Daniel Thiery

Historique du peuplement de l'Antiquité au XIIIe siècle

 

L’Ager Caladius en 814. Le polyptique de Wadalde

 

Le document suivant provient d’un texte qui tient une place à part dans le cartulaire de Saint-Victor[1].Il s’agit d’un polyptique ou description des biens d’une abbaye. Il a été rédigé sous l’autorité de l’évêque de Marseille, Wadalde, pour recenser les biens de son abbaye de Saint-Victor. Ces biens consistent en 11 Villae et 2 Agri répartis en Provence dans trois départements actuels, les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-de-Haute-Provence. Outre le nom du chef-manse, sont nommées les manses ou tenures qui en dépendent avec souvent leur nom toponymique. Sont signalés les noms des tenanciers et de leur famille, le cens qu’ils doivent verser au maître de la villa, ainsi que quelques détails particuliers.

 

Dans les Bouches-du-Rhône, sont recensés la Villa Nono, près de Cabriès avec 5 exploitations, la Villa Domado à Endoune avec 5 exploitations et la Villa Lambisco à Lambesc avec 23 exploitations. Dans le Var, il en est recensé 4 : la Villa Tregentia à Trigance avec 10 exploitations, la Villa Bergemulum à Bargemon avec 7 exploitations et l’Ager Ciliano à Seillans avec 14 exploitations. Les 7 autres se trouvent dans les Alpes de Haute-Provence. Les Villae Bedada et Marciana au sud du Lubéron avec 30 et 11 exploitations, la Villa Betorrida vers Forcalquier avec 45 exploitations, la Villa Sinaca (dite aussi ager) vers Castellane avec 22 exploitations, la Villa Virgonis à Vergons avec 6 exploitations, la Villa Rovagnis à Rougon avec 7 exploitations. Enfin, la plus importante, l’Ager Galadius avec 80 exploitations. En tout, ce sont 266 exploitations réparties dans 13 villae ou agri. L’étude générale de ces 266 exploitations fait ressortir un habitat dispersé, composé soit de fermes isolées (135) soit de 2 à 10 fermes groupées (131).

 

Ce polyptique a fait l’objet de plusieurs études depuis sa transcription par Guérard en 1857. Deux directions ont orienté les recherches. D’abord, la toponymie afin de tenter de localiser les 13 villae et les 266 exploitations. Puis, l’étude de la condition des hommes. Conjointement, s’y est greffé l’anthroponymie. Les premiers résultats d’enquête ont été revus et corrigés au fil du temps. Nous tenterons d’y apporter aussi notre part tout en sachant qu’il faudra encore affiner bon nombre de réponses et peut-être revoir en partie certaines affirmations. Victor LIEUTAUD en 1888, dans son article sur Esclangon, formait le vœu que quelqu’un, un jour, relève tous les toponymes des cadastres napoléoniens du canton de La Javie afin de localiser les lieux-dits fournis par le polyptique. Nous apporterons donc cette contribution avec le relevé de plus 3200 toponymes [2].

 

Nous avons formulé au départ de cette étude l’hypothèse que le canton actuel de La Javie ne suffisait pas à englober dans sa totalité le territoire de la villa de Chaudol. La limite de partage des eaux nous a ainsi autorisés à inclure 4 communes du canton de Seyne, (Auzet, Barles, Verdaches et Le Vernet), d’autant que ces communes font partie du diocèse de Digne. Ensuite, nous y avons joint quatre communes du sud, du canton de Digne, directement en contact avec Chaudol (Lambert, Ainac La Robine et Marcoux). Ce choix est peut-être erroné et malencontreux. Il subsiste en effet un doute à cause d’une assertion du plaid de 780 où la Villa Caladius englobe également des possessions dans le pagus d’Embrun, le terme pagus correspondant à une circonscription administrative et également à un diocèse.

 

Pour Caladius, le polyptique emploie le mot ager au lieu de villa. Sa signification, à cette époque, pose problème. Il semble que ce terme désigne un domaine plus étendu que la villa et plus petit que le pagus. Cela suppose que la villa Caladius d’origine se soit agrandie, intégrant dans son domaine des possessions extérieures prises sur d’autres villae. C’est ce que suggère d’ailleurs le texte de 780 par tout ce qui a été transféré d’autres lieux en ce lieu, en traduisant le mot lieu par villa. La phrase énigmatique de 780, mise en relation avec le texte de 814, prend alors tout son sens.

