Daniel Thiery

Curbans Durance

 

C U R B A N S

 

 Curbans Titre

 

Le terroir

 

Situation géographique

 

Sur la rive gauche de la Durance la commune de Curbans est limitrophe au sud avec celle de Claret et au nord avec celle de Venterol. D’une superficie de 1888 hectares, le premier plateau s’étageant au-dessus de la Durance est restreint par rapport aux autres communes. Les abords du fleuve étaient autrefois, avant sa domestication, inaptes à l’agriculture. Les collines s’étagent très vite pour devenir des montagnes aux altitudes élevées, le sommet de Serre Brouchon culminant à 1476 mètres. Plusieurs cols (du Buissonnet, du Fau et de Blaux) permettaient d’accéder au Grand Vallon dans les villages de Faucon et du Caire. L’affouagement de 1698 évoque brièvement l’état du terroir : le terroir est presque tout penchant et la plaine est très endommagée par les torrents et par la rivière de Durance [1]. Le terrain le plus aisé est situé entre Le Rousset et le village. Nous n’avons pas la description de l’affouagement de 1775, feuillets perdus sans doute.

 

 

Les productions

 

Ici aussi, les données antérieures au XIXe siècle sont rares et succinctes. On y cultive principalement le blé. La vigne fournit le nécessaire aux habitants et les jardins des légumes. L’élevage des ovins occupe les habitants des montagnes. Voici la statistique agricole relevée en 1836 [2] :

 

1836

Froment

Méteil

Seigle

Orge

Avoine

P. terre

Lég sec

Vigne

Jardin

Total

Hectare

100

4

6

4

3

1

1

3

0,5

122,5

 

On constate que seulement 6% du territoire est cultivé, le reste étant trop montagneux et pentu comme constaté en 1698. Il en est de même pour l’élevage qui n’est guère florissant comparé aux autres communes.

 

1836

Bœuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Porc

Chèvre

Mulet

Ane

Total

 

30

15

400

100

80

80

80

90

15

890

 

Une industrie minière fut développée au cours du XVIIIe siècle. Elle est rapportée en 1844 par l’abbé Féraud : on trouve au pied de la montagne appelée Aujarde ou Pied-Gros, et tout près du hameau de la Curnerie, une mine de plomb sulfuré distribuée en filons, dont le principal a soixante centimètres d’épaisseur. Cette mine est connue depuis plus d’un siècle ; elle fut concédée en 1718, en 1770, enfin en 1785. Une fonderie fut établie au milieu des forêts considérables qui couvraient le pays. Elle se composait d’un four à manche et d’un petit four écossais auxquels on avait joint un bocard et une laverie. C’est là qu’on apportait tous les minéraux du lieu et du voisinage, trop pauvres pour être comme alkifoux ; on les traitait pour plomb seulement, parce que les essais avaient prouvé que leur teneur en argent était extrêmement faible. Les exploitations et l’établissement métallurgique ont été abandonnés en 1793, au milieu des orages de la révolution. On trouve également, au pied de la montagne d’Aujarde, à dix minutes de la carrière de plomb, deux carrières de gypse associé à des couches de grès fins, de grès schisteux et d’autres matières. Ces deux carrières sont exploitées par les habitants de Curban, qui en tirent le plâtre nécessaire à leur usage ; ils en transportaient aussi à Urtis, où on l’emploie comme engrais.

 

Cette assertion du plâtre comme engrais pourra surprendre mais le procédé était connu depuis 1765, inventé par un pasteur suisse de Kupferzel nommé Meyer. Le plâtre cru, extrait des carrières est composé de chaux, d’acide sulfurique et d’eau. La chaux et l’acide sulfurique forment un sulfate anhydre. On le répand en semis sur une végétation déjà levée, principalement sur les légumineuses, trèfle, luzerne, sainfoin. On le mêle également au fumier. La végétation est sensiblement plus abondante avec ce traitement quand le terrain a été gyspé.

