Daniel Thiery

Historique du peuplement de l'Antiquité au XIIIe siècle

 

Les anthroponymes

 

 

L’étude des noms de personnes est aussi ardue que celle des noms de lieux. Aussi nous ne pourrons pas apporter de lumières nouvelles sur ce sujet. Nous avons seulement relevé les noms en les classant par famille d’origine, quand cela nous a été possible. 345 personnes portent un nom livré par le polyptique, mais représentant 222 anthroponymes différents, car il y a des mêmes noms portés par différentes personnes.

 

Sur les 222, 26 anthroponymes nous échappent. 123 sont issus de la langue germanique, 73 du latin ou de l’hébreu transmis par le latin et la religion chrétienne. Les noms germaniques sont le plus souvent portés par un seul représentant et offrent donc une grande diversité. Seuls deux noms de femmes, Adaltrude et Adélaïde, sont portés par 3 femmes différentes. Les noms latins sont moins diversifiés et portés par un plus grand nombre de personnes. Ainsi, on rencontre 15 Dominica ou Dominicus, 9 Joanna ou Joannes, 9 Maria, 6 Maximus ou Maxima, 4 Marcella. On rencontre 3 Absalon.

 

Si l’on comptabilise le nombre de noms d’origines germanique et latine porté par l’ensemble des individus, on obtient 154 personnes portant un nom germanique et 157 un nom latin, soit un nombre à peu près égal. J.P POLY remarque pour l’ensemble du polyptique que les noms d’origines gallo-romaine l’emportent sur ceux d’origine germanique assez nettement, sauf à Chaudols où ils s’équilibrent justes. La prépondérance des noms romains est également plus nette chez les colons que chez les serfs [1]. Ce phénomène peut s’expliquer par la situation géographique de l’Ager Caladius qui est le domaine situé le plus au nord par rapport aux autres. L’influence germanique y serait alors plus importante que la gallo-romaine qui subsiste encore dans la Provence maritime.

 

A part Jean et Marie, on ne rencontre pas de noms d’apôtres ni des premiers martyrs du christianisme ou saints évangélisateurs. Faut-il y voir un signe du défaut d’évangélisation ou d’un phénomène de mode qui n’a pas encore intégré l’apport de noms chrétiens illustres ? Il semblerait que ce ne soit qu’à partir du Xe et surtout au XIe siècle qu’on assiste à l’abandon progressif des noms individuels germaniques au profit d’un nombre beaucoup plus restreint d’anthroponymes tirés du calendrier des saints [2]. Une partie des noms germaniques va se transformer par l’effet de la latinisation et une autre partie va complètement disparaître.

_______________________________________

 

[1] POLY, op. cité, p. 102, note 178.

[2] TOUBERT Pierre, L’Europe dans sa première croissance. De Charlemagne à l’an mil, Fayard, 2004, p. 361, dans le chapitre consacré à « Du nom de personne au nom de famille », p. 357-372.