 

 

Colonicae et Vercarias [3]

 

Le polyptique décrit les 80 possessions du domaine. Voici le texte de l’une d’entre elles, relativement développé (H 2), à titre d’exemple :

Colonica in Primo Capa. Giso, mancipium. Uxor Muscula. Aldaltrudis, filia baccalaria. Ermentrudis, filia baccalaria. Tomas, filius, ad scola. Ilius, filius annororum VIII. Arsinda, annorum V. Dat tributo nummum I, pasco verbecem I. Maxima, vidua. Vibiana, filia annorum X. Magna, filia annorum VIII. Ermesindis cum infantes suos. Dominici, verbecarius. Maurobertus, mancipium. Uxor Superantia. Mauregotus, filius baccalarius. Scaenerus, baccalarius. Scolastica, vidua.

 

Colonge à Primo Capa. Giso, tenancier. Son épouse Muscula. Adaltrudis, leur fille, jeune fille célibataire. Ermentrudis, leur fille, jeune fille célibataire. Tomas, leur fils, étudiant. Ilius, leur fils de 8 ans. Arsinda, de 5 ans. Impôt de 1 denier et une brebis. Maxima, veuve. Vidiana, sa fille de 10 ans. Magna, sa fille de 8 ans. Ermesendis, avec ses enfants. Dominici, berger. Maurobertus, tenancier et son épouse Superantia. Maurobertus, leur fils, jeune homme célibataire. Scaenerus, jeune homme célibataire. Scolastica, veuve.

 

Cette colonge est composée de deux tenanciers mariés, Giso et Maurobertus, d’un berger célibataire, Dominici, de deux veuves, Maxima et Scolastica et d’une autre femme, Ermesendis, dont on ne sait si elle est veuve ou célibataire. Les deux tenanciers, une veuve et Ermesendis ont des enfants. Pour les enfants jusqu’à 15 ans, leur âge est indiqué. Les autres, au-delà de cet âge, sont dits baccalarius, baccalaria, jeune homme, jeune fille, non mariés. Au total, la colonge est composée de 8 adultes et de 9 enfants, soit 17 personnes. Mais il faut y ajouter les enfants d’Ermesindis non comptabilisés. Il devait exister dans cette colonge 3 ou 4 fermes ainsi qu’une bergerie avec les terres agricoles alentour et les terres pastorales.

 

Le polyptique recense 56 colonicae, 18 vercarias, 4 lieux-dits sans attribution, 1 pâturage et enfin 1 villare. Le mot colonica signifie à cette époque « exploitation agricole », synonyme également de casa, Le terme vercaria est issu du latin vervex, brebis, désignant une bergerie, le berger étant dit verbecarius. Villare désigne un « village », une localité plus importante qu’une colonge même composée de plusieurs fermes.

 

Parmi les 56 colonges, quelques-unes sont dites apsta, c’est-à-dire « vides », inhabitées. On en connaît parfois le tenancier mais il est ad requirendum, « à rechercher ». Par contre, certaines apsta sans tenancier doivent cependant un cens d’une ou deux brebis, ce qui laisse supposer qu’elles étaient exploitées par des non résidents. Dans certaines colonges, une ferme est exploitée et une autre est « vide ». Les tenanciers sont dits principalement mancipium. On rencontre également 7 colonus, « colon ». Pour certaines exploitations, est indiqué le cens, le tributum et le pasquier. Le cens, jusqu’au XIe siècle où il deviendra numéraire, consiste à donner par an au propriétaire un porc et un mouton. Le tribut est un versement en numéraire, à cette époque en deniers d’argent. Enfin, le pasquier concerne les brebis et les agneaux. Quant à la tasque, soit le 11e du produit des récoltes, elle n’est jamais citée, car elle concerne toutes les exploitations sans exceptions. Sont signalées des personnes, époux ou épouses, « étrangères », terme signifiant qu’elles ne font partie des possessions de l’église de Marseille. Dans ce cas, leur nom n’est pas indiqué. Les hommes étrangers ne peuvent pas être tenanciers d’une exploitation, en ce cas c’est leur femme « non étrangère » qui en est responsable.

 

Le polyptique n’a pas groupé les exploitations par lieux-dits, mais on les trouve dispersées sur la liste. Certains lieux figurent sous deux orthographes. En voici le résumé que nous avons classé par ordre alphabétique des lieux-dits [4].

