Daniel Thiery

Astoin Bassin Turriers

 

A S T O I N

 

 

Astoin Titre

 

 

 

 

Le terroir

 

 

 

Situation géographique

 

 

La commune d’Astoin s’étendait, avant son rattachement à Bayons en 1973, sur 1 111 hectares. Comprise dans le bassin de Turriers, elle est située au sud du chef-lieu, au plus haut du cirque à partir de 1 100 mètres d’altitude. Toutes les descriptions s’accordent pour reconnaître que sa situation est désavantageuse. C’est ce que relatent les affouagements de 1698, 1728 et de 1775 [1]. Le terroir est fort ingrat en produisant quelques grains et qu’il n’est que collines et rochers fort penchant puisqu’à peine les gens à pied peuvent y passer (1728). Il est d’environ trois lieues de circonférence, la plus grande partie en montagnes et collines, très peu de petits pins, quelques chesnes blancs, fayards et arbustes. Partie en terres fort penchantes et peu de vallons (1775). L’abbé Féraud, au XIXe siècle, fait le même constat : ce lieu est resseré, d’abord entre deux vallons, et ensuite entre quatre montagnes qui le dominent en tout sens. Le climat y est froid et sain.

 

Quant au village, les maisons y sont rustiques, couvertes de paille (1728). Les habitants n’ont aucune fontaine pour y prendre de l’eau pour boire ni pour abreuver leurs bestiaux, la plus proche estant demie lieue loing ni pouvant aller qu’avec peine, ce qui cause la mort de plusieurs de leurs bestiaux et des maladies aux habitants (1698). Le lieu est scitué sur une petite élévation entre deux vallons fort serrés, qu’il n’y a point de fontaine publique mais seulement une source distante du lieu d’environ deux cent cannes (400 m) assez pénible. Les maisons sont en très mauvais état, les rues ne sont point pavées, l’habitation est peu commode. Les habitants sont obligés d’aller faire moudre leurs grains aux moulins de Bayons distants d’une lieue. Il y a dans le lieu trois tisseurs à toile et un cardeur à laine qui ne travaillent qu’une partie de l’année. Le nombre des maisons habitées dans le lieu est de dix, une inhabitée. Il y a trois hameaux composant neuf maisons et un cazal, deux bastides habitées (1775).

 

Le seul intérêt du terroir consiste dans la richesse de ses gisements de gypse, mais comme le reconnaît l’abbé Féraud, il ne sert aux habitants que pour leurs maisons et les carrières, situées dans le vallon d’Aigue-bonne, sur la montagne de Serre-blanc et celle du Soleil, ne sont point exploitées. Ce plâtre est d’ailleurs un inconvénient puisqu’il pollue les eaux pour le ménage. Le nom du Ravin de l’eau amère lui doit son appellation. La commune de Bayons s’en plaint également, elle qui reçoit les eaux provenant des montagnes d’Astoin par le ravin de la Clastre.

 

Les productions

 

Le sol est ingrat, le terroir est sec et aride, le terroir est fort ingrat sont les qualificatifs employés par les affouagements. Le sol produit du bled, seigle, avoine, chanvre, légumes, très peu de fourrage. Il y a une petite source qui arrose un seul jardin. Le terroir est coupé par des eissariades immenses (pentes abruptes et pierreuses) et par plusieurs ravins qui lors des pluyes entraînent les terres cultivées (1775). Le seigneur possède les meilleures terres, les terres et prés dans les vallons proches du village, de la meilleure qualité. Il détient, outre le château seigneurial, une bastide au quartier des Goutières avec des terres de seconde qualité. Egalement une montagne gazonnée dite le Coquillon, de mauvaise qualité. La communauté possède seulement une bastide et des terres de mauvaise qualité au quartier de Bauchière.

 

Le terroir est de si mauvaise qualité que Astoin n’est affouagé que pour un demi-feu en 1698, soit pour 10 660 livres, c’est-à-dire un taux de 9,59 livres à l’hectare, alors que la moyenne des 24 communes s’élève à 33,84 livres à l’hectare. Turriers et Bellaffaire sont respectivement taxés pour 78 et 64 livres à l’hectare. Le taux maximum est relevé à Thèze avec 102,52 livres à l’hectare. Le revenu des habitants va encore baisser au cours du XVIIIe siècle puisque Achard en 1784 constate que la commune n’est plus affouagée que pour un quart de feu.