 

 

La population

 

Vu l’état du terroir, la population est essentiellement concentrée aux abords de la Durance, dans le village et dans des petits hameaux et fermes concentrés dans la partie sud, à la Curnerie, au Pin, au Rousset. En montagne, seuls les quartiers du Vilar abritent quelques familles, ainsi qu’au Col de Blaux où sont recensés 62 habitants en 1880. C’est le seul endroit en montagne où seront élevées une église succursale et une école temporaire qui sera fermée en 1912.

 

La population de Curbans n’a pas connu, contrairement aux autres communes, de très grandes variations jusqu’au XIXe siècle. Elle ne perd que 50 % de ses habitants lors de la peste et atteint son maximum en 1851 dépassant de 100 unités le chiffre de 1315. C’est durant le XXe siècle qu’elle connaît son étiage le plus bas. Sa progression est également spectaculaire depuis les années 1980, la construction du barrage EDF en 1975 lui procurant de grands avantages.

 

Population Curbans

  

Historique du peuplement

 

Pour Curbans les sources font cruellement défaut. Il en existe cependant mais succinctes et fragmentaires et il n’est pas facile de démêler les différentes étapes du peuplement. On ne peut les appréhender qu’avec précaution ayant en mémoire le schéma général exposé tout au long de nos enquêtes.

 

L’Antiquité

 

La période antique, comme l’indique la Carte Archéologique de la Gaule, n’a livré aucune découverte archéologique [3]. Cela est dû principalement au défaut d’investigation et de prospections. Le territoire fut certainement colonisé comme tous les autres du bord de Durance, traversé par la voie antique et tout proche de la station d’Alabons de Claret-Monêtier. Les sites les plus favorables comme Le Rousset, Le Pin, La Curnerie et Curbans le Bas furent sans doute investis dès cette époque. Les carrières de plomb et de gypse, les bois de charpente et les produits du sol n’échappèrent sans doute pas aux gallo-romains qui savaient mettre en valeur les richesses de chaque territoire.

 

Le Moyen Age

 

Ici aussi, les textes sont rares. Un Attanulfus de Curbano est cité comme témoin dans une charte du cartulaire de Saint-Victor de 1193 [4]. Il s’agit de la première mention de Curbans. Le castrum de Curban est cité aux alentours de 1200. Il s’agit du village perché et fortifié autour du château. Mais l’église paroissiale et le cimetière sont au pied de la colline du village, au bord de la voie, sur la première terrasse de la Durance. Eglise et cimetière sont les témoins du premier habitat, en milieu ouvert, avant le perchement et l’enchâtellement. Ils sont les seuls indices de la première communauté des Xe et XIe siècles.

 

L’église Saint-Pierre

 

Baie géminée CurbansCet édifice, classé Monument Historique le 27 mai 1975, a fait l’objet de deux descriptions [5]. Jacques THIRION remarque que la faible épaisseur des murs (0,98 m) devait supporter à l’origine une simple charpente. Une voûte lui a succédé au cours du Moyen Age, rebâtie ensuite au XVIIe siècle après les guerres de Religion. Il y eut de nombreux remaniements, principalement dans les ouvertures. Ce quiAutel Curbans subsiste de l’édifice primitif sont les caractéristiques principales des églises du XIe siècle : orientation vers l’est, nef divisée en quatre travées, avec des arcs-doubleaux reposant sur des pilastres, abside en cul-de-four plus étroite et plus basse que la nef, séparée par un grand arc triomphal. La façade présente une baie magnifique : sous un arc à ressaut en plein cintre, elle abrite deux petites arcades jumelles qui retombent sur une courte colonnette par l’intermédiaire d’un tailloir débordant et d’un chapiteau de forme tronconique, sculpté de feuillage (J. Thirion qui compare ce type de baie à celles de Saint-Martin de Volonne et de Mallefougasse). Des guides touristiques avancent que ce chapiteau est d’origine carolingienne, ce qui est tout à improbable. Jacques Thirion conclut que l’édifice ne peut remonter au-delà du XIIe siècle. Raymond Collier le situe dans la liste assez longue des églises qui perpétuent le XIe siècle.