 

Albarasco, Albarosco (H 4.14). 2 colonicae.

- A Albarasco, c’est une collonge tenue par un mancipium célibataire. Il a un fils de 10 ans, 3 jeunes hommes et 2 jeunes filles.

- A Albarosco, il n’est signalé qu’une brebis comme tribut.

Population : 7 personnes.

 

Albiano (H 23. 24). 2 colonicae.

- La première est tenue par un colonus et son épouse. Un de leur fils est à rechercher. Il y a encore 4 jeunes hommes et 2 jeunes filles. La colonge doit le cens et le tribut.

- La deuxième exploitation est « vide », mais doit 1 brebis. Le texte indique pour la 2e, inhibi, « dans le même lieu » que la première. On peut envisager deux fermes, dont une seule est occupée, les terres de la seconde exploitée par le tenancier de la première, en attendant que soit installé un autre.

Population : 9 personnes.

 

Alisino (H 64. 73). 2 vercarias.

- La première est la propriété de Dodo et de son épouse étrangère. Ils ont plusieurs enfants, dont un est à rechercher. Un nommé Lubus est également à rechercher avec ses enfants.

- La deuxième est la propriété de Maximus. Elle est tenue par un mancipium célibataire. Il y a une veuve dont une de ses filles est mariée à un étranger. Le tenancier a une fille également mariée à un étranger dont elle a 9 enfants.

Population : 33 personnes auxquels il faut ajouter 3 adultes avec des enfants non comptabilisés.

 

Almis (H 52). Colonica.

Elle est en bénéfice à Celsus, c’est-à-dire qu’il la gère en son propre nom, qu’il en récolte tout le bénéfice, en réservant une partie à l’abbaye. Cette colonge est certainement exploitée par des serfs qui ne sont pas nommés.

Population : inconnue.

 

Amproculo (H 50). Colonica.

Elle est composée d’une seule ferme, mais apsta.

 

 

Anana. Nannas (H 5. 6. 7. 9. 11. 17. 18. 19). 4 colonicae, 2 vercarias, 1 villare, 1 pâturage.

- H 5 : il s’agit du villare, que l’on peut comprendre par « village ». Il est entièrement en bénéfice à un certain Ebroinus. Il n’y a aucune description. Mais il faudrait peut-être joindre à ce « village » un autre toponyme Talpino qui est dit in Villare et que nous examinerons par la suite.

- H 6 : colonica inhibi (dans le même lieu). Elle est tenue par 2 mancipia, dont l’un est une femme mariée à un étranger. Y vivent également un clerc et sa fille mariée à un étranger avec ses 7 enfants. On remarque ici que l’étranger, même s’il est un homme, n’a pas le titre de tenancier, mais sa femme.

- H 7 : colonica inhibi. Cette colonge est apsta, avec ferme inhabitée et terres incultes.

- H 9 : vercaria. Elle est tenue par une filia mariée à un étranger. Ils ont des enfants non comptabilisés.

- H 11 : pasco, un pâturage. N’est signalée que la redevance de 3 brebis et d’une mesure d’avoine.

- H 17 : colonica tenue par un mancipium célibataire. Il est accompagné de deux jeunes filles célibataires.

- H 18 : colonica apsta inhibi que doit régir Costantinus fils avec son épouse. Ils ont une fille de 6 ans et deux jeunes gens, garçon et fille. Le cens est ici détaillé : un porc, un autre à la mamelle, 2 poules, 11 œufs. Le tribut est de 1 denier.

- H 19 : vercaria inhibi tenue par un verbecarius et son épouse. Ils ont 3 filles et 1 jeune homme célibataire.

On peut distinguer 2 foyers d’exploitation : H 5, 6 et 7 sont dans le même lieu, de même que H 17, 18 et 19, H 9 est par contre une bergerie isolée. Il faut remarquer la présence d’un clerc. La population s’élève à 29 personnes. Mais tous les habitants ne sont pas comptabilisés, en particulier ceux du Villare (H 5) et les enfants de la bergerie H 9.

 

Ardonis, Ordanis (H 8. 15) 1 colonica

A Ardonis, la colonica est tenue par un mancipium marié. Le couple a 6 enfants, dont 4 sont jeunes célibataires. Deux autres filles sont mariées à des étrangers, l’une ayant un enfant au sein. Population de 11 personnes.

