Daniel Thiery

Vaumeilh Durance

 

V A U M E I L H

 Vaumeilh Titre

 

 

Le Terroir

 

Situation géographique

 

La commune s’étend sur 2552 hectares sur la rive gauche de la Durance. Elle est limitée au sud par la commune de Valernes et au nord par celle de Thèze. De la Durance vers l’est s’étend un grand plateau, appelé le Plan, à une altitude comprise entre 520 et 550 m. Il est traversé par la D 4, autrefois ancien chemin de viguerie et chemin royal. Un habitat dispersé, composé de fermes, est installé à la limite du plateau à l’est. Ces fermes sont encore en état avec du nord au sud Chanes, le Gast, la Bâtie Blanche, les Tonins, Champ Loubin, la Parisienne, Micoulet, Pied de Thor et Valauris. Viennent ensuite des collines jusqu’à l’altitude de 600 m où se sont établis le village et quelques habitats (les Plantiers, Clotandet, la Rouvière, la Palud, la Curnerie). La pente devient ensuite plus forte avec des bois coupés de ravins et quelques petits plateaux cultivables (Vierle, les Chênes, Bouluench, Borelly, Saint-Pierre) jusqu’à l’altitude de 1055 m (Tête des Monges).

 

L’affouagement de 1775 reprend cette description : le terroir est d’environ cinq lieues de circonférence (25 KM), la plus grande partie en cotteaux dont certains sont agrégés de chaines blancs, d’autres pelés et stériles, partie en plaine et partie en terres penchantes ou vallons. Il est coupé par quelques riols et ravins qui lors des pluyes abondantes emportent et engravent des terres [1].

 

 

Habitat et population

 

Le village est situé sur le sommet d’un cotteau et le restant sur le penchant d’iceluy. Il y a une petite fontaine publique peu abondante en eau distante du lieu d’environ soixante cannes (120 m) assez pénible. Les maisons sont dans un médiocre état, il y a quatre cazeaux (écuries), une partie des rues est mal pavée et l’autre ne l’est point, la plupart sont étroites et en pente. Il y a une place publique vers le sommet du cotteau.

 

Le village s’est installé sur une colline entourée de deux ravins, offrant à l’origine une défense naturelle. Le château a été construit sur le sommet et les premières maisons se sont groupées d’abord juste en dessous, puis dans le reste de la pente jusqu’aux abords des deux torrents, le Syriez et le ravin des Rabanelles. Par la suite, l’église, le cimetière et quelques maisons se sont établis entre le ravin des Rabanelles et le ravin du Miseret formant une sorte de presqu’île. En 2002, le ravin des Rabanelles a été détourné dans celui du Miseret désenclavant l’église et libérant un espace formant une large place.

 

Les affouagements de 1698 à 1775 concordent pour reconnaître un habitat groupé au village à 60 % des habitations [2]. Le reste est dispersé en 10 hameaux et 19 bastides. Le même constat est relaté par Féraud au milieu du XIXe siècle, la moitié de la population est réunie dans le village et le reste disséminé dans les maisons de campagne. Le Moyen Age fut la période la plus prospère avec 565 habitants recensés en 1315. Après la peste qui en élimine 70 %, il n’en subsiste que 170. Elle va se relever néanmoins jusqu’à retrouver le chiffre de 1315 avec 564 habitants en 1765. Puis ce sera la chute jusqu’en 1982 avec seulement 159 habitants. Depuis, la reprise est bien amorcée.

Population Vaumeilh

 

 

Les productions. Le pays de la vigne

 

Le même texte de 1775 les énumère en bled, méteil, seigle, avoine, épeautre, légumes, vin, huile de noix, chanvre, fourrage et menus fruits. Il y a quelques petites sources qui avec l’eau du riol de Serie arrosent certaines terres. En 1836, une estimation des cultures est fournie par les statistiques agricoles que l’on commence à généraliser partout. On constate que la culture des céréales est prédominante et que la vigne est particulièrement abondante. Sur 22 communes Vaumeilh est celle qui en cultive le plus avec 36 % de la production totale. La Motte vient après avec 40 hectares et Thèze avec 39 ha. Féraud, en 1844, signale en outre beaucoup de ruches à miel mais moins cependant qu’autrefois. Il reconnaît que le sol est assez productif, mais un peu aride surtout dans la partie qui s’étend jusqu’à la rive gauche de la Durance. Il signale également des mûriers et des amandiers [3].

 

1836

Froment

Vigne

Jardin

Chanvre

Total

 

600 ha

100 ha

4 ha

20 ha

724 ha

 

 

Le cheptel

 

L’affouagement de 1775 dénombre 25 chevaux ou mulets, 18 bourriques, 90 bœufs, 900 moutons ou brebis et 60 cochons. Le recensement effectué en 1836, plus précis et plus détaillé, indique une proportion de porcs plus importante.

 

1836

Boeuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Porc

Chèvre

Mulet

Ane

Total

 

50

30

600

400

300

200

30

8

10

1628

 

L‘ensemble de ces données indique une économie basée essentiellement sur la subsistance vivrière. Seules les céréales et le vin pouvaient faire l’objet de ventes. Les jardins ne couvrant que 4 ha ne devaient pas, comme à Thèze avec 50 hectares, procurer des ressources monnayables importantes. L’accès à la ville de Sisteron était aisé, sauf lorsqu’il fallait traverser la rivière de Sasse qui lors des crues leur en empêchent toute communication. Les ponts de Fombeton et de Valernes ne seront construits qu’au milieu du XIXe siècle, auparavant il fallait traverser la rivière à gué au sud de Valernes.

 

 

Historique du peuplement

 

L’Antiquité

 

La documentation sur l’occupation antique du territoire de Vaumeilh est succincte, mais apporte cependant des renseignements précieux. Elle est rassemblée dans la Carte Archéologique de la Gaule [4]. En 1877, fut trouvé au pied de la hauteur Pain de Miel, sans autres précisions, un autel en marbre rose dédié au dieu Mars Carrus Cicinus. Il a été élevé par Lucius Pompeius Mysrinus à la suite d’un vœu. Les auteurs qui ont étudié l’inscription pensent que le dieu Mars peut être assimilé à une divinité de hauteur ou de sources situées au pied de cette hauteur, signes de prospérité. Il est regrettable que la découverte n’ait pas été localisée, L’ancien prieuré de Chane ou la chapelle Saint-Marcellin, situés tous deux au pied de la montagne, auraient été les sites les plus favorables.

 

Une prospection de surface et de sondages réalisée par St. Bleu en 1996 a permis de relever sept sites révélant des indices d’occupation gallo-romaine (tegulae, imbrices et céramiques diverses). Ils sont tous situés aux abords de l’ancienne voie descendant vers Sisteron, à Valauris et à ses abords, à la Rouvière et au Clotandet. Egalement, aux environs de la chapelle Saint-Marcellin ont été signalées des tombes, sans localisation exacte ni sous quelle forme, la carte archéologique ne donnant aucune précision.

 

 

Le Moyen Age

 

Trois sites peuvent être localisés sur le territoire pouvant être rattaché à cette période, la chapelle Saint-Marcellin, le prieuré de Chane et le village de Vaumeilh. Ils sont cités en tant que prieuré de Notre-Dame de Chane, église paroissiale Saint-Sauveur de Vaumeilh et église Saint-Marcellin.

 

L’église et chapelle Saint-Marcellin

 

Dans son étude sur le prieuré de Chane, Marc de Leeuw produit deux textes faisant référence à une église Saint-Marcellin [5]. Elle a besoin de réparations en 1540 et les habitants de Vaumeilh recourent à la cour d’Aix pour que l’évêque de Gap fasse le nécessaire. On ne sait si le travail fut effectué, mais il est probable que c’est à partir de cette date que l’édifice fut abandonné, les guerres de Religion ayant empêché toute réhabilitation. En 1714 l’église Saint-Marcellin est rompue et (ainsi que) l’ancien cimetière.

 

Elle réapparaît en 1861 lors d’une visite pastorale. Elle est dite chapelle et en bon état en 1890 lors d’une autre visite [6]. Elle a été reconstruite, aux dires des habitants, au milieu du XIXe siècle par un paroissien de Vaumeilh qui avait fait le vœu de la reconstruire si sa femme pouvait enfin avoir un enfant. La chapelle n’a fait l’objet d’aucune étude particulière et n’est jamais mentionnée même dans les guides touristiques. Située à 700 m au nord-ouest du village, elle est encore aujourd’hui en parfait état. Son implantation est remarquable, au pied des hauteurs de Chaillos et du Pain de Miel. Une grande esplanade a été aplanie et confortée par des murets de pierre sèche, pour son établissement. La vue s’étend sur la plaine de la Durance au sud et à l’ouest.