 

Pour notre part, nous estimons que si l’église dans son ensemble date du XIIe siècle, elle a pu recouvrir un édifice plus ancien. Le fait qu’il ait d’abord été couvert par une charpente indique les Xe-XIe siècle, la voûte ne devenant systématique qu’à partir du XIIe siècle. D’autre part, le mur sud présente à la base un appareil de galets disposés en lits qui renvoie également au premier âge roman. Aujourd’hui, l’église ne possède aucun ameublement. Il ne reste qu’un très bel autel en pierre monolithe d’époque romane (1,47 x 0,77 avec chanfrein sur 3 côtés. Croix de consécration au centre et 4 autres à chaque angle). Des fresques de style médiéval couvrent les murs, exécutées par Bertrand Bahuzet en 1995-1996. 26 scènes représentent des scènes de l’évangile où figure saint Pierre couvrent 250 m².

 

 

 

Le prieuré de Notre-Dame du Pin

 

Ici encore, les données concernant l’origine du prieuré de Notre-Dame du Pin sont confuses et nous n’avons pas réussi à en tirer des certitudes. S’il n’y pas de doute sur son appartenance à l’ordre de Saint-Jérôme à partir du XIVe siècle, à l’origine, il aurait été créé par les bénédictins de l’Ile Barbe de Lyon puis serait passé dans les mains de l’abbaye de Psamoldy dans le Gard. C’est ce qu’indiquent certains auteurs [6]. L’un d’eux ne signale pas l’Ile Barbe, mais reconnaît que l’abbaye de Psamody le détenait depuis 1230 [7].

 

L’ordre des Hiéronymites ou Frères ermites de Saint-Jérôme fut fondé en 1372 en Espagne. Leur unique prieuré en France fut celui de Curbans établi en 1396 par une bulle de Benoît XIII. L’ermitage était à l’écart, au fond et en haut de la gorge étroite du torrent de l’Usclaye au pied de la montagne de Malaup. Les ermites y avaient construit des cellules, une chapelle et un cimetière réservé à leur usage. Les cartes IGN modernes signalent le lieu-dit St Jérôme à l’altitude de 1165 m. L’endroit sauvage et désertique était favorable à la solitude érémitique mais impropre à toute culture. Aussi, il leur fut attribué le domaine du Pin pour subvenir à leurs besoins. Ils assuraient en contrepartie le service religieux de l’église du Pin. Le domaine consistait en l’église, en deux maisons, une grange, régale, terre appelée la Condamine, pré, vigne, jardins, le tout joint ensemble. Les terres contenaient 30 fossoirées et 8 sétérées de pré et 15 de vignes, francs de taille [8]. Des litiges sur les limites de ces terres avec celles de l’évêque de Gap et du curé de Curbans firent l’objet d’une procédure le 5 avril 1514 et d’une limitation avec plantation de bornes effectuée le 10 juillet 1528 [9]. Un cimetière était joint à l’église, cité lors de la vente des biens nationaux [10]. Ce statut d’église se remarque encore aujourd’hui dans la chapelle actuelle avec un baptistère encore en place et en état.

 

 

Le village, le château, l’église paroissiale

 

C’est dans le courant du XIIe siècle que l’habitat se perche sur la colline dominant de 50 m le premier plateau bordant la Durance. Une petite crête allongée orientée nord-sud en forme le sommet sur lequel a été bâtie l’église paroissiale dédiée à l’Assomption de Notre Dame. C’est cette orientation qu’elle a dû épouser (40°) ne pouvant, faute de place, prendre une orientation est-ouest. Le château s’est établi immédiatement en dessous, avec quelques maisons. Plusieurs éléments du rempart sont encore visibles. D’autres maisons se sont établies sous le rempart dans une forte pente.

