Daniel Thiery

Sigoyer Durance

 

S I G O Y E R

 Château Sigoyer

 

 

Le terroir

 

Situation géographique

 

La commune s’étend sur 1530 hectares dont seulement une petite partie côtoie la Durance sur une distance de 1 500 mètres, dans les quartiers du Haut et Bas Planet. Ces deux quartiers sont les seuls établis sur la première terrasse du fleuve. Il est probable que ce découpage est issu du fait que le prieuré de Chane, sur la commune de Vaumeilh, possédait des terres groupées autour de l’église Saint-Benoît comprenant les quartiers des Casses, des Sagnières et du Planet. Ce territoire, lors de la création des communes au XIIIe siècle, fut naturellement attribué à Sigoyer. Le reste de la commune s’étage ensuite sur des collines offrant des plateaux vallonnés et boisés jusqu’au village lui-même à 832 m d’altitude. Il se poursuit vers l’ouest par des collines s’étageant jusqu’à 900 mètres.

 

L’affouagement de 1775 relate que le terroir est d’environ quatre lieues de circonférence, la plus grande partie en coteaux presque tout stériles, y en ayant quelques uns agrégés de chesnes blancs et arbustes, partie en vallons et terres penchantes, coupé par diverses eissarades et ravins. Le village est situé sur un coteau assez élevé dont l’accès du côté du midi est pénible. Il n’y a ni fontaine ni puits mais seulement une citerne dans l’enceinte du château à l’usage du seigneur. L’habitation est incommode, les habitants sont obligés d’aller prendre l’eau à une très petite source distante du lieu d’environ trois cent cannes (600 mètres) dont le chemin est en pente. Les maisons sont dans un médiocre état, les rues ne sont pas pavées. Ils sont obligés d’aller faire leur farine partie de l’année aux villages circonvoisins à une forte lieue de distance, le moulin du seigneur du lieu qui est assez éloigné du village ne pouvant, par le manque d’eau dans la belle saison, tourner qu’une partie de l’année [1].

 

 

Les productions

 

Le même affouagement rapporte qu’elles consistent en bled, seigle, épeautre, vin, huile de noix, chanvre, fourrage et menus fruits. Il y a quelques petites sources qui arrosent certaines terres, celle qui vient du terroir de Melve fait tourner le moulin à farine du seigneur (sur le Syriez). Féraud, en 1844, reconnaît que le sol, aride et montueux, n’est pas d’un grand produit. Les habitants peu fortunés n’ont d’autre occupation que la culture de leurs champs. Les statistiques agricoles de 1836 reflètent bien cette situation. Les céréales sont la principale production avec 260 hectares de froment. La commune voisine de Vaumeilh en cultive, en comparaison, 600 hectares. Il n’y a pas encore de pommes de terre et les jardins sont insignifiants.

 

1836

Froment

Méteil

Seigle

Avoine

Lég. sec

Vigne

Chanvre

Total

Hectares

260

1

1

6

1

4

2

276

 

 

Le cheptel

 

Le cheptel est également assez restreint puisqu’en 1775 il n’y a que 6 mulets ou chevaux, 12 bourriques, 50 bœufs, 750 brebis ou moutons, 50 cochons gros ou petits tant mâles que femelles. En 1836, il est plus abondant, avec un peu plus de moutons et surtout de cochons et de mulets. Marc de Leeuw a procédé à une statistique sur l’utilisation des boeufs, mulets et chevaux de 1872 à 1951 [2]. Les mulets sont d’abord majoritaires jusqu’en 1918 où ils sont remplacés par les chevaux. Les bœufs, beaucoup plus rares, vont disparaître en 1945.

 

1836

Boeuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Porc

Chèvre

Mulet

Ane

Total

Têtes

68

20

500

200

200

120

30

50

8

1196

 

 

La population

 

Les affouagements relèvent un habitat très dispersé. En 1728, il existe 18 maisons au village et 25 à la campagne. L’écart se révèle encore plus grand en 1775 avec 20 maisons au village et 32 dans des bastides. Milieu XIXe siècle, l’abbé Féraud comptabilise 242 habitants, dont seulement 13 résident au village. On constate en deux siècles l’abandon progressif du village au profit des fermes isolées. La population va connaître la même évolution que les autres communes, à savoir que la peste va provoquer un déficit qu’il sera impossible de compenser par la suite. La période la plus faste sera celle du XVIIe siècle, où l’affouagement de 1698 dénombre 65 chefs de famille pouvant correspondre à 320 habitants. C’est à cette époque que toutes les ruines et fermes abandonnées aujourd’hui dans le terroir devaient être toutes investies. Ne connaissant pas le nombre d’habitants en 1315, nous l’avons estimé, d’après les données générales, à 250 habitants, mais il pouvait être encore plus élevé. Contrairement aux données générales de la Provence, le milieu du XIXe siècle ne fut pas la période la plus prospère. Il faudrait tenter d’expliquer pourquoi cette communauté de Sigoyer a commencé son déclin dès le début du XVIIIe siècle. Egalement, pourquoi le redressement amorcé en 1982 s’étiole en 1990 pour repartir de nouveau. Il est possible que la cause soit due à cet habitat dispersé reconnu plus haut, le village ne pouvant assurer un rôle centralisateur pour les commerces et les échanges. Sa situation perchée, difficile d’accès autrefois, le manque d’eau facilement accessible, les terres arables trop éloignées ont réduit son expansion. Parfait comme lieu défensif, il était impropre à l’habitation. Ces données vont se retrouver dans l’histoire du peuplement et l’investissement du terroir.

Population Vaumeilh

 

 

Historique du peuplement

 

L’Antiquité

 

Quelques éléments issus de l’Antiquité ont été retrouvés, des tuiles à rebords de type tegula, des tombes dites sarrasines avec quelques monnaies romaines et une statuette en bronze de Minerve de 93 mm de hauteur. Ils sont consignés dans la Carte Archéologique de la Gaule [3]. Une enceinte quadrangulaire protohistorique de 16 m x 32 m a été détectée par observation aérienne aux environs du Planet, mais ne semble pas avoir été visitée. Ces indices, rares, ne permettent pas d’établir une carte d’occupation antique par manque d’investigations plus poussées. Une prospection assidue du terrain, en particulier près des fermes, pourrait peut-être apporter des éléments nouveaux. La seule visite que nous ayons faite est celle de l’ancienne église Saint-Benoît. Sur le clapier entourant la ruine gisaient des fragments de tuiles à rebords.

 

 

Le Moyen Age

 

Cette période est mieux documentée que la précédente. Pour le haut Moyen Age, il faut avoir recours, non pas à des textes inexistants, mais aux toponymes [4]. Au nord de Cougourdane apparaît un Champ de la Ville et au sud un Champ la Cour. A l’est, en limite avec la commune de Melve,Villarnaud peut faire référence à un établissement gallo-romain et/ou à une implantation carolingienne. Ce dernier site est situé sur un ancien chemin reliant Melve à la vallée de la Durance par Thèze. Une bifurcation, à cet endroit, permettait de rejoindre la vallée du Grand Vallon et de la Sasse. Ces indices ne livrent qu’une vision très atténuée des implantations carolingiennes. Il devait y en avoir d’autres, mais là encore, la prospection fait défaut, car on pourrait établir des correspondances avec les implantations gallo-romaines. C’est une loi générale que les lieux les plus propices à l’habitat sont toujours les mêmes qui sont réinvestis lors des périodes de prospérité. Notre pays en connut quatre : l’époque gallo-romaine, puis carolingienne, au Moyen Age du XIe au début du XIVe siècle, aux XVIIe et XVIIIe siècles.

 

L’église Saint-Benoît

 

Eglise Saint-BenoîtDans la monographie de la commune de Vaumeilh, nous avons présenté le prieuré de Chane. Fondé au XIe siècle par les moines de l’abbaye d’Aniane, ceux-ci, outre les vastes possessions sur la rive gauche de la Durance, possédaient un grand domaine sur l’actuelle commune de Sigoyer. Marc de Leeuw a réussi à le délimiter, partant du Haut Planet et montant jusqu’aux quartiers de Grêle et des Casses, c’est-à-dire une grande partie des collines et des plateaux cultivables [5]. Par commodité et pour desservir la population, ils créent une église dédiée à saint Benoît, du nom de leur saint fondateur saint Benoît d’Aniane. Elle est située à 500 m à l’est des Casses, au bord d’un chemin descendant vers la vallée. Il n’en restait que des ruines enfouies dans un énorme clapier qui fut dégagé en 1992. Le lieu-dit portait le nom, dans un cadastre de 1750, de Saint-Benoît. Le nom, sous la forme de ecclesia sancti Benedicti , apparaît en 1210 comme une dépendance du prieuré de Chane.

 

La chapelle, parfaitement orientée, est située au bord est du chemin reliant Les Sagnaires à l’est au Haut-Plan à l’ouest. Elle est sise en bordure d’un vaste plateau en grande partie cultivé, premier plateau surplombant celui où passe la route Valernes-Thèze-Claret. Les ruines sont entièrement dégagées, débarrassées de toute végétation et des pierres inutiles. Le plan est parfaitement lisible, l’élévation des murs étant de 0,50 à 1,90 m.

 

L’édifice est composé d’une nef unique, sans travées, donnant sur une abside semi circulaire.

Dimensions extérieures : 13,20 m de longueur sur 6,10 m de largeur.

Dimensions intérieures :

- nef : 8,50 de long sur 4,50 de large

- l’abside est plus étroite que la nef : profondeur de 3,30 m et une largeur à l’entrée de 3,40 m.

 

Tous les murs ont une épaisseur de 0,80 m. À l’intérieur, ils s’élèvent pour la partie nord sur 1,90 m, pour la partie sud sur 1,20 m. On ne constate pas de départ de voûte, les murs n’offrant pas une hauteur suffisante, ni de contreforts à l’extérieur. L’épaisseur des murs laisse supposer une couverture en charpente. Aucune lauze ni tuile canal ne subsistent aux abords. Par contre, on rencontre des fragments de tegula. Les murs sont appareillés en lits réguliers avec de gros galets non travaillés, liés au mortier de chaux gris avec dégraissant de tuileaux. Le mur intérieur nord présente, semble-t-il, deux stades de constructions : une base liée au mortier en lits réguliers, la deuxième, formée de plus gros galets, dont les lits sont moins réguliers.

Deux ouvertures sont encore visibles :

- la porte d’entrée, à l’ouest, présente une largeur de 1,68 m. Il ne subsiste que la base des piédroits sur une hauteur de 0,40 m, constituée de pierres de taille en tuf.

- une ouverture, au sud, large de 0,75 m est construite avec le même matériau. Les deux pierres subsistantes des piédroits présentent un chanfrein et un congé, bien visibles sur le piédroit droit, estompés sur celui de gauche. Un gond en fer forgé est encore en place à l’intérieur du piédroit gauche.

 

Le matériau de construction a été prélevé sur place, seul, le tuf a été importé n’existant pas sur le site. Il a servi aux chaînages d’angle et aux ouvertures. Les gros galets ne pouvant être taillés ont été traités tels quels, mais néanmoins choisis, en fonction de leur taille, pour constituer des lits horizontaux. Les parties vitales, par contre, ont exigé l’importation d’une pierre tendre, facile à travailler et à mettre en oeuvre.

 

L’église est implantée dans un milieu non défensif, mais au contraire ouvert, sans protection, presque en plein champ. La nef unique, sans travées, et semble-t-il sans voûte, à part vraisemblablement l’abside, indique le premier âge roman du XIe siècle (peut-être milieu XIe). L’appareil des murs renvoie également à cette époque, avec des blocs disposés en lits horizontaux liés au mortier. Seuls, les chaînages d’angle et les ouvertures ont été traités en pierres de taille. Ces deux données, site antique et milieu ouvert, sont caractéristiques des premières implantations paroissiales après les périodes troublées par l’insécurité et l’anarchie qui ont suivi le démembrement de l’empire carolingien.

 

L’église était accompagnée d’un cimetière. Une indication est fournie par un document révélé par Marc de Leeuw où, durant la peste qui a sévi au XIVe siècle, un habitant de Sigoyer reconnaît que son père, mort de la peste, a été enseveli dans le cimetière avoisinant l’église Saint-Benoît ou à l’intérieur même de l’église. Il semblerait que c’est à la fin de cette période que le site, église et cimetière, ait été délaissé. Les guerres de Religion ont empêché par la suite, toute réhabilitation. Aucune mention n’en est donnée dans les documents de l’église de Gap au XVIe siècle.

 

L’avantage de ces ruines est qu’elles nous livrent un édifice qui n’a pas été remanié depuis sa création. C’est le seul exemplaire connu pour notre région et à ce titre, mérite d’être conservé [6]. Il en existe d’autres, comme nous l’avons constaté dans la première partie de notre ouvrage, mais ils sont, soit totalement détruits, soit entièrement reconstruits.

 

 

L’église Saint-Cesari, prieuré de Cluny

 

Marc de Leeuw suppose avec vraisemblance qu’il y avait une chapelle près du cimetière actuel de Sigoyer. Le champ qui le borde porte le nom de saint Cesari. Cette chapelle ruinée jouxte le mur nord du cimetière où existe un petit tertre embroussaillé. Des ossements sortent du tertre le long d’un chemin. Ce cimetière est celui de la commune de Sigoyer, mais il est éloigné du village, à 1 KM, et surtout en contrebas, d’un accès difficile autrefois. L’édifice n’est signalé par aucun document.

 

Nous estimons que nous pouvons être en présence d’une église du même type que celle de Saint-Benoît, fondée pour desservir une population disséminée dans les collines et les plateaux situés au nord du village. Cette partie du territoire ne relevait pas des moines de Chane et offre encore aujourd’hui un grand nombre de fermes dispersées. C’est là que se situent les quartiers Champ de la Ville et Champ la Cour. Le problème est que nous ne savons pas exactement à qui appartenait ce territoire et qui a fondé l’église et le cimetière. On peut supposer qu’il s’agit d’une église d’un domaine laïc dont l’origine peut remonter à l’époque carolingienne, repris ensuite aux XIe et XIIe siècles, mais par quelle abbaye ? Il pourrait s’agir des moines de Cluny installé dans la commune voisine de Thèze depuis la fin du Xe siècle. En effet, l’évêque de Gap en 1708 accorde la collation des prieurés de Thèze et de Sigoyer, résignés par Joseph du Serre, moine de Cluny, à Reynaud du Serre, seigneur de Thèze, son frère, moyennant une pension de 400 livres. Ce prieuré ne peut être l’église paroissiale car elle est relève de l’évêque. Il pourrait s’agir de l’église Saint-Cesari. Tout le territoire autour de Courgourdane est limitrophe avec celui de Thèze, séparé seulement par le torrent du Mison où a été construit un moulin à farine servant aux habitants installés sur chaque rive. Lors de l’abandon de l’église, sans doute en même temps que l’église Saint-Benoît, le domaine dépendant du prieuré a continué de fournir une pension aux moines de Thèze. C’est ce que révèle le texte de 1708.

 

 

Le village, le château, la paroisse

 

Le village a été créé au moment où a été élevé le château, courant XIIe siècle. La première citation de ce dernier date de 1202. C’est le passage partiel d’un habitat en milieu ouvert à un habitat groupé, fortifié. Cet habitat groupé est le deuxième stade de l’occupation du territoire. Il faut suite à un habitat dispersé et n’en est pas l’origine comme l’affirme Marc de Leeuw [7]. Le château est construit au plus haut de la colline, les maisons s’étageant sur le replat situé au sud-est. Mais comme on l’a vu plus haut, le village ne s’est guère étendu, l’habitat dispersé continuant à être prioritaire. Il est devenu cependant le centre administratif de la commune, le lieu où se réunissait le conseil communal. Une église y est construite qui devient l’église paroissiale, reléguant les premières églises au titre de chapelles. Elle est dédiée à Notre Dame.

 

 

La période moderne et contemporaine

 

Les guerres de Religion

 

Notre Dame dEspavantLa fin du Moyen Age se termine par le terrible épisode de la peste noire qui décime la population. Il n’a plus que 110 habitants dans la commune et il est probable que c’est à cette occasion que les survivants ajoutent le qualificatif d’épouvante à la titulature de leur église dédiée à Notre Dame, Notre Dame d’Espavant. Le pays se revitalise, mais un nouveau fléau intervient semant la destruction et l’insécurité, les guerres de Religion. C’est en 1562 que Sigoyer subit un assaut qui va mettre à mal le château. L’épisode est relaté par l’abbé Féraud : le seigneur du lieu François Laydet y avait placé une garnison sous les ordres du capitaine Louis Des-Isnards. Le comte de Sommerive, s’étant rendu maître de Sisteron en 1562, donna l’ordre au sieur de Saint-Jaille de venir assiéger et prendre le château, dans la crainte que les Protestants ne vinssent s’y établir. Le capitaine Des-Isnards n’attendit pas que la place fût invertie ; il la livra traîtreusement à Saint-Jaille qui la fit brûler et raser. Il faut attendre 1598 pour que la paix revienne. Entre temps, il avait fallu livrer des vivres et du fourrage aux troupes de passage.

 

La Révolution

 

Les biens du prieuré de Sigoyer consistent en une terre, blache et ginestière situés au quartier de Grele d’une contenance de 6550 cannes (2 ha 62), estimés à 405 livres. Le procès-verbal d’adjudication a lieu le 5 février 1791 [8]. Trois acquéreurs se présentent :

au 1er feu Sarlin et Allibert offrent 1325 livres

Chastillon     1500

Allibert 1525

au 2e feu Chastillon 1550

Allibert 1625

au 3e feu Chastillon 1650

Allibert         1675

Au 4e feu, il ne se présente personne. Allibert emporte les biens du prieuré pour 1675 livres.     

 

           

L’église paroissiale [9]

 

Quand l’évêque de Gap vient visiter l’église l’année suivante, le quinze août 1599, il la découvre en fort pauvre estat, toute descouverte, y ayant les murailles touttefois d’alentour, le clocher estant intact y ayant dans icelui une cloche mais qu’il n’y a aulcun autel ny fons baptismalles ny aucun habits. 19 ans plus tard, en 1618, l’église est toujours en assez pauvre état, toute descouverte. Des réparations sont cependant effectuées par la suite en couvrant la nef d’un toit, mais en 1640 l’église Notre Dame d’Espavant n’est pas voûtée, pavée ni blanchie. C’est à partir de cette date que l’édifice va être complètement restauré comme en témoigne la pierre de fondation posée au bas du mur sud de la nef portant la date de 1643. Une plaque commémorative, dans l’église, rappelle cet évènement et souligne que l’église est maintenant consacrée conjointement à la Vierge Marie et à saint Joseph. La visite du 5 mai 1687 en donne une description précise : l’église, sous le titre de Notre Dame, est couverte de tuilles, bien voûtée en croisillons (voûte d’arêtes), pavée, l’autel orné d’un tableau propre, un tableau de bois noir non peint, gradins à plâtre. Autel du Rosaire orné d’un tableau assez propre. Du côté de l’épître autel de St Joseph avec un tableau assez propre. Il y a deux portes bonnes et fermantes à clef. Au clocher, deux cloches pesantes environ 6 quintaux. Le cimetière où nous n’aurions pu aller pour être trop éloigné est tout ouvert et sans croix. L’édifice ne subira par la suite plus aucune modification, à part l’entretien des murs et de la toiture. On peut ainsi dater son architecture intérieure précisément de la moitié du XVIIe siècle et à ce titre elle est exemplaire.

 

 

L’eau pour le ménage et l’école

 

Ces deux réalisations sont détaillées par Marc de Leeuw dans son ouvrage sur Sigoyer. Nous n’en donnons donc qu’un résumé tiré de ses recherches.

 

Si le seigneur possède une vaste citerne personnelle dans son château, les villageois sont dépourvus d’eau de fontaine. La situation du village perché rend impossible cette amenée d’eau. Les habitants des fermes sont mieux pourvus, les fermes étant installées à proximité d’un point d’eau. Les habitants s’approvisionnent d’abord à la source des Vesians, au quartier de Burlon, à quelque 800 m du village. Mais il faut descendre et remonter chargés de récipients sur 120 mètres de dénivelé. Il est probable qu’on utilisait les mulets pour ce travail. La source ayant tari, on en cherche une autre au milieu du XVIIIe siècle et on aménage la source de Larénier auprès du chemin menant au cimetière avec deux bassins. La distance est moins grande, 300 m, mais il faut toujours descendre et remonter. Il faut attendre 1928 pour qu’une fontaine et un lavoir soient installés dans le village. L’eau dans les maisons ne parviendra qu’en 1966 au moyen d’une station de pompage tirant l’eau de la source de Cougourdane.

 

L’école communale, au milieu du XIXe siècle, est d’abord dans un bâtiment que la mairie loue à un particulier. Son mauvais état pousse la commune à en rechercher une autre, mais en vain. On décide alors, en 1878, de construire un établissement neuf qui sera achevé en 1884.

 

 

Synthèse et perspective

 

La principale caractéristique du territoire de Sigoyer est la prédominance de l’habitat dispersé sur l’habitat groupé. Il se révèle durant le haut Moyen Age, puis par la suite, malgré la construction du château au milieu du XIIe siècle. Celui-ci n’arrive pas à regrouper la population à cause de sa position perchée et incommode. Jusqu’à aujourd’hui, la population est plus nombreuse dans les bastides qu’au village. Le territoire le plus propice à l’habitat et aux cultures appartenait aux moines de Chane et de Cluny. Ils y avaient fondé chacun une église et un cimetière courant XIe siècle. Ceux-ci sont abandonnés au profit de l’église paroissiale du village, mais les moines continuent de percevoir des pensions sur leurs terres.

 

Si le prieuré de Sigoyer cité en 1708 appartient bien aux moines de Cluny installé à Thèze, il faudrait découvrir d’autres textes dénombrant leurs propriétés. Mais il faudrait confirmer la présence d’une église dédiée à saint Cesari près du cimetière. Seul, un dégagement du site apporterait une réponse satisfaisante.

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[1] AD AHP C 26.

[2] LEEUW Marc de, Histoire de Sigoyer-Malpoil, 1994.

[3] BERARD Géraldine et collaborateurs, Carte Archéologique de la Gaule, Les Alpes-de-Haute-Provence, Paris, 1997, n° 207, p. 453.

[4] La citation de Marc de Leeuw attribuant la donation à Chane en 799 d’une propriété nommée Juviniacum est erronée. Cette propriété est située dans le département de l’Hérault à Maguelone (Op. cité, p. 27).

[5] LEEUW Marc de, Prieuré de Chane, 2000.

[6] Nous avons envoyé à la DRAC PACA une description de l’église avec photos et commentaires qui a été très apprécié, ce type d’édifice étant mal connu et très rare.

[7] LEEUW Marc de, Histoire de Sigoyer-Malpoil, 1994, p. 24 : il est évident que l’occupation du site fortifié a précédé l’installation des habitants sur le reste du territoire. En ce cas, c’est dire que le pays était complètement inhabité avant la création du château et du village.

[8] Vente des biens nationaux (AD AHP 1 Q 40).

[9] Visites pastorales de 1599, 1618, 1641, 1687 (G 779, 783, 784, 786).

 

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