 

Saint-MarcellinL’édifice est parfaitement orienté, le chevet plat tourné vers l’est. Sa titulature est également significative. Dédié à saint Marcellin, premier évêque d’Embrun, il fait appel au premier évangélisateur de la contrée. Des tombes ont été signalées aux abords. Il donnait lieu, il y encore peu de temps, à une procession votive pour demander la pluie et souvent, comme on le raconte encore, on n’avait pas le temps de rentrer au village que déjà la pluie tombait. Quand fut élevée une nouvelle église dans le village en 1867, celle-ci reprit la titulature de la chapelle, saint Marcellin. La protection de ce saint semble particulièrement sensible aux habitants puisqu’ils s’étaient procuré des reliques qu’ils conservaient dans le tabernacle de la chapelle (citées lors de la visite pastorale de 1890). Actuellement, elles sont conservées dans un petit ostensoir reliquaire posé sur l’autel.

 

Toutes ces caractéristiques renvoient aux premières paroisses rurales des XIe et XIIe siècles. Le souvenir de la première paroisse ne s’est pas estompé, même si aujourd’hui les habitants ne savent plus pourquoi cette chapelle et son saint protecteur revêtent une importante particulière à leurs yeux. Ce phénomène est bien connu en Provence, où le premier lieu de culte et la première communauté s’enracinent dans les mémoires. Une procession et une messe ont encore lieu le dernier dimanche d’avril, le jour de la fête étant le 20 du même mois. On y administre parfois des baptêmes.

 

L’édifice extérieurement se présente sous une forme presque quadrangulaire, 6 m x 6,10 m. Des contreforts soutiennent le mur sud car la chapelle est en terrain légèrement en pente. A l’ouest, où se trouve l’entrée, s’étend un terre-plein aussi large que le mur de façade sur une longueur de 3,30 m. Il est probable que cet espace faisait partie de l’édifice primitif qui a été amputé lors de la restauration. Nous aurions alors un bâtiment de 6 m de large et de 9,30 de longueur, plus conforme à ce type d’église. Il n’existe aucune ouverture, à part la porte d’entrée encadrée par un arc plein cintre. Les murs ont été rejointoyés et présentent un appareil en tout-venant. Le bas du mur sud présente cependant sur une hauteur de 0,50 m un appareil lité formé de petites pierres presque rectangulaires qui pourrait correspondre à un appareil du XIe siècle, comme observé dans l’ancienne église Saint-Benoît de Sigoyer.

 

Intérieurement, la chapelle présente une surface de 28 m² (4,90 x 5,80). Elle était couverte par une voûte en berceau dont on remarque encore le départ, mais dans les années 1970-1975, s’étant effondrée, elle fut remplacée par une couverture en lambris en forme de bâtière. Elle est munie d’un autel en plâtre et en bois avec un tabernacle décoré d’un calice. Un tableau représentant saint Marcellin, en évêque et bénissant, est suspendu sur le mur de chevet. Le devant d’autel est orné d’une peinture ovale représentant une bergère gardant ses moutons.

 

 

Le prieuré de Notre-Dame de Chane

 

Ce prieuré a fait l’objet d’une étude par Marc de Leeuw. Nous en reprenons les principales données. Le pape Eugène III (1145-1153) rappelle dans une bulle les confirmations de ses prédécesseurs sur la possession du prieuré de Chane par les moines de l’abbaye languedocienne d’Aniane. La plus ancienne confirmation remonte à l’année 1045 faite par le pape Jean XX. Ce prieuré est établi aux abords de la voie reliant Sisteron à Tallard. Son domaine s’étendait sur tout le plateau compris entre la Durance et le pied des premières collines à l’est. Il englobait également une partie du territoire de la commune de Sigoyer actuelle dans les quartiers du Haut Planet, des Casses et des Sagnières. Les moines y avaient fondé une église sous le titre de Saint-Benoît que nous présenterons dans la monographie de Sigoyer. Chane constituait le centre du domaine avec le prieuré, une église dédiée à Sainte-Marie, un cimetière et les bâtiments d’exploitation.

 

Lors de la féodalisation, Chane devient un castrum à part entière, indépendant de ceux de Vaumeilh et de Sigoyer. Après la peste, le prieuré est inhabité et en ruine comme exposé en 1469 par l’évêque de Gap. Celui-ci s’adresse au Pape Paul II en 1470 pour que le prieuré soit rattaché à l’évêché de Gap, ce qui est accordé. En compensation, une pension annuelle est versée à l’abbaye d’Aniane par l’évêque. Celui-ci confie par bail les propriétés de Chane à la communauté de Vaumeilh contre une pension annuelle. Au XVIIIe siècle, le domaine passe dans les mains du comte d’Hugues, mais la chapelle et le cimetière sont depuis longtemps abandonnés [7].

 

 

Le village de Vaumeilh

 

Il n’apparaît qu’au début du XIIIe siècle sur la liste des castra, castrum de Vaumel. Cependant, à la fin du XIIe siècle, deux citations du cartulaire de Saint-Victor font mention, comme témoins, de Raimundus de Vomelio, de son neveu Garinus, de Ugo et de Wilhem de Vomilio et de Pons de Vaumel [8]. On peut donc supposer qu’il existait déjà une agglomération qui se groupe autour d’un premier château. Nous savons par ailleurs que les Hospitaliers de Claret, installés depuis le milieu du XIIe siècle, avaient fondé un membre à Vaumeilh, mais on se sait à quelle date. Ils sont encore présents en 1698 où, lors de l’affouagement, il est indiqué que les Chevaliers de Malte possèdent divers fonds arrantés annuellement à 60 livres. Un lieu-dit, signalé en 1792, rappelle leur présence, le Collet de la Commanderie, aujourd’hui le Collet.

 

Tour VaumeilhIls élèvent un château sur le sommet de la colline. Il n’en subsiste aujourd’hui qu’un fragment de tour circulaire. D’une hauteur avoisinant les 8 mètres, son diamètre intérieur est de 2,80 m. Les murs peu épais, 0,80 m, sont bâtis en gros galets liés au mortier. Seul le haut de la tour présente un appareil disposé en lits réguliers, le reste a été rebâti avec un mortier ocre. Une meurtrière, en mauvais état ouvre vers l’ouest. L’entrée semble avoir été reconstituée. Un conduit de cheminée dans le mur nord intérieur semble postérieur à la construction. Le sommet de la colline a été surélevé et aplani, la tour étant légèrement en contrebas côté nord. Il est vraisemblable qu’il devait exister d’autres fortifications sur le pourtour du mamelon. Les cartes postales de la fin du XIXe siècle montrent encore des restes substantiels, mais les pierres furent employées en 1909 pour construire un pont sur le Syriez. Jean Giono, dans son roman Le Hussard sur le toit, y place un chapitre de son récit.

 

 

La période moderne et contemporaine

 

Les guerres de Religion

 

On a vu que cet épisode a provoqué la ruine de la chapelle Saint-Marcellin et sans doute aussi celle de la première église du village, remplacée par l’actuelle. L’abbé Féraud rapporte un fait marquant survenu à Vaumeilh : Vaumeil est célèbre dans l’histoire des troubles de Provence, par la courageuse résistance du capitaine Blaise Estaignon. Le sieur de Vins voulant protéger sa retraite et détourner l’attention des troupes stationnées à Sisteron, jeta la capitaine Blaise avec sa compagnie dans Vaumeil (1585). Celui-ci ne tarda pas à y être investi par un régiment entier, celui de Champagne. Quelques-uns des parents de Blaise avaient pris les devants pour tâcher de le détourner du projet peu raisonnable de se défendre dans un si mauvais poste ; mais il ne tint aucun compte de leurs représentations ; il attendit de pied ferme le régiment et tua quelques hommes. Obligé de se rendre au colonel Ornano, qui accourut avec ses Corses qui voulaient venger sur lui la mort du sergent de la compagnie du maître-camp, tué dans cette affaire [9].

 

 

La Révolution

 

On connaît en détail les biens que possédait à Vaumeilh François Arnaud Hugues ci-devant seigneur de La Motte par la vente qui eut lieu le 22 floréal de l’An II [10]. Ils totalisent 743 698 cannes², soit quelque 300 hectares, ce qui est considérable. Ils sont divisés en 74 lots. Les propriétés les plus importantes sont les domaines des Monges, du Grand Vaumes, des Plantiers, du Gast, de Vallaury, de Lantouos et un autre non situé. Ces domaines sont constitués d’un bâtiment-maison, d’une écurie, d’un grenier à foin, parfois d’un four à pain et de terres comprenant des labours, des prés, des vignes et des bois. Le plus vaste est celui du Grand Vaumes de près de 7 hectares suivi de celui de Vallaury avec 6 hectares. Le château est qualifié de vieux bâtiment. Le pigeonnier est également mis en vente.

 

Le reste consiste en vignes situées dans le Vallon d’Angelier, en bois à l’Hubac ; de terres labours au Collet de la Commanderie, à la Trance, au Vallon de la Combe, à Clotandet, à la Rouvière, à St Genest du Gast, à Tombareou, aux Curneries ; de jardins aux Pracaux et de prés secs au Pré de Lourres.

 

Les acquéreurs sont tous, sauf deux, des habitants de Vaumeil. Un habitant de Valernes acquiert le domaine du Grand Vaunes. Celui des Monges passe dans les mains de Jean Paret, celui du Gast à Pierre Sarlin chirurgien, celui des Plantiers à Félix Bontoux et celui de Vallaury à Françoise Barely, veuve du capitaine Louis Breissaud. Pierre Tourniaire achète le château et Jean Joseph Galician le pigeonnier.

 

 

L’église

 

Il est probable que c’est aux Hospitaliers que l’on doit l’édification d’une église dans le village. Elle est dédiée au Saint-Sauveur. Comme pour Saint-Marcellin son état est déplorable au milieu du XVIe siècle et l’évêque de Gap est sommé de la réparer. Les guerres de Religion empêchent toute réalisation. Son emplacement n’est pas celui de l’église actuelle, elle était située près du Pont de Syriez comme l’atteste un texte de 1641, Messire Louis Chauvet cy devant curé donna 60 livres pour en estre bâtie une chapelle à costé du pount de Serie qui est proche de l’église [11]. Il semblerait que cette chapelle n’a jamais été construite, mais qu’on a profité de cette somme pour édifier un nouveau bâtiment, à l’opposé, entre le torrent des Rabanelles et du Miseret. L’église actuelle porte en effet la date de 1660 gravée sur la façade de la chapelle latérale. Les visites pastorales donnent peu de description de la nouvelle église, dédiée à la Transfiguration du Seigneur, sinon qu’elle est couverte de tuiles, voûtée en croisillons, pavée, guère bien blanchie (visite de 1687). Le cimetière est joignant et au clocher deux cloches assez bonnes. Le tableau de la donation du scapulaire semble être déjà présent car il existe un autel du Mont-Carmel entretenu par les confrères. Il devait y avoir également un tableau du Rosaire, disparu aujourd’hui. On ne sait à quelle date, l’église change de titulature, reprenant celle de la primitive église, Saint-Marcellin.

 

Son état se dégrade par la suite. Au milieu du XIXe siècle, la toiture est en mauvais état et les murs passables (visite de 1861). La commune décide de la restaurer complètement, mais en gardant l’église dans les mêmes proportions [12]. Des problèmes surgissent sur la solidité des murs. L’architecte Andrety de Turriers reconnaît en 1866 que l’un des murs qu’on croyait d’abord conservé, était tellement dégradé et en mauvais état, qu’il était indispensable, pour la solidité de l’édifice, de le construire à neuf. Il a reconnu la même nécessité pour la voûte qui recouvre le chœur. L’année suivante, l’édifice est terminé, la date gravée sur la porte d’entrée le rappelle. Mais deux ans plus tard, le terrain s’affaisse du côté du midi par suite d’un mouvement extraordinaire que le Préfet averti qualifie de force extraordinaire et majeure que ni l’architecte ni l’entrepreneur n’ont pu prévoir. Une partie de la charpente s’écroule. Le maire prend sur lui d’exécuter les réparations urgentes, rétablir la charpente et consolider les murs en même temps qu’il intente un procès contre l’architecte et l’entrepreneur. On ne connaît pas la suite des évènements, aucune délibération ne faisant mention de problèmes particuliers. Deux cloches provenant de l’église d’Ubaye noyée par le barrage de Serre-Ponçon sont refondues et placées dans le clocher en 1960. L’une porte l’effigie de saint Jean-de-Matha, champion de la charité, 1960 étant le huitième centenaire de sa mort. Les parrains et marraines sont les enfants de la Communion Solennelle [13].

 

 

L’eau pour le ménage [14]

 

C’est en 1902 que la commune commence à se préoccuper de construire une fontaine. Elle achète en 1907 la source de Constantin Bontoux. Elle obtient une subvention du Ministre de l’Agriculture et contracte un emprunt. Mais en 1909, le projet est abandonné, le débit de la source étant insuffisant.

 

Fontaine VaumeilhLe 31 mai 1914, le maire expose, lors d’un conseil municipal, la situation déplorable du village chef lieu de la commune de Vaumeilh dépourvue d’eau potable. Il propose l’adduction d’eau d’une source située au lieu-dit Jarbon pouvant remplir les conditions désirables. Considérant que la population du village est réduite à s’alimenter à une fontaine qui coule sans canalisation au pied d’une propriété bordant le vallon du Syriez ; que cette source reçoit les écoulements des eaux d’arrosage des propriétés en amont, que son faible débit nécessite de temps à autre pour l’alimenter l’arrosage des parcelles de terres en dessus, propriétés cultivées et fumées par l’engrais de ferme ; que les cas, hélas ! trop nombreux de fièvre typhoïde qui de loin en loin ont frappé la population ne peuvent avoir d’autres secours que l’usage d’une eau contaminée.

 

La guerre ne permet pas de poursuivre le projet qui n’est repris qu’en 1922. La fontaine est élevée en 1923 (date gravée) pour un coût de 96 000 francs, financés par une subvention de l’Etat de 72 000 francs et par un emprunt de 24 000 francs. Dans la foulée, on construit le lavoir public pour 3 600 francs. Mais l’eau ne coule pas encore dans les maisons. Il faut attendre 1952 pour que l’on s’en préoccupe. Là encore la guerre a empêché toute réalisation. L’adduction d’eau dans le village sera réalisée en 1956. Mais les hameaux en sont encore privés. Ils vont attendre 1968 pour être alimentés par le captage de la source de Fontfare. Ce sera enfin l’assainissement avec station d’épuration et tout-à-l’égout en 1976. Il aura fallu trois quarts de siècle pour réaliser un progrès qui nous semble « couler de source » !

 

 

Les écoles

 

Ecole VaumeilhLe groupe scolaire sera réalisé en 1889 financés à 75 % par l’Etat pour un coût de 33 219,48 francs. Il fonctionne avec un instituteur et une institutrice. Au Plan, la commune loue une maison pour l’enseignement des enfants des hameaux. En 1911, la commune décide d’y construire une école plutôt que de payer un loyer. Là encore la guerre arrête le projet qui n’est repris qu’en 1922 et aboutira quelques années plus tard.

 

 

Synthèse et perspective

 

Il apparaît que l’habitat, de l’Antiquité jusqu’au XIIe siècle était concentré le long de la Durance, desservi par le chemin royal. Cet habitat, dispersé en fermes d’exploitation, est vitalisé par deux lieux de culte, le prieuré de Chane et l’église Saint-Marcellin. Lors de la féodalisation, le château regroupe une partie de la population dans un village neuf et une nouvelle église. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de la commanderie de Claret en sont probablement les fondateurs. Les premiers lieux de culte vont alors disparaître au profit de l’église du village.

 

Il reste cependant à confirmer l’ancienneté de l’église Saint-Marcellin, bien que de nombreux éléments convergent vers une église du premier réseau paroissial. On ne sait pas également quand les Hospitaliers de Saint-Jean s’installent à Vaumeilh et s’ils sont vraiment les créateurs du village et du château.

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[1] AD AHP C 26.

[2] AD AHP C 19 et 41.

[3] AD AHP 6 M 299.

[4] Carte archéologique de la Gaule. Les Alpes-de-Haute-Provence, CNRS, 1997, Vaumeilh, n° 233, p. 494-495.

[5] LEEUW Marc de, Prieuré de Chane, SIVOM de la Motte-Turriers, janvier 2000.

[6] AD HAP 2 V 89 et 93.

[7] L’affouagement de 1775 confirme ces faits : la communauté a aliéné le 25 octobre 1717 le domaine de Chane et son tènement qu’elle avait acquise du chapitre de Gap par transaction du 4 septembre 1687.

[8] CSV, n° 978 et 1109, p. 427 et 583, aux dates de 1171 et 1189.

[9] Féraud recopie ici une partie du texte de Laplane Edouard de, dans son Histoire de Sisteron, p. 116-117.

[10] AD AHP, 1 Q 41.

[11] Visite pastorale de 1641, AD HA G 784, f° 47.

[12] Délibération du conseil municipal du 17 juillet 1864 (archives communales).

[13]AD AHP, E dépôt Claret 58 /52. Noms des parrains et marraines inscrits sur la cloche : Jean-Paul AMOUREUX, Jean-Paul COLLOMBON, Pierre COLLOMBON, Marcel RICHAUD, Daniel TALMON, Christiane ARTHAUD, Mireille AYASSE, Nadine CHASTILLON, Marie-Alix BERAUD, Marie-Jeanne TALMON.

[14] Délibérations du conseil municipal à partir de 1889. Archives de la Mairie.

 

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