 

Les premiers seigneurs connus de Curbans étaient les d’Agoult. Ils apparaissent au début du XIe siècle tirant leur nom d’une terre située dans le diocèse de Cavaillon. Par mariage, ils s’allient entre autres aux familles des Pontevès et des Simiane, toutes deux situées en Haute Provence. Le premier du nom connu est Rostaing dont le fils Rambaud épouse vers 1080 Sancie, dame de Simiane. Le premier fils est Guillaume, célèbre troubadour mort en 1181. Le second, Raymond, mariée à Isoarde, donnera naissance à Bertrand qui sera à l’origine de la famille de la branche de Curbans [11]. Vers 1250, Amielh d’Agoult, seigneur de Curbans, épouse Adélaïde de Mévouillon. Dite dame de Curban après la mort de son mari, c’est sur sa demande que Gérarde de Sabran, abbesse du couvent de Sainte-Claire d’Avignon, vient fonder à Sisteron le couvent des Clarisses en 1285 [12]. Nous avons rencontré cette abbaye dans la monographie de Valernes avec les prieurés de Saint-Didier et de Saint-Marcellin.

 

L’église paroissiale devait à l’origine ne posséder qu’une seule nef. Elle est caractéristique du deuxième art roman, nef divisée en trois travées, voûtée en berceau plein cintre, avec des arcs-doubleaux reposant sur des pilastres. La voûte repose sur une corniche en quart-de-rond soulignée par une arête. Le choeur, à chevet plat, est également voûté en berceau, plus bas et plus étroit que la nef. Pour R. COLLIER, ces indices architecturaux indiquent le XIIIe siècle, mais évoquent peut-être un pastiche postérieur [13]. Nous émettons un doute sur cette dernière assertion, estimant que l’édifice correspond tout à fait à cette période architecturale, bâti au moment où s’est créé le village perché. L’état actuel de la nef et du chœur ne rend pas compte de cette architecture, défigurée par une tribune, une garniture de lambris, les peintures et la cloison fermant la nef latérale. Celle-ci fut certainement construite au cours du XVIIIe siècle, elle est signalée en 1759, alors qu’elle ne figure pas en 1687 [14]. Elle était consacrée à Notre-Dame du Rosaire.

 

 

Le château du Rousset

 

Il y a un seigneur au Rousset constate l’affouagement de 1698. La maison de Bermond est connue depuis le XIIe siècle. Elle est dame de la Baume, de Claret, du Rousset, de Vaulx et de Saint-Martin [15]. On lui donne pour chef Laugerius Bermundus qui serait venu s’établir à Sisteron, après que son frère Bermundus de Andusia, chanoine de Maguelone, eut été élu évêque de Sisteron. Ce Bermond d’Anduze fut évêque de Sisteron de 1169 à 1174.

 

Seul Raymond COLLIER donne une description du château : le château du Rousset, isolé, servant de ferme actuellement, est une bâtisse rectangulaire, assez élégante, de deux étages, chacun à six fenêtres, également rectangulaires. Porte à encadrement d’art toscan et à fronton rectiligne. A l’intérieur, motifs en gypserie, rampe en ferronnerie. Peut être situé entre 1770-1780. Un mur de soutènement du jardin et une tour ronde, tronquée, d’angle, peuvent être les restes du château précédent (XVIIIe siècle). Il signale également qu’au-dessus du château du Rousset, il existerait encore des vestiges d’une tour de guet commandant deux vallées ; un souterrain la réunirait au château [16]. Cette tour pourrait correspondre au castrum de Rosseto cité par le cartulaire de Saint-Victor vers 1055 lors d’une donation faite par le seigneur du lieu Stéphane Roussin et sa femme Marie. Il était lié à Pierre de Roset [17]. Le château du Rousset n’est pas cité au XIIIe siècle, il apparaît seulement sur la liste qu’en donne Antonius Arena en 1537, Rosset de Cestarum [18].

 

 

La période moderne et contemporaine

 

Les structures et découpages issus du Moyen Age vont perdurer durant la période contemporaine avec quelques changements de propriétaires. Le village reste groupé autour du château et de l’église paroissiale. Une partie de la population réside cependant à l’extérieur. Le château du Rousset et son domaine, principalement celui de la Condamine, regroupent quelques familles de fermiers. Le hameau de la Curnerie et les fermes voisines sont desservis par l’église du Pin dont le service est assuré par les moines de Saint-Jérôme. Le Pin, le Rousset et la Curnerie comptent 110 habitants en 1880 [19]. Les bénéfices du prieuré du Pin vont être attribués par une ordonnance de l’évêque de Gap du 12 septembre 1608 à l’entretien du séminaire diocésain, puis seront affectés au collège des Jésuites d’Embrun [20].

 

Existent alors le seigneur de Curbans, d’abord avec les Agoult, puis les Pontis au XVIIe siècle et les Burle au XVIIIe siècle. Il possède le château et des terres. L’évêque de Gap est décimateur et possède 14 charges de terre en semence et 30 fossoirées de vignes. Perdure également le domaine du Rousset et celui du prieuré du Pin. On connaît mieux l’étendue du domaine de ce dernier lors de la vente de ses biens effectués le 14 prairial de l’An II. Il consiste en une chapelle, cimetière, basse-cour, aire, jardin, pré, chenevier, terre labour, herme et vigne, tous joints ensemble de 57 009 cannes, plus une terre labour au Pred Claux de 16 795 cannes, soit un total de 73.804 représentants presque 30 hectares. L’ensemble est estimé 21 500 livres. Au deuxième feu de la deuxième enchère Jean Dechaux acquiert le tout pour 50 100 livres [21].

 

 

Le hameau du Col de Blaux

 

Un hameau prend progressivement de l’importance, celui du Col de Blaux. A tel point que le 6 novembre 1716 est passé une convention par devant Me Hodoul notaire de La Motte du Caire, d’après laquelle les habitants du Col de Blaux, hameau de Curbans, s’engagent à entretenir à perpétuité une chapelle fondée audit lieu sous le titre de saint Joseph et de saint François [22]. En 1880 il y a 62 habitants avec 4 garçons et 7 filles qui sont enseignés dans une école temporaire. Elle sera fermée en 1912. La chapelle menace déjà ruine en 1857 et l’évêque demande que les habitants auront à faire les réparations projetées sous peine d’interdit avant le 1er juin 1858. Rien n’ayant été fait, le 14 septembre 1867 l’évêque la déclare interdite d’ici le mois de juin [23]. Les ruines subsistantes des maisons et de la chapelle ont été entièrement rasées en 1997.

 

 

Les guerres de Religion

 

Comme partout ailleurs, les guerres de Religion vont causer beaucoup de destructions aux habitations et aux lieux de culte. Curbans est occupé par les Protestants pendant quatre ans de 1568 à 1572 où ils en sont délogés après un long siège. Puis Féraud rapporte qu’en 1588 Curban fut le théâtre d’un combat acharné entre les troupes de Lesdiguières et celles du duc de La Valette. Le gouverneur de Gap, Saint-Julien, obligé de sortir de cette ville, venait avec ses gendarmes se joindre à La Valette, dans le lieu de Curban, lorsque Lesdiguières les attaqua à l’improviste et leur enleva chevaux et bagages [24]. Une partie de la population s’engagea dans l’hérésie protestante. En 1707, l’évêché de Gap dénombre encore trois familles protestantes, celle du seigneur dudit lieu, celle de Mlle Matheron et celle du sieur Tortel. Tous les nouveaux convertis susdits font leur devoir [25]. Sont dénombrés 300 communiants.

 

 

L’église Saint-Pierre

 

L’église du cimetière est dite ruinée en 1599 et en 1641 elle est toute ouverte, sans aucunes portes, n’y a point de toit, le clocher est en bon estat sans cloches. Des réparations sont effectuées comme rapporté en 1687, le cimetière est écarté de ladite église et proche de l’ancienne, bâtie de nouveau au bas du village qui est sous le titre de saint Pierre aux Liens, non encore voûtée mais dont on a donné le prix fait. Elle sert aux Pénitents Blancs qui y pratiquent leurs exercices comme relaté en 1759, nous sommes entrés dans l’église qui se trouve au milieu du cimetière et qui étoit autrefois l’église paroissiale dans laquelle les Pénitents Blancs, sous le titre du Saint Sacrement, s’assemblent pour leurs exercices, que nous avons trouvé assez décemment ornée [26]. 

