane

 

Tableau ClamensaneUn tableau de l’église rassemble les trois protecteurs de Clamensane. En premier lieu, la Vierge, titulaire de la paroisse, mais également de la première église Notre-Dame d’Alamond et de la chapelle de l’Espinasse. Ensuite saint Martin, titulaire de l’église du castrum. Enfin saint Amand et sa chapelle aux confins du territoire, objet d’un pèlerinage annuel. La Vierge Marie, la tête dans les nuées célestes, est en position de majesté et montre une attitude compatissante. L’Enfant Jésus s’anime vers saint Amand et Marie, de la main droite, montre un paysage où est représentée la chapelle du saint protecteur. Elle indique ainsi la protection qu’elle exerce sur le culte de saint Amand et les bienfaits du pèlerinage à la chapelle. Saint Martin, en position hiératique, bénit les paroissiens. Un buste reliquaire de saint Martin, une statue reliquaire représentant saint Amand, une statue de la Vierge à l’Enfant renforcent cette triple protection.

 

 

Croix et oratoires

 

Le long de la D 1, entre le village et le Ravin des Naisses, sur une distance de 1500 mètres, sont implantés pas moins de 5 croix ou oratoires. Le premier, au bas du village, est un oratoire dédié à Notre-Dame de Lourdes. Le deuxième est une croix à l’entrée du chemin menant au village. Elle a été dressée lors de l’année sainte en 1951 Le troisième est une croix sur pilier élevée au croisement du chemin menant au cimetière. Elle a été bâtie, comme inscrit sur le pilier, en 1876 en souvenir de François Dalmas et de Marguerite Béraud son épouse. Le quatrième est également une croix sur pilier bâti en 1896 en souvenir d’Auguste Heyriès. Enfin, le dernier est la croix de Saint-Jean, rappelant le souvenir des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem que nous avons décrit plus haut. A ces cinq monuments, il faut ajouter la croix du cimetière et celle qui est plantée près de la chapelle Saint-Amand au Col de la Croix.

 

Croix de Clamensane

 

Les écoles

 

1853. Ouverture d’une école primaire.

 

On ne connaît pas, pour l’instant, l’état de l’enseignement scolaire à Clamensane avant 1838, date à laquelle commencent les délibérations municipales entreposées à la mairie. Mais il semble bien qu’il n’en existait pas puisque le 5 décembre 1853, le maire, Pierre Victor Carluc, relate au conseil que s’est présenté devant nous, maire de la commune de Clamensane, le sieur Burle Pierre, né à Clamensane, pourvu d’un brevet de capacité de troisième degré à lui délivré par le recteur de l’Académie d’Aix le 4 octobre 1817, lequel nous a déclaré avoir l’intention d’ouvrir une école primaire dans la commune dans sa maison des Bouars. Le texte indique bien une ouverture, donc une création. L’instituteur recevra les enfants dans sa maison pour leur éducation. Il semble que par la suite, la municipalité a permis à l’instituteur de s’installer dans la salle qui sert de mairie.

 

Ecole des Graves. 1881-1921

 

Le 27 juin 1880, le conseil considérant que les hameaux des Graves dont la population est de 57 habitants et le nombre d’élèves en âge de fréquenter l’école est d’environ une douzaine, sont à une distance d’environ 5 kilomètres, que les enfants ne peuvent guère fréquenter l’école du village vu la distance et les mauvais chemins, est d’avis qu’une école temporaire ou de hameau soit créée au hameau des Graves. Cette école semble s’être ouverte très vite puisque qu’en 1889 le conseil reconnaît qu’un bail de 9 ans n’a pas été établi entre la mairie et le propriétaire de la maison servant d’école.

 

Régulièrement, le conseil règle le loyer de cette école. Ainsi, le 20 janvier 1889, à Auguste Allibert, propriétaire de la maison d’école des Graves ; le 27 novembre 1892, 80,00 francs pour l’année scolaire 1891-1892 ; le 7 octobre 1917, 55,00 francs ; le 13 mai 1920, 55,00 francs à Delphine Mayenc ; la même somme le 5 mai 1921.

 

Mais le 26 juin 1921, le conseil considérant le petit nombre des enfants d’âge scolaire résidant au quartier des Graves, considérant que les dépenses occasionnées par le maintien de l’école des Graves n’est pas en rapport avec les services qu’elle donne, décide qu’il y a lieu de supprimer temporairement la dite école, à la condition qu’elle sera rétablie lorsque la population scolaire devenue plus nombreuse permettra de le faire. Cette fermeture temporaire sera définitive.

 

 

La maison d’école. 1887

 

Le besoin d’un bâtiment scolaire se fait sentir dès 1881, où le 15 mai, le maire Marcellin Bouchet, propose de construire une maison d’école. Le conseil accepte le plan et le devis présentés par Monsieur Mazan, architecte. Il vote un emprunt de 2.000,00 francs remboursable sur 31 ans et une imposition extraordinaire de 100,00 francs pour le traitement d’un an de l’enseignant. Par un acte du 1er novembre 1882, la commune acquiert une parcelle de terrain et demande une subvention au gouvernement pour la construction.

 

Mais la proposition est rejetée par le conseil départemental de l’Instruction Publique à cause d’une dépense exagérée et il invite le conseil municipal à étudier un autre projet. On fait appel à un autre architecte, Monsieur Bardonenche, dont le devis s’élève à 34.396,15 francs et qui est accepté par le conseil départemental. Le 29 septembre 1887, a lieu la lecture du procès-verbal de réception définitive des travaux de construction de la maison d’école dressé par Monsieur Daime, ingénieur des Chemins de Fer demeurant et domicilié à Digne, commis à cet effet. Le décompte définitif des travaux s’élève à 27 758,00 francs.

 

Bien que la commune soit obligée de prendre en charge le chauffage de l’école, le conseil reconnaissant que les salles de classe ne sont pas suffisamment chauffées durant les mois d’hiver, ce qui est très préjudiciable à la santé des élèves et au progrès de l’école, décide que le bois nécessaire au chauffage sera fourni par les parents, comme cela se faisait autrefois. Il vote un texte comme suit : pour chaque élève, les parents devront fournir trois charges de bois, chaque charge du poids minimum de 100 kilos, une charge avant le 15 décembre, une deuxième avant le 15 janvier et la troisième avant le 15 février. Que toute charge qui n’aurait pas été apportée à la date désignée soit payée en espèce et estimée à 2 francs.

 

Un cours d’adultes est proposé par le conseil le 15 novembre 1896 afin de permettre aux anciens élèves des écoles communales de compléter les premières notions élémentaires qu’ils y ont reçues. Ce cours fonctionnera durant les mois d’hiver et les frais pris en charge par la commune.

 

Tout se passe bien jusqu’en 1924 où l’Inspecteur d’Académie décide la suppression d’une des deux classes. La commune a beau protester et exécuter quelques réparations, la décision est définitive, si bien qu’à partir de 1935, le conseil décide de passer un bail de location des locaux inoccupés. Mais il continue de protester considérant les conséquences néfastes pour toute la population de la suppression d’une classe à l’école primaire et qu’il y a lieu d’en demander le rétablissement dans le plus bref délai possible.

 

En 1939, l’électricité est installée dans le local scolaire et le conseil demande l’ouverture d’un crédit de 600,00 francs. Puis c’est la demande de l’Administration, en 1941, de créer un terrain de sport, mais le terrain choisi est dangereux par la chute de rochers et le conseil regrette beaucoup que la commune n’ait pas un terrain pouvant servir de terrain de sport et d’éducation physique.

 

 

Création du bureau de poste et de la mairie dans le local scolaire, 1947.

 

Des grands travaux sont entrepris cette année 1947. Le 11 mai, le conseil décide la désaffectation de la classe enfantine supprimée pour transformer cet immeuble en bureau de poste et salle de mairie. La salle de mairie actuelle installée dans le logement de l’instituteur sera rendue à ce dernier. La cour de classe supprimée restera en grande partie la propriété de l’école afin qu’il y ait dans une cour le VC (sic) des garçons et dans l’autre celui des filles. La cour sera séparée du bureau de poste et de la mairie par une cloison assez élevée qui permettra à chacun la libre action de ses actes et que chacun soit chez soi. Le devis s’élève à 103 000 francs.

 

 

L’eau pour le ménage

 

Au milieu du XIXe siècle, il apparaît qu’il n’existe aucune fontaine dans le village, les habitants s’approvisionnant à la rivière. Le 30 mai 1886, le conseil municipal donne l’autorisation à quelques habitants de creuser un fossé pour y mettre des tuyaux de conduite d’une source d’eau qu’ils se proposent de conduire vers le haut du village pour l’établissement d’une fontaine.

 

Première adduction d’eau.

 

Ce n’est qu’en 1891 que l’on décide de construire des fontaines publiques dont la commune est totalement dépourvue. Le 5 février 1892, le maire, Antoine Reynaud, propose le plan et le devis dressés le 4 février par Monsieur Prère, architecte, pour les travaux de conduite d’eaux et d’établissement de fontaines publiques au village de Clamensane. Le devis estimatif s’élève à 13 125 francs. La commune dispose de 21 800 francs provenant de la vente de biens communaux. Le conseil approuve. Le 5 octobre le devis définitif se monte à 14 439,30 francs et est également approuvé. Le 27 novembre, le conseil décide l’achat d’une source appartenant à Joseph Placide Burle pour la somme de 100 francs.

 

Contrairement à d’autres communes où le financement des travaux retarde souvent leur réalisation, à Clamensane une suite d’erreurs et de fautes plus graves vont mettre la commune dans l’embarras.

 

D’abord, en 1893, le 29 mai, pendant le cours des travaux, il y a des modifications à apporter. Il est décidé de remplacer les bornes fontaines prévues en pierre de taille par des bornes en fonte et que la canalisation ira arriver au devant de l’église en passant derrière l’école. Puis le 26 novembre, on se rend compte que les travaux sont mal exécutés et l’architecte est mis en demeure de bien les réaliser. Le 11 mars 1894, le conseil décide de modifier encore une fois l’emplacement et le matériau des fontaines : l’eau sera divisée en trois fontaines avec bassins en pierre et borne en fonte et on ne fera pas de lavoir. Un changement de maire, entre temps, a sans doute provoqué ces modifications.

 

Le 25 avril 1895 le conseil fait état des contestations sur les travaux des fontaines qui ne fonctionnent pas. Cette eau a cessé maintes fois de couler par suite de la rupture des tuyaux ou autres faits imputables à l’entrepreneur, Monsieur Savournin. Le conseil décide de procéder au plus tôt à une enquête rigoureuse. En septembre, rien n’est fait, les fontaines ne coulent toujours pas et l’entrepreneur refuse tout travail supplémentaire. Le 25 octobre, le maire, Fidèle Lagarde, met en cause Monsieur Prère, l’architecte, devant le conseil de la Préfecture. Finalement, les réparations seront terminées en 1899 et le 17 septembre, le conseil municipal décide de faire établir un lavoir public sur la place du village, lavoir avec pilier de bois de chêne et couverture en zinc et de couper dans le bois de Briançon six arbres pour la construction.

 

La source de Combe d’Ambresc.

 

Après ces péripéties, une vingtaine d’années se passent sans trop de problème, sinon quelques coupures d’eau suite à la sécheresse. Aussi, le conseil recherche une autre source. Il choisit la source de Combe d’Ambresc située sur la rive gauche de la Sasse et fait procéder, suite à une lettre du Préfet du 7 septembre 1920, à l’examen géologique et à l’analyse chimique et bactériologique de la source que l’on se propose de capter. Elle appartient au sieur Chabot. En 1922, les fontaines ne coulent plus, le projet traîne et la population se trouve privée d’eau et est obligée de s’alimenter à la rivière, les eaux qui par temps de pluie sont troubles et chargées de toutes sortes de détritus.

 

La situation n’arrive pas à se dénouer. Pendant plus de 10 ans les habitants sont privés d’eau potable. Une demande de subvention à l’Etat est envoyée en 1927, que l’on renouvelle l’année suivante. Ce n’est que le 10 janvier 1930 que le conseil municipal apprend que le Préfet a accepté l’emprunt à taux réduit sur les avances de l’Etat pour le projet d’adduction d’eau. Cet emprunt s’élève à la somme de 27 600 francs remboursable sur 25 ans. Le 7 avril un arrêt du Préfet déclare le projet d’adduction d’eau d’utilité publique. Dans le même temps on vend les anciens tuyaux de la conduite des fontaines qui sont en partie arrachés et gaspillés inutilement.  

 

Par l’accord Chabot, la municipalité achète le 8 février 1931 la source Chabot ainsi que le passage de la canalisation pour 5 000 francs. Une nouvelle fois, des difficultés surgissent : considérant qu’au cours des travaux d’adduction d’eau, l’entrepreneur a creusé un fossé pour détourner le cours de la rivière, puis a suspendu les travaux pendant une période assez longue et cet état de choses pourrait causer de graves dégâts et amener ainsi des travaux imprévus que la commune ne peut prendre à sa charge, le conseil demande que l’entrepreneur en soit tenu responsable.

 

L’adduction d’eau est terminée en 1933, mais le 3 août 1934 les fontaines sont détruites par un orage très violent qui prive une troisième fois les habitants d’eau potable. Il faut réparer les fontaines et créer une canalisation aérienne pour la traversée du torrent du Sasse. Les plans sont dressés par Monsieur Marrou, architecte, et l’adjudication des travaux du 10 mai 1936 les attribue à Monsieur Joseph Barbutti. Montant des travaux : 26.828,82 francs. Le 25 janvier 1937, le conseil apprend que l’entrepreneur exige une augmentation de 20 %. Le conseil vote seulement 6 %. Finalement, les travaux s’élèveront à 57.793,60 francs. Dans ce montant n'est pas comprise la construction de trois bornes-fontaines qui va augmenter encore de 28 000 francs la somme initiale.

 

L’eau arrive enfin dans les fontaines, mais elle ne coule toujours pas dans les maisons. Il n’est plus nécessaire de s’approvisionner à la rivière, mais il aura fallu beaucoup de temps pour que ce progrès arrive enfin. Le village commençant à s’étendre au pied du vieux village, il est décidé, en 1945, de mettre l’eau à la pile et de construire une nouvelle fontaine au pied du village.

 

 

L’eau dans les maisons.

 

Dès 1948, la municipalité décide d’établir un plan de financement de distribution d’eau et d’installation d’un réseau d’égouts. Les travaux seront terminés en 1953. En 1955, il faut envisager l’agrandissement du bassin, dit réserve d’eau, situé au sommet du village. Cette dépense exige de porter la redevance annuelle qui était de 300 francs à 1 000 francs. En même temps, la commune contracte un emprunt de 450 000 francs remboursable sur 10 ans pour construire un réservoir d’eau contre l’incendie dont le montant s’élève à 1 500 000 francs. Enfin, en 1968, une extension du réseau d’eau potable exige encore une dépense de 180 000 francs.

 

 

Synthèse et perspectives

 

L’histoire du peuplement du territoire de Clamensane suit le même processus observé dans les autres communes, mais les données fournies par les textes et l’archéologie enrichissent ou occultent certaines périodes. C’est ainsi que l’Antiquité se révèle par cette frontière entre Rome et les peuples des Alpes. Le site de Saint-Amand, relié aux deux posterles du Caire et de Faucon, prend une autre dimension. Par contre, nous n’avons aucun renseignement sur le haut Moyen Age et nous n’avons que supposée la création d’une paroisse au début de l‘an Mil sur le site de Notre-Dame d’Alamond. La création du castrum paraît bien avérée ainsi que le déperchement qui s’en est suivi. Ici encore, les lieux de culte restent les marqueurs de l’habitat.

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[1] Affouagements de 1698, 1728 et 1744, AD AHP C 41,44 et 26.

[2] Extraits des délibérations du conseil municipal, archives communales de la mairie.

[3] Archives communales de la mairie. Les noms propres ont été transcrits tel que le cadastre les livre.

[4] Hormis les seigneurs, la société de l’Ancien Régime dans le milieu rural était composée de trois classes. Le propriétaire qui fait travailler son bien par des travailleurs, le ménager dont le travail et les biens suffisent à son « ménage », le travailleur qui loue son travail au propriétaire tout en étant également maître de quelques terres mais pas en suffisance pour être qualifié de ménager. Il faut y ajouter quelques artisans, en nombre plus ou moins important selon l’importance de la population.

[5] COLOMB, abbé, Notice sur la commune de Clamensane, manuscrit de 1861 conservé à la mairie.

[6] Cadastre de 1734, f° 34 et 90, archives de la mairie.

[7] Se reporter à la monographie de ces deux communes.

[8] Op. cité, f° 89.

[9] BENOIT Fernand, Recueil des actes des comtes de Provence appartenant à la maison de Barcelone, Monaco-Paris, 1925, p. 35. Acte de 1237.

[10] Série G des archives départementales de HA :

- 1581 6 juin (G 848). Collation du prieuré de ND d’Espinasse et de St-Martin du lieu de Clamensane, vacant par décès de Claude Guiraud, à Jaques Millau, clerc du diocèse de Carpentras. Les biens du prieuré consistant en 5 terres couvrant 6 hectares seront mises aux enchères le 4 janvier 1791 et acquis le 14 janvier par le curé de Clamensane, Jean-Baptiste Meffren (AD HAP 1 Q 40).

- 1721 19 novembre (G 873). Collation du prieuré de Clamensane, vacant par décès de Claude de Bérard, à Anne-François de l’Etouf de Pradine, clerc du diocèse de Lyon , estudiant au collège royal de Dombes à Thoyssy, par Jean Aimé, chanoine de Sisteron, vicaire général de l’abbé de l’Ile Barbe.

- 1739 16 juillet (G 875). Collation du prieuré de Clamensane, vacant par décès d’Anne-François de l’Etouf de Pradine, clerc du diocèse de Lyon, à Claude Marie Gaudin, clerc de Lyon, par Jean Jean, chanoine de St-Marcel de Paris, procureur d’Antoine de Thélis de Valorge, abbé de l’Ile Barbe.

- 1771 8 septembre (G 880). Collation du prieuré de Clamensane dépendant de l’Ile Barbe.

[11] Notice de l’abbé Colomb et G 876. 1747 7 décembre. Collation de la chapelle Notre Dame de l’Espinouse, fondée à Clamensane par Honoré Burle, prêtre, à Louis Julien, curé de Thoard.

[12] AD HA G 779, f° 539 et 784, f° 147.

[13] AD HA G 786, f° 163 et ss.

[14] AD HA G 1099 (Etat des paroisses) et G 789 f° 22 (visite pastorale).

[15] AD AHP 10127. Féraud et Collier avancent la date de 1831 d’après celle gravée sur la petite porte.

[16] MICHEL D’ANNOVILLE Nicole, Etude documentaire de la chapelle Saint-Amand, SRA, Aix, 1999.

[17] Au sud de la posterle du Caire et des Quatre Bornes, au Col de la Basse est cité le toponyme la Gardette confrontant la terre de Bayons par le cadastre de 1734, f° 215.

[18] BARRUOL Guy, Les peuples préromains du sud-est de la Gaule, Paris, 1975, p. 117.

 

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