Daniel Thiery

Thèze Durance

 

T H E Z E

 

Thèze Titre

 

Le Terroir

 

Situation géographique

 

D’une superficie de 1126 hectares, la commune de Thèze est limitée au sud par celle de Vaumeilh et au nord par celle de Claret. A l’ouest la Durance s’étire à l’altitude moyenne de 520 mètres. Un large plateau s’étend ensuite entre 560 et 620 mètres d’altitude. Il se prolonge à l’est par des collines s’étageant jusqu’à l’altitude de 750 mètres. Cette situation fait dire aux enquêteurs lors de l’affouagement de 1698 que le village est situé dans la plaine, son terroir d’assez d’estendue et d’un assez bon rapport. Les habitants ont de l’eau pour leur usage et pour arroser des prés, jardins et cheneviers et du bois pour leur usage, borné du midi par la Durance [1]. Au XIXe siècle, l’abbé Féraud constate que le territoire de Thèze forme une espèce de demi-lune qui est bordée par la Durance et par un torrent. Le climat y est assez bon.

 

 

Mais les habitants se plaignent malgré tout disant, en 1698, que le lieu de Thèze n’a qu’une étendue d’un cart de lieue de long environ (1250 m), que la rivière de Durance toutes les années attire une bise et un brouillard qui brûle les semés dudit terroir et que la plus grande partie de terres inutiles pour estre tout de rocher et en estat de ne produire chose quelconque. De plus, le peu de biens qu’il y a et qui peut produire des fruits se trouve possédé par le seigneur dudit lieu et par le prieur, lesquels ne payent aucune taille ni autres impositions et par contraire les particuliers souffrent et payent toutes les charges imposées par la communauté au préjudice qu’ils ne possèdent que le plus mauvais bien. Dans une supplique adressée à Monseigneur le premier président et intendant ils menacent de quitter le pays si Sa Grandeur n’a la charité de faire réflexion sur ce qu’on vient de dire et d’avoir compassion, lesquels prient Dieu pour vostre santé et prospérité. Comme dans toutes les autres communes, il ne reste aux habitants que les terres des collines moins productives et plus difficiles à cultiver.

 

Les productions. Le pays des amandiers.

 

Elles consistent pour l’essentiel en céréales, blé froment et méteil. Le terroir fournit également du vin et du chanvre ainsi que des fruits, principalement des amandes. Avant la Révolution, chaque chef de famille paye au seigneur un troisième d’une poule ou 1 sol, un demi pot de vin pour chaque sossoirée de vigne, un patac pour chaque charge de terre en semence, 1 patac pour chaque sossoirée de pré et 1 patac pour chaque émine de chanvre et pour chaque jardin [2]. Après la Révolution, tout le terroir appartient aux habitants et l'on retrouve les mêmes cultures. 36 % du terroir est productif dont la majorité en céréales, froment, méteil, orge et avoine. Mais parmi toutes les autres communes, c’est celle qui produit le plus de pommes de terre et qui possède 50 hectares de jardins. Elle est également la seule à commencer à semer du colza et à cultiver la betterave. Elle continue également à produire des amandes avec 1500 arbres et des noix avec 500 arbres. Il est probable que la production de ces fruits et des jardins était dirigée vers Sisteron, proche et facile d’accès par la route royale. Les amandes se récoltaient au mois d’octobre avec de grandes gaules, acanadouiro, opération dite en provençal acanage. Après un mois de conservation, il fallait pratiquer le dégovage en enlevant avec un couteau la gove, écale verte entourant le fruit. Elles étaient vendues telle quelles ou elles étaient cassées sur une pierre plate durant les soirées d’hiver. Les amandes étaient utilisées pour la fabrication du nougat, des calissons et des dragées.