A Ordanis, on ne connaît que le pasquier d’une brebis.

 

Argario (H 76). 1 vercaria

Bergerie avec Joannes et ses enfants qui est à rechercher.

 

Bedata (H 30) 1 colonica

Cette exploitation est apsta dont on recherche Georgius le tenancier. Pasquier de 1 brebis.

 

Buxeto (H 61. 62) 2 colonicae

Elles sont toutes deux dans le même lieu, mais apsta.

 

Caladio, Caudulo (H 3. 51. 66. 67. 68. 72). 2 colonicae et 4 vercarias.

- H 3 : colonge tenue par un colonus marié, sans enfants. Est cité un artisan, faber, marié, avec 2 garçons dont l’un est étudiant, ad scola. Il y a également un diacre nommé Onoratus.

- H 51 : bergerie tenue par un couple dont l’épouse est étrangère. Ils ont 2 garçons de 10 et 11 ans, 4 jeunes hommes et 2 jeunes filles célibataires et une fille mariée à un étranger, soit 12 personnes.

- H 66 : cette colonge est dite indominicata, c’est-à-dire domaniale. C’est la villa-chef ou chef-manse. Elle est occupée par un certain Onoratus qui est à rechercher, par un jeune homme et par un couple avec 5 enfants en bas âge. Cette colonge ne doit que la moitié du cens.

- H 67 : bergerie inhibi tenue par un quotidianus, journalier, marié avec 5 enfants.

- H 68 : bergerie tenue par un couple marié avec 6 enfants dont l’aîné à 10 ans (âges : 10, 8, 5, 4, 3, au sein). Le cens n’est perçu que pour la moitié. Y vivent également une jeune fille célibataire, Paula, avec son fils de 8 ans et sa fille de 7 ans, ainsi qu’une autre jeune fille, Martina.

- H 72 : bergeries. Il semble qu’il y ait tout un groupe de bergeries et d’habitations. Il y a d’abord un groupe de 5 personnes avec des enfants dont 2 sont à rechercher. Puis vient un couple marié dont l’épouse est étrangère avec 6 enfants. Ensuite, deux autres couples, dont les maris sont étrangers, avec 2 enfants chacun. Enfin, un homme marié à une étrangère, une femme mariée à un étranger et deux femmes avec leurs enfants. Population de ce groupe de bergeries : 26 personnes recensées, plus un grand nombre d’enfants (8 x 3 = 24) non comptabilisés [5].

Population totale : 73 personnes recensées.

 

Campus (H 56). Colonica

On apprend seulement qu’elle est tenue par Lauterigus.

 

Cangnola (H 58. 63). 1 Colonica et 1 vercaria

- La colonge est tenue par deux mancipia mariés. L’un est signalé marié, l’autre non, mais a un fils marié. Il y a également une veuve ainsi que 2 femmes mariées à 2 étrangers qui sont à rechercher. Population de 17 personnes avec un groupe d’enfants non comptabilisés.

- La bergerie est apsta.

 

Carcas (H 41. 42). 2 Colonicae

- La première est tenue par un couple marié avec 4 enfants en bas âge (5, 4, 3, au sein). Elle abrite également une veuve et un couple dont le mari est étranger avec leurs enfants. Pasquier de 1 brebis. Population recensée : 9.

- La deuxième est inhibi, dans le même lieu, avec 3 mancipia mariés dont 2 avec une épouse étrangère. Le premier couple a 10 enfants, les deux autres n’en ont pas. On relève encore une veuve et une femme mariée à un étranger avec 2 enfants. Le pasquier est d’une brebis. Population de 21 personnes.

Ces deux colonges groupées étaient constituées d’au moins 4 fermes puisqu’il y a 4 tenanciers. Population totale de 30 personnes.

 

Casa Nova (H 75). Vercaria

Le texte indique qu’il s’agit d’une possession du presbiterato Sancto Damiano de Caladio, « de l’église Saint-Damien de Chaudol » [6]. Cette information est d’importance car on apprend qu’il existe une église à Chaudol sous le titre de Saint-Damien. Cette église percevait les produits de la bergerie pour son entretien. La bergerie est occupée par un célibataire ayant 3 enfants dont un est étudiant.

 

Castelione (H 79). Colonica.

Cette colonge est apsta.