 

 

L’église paroissiale

 

En haut du village, elle est réparée au cours du XVIIe siècle. En 1687, l’église paroissiale, sous le titre de l’Assomption de Notre-Dame, est couverte de tuilles, bien pavée, voûtée. L’autel est orné d’un tableau passable. Il y a un balustre de bois de noier séparant le presbytère (chœur) d’avec la nef. Deux bonnes cloches. En 1759, l’église est sous le titre de l’Assomption de la Vierge. L’autel du Rosaire qui est placé dans la petite nef du côté de l’épître est décent et assez bien orné. Le pavé de l’église doit être repris en plusieurs endroits. La voûte de la nef latérale a été gâtée par les gouttières qui se trouvent au couvert et a besoin d’être recrépie et blanchie. On remarque que l’église paroissiale est dédiée à Notre-Dame de l’Assomption. Au XIXe siècle, Féraud la signale sous le titre de Saint-Pierre, titulature qu’elle a conservée depuis. Encore une église qui, après bien d’autres, reprend la titulature de l’église primitive.

 

 

Le prieuré de Notre-Dame du Pin

 

Au Pin, l’édifice est resté en bon état. Il est qualifié d’église en 1618 et 1641, puis d’église ou chapelle en 1687. En 1758, ce n’est plus qu’une chapelle qui est dans un état fort délabré, dépourvue d’ornements et de linges et la dite chapelle a toujours servi aux habitants du hameau de Rousset qui n’en est pas éloigné pour y entendre les messes les festes et dimanches et qu’à cet effet le collège des Jésuites d’Embrun auquel est uni le prieuré du Pin donnent une somme de 75 livres par année pour faire ledit service. Supprimée comme succursale le 30 septembre 1807, elle fut rétablie le 7 août 1847 [27]. Curieusement les visites pastorales de la fin du XIXe siècle n’en parlent pas, mais son parfait état actuel indique qu’elle fit l’objet de réparations et d’entretien. Elle est dédiée à l’Immaculée Conception dont la fête se célèbre le 8 décembre. Une peinture représentant la Vierge, par le procédé du batik, orne le chevet, réalisée par Mlle Yvonne Gras du Poët, il y a une vingtaine d’années.

 

L’ermitage de Saint-Jérôme

 

L’ermitage de Saint-Jérôme n’existe plus. Vendu à la Révolution, le nouveau propriétaire, en quête de trésor, renversa les pans de murs subsistants, fouilla le cimetière et jeta les ossements dans le ravin. Comme l’écrit l’abbé Chaillan au début du XXe siècle, il n’y avait là que des trésors de sainteté [28]. Aujourd’hui, il ne subsiste plus que le nom du quartier où les ermites s’étaient retirés, St-Jérôme.

 

Depuis quelques années, le centre administratif du village s’est déplacé, descendant du village pour retrouver le site primitif près de la première église et de l’ancienne voie royale. Mouvement de balancier de l’Histoire, au gré des périodes de guerre et de paix, d’instabilité et de sécurité, nouvelle étape dans l’adaptation des hommes.

 

 

Synthèse et perspective

 

Si les périodes antique et carolingienne n‘ont laissé aucune trace à Curbans par défaut de prospections et de textes, les deux périodes du Moyen Age, habitat en milieu ouvert, puis groupé, sont bien marquées, avec notamment le signe le plus visible de la première période constitué par l’ancienne église Saint-Pierre. L’habitat s’est concentré autour du village, mais s’est également diffusé en plusieurs pôles avec la création de domaines seigneuriaux et ecclésiastiques. Cette empreinte diversifiée se remarque encore aujourd’hui par un habitat dispersé sur les mêmes lieux. Seul, un mouvement de retour du haut village vers l’habitat originel répond aux besoins actuels, précédé par l’abandon d’un hameau de montagne déserté par l’appauvrissement de la population au début du XXe siècle.

 

Il reste à affiner certaines données, trop fragmentaires ou inexistantes, particulièrement sur la période antique et le haut Moyen Age. Il faudrait découvrir le rôle du domaine du Rousset avec sa tour de guet et le château, postés idéalement sur l’ancien itinéraire antique et moyenâgeux. Est-il celui qui est cité en 1055 

______________________________

[1] AD AHP C 19.

[2] AD AHP 6 M 299..

[3] Carte archéologique de la Gaule, Alpes-de-Haute-Provence, CNRS, Paris, 1977, n°066, p. 144.

[4] CSV n° 992, p. 445.

[5] THIRION Jacques, Alpes Romanes, Zodiaque, 1980, p. 386-390 (photos p. 112-113).

COLLIER Raymond, La Haute Provence monumentale et artistique, Digne, 1986, p. 62.

[6] BARATIER, DUBY, HILDESHEIMER, Atlas Historique. Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco. Paris, 1969, carte n° 75. La carte indique les deux couvents successivement.

[7] ANDRIEU A, « Les ermites de Saint-Jérôme de Curbans », BSSL des BA, T. XX, 1924-1925, p. 66-69 et 140-144. Voir également LAPLANE Edouard de, Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 272-273 qui leur attribue également le domaine du Gaure à Sisteron.

[8] AD AHP. Affouagement de 1698.

[9] AD HA G 831. Des limites sont plantées aux lieux dits : la Labastiero, Mal Fachet, le Vergeyret, lo Collet de Alhaud, lo pra de Lunel, Terre rosso et Puy Gros, l’yero de Guilhem Morgue, Terram mattam, et autres lieux. Etaient présents, Claude du Bois, religieux de l’ordre de Saintt-Jérôme, prieur de Notre-Dame du Pin, Guillaume Boyer, official de Gap.

[10] AD AHP 1 Q 40.

[11] Informations tirées du Nobiliaire de Provence, Borel d’Hauterive, 1844.

[12] De LAPLANE Edouard, Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 101-103. FERRAUD JJM, Souvenirs religieux des églises de la Haute Provence, Digne, 1879, p. 77-80.

[13] COLLIER Raymond, La Haute Provence monumentale et artistique, Digne, 1986, p. 119.

[14] AD HA, visites pastorales de 1687 (G 786 f° 209) et de 1759 (G 789 f° 11).

[15] Lors de l’hommage prêté au roi Robert en 1309, un Bermundus de Balma est seigneur pour une partie de la Baume et de l’Escale. Un Guillaume Bermond est seigneur pour une partie de La Baume et d’Entrepierres.

[16] COLLIER Raymond, La Haute Provence monumentale et artistique, Digne, 1986, p. 266 et 312.

[17] CSV n° 696, T. I, p. 37-38.

[18] Cité par Edouard de Laplane, Essai sur l’histoire municipale de la ville de Sisteron, Digne, 1840, p. 222.

[19] AD AHP 1 T 116. Population au 31 août 1880.

[20] AD AH G 853- et 789.

[21] AD AHP 1 Q 40. Vente des biens nationaux dans le district de Sisteron.

[22] AD AH G 953.

[23] AD AHP. Visites pastorales (2 V 89 et 93).

[24] En fait Féraud recopie en partie le texte de de Laplane dans son Histoire de Sisteron, T II, p. 135. Ce dernier donne la date de mars 1561, ce qui semble une erreur.

[25] AD HA, Etat des paroisses de 1707 (G 1099).

[26] AD HA G 794, 786 et 789.

[27] AD AHP 1 V 13 (2).

[28] AD AHP, manuscrit de l’abbé Chaillan dans les comptes de la Fabrique de Curbans.

 

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