 

An 1836

Froment

Méteil

Orge

Avoine

P.Terre

Lég.sec

Vigne

Jardin

Chanvre

Total

 

140 ha

33 ha

13 ha

50 ha

50 ha

25 ha

39 ha

50 ha

10 ha

410 ha

 

 

Le cheptel

 

On ne possède aucun dénombrement du cheptel au XVIIe et XVIIIe siècles, les affouagements l’ayant ignoré. Ce n’est qu’au XIXe siècle qu’une première évaluation est fournie en 1836 [3]. Le terroir nourrit 1477 têtes de bétail. La majorité est constituée d’ovins à 83 %. Les habitants possèdent le minimum de bêtes nécessaire pour les labours avec 40 bœufs et pour le bât avec 50 mulets et 9 ânes. Un cochon est nourri par famille. Thèze n’est pas un terroir à vocation pastorale, mais céréalière et fruitière comme on l’a constaté plus haut.

 

Boeuf

Bélier

Mouton

Brebis

Agneau

Porc

Chèvre

Jument

Mulet

Ane

Total

40

60

250

550

300

150

60

8

50

9

1477

 

 

L’habitat, le château et le prieuré

 

L’habitat est partiellement concentré dans le village. Celui-ci s’est établi sur une petite butte dont le château occupe le sommet, les maisons s’enroulant en contrebas autour de lui. Le plan cadastral montre bien le premier îlot supérieur, puis un deuxième plus bas au sud. De ce côté le village domine la Durance d’une soixantaine de mètres. L’autre côté, tourné vers la plaine, est défendu par le château, une tour, et les façades des maisons. En 1728, le village est composé de 51 maisons, 32 autres sont disséminées dans la campagne.

 

Le château n’est qu’une grande bâtisse rectangulaire. Les seigneurs successifs furent les Laveno au XIIIe, les Agoult du XIVe au XVIe, les Serre au XVIIe et les d’Inguimbert au XVIIIe. Une chapelle dans le château, dédiée à Saint-Jacques et à saint Philippe, est signalée en 1687, bien voûtée, blanchie et pavée [4]. Thèze est une baronnie. Le deuxième pouvoir est dans les mains de l’abbaye de Cluny dont le prieur réside dans le prieuré jouxtant l’église paroissiale au sud. Ce prieuré se dévoile encore très bien, tout entouré de murs et composé de plusieurs bâtiments. Le seigneur et le prieur possèdent les meilleures terres comme on l’a constaté plus haut. Ils sont parfois associés comme en 1708 où la collation du prieuré de Thèze et de Notre Dame de Sigoyer, résigné par Joseph du Serre d’Orsière, moine de Cluny, est accordée à Raynaud du Serre, baron de Thèze, son frère, moyennant une pension de 400 livres [5].

 

Les habitants payent 150 livres par an au seigneur pour le droit de fournage et moyennant ce les habitants ne payent aucun droit (Affouagement de 1698). Quant au prieur il possède un bac sur la Durance dont il perçoit le droit de passage, mais les habitants sont obligés lors que l’on fait faire une corde de lui fournir 4 livres de chanvre par maison, moyennant quoi ils ne doivent aucun droit en passant ledit bac (Affouagement de 1728). Ce bac, abandonné à la Révolution, verra une tentative de restauration en 1887, mais sans succès. On ne parle pas de moulins. Il en est signalé un en ruine sur les cartes IGN modernes, sur le torrent du Mouson à 2 KM au NE du village. Il y en avait deux autres dont un au quartier du Verdal au sud-ouest du village.

 

Village Plan Thèze

 

Le petit cercle rouge indique le premier état du village, le grand le second état. Le chemin qui délimite le premier état est dit Chemin de ceinture. Le village s’est ensuite développé en dehors, principalement au nord. Le carré rouge signale le domaine du prieuré de Cluny jouxtant l’église et le cimetière.

 

 

La population

 

Elle s’élevait à 300 âmes en 1315. La grande peste en supprime 47 %, un des taux les moins élevés des deux cantons. De 160 habitants en 1471, elle s’élève à 366 personnes en 1765, période la plus faste. Une visite de l’évêque en 1685 fait état de plus 400 personnes, mais cette donnée n’est pas assurée. Ce sera ensuite le déclin jusqu’à la fin du XXe siècle où elle recommence à progresser. On constate le même phénomène relevé dans la majorité de nos communes avec néanmoins un pic réalisé aux XVIIe et XVIIIe siècles. C’est pourquoi, il faut atténuer les plaintes des habitants lors de l’affouagement de 1698 qui menacent de déguerpir. Le terroir était assez productif pour nourrir toute cette population.