 

Cavadenis (H 57). Colonica.

Une veuve, sans mention de fonction, est citée avec 3 enfants dont une fille est mariée à un étranger.

 

Cenas (H 54. 55). 2 Colonicae

- La première est apsta et le tenancier, Magincus, est à rechercher.

- La deuxième est tenue par un mancipium marié avec 3 enfants en bas âge. Il y a également une veuve avec ses 6 enfants. Puis sont cités 2 jeunes hommes et 4 jeunes filles. Cette colonge doit le tribut et le cens. Population de 18 personnes.

 

Curiosco (H 53) Colonica.

Cette colonge est apsta.

 

Dailosca (H 34). Colonica.

Elle est tenue par un couple marié avec 2 grands enfants. Il en est signalé un troisième, sans doute décédé, dont l’enfant est à rechercher. Population de 4 personnes.

 

Derveno (H 78). Colonica.

Cette colonge est apsta

 

Durulo (H 74) Vercaria.

Cette bergerie est dite indominicata, relevant directement du domaine, du maître. Elle est composée de deux couples mariés avec leurs enfants, de 5 femmes ayant également des enfants et de 2 autres sans enfants.

 

Fraxeno (H 26). Colonica.

Cette colonge est apsta mais doit cependant 1 brebis. Elle est dite inhibi que la colonge de Mercone.

 

Frondarias (H 20). Vercaria.

Elle est comme celle d’Almis (H 52) en bénéfice de Celse. Pasquier de une brebis.

 

Lebrosca (H 77). Colonica.

Cette colonge est apsta.

 

Mercone (H 25). Colonica.

Cette colonge abrite un artisan, artifex. Pasquier de une brebis. On recherche une femme avec ses enfants.

 

Mora (H 69). Colonica.

Cette colonge est apsta mais doit cependant 1 brebis.

 

Nezitenis (H 32. 33). 2 colonica.

La première est tenue par un colonus marié, sans enfants. Doit 4 brebis.

La deuxième, inhibi, est constituée de plusieurs bergeries, apstas, devant cependant 2 brebis.

 

Ulegelis. Olégolis (H 40. 43). 1 colonica et 1 vercaria.

- H 40 : colonge avec deux mancipia, le premier marié à une veuve. Il y a 4 grands enfants dont une fille mariée à un étranger. Elle doit le cens et 2 brebis. Le second tenancier est une femme mariée à un étranger avec 3 enfants.

- H 43 : bergerie appartenant à Dodo, le même qu’à Alisino (H 64). Doit une brebis. Cette bergerie est dite inhibi que la précédente située à Carcas. En ce cas il faut dissocier Ulegelis de Olegolis, étant deux lieux-dits différents, la deuxième à lier à Carcas.

 

Orsarias (H 12).

On ne sait de quel établissement il s’agit. On apprend seulement qu’il doit donner 3 brebis et une mesure d’avoine.

 

Prato (H 29). Colonica.

Pas de statut pour la veuve habitant cette colonge. Elle a 2 filles et un enfant de 6 ans. Doit une brebis.

 

Primo Capa (H 2. 21. 22). 2 colonicae et 1 vercaria.

- H 2 : voir le texte complet et son analyse en début de ce chapitre.

- H 21 : bergerie tenue par un colonus marié et ses 3 grands enfants. Le tribut est d’un denier, le cens est divisé par deux.

- H 22 : colonge dite inhibi que la précédente. Le fils d’une veuve en est mancipium. Elle a également encore 5 enfants. Le mari décédé devait être le tenancier, la charge est transmise à l’aîné des enfants.

Population totale à Primo Capa : 29 personnes.

 

Printino (H 16). Colonica.

Cette colonge est apsta.

 

Sancto Damiano (H 80). Vercaria.

La bergerie est tenue par un colonus. Sont cités ensuite plusieurs personnes sans lien de parenté : un prêtre et d’autres dits fils ou filles. En tout 9 personnes. On retrouve Saint Damien, lieu-dit correspond au lieu où est située l’église citée par H 75 à Casa Nova.

 

Sclangone (H 44. 45 .46). 3 colonicae.

- H 44 : colonge tenue par un mancipium et son épouse, avec 3 enfants dont un en bas âge, « au sein ». Doit une brebis. On y trouve également une femme avec son mari étranger et ses enfants.