 

Le cheptel, comme les productions agricoles, est peu conséquent. En 1784, il y a 3 mulets, 20 bourriques, 18 bœufs, 300 brebis, moutons ou chèvres, un cochon. Pendant l’été, on décompte 600 moutons, le terroir pouvant nourrir 300 bêtes étrangères, ce qui permet à la communauté de percevoir un revenu, mais peu important pour un si petit nombre de têtes de bétail.

 

La population

 

Avec un terroir si difficile, la population ne fut jamais très nombreuse, mais il y eut toujours quelques familles à s’enraciner sur cette maigre terre. Elle connut son apogée au cours du XVIIIe siècle. L’affouagement de 1698 dénombre 12 chefs de famille dans 12 maisons. Celui de 1728 en recense 16, puis 21 en 1775. Le Moyen Age connut un taux peu élevé, contrairement aux autres communes, avec 140 habitants. La peste ne laisse plus que 30 habitants, soit 6 familles, à la limite que la communauté ne soit déclarée inhabitée. Le milieu du XIXe siècle, qui pour la majorité des communes de Provence est la période la plus faste, est le contraire pour Astoin. Elle chute de 55 % avec seulement 121 habitants. Cette chute spectaculaire ne pourra être enrayée et il faudra rattacher la commune à celle de Bayons en 1974.

 

Population Astoin

 

 

Historique du peuplement

 

Il est aisé de comprendre que le terroir n’a guère attiré les colonisateurs. On ne trouve aucune trace d’occupation antique ni durant le haut Moyen Age. Il ne semble pas également avoir été vitalisé par la reconquête des moines au cours des XIe et XIIe siècles [2]. Astoin n’apparaît qu’au XIIIe siècle sur la liste des castra donnés en douaire à Béatrice de Savoie par Raymond Bérenger V en 1244. Et encore il semble lié à celui de Turriers dont le seigneur est Raimbaud fils de Guillaume de Turriers. Les deux castra sont cités ensemble. Lors de l’hommage au roi Robert rendu par les nobles du baillage de Sisteron en 1309, Guillaume Agnel, au nom de Delphine de Turriers, rend hommage pour le castrum de Turriers et une partie d’Astoin. D’autres seigneurs en possèdent d’autres portions comme Guillaume et Pierre Ayrol et Honorat de la Motte.

 

Le château et le premier village n’étaient pas à l’emplacement du village actuel mais 500 mètres au nord-est sur la colline que la carte de Cassini nomme la Sime de Vière, l’habitat s’étageant dans la pente. On en remarque encore les infrastructures. Il est probable que le déplacement de l’habitat s’est effectué au cours du XIVe siècle avec le phénomène du sous-perchement déjà remarqué à Piégut et à Venterol. L’église actuelle a dû être édifiée par la suite en remplacement d’une première dans l’ancien village. Elle n’est pas orientée et l’abbé Albert reconnaît qu’elle ressemble à une petite chapelle. Suite à la peste, la paroisse a été transférée à Bayons.

 

Ce n’est qu’à partir du renouveau de la population à partir des XVIe et XVIIe siècles qu’elle a retrouvé sa fonction paroissiale et peut-être avoir été édifiée. Les visites pastorales de l’Ancien Régime étant absentes, nous ne pouvons que le conjecturer. Elle est dédiée à Sainte-Anne dont la fête se célèbre avec peu d’éclat, le Dimanche qui suit le 26 de juillet, relate Achard. Elle est ornée d’un tableau représentant sainte Anne et Marie enfant daté de 1842 signé MEGE. Le clocher mur qui se trouvait collé à la façade avait été reconstruit en 1869 par la municipalité. Il fut démoli à cause de ruine imminente et remplacé par un clocher a deux arcades ancré sur le toit.

 

Synthèse et perspective

 

Astoin fut un lieu retiré où quelques familles surent tirer partie de leur terroir malgré ses désavantages. On peut, à la suite d’Achard, dire que l’unique occupation de ces bonnes gens est la culture des terres, ou la nourriture des bestiaux. Aucun fait marquant n’apparaît, mais derrière cette opacité transparaît la ténacité des hommes à s’enraciner dans leur terre. Il faut souligner le sous-perchement opéré au XIVe siècle, phénomène souvent difficile à détecter et rarement signalé par les historiens. Il resterait à prospecter la Cime de Vière et relever ce qui peut encore apparaître de l’ancien château et village.

 

Bibliographie

 

Nous donnons en intégralité les deux textes d’Achard et de Féraud, seules descriptions avec les affouagements de ce que fut Astoin dans le passé.

 

Achard 1788 : 

« Astoing, en provençal Astouin, en latin Astoinum ou castrum d’Astoini, au diocèse d’Embrun, dans la Viguerie de Sisteron. Cette paroisse qui n’est comprise dans l’affouagement de la Viguerie que pour un quart de feu, est à six lieues de Sisteron, et à trois de Tallard. L’église paroissiale, desservie par un seul Curé à la nomination de l’archevêque diocésain, est sous le titre de Ste Anne, dont la fête se célèbre avec peu d’éclat, le Dimanche qui suit le 26 de juillet. Les habitans de ce village sont au nombre de vingt-quatre à vingt-cinq, ce qui peut former une communauté de cent quarante personnes de tout âge. L’unique occupation de ces bonnes gens est la culture des terres, ou la nourriture des bestiaux. Le climat est froid et sain à Astoing. Cette paroisse est située dans un pays de montagne aux confins du Dauphiné, dont elle est séparée par le col S. Martin. Son territoire, dans lequel naissent plusieurs torrens, qui forment la rivière de Sasse, est située entre ceux de Turriers et de Bayons ».

 

Féraud J.J.M. Les Alpes de Haute-Provence. Géographie historique et biographique du département des Basses-Alpes, 1844, p. 468-469 :

« Astoin, en latin Astoinum, est situé au pied d’une montagne, à 6 kil. S. de Turriers, à 42 N.E. de Sisteron et à 69 N.O. de Digne. L’étymologie d’Astoin vient du latin astringere, à cause que ce lieu est resserré, d’abord entre des vallons, et ensuite entre quatre montagnes qui le dominent en tout sens. Le climat y est froid et sain ; le sol ne donne que des récoltes médiocres. L’unique occupation des habitants est la culture de la terre et la nourriture des bestiaux. Les divers torrents qui naissent dans ce territoire forment, par leur affluence, la petite rivière de la Sasse, qui traverse les cantons de Turriers et de La Motte. Le territoire d’Astoin est extrêmement riche en gypse. Le village est bâti lui-même sur une colline de cette substance qui fournit à peu de frais aux habitants le plâtre dont ils ont besoin ; pour cette raison, ils négligent plusieurs autres carrières qui se trouvent : 1° dans le vallon d’Aigue-bonne, et, en suivant ce vallon, sur la montage de Serre-blanc ; 2° dans le vallon de la Sagné, qui conduit au col de Turriers ; 3° enfin sur montagne du Soleil.

 

La commune d’Astoin comprend une population de 140 âmes ; il y a, outre le village, les deux hameaux des Gautières et des Mourres. Elle forme une paroisse desservie par un curé.

 

L’église paroissiale, sous le titre de Ste.-Anne qui est la patronne du lieu, ne date que du commencement du dix-huitième siècle ; ce fut à la même époque que la paroisse fut érigée, car auparavant elle était réunie à celle de Bayons. - Il y a un grenier de réserve et une école primaire ».

 

Ce texte présente quelques affirmations à corriger. Le nom d’Astoin ne vient pas du latin, mais est issu d’un nom d’homme germanique *Anst-win. La paroisse ne fut pas érigée au XVIIIe siècle, elle existait déjà au XIVe siècle. Une ecclesie de Astuyno est citée en 1351 et un capellanus de Austuyono la dessert en 1376. Un capellanus de Stiveno est encore cité en 1382-1383 (RACP). La rivière Sasse n’est pas formée par les ravins venant d’Astoin, seul celui de la Clastre vient lui apporter ses eaux.

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[1] AD AHP C 41 et 19, 44 et 23, 26.

[2] Cependant un P. de Austeu est cité comme témoin dans un acte du cartulaire de Saint-Victor en 1183 (CSV, n° 991, T. II, p. 443).

 

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