 

Population Thèze

 

 

Historique du peuplement

 

 

L’Antiquité

 

Epée Thèze 1La carte archéologique de la Gaule publiée en 1997 reconnaît qu’aucune découverte n’a été signalée sur la commune [6]. Les habitants nous ontEpée Thèze 2 signalé quelques débris de tegulae de la période gallo-romaine à Jean Clare, Pré Jalaye, au Puy et à Pré Lacour. Les trois premiers sites sont probablement établis sur l’ancien itinéraire montant vers Claret.

 

Une découverte fortuite par un habitant mérite d’être signalée. Il s’agit d’une courte épée en bronze et fer en très bon état de conservation vu son antiquité. Elle pourrait dater en effet de l’Age du Fer, IIIe ou IIe siècle av. JC. La poignée en bronze est ornée de deux antennes et d’une tête d’homme. D’une longueur de 42 cm, il manque seulement le bout de la pointe de la lame en fer. Ce qui est remarquable dans cet objet est le réalisme de la figure anthropoïde qui habituellement est seulement représentée par un simple bouton, alors qu’ici la tête est bien reconnaissable avec les yeux, la bouche et le nez.

 

La présence de cette arme sur la rive gauche de la Durance indique qu’elle était un lieu de passage, ce type d’épées à antennes étant originaire d’Allemagne et de Suisse (civilisations de Halstatt et de La Tène). Leur diffusion s’est effectuée par les couloirs rhodanien et durancien dans le monde méditerranéen. Ce type de courtes épées, que l’on pourrait qualifier de glaive, est assez répandu. Les auteurs sont divisés pour les qualifier. Pour les uns, il s’agit de poignard, pour d’autres d’épée ou de glaive. Nous pencherions pour la dernière détermination.

 

 

Le Moyen Age

 

Thèze n’est pas mentionné au haut Moyen Age. Cependant deux indices fournis par des toponymes pourraient faire référence à une implantation carolingienne, Pré la Cour et Devant Ville. Le premier est situé à l’ouest du village sur un large plateau au centre duquel se dresse un petit monticule boisé (aujourd’hui habité) où aurait pu être installé la curtis carolingienne. L’autre toponyme, Devant Ville, est situé à l’est du village, entre celui-ci et le quartier du Puy. C’est à proximité que passait la voie antique et où a été décelée une occupation gallo-romaine. D’autre part, le cimetière des Sarrasins signalé par un texte de 1685, la découverte d’indices gallo-romains et la tradition d’une chapelle près de Jean Clare pourraient également correspondre à un établissement antique et carolingien. Nous aurions ainsi trois lieux susceptibles d’avoir été occupés durant le haut Moyen Age. Ils sont établis en milieu ouvert, en plein champ. Deux d’entre eux succéderaient à une première occupation antique. La chapelle citée près de Jean Clare n’est pas mentionnée au XVIIe. Seul, le cimetière a continué de fonctionner jusqu'à la sentence de l’évêque de 1685 qui l’interdit et déclaré profane : certaines familles sont en coustume d’estre inhumées dans un lieu vulgairement appelé Cimetière des Sarrasins et séparé du cimetière de la paroisse. Elles doivent estre obligées de clorre de murailles le prétendu cimetière ou inhibées d’y eslire leur sépulture à l’advenir. Les ossemens du Cimetière des Sarrasins seront transportés dans celuy proche de l’église, dans un an, et en après, déclaré profane [7]. Tous ces éléments, milieu ouvert, site antique, chapelle, cimetière confirment cette hypothèse de recherche.

 

Une autre hypothèse, mais difficile à prouver, consiste à établir au sommet de la colline où est situé l’habitat actuel une motte castrale érigée autour de l’an mil. Le site perché et défensif est propice à une telle implantation. Un château en pierre lui aurait succédé, faisant disparaître toute trace.

 

Après la période sarrasine, les moines réinvestissent le terrain. A Thèze, ce sont les moines de l’abbaye de Cluny qui en prennent possession. Cette abbaye, fondée près de Mâcon en 909 ou 910, se répand en Provence et érige des prieurés. Le père de saint Mayeul avait fait des dons à l’abbaye, tous situés en Provence. Vers l’an mil, elle possédait une quarantaine de domaines. Teiza est cité en 998 lors d’une confirmation par Rodolphe III des biens appartenant à l’abbaye : in Proventia, villa Rosacensis, cella Canagobiacensis, Valentiola, Teiza (Rosans, Ganagobie, Valensole et Thèze). Thèze ne fait partie des biens donnés à Cluny par le père de Mayeul et n’est donc pas mentionné dans les donations [8]. On ne sait à quelle date fut créé le prieuré de Thèze, mais il ne peut guère remonter au-delà de la fin du Xe siècle. On ne sait quel donateur en fut l’instigateur, sans doute un petit seigneur local. Ganagobie fut fondé vers l’année 957 et Valensole vers 980.

 

Tour ThèzeQuand les moines arrivent, ils choisissent le site le plus favorable, celui situé près de la motte castrale et près de l’implantation de Devant Ville et du Puy. Il s’agit d’un milieu ouvert, mais tout près d’un site défensif, ce qui confirmerait l’hypothèse de ce dernier. Les troubles sont à peine terminés et l’insécurité hante encore les esprits. Ils créent donc un prieuré, une église et un cimetière. Raymond Collier se demande si l’église actuelle est au même endroit que celle qui a été restaurée en 1599 [9]. Cela semble assez évident. L’église est parfaitement orientée et jouxte les bâtiments de l’ancien prieuré qui porte encore ce nom aujourd’hui et la paroisse dépend des moines. Dans le jardin de l’ancien prieuré des ossements sont encore mis au jour. L’église est dédiée à Notre-Dame de Bellevue, de Bellevidere comme attesté en 1563 ou de Beauregard en 1585 [10]. Bellevue se fixe à partir de 1599.

 

Milieu XIIe, le site défensif s’organise avec l’établissement du village groupé. Il n’est pas nécessaire d’y construire une église comme dans les autres communes, car celle des moines jouxte le village et continue son rôle d’église paroissiale. Seul le seigneur dans son château élève une chapelle dédiée à Saint-Jacques et saint Philippe. On ne sait si la chapelle de Jean Clare est encore en état, mais il est probable qu’elle a été détruite lors de la période sarrasine, d’où le nom du cimetière des Sarrasins qui lui est associé. Quant au premier château, on ne sait sous quelle forme il se présentait. Celui qui subsiste aujourd’hui, n’est, au dire de Raymond Collier, qu’une bâtisse très quelconque, à deux étages de baies cintrées avec une esplanade et une tourelle ronde formant pigeonnier, ensemble que l’on peut dater du XVIIIe siècle [11].

 

 

La période moderne et contemporaine

 

La Révolution

 

Les biens de l’église sont répartis entre le prieuré et la cure. Le prieuré possède quelque 6 hectares de biens. Il a deux bâtiments, une cour, une écurie et un grenier à foin dans le village, aux Ballustres et à Mal-Conseil. Un pré et une terre à la Clastre, trois terres à Pré la Cour, à l’Ourme et aux Prads. L’ensemble est adjugé à Pierre André de Thèze pour 8600 livres le 17 mai 1791 [12].

 

Les biens de la cure couvrent 5195 cannes ², soit 2 hectares. Ce sont des terres à Pré la Cour, au Plan, à Guillon et à Martelle. L’ensemble est acquis le 17 mai 1791 par Paul Leutier, ménager de Sisteron, pour 2750 livres.

 

 

L’église paroissiale [13]

 

On peut faire remonter sa fondation à la fin du Xe siècle quand les moines de Cluny prennent possession de leur domaine. On ne sait sous quelle forme l’église se présentait, on connaît seulement sa titulature à Notre-Dame de Bellevue. Entièrement reconstruite en 1846, rien n’a été conservé du premier édifice. Sans compter qu’il fut déjà détruit lors des guerres de Religion. En 1599, l’église Notre Dame de Bellevue est toute descouverte, commencée à rebastir de nouveau, nayan toutefois aucun autel ny fonts baptismalles, le cymetière estant tout ouvert. Quand l’évêque revient en 1641, il ne fait aucune remarque, signe que l’édifice a été réhabilité. Il signale seulement deux chapelles dans l’église, Saint-Sébastien à gauche fondée par un habitant de Thèze et dotée de quelques terres, et saint Blaise, à droite, appartenant à la communauté. Celle dédiée à Saint-Sébastien était déjà signalée en 1569 et 1592. Elle est dotée de terres qui donneront le nom à un quartier, Chapelle Saint-Sébastien.

 

 

Ce n’est qu’en 1687 que l’on apprend que la chapelle Saint-Sébastien est ornée d’un beau tableau en bois doré, sans doute celui qui est encore exposé dans l’église. Au-dessus de l’autel, il y a un tableau sans cadre. La chapelle du Rosaire est ornée d’un tableau bien propre, ce qui indique qu’il est neuf et vient d’être installé. Il s’agit du tableau actuel, de belle facture. Il n’existe pas de sacristie, seulement un coffre en bois noyer derrière l’autel, ce qui indique que ce dernier était décollé du mur de chevet. La partie de l’autel actuel formant le gradin, le tabernacle et le dessus du tabernacle sont tout ce qui subsiste de cet autel du XVIIe siècle.Le clocher qui porte trois cloches, dont une cassée, est en entrant, c’est-à-dire qu’il était élevé contre le mur de façade, alors qu’aujourd’hui, il est à l’arrière de l’église. Une des cloches porte la date de 1674. Le cimetière est au même endroit, fermé de murailles sèches sans croix.

 

La titulature à Notre-Dame de Bellevue va être remplacée par celle de Saint-Blaise. Elle apparaît en 1707 et ne va plus changer. Blaise et Sébastien étaient les protecteurs du village. Ils sont déjà signalés au milieu du XVIe siècle et leur recours doit remonter à la suite de la peste quand les habitants se tournent vers des saints anti-pesteux. Sébastien garde sa chapelle à gauche de la nef. Il est probable que c’est au début du XVIIIe que le tableau de Saint-Blaise a été installé au-dessus de l’autel. Il représente le saint en évêque. En arrière-plan est figuré son martyre et en bas à gauche on reconnaît les armoiries de Thèze, avec un cerf, trois roses et les lettres TH. La voûte est recrépie et blanchie en 1772 et la chapelle Saint-Sébastien n’est plus entretenue par manque de fonds.

 

Suite à la période révolutionnaire où l’édifice n’a plus été entretenu, le curé, l’abbé Blanchard, offre en 1843 la somme de 5 000 francs pour les réparations urgentes à effectuer. Le conseil municipal accepte l’offre, demande un plan à l’architecte de l’arrondissement et préconise une souscription volontaire auprès des habitants, la mairie ne pouvant rien ajouter à cause du manque de fonds [14]. Le nouvel édifice est achevé en 1846 comme indiqué sur la porte d’entrée. Entièrement remodelé, son style est typique du XIXe siècle comme ceux de Vaumeilh, La Motte, Turriers, Bellafaire et Faucon-du-Caire. On place une horloge dans le clocher en 1901. Celui-ci demande des réparations en 1908, puis il est frappé par la foudre en 1922 et réparé par Etienne Curré de Barcelonnette. Une porte neuve en chêne sera posée par Mr Dol, artisan, en 1967.

 

 

L’eau pour le ménage [15]

 

A la fin du XIXe siècle, il n’existe qu’une seule fontaine, mais elle se trouve au bas du village, bâtie dans une pente rapide et qui reçoit l’écoulement des eaux des écuries et des eaux ménagères qui se trouvent au dessus et filtrent en dessous, que par ces motifs on constate de temps en temps des cas de fièvre thyhoïde. La corvée d’eau devait être très pénible vu la raideur de la pente pour monter au plus haut du village, sans compter sur le risque de maladie. Elle est appelée la Basse Fontaine. Le 12 novembre 1893 le maire Théophile Arnaud démontre tous les avantages de capter la source de Peyssier et d’établir deux fontaines, une en tête (en haut) du village et une au quartier du Mal-Conseil. On emprunte 4000 francs au Crédit Foncier puis encore 1400 francs, remboursables sur trente ans au taux de 4 % en 1895. Mais le projet est abandonné et l'on choisit en 1909 la source du Brusc appartenant au sieur Pierre Bresson. Les deux fontaines sont enfin réalisées par un emprunt de 7 500 francs. Pour un nouveau confort deux lavoirs sont construits près des fontaines avec un nouvel emprunt de 2 600 francs. Le procès-verbal de réception est en date du 28 février 1927.

 

Ce n’est qu’en 1946 que la municipalité envisage l’adduction d’eau potable et sa distribution dans les maisons. En 1948 elle décide la création d’une station de pompage de la source alimentant les fontaines et de construire un réservoir de 100 m cubes sur la colline dominant la source, puis d’installer un réseau de conduite, le devis s’élevant à 4 millions de francs. Le projet est stoppé car un autre accapare toutes les attentions, la construction d’un nouveau groupe scolaire. Quand celui-ci est achevé l’idée revient seulement en 1955 où l’on choisit l’ingénieur, Mr Garcin, avec un devis de 7 millions de francs. Une première subvention arrive l’année suivante et en 1957 l’eau arrive dans les maisons du village. Les travaux ont été exécutés par l’entreprise Pascal de Gillestre.

 

Durant la même période, conjointement à l’adduction d’eau, est réalisé le tout-à-l’égout. Le maire constate en 1955 que les propriétaires des habitations du village déversent les eaux grasses dans les rues qui s‘écoulent dans les ruisseaux. Il est constaté que des mauvaises odeurs se dégagent et que des cas de typhoïde se produisent chaque année.

 

Dès 1940, la commune adhère au syndicat intercommunal d’irrigation regroupant les communes de Claret, Sigoyer, Vaumeilh et Thèze. La guerre interdit le projet qui n’est repris qu’en 1957. En 1960, il est estimé que 200 hectares pourraient profiter de l’aspersion.

 

 

Synthèse et perspectives

 

Thèze est marqué par une colonisation importante à l’époque romaine, les sites étant répartis principalement le long de l’ancien passage, à l’est de la route actuelle. Les toponymes de l’époque carolingienne indiquent également une implantation conséquente. Le terroir, comme on l’a remarqué, était propice aux cultures de toutes sortes et a attiré les propriétaires fonciers. Il est probable que durant tout le premier millénaire, le terroir était partagé entre plusieurs établissements de type villae, romaines puis carolingiennes. L’abbaye de Cluny a repris le flambeau dès la fin des troubles. Il reste peu de témoins de ces deux premières périodes, mais suffisamment néanmoins pour reconstituer une image virtuelle du Thèze antique et du haut Moyen Age.

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[1] AD AHP C 19 et 41.

[2] Le pot contient 1,31 litre, le sétier 40 litres.

[3] AD AHP 6 M 299.

[4] AD HA G 786 f° 197.

[5] AD HA G 870.

[6] Carte archéologique de la Gaule. Les Alpes-de-Haute-Provence, CNRS, Paris, 1997, n° 216, p. 478.

[7] AD HA G 786 f° 197.

[8] Bernard et Bruel, Recueil des chartes de Cluny, III, n° 2466, p. 547, 20 octobre-31 décembre 998. Rodolphe III est roi de Bourgogne entre 993 et 1032. Sur saint Mayeul, consulter Saint Mayeul et son temps, Actes du Congrès international, Valensole 12-14 mai 1994, Société Scientifique et Littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, Digne, 1997, 332 pages.

[9] COLLIER Raymond, La Provence monumentale et artistique, Digne, 1986, p. 233.

[10] AD HA, Collations, G 842 et 849.

[11] COLLIER, op. cité, p. 271.

[12] AD AHP 1 Q 40 et 70.

[13] AD HA Visites pastorales de 1599, 1641, 1687, 1759, 1772 (G 779, 784, 786, 789, 790).

[14] AD AHP E Dépôt 216/ 25.

[15] Délibérations du conseil municipal à partir de 1880, archives communales de la Mairie.

 

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