- H 45 : est composée de 2 fermes dont l’une est apsta. L’autre est tenue par un colonus marié avec ses 5 enfants. Cette colonge doit le cens, le tribut et une brebis.

- H 46 : elle est gérée par un colonus marié à une étrangère. Mais c’est l’un des fils célibataire qui doit gérer la colonge. Il y a encore 3 autres enfants. La colonge doit le cens, le tribut et une brebis.

Les trois colonges sont dites « dans le même lieu ». Population totale de 20 personnes plus les enfants d’un couple non comptabilisés.

 

Sebeto (H 59. 60). 2 colonicae.

La première est apsta et Maria est à rechercher. Doit une brebis.

La deuxième est à rechercher.

 

Sinido (H 10. 13). 2 colonicae.

La première est une colonge qui doit 2 brebis et une mesure d’avoine.

Pour la seconde, on apprend seulement que le pasquier est de 2 brebis.

 

Stolegario (H 71). Vercarias.

Ces bergeries semblent dispersées, une est à rechercher qui doit une brebis. Deux couples mariés doivent chacun un tribut de 2 deniers. Sont cités ensuite, sans conjoints, 2 hommes et 6 femmes avec leurs enfants non comptabilisés

 

Sulauda (H 49). Colonica.

Elle est dite « à rechercher ». Elle est tenue par un mancipium avec son épouse étrangère et ses enfants.

 

Talpino in Villare (H 35. 36. 37. 38. 39) 5 colonicae.

- H 35 : colonge composée de deux exploitations apsta qu’Autramnus a en bénéfice. Le pasquier est de 3 brebis.

- H 36 : colonge inhibi dans le villare que Autramnus a en bénéfice. Pasquier de 10 brebis.

- H 37 : colonge apsta, dont le tenancier est connu mais a disparu. Pasquier de 1 brebis.

- H 38 : colonge sans aucune description.

- H 39 : colonge tenue par un mancipium marié, avec un enfant « au sein » et un autre de 2 ans. Le pasquier est d’une brebis. Sont également présents un couple marié sans enfants, un autre dont le mari est étranger et une jeune fille célibataire.

Population recensée : 9 personnes, toutes en H 39.

 

Teodone (H 27. 28). 2 colonicae.

- H 27 : il y a deux mancipia. Le premier a une épouse étrangère. Puis sont signalés une jeune fille célibataire et un « mari ». Le deuxième est célibataire, mais a 5 grands enfants dont un est à rechercher. Doit 2 brebis.

- H 28 : cette colonge est dite inhibi et apsta. Mais sont désignés 2 « fils », puis un « fils » et une « fille » avec ses enfants, tous deux à rechercher.

Ces deux colonges groupées sont difficiles à interpréter quant à leur population.

 

Travigio (H 31). Colonica.

N’est cité qu’un mancipium devant une brebis.

 

Tuda (H 65). Colonica.

Il est d’abord dit que Stephanus la possède.Il a un fils jeune homme et un autre est étudiant. Il doit une brebis. Vient ensuite une femme, Celsa, avec ses enfants, qui est à rechercher. De même pour Ermenbertus. Un autre, Eusebius, est présent, avec ses enfants. Est nommé enfin un mancipium, Maximus, avec son épouse, puis un prêtre avec son épouse et 3 jeunes célibataires.

 

Uledis. Viledis (H 1. 48). 2 colonicae.

- H 1 : il y a deux tenanciers dont le premier est dit accola. Il est marié avec une étrangère. Ils ont un enfant de 5 ans et doivent une brebis. Le deuxième est mancipium, marié, avec 6 enfants. Viennent ensuite 2 jeunes filles et un homme avec ses enfants qui est à rechercher.

- H 48 : la colonge est tenue par un mancipium. Celui-ci est accompagné d’un jeune homme et d’une jeune fille, sans relation de filiation. Il doit le pasquier.

 

Ventonis (H 47. 70). 1 colonica et 1 vercaria.

- H 47 : deux mancipia. Le premier est l’époux d’une étrangère. Ils ont un fils de 10 ans. Le deuxième est marié et a deux enfants de 5 et 8 ans.

- H 70 : cette bergerie doit une brebis. Il n’y a pas d’autres renseignements.

_____________________________________

 

[1] Coté H, dans le Tome II, p. 641-649, sous le titre de Description des tenures de l’ager Galadius, faite au temps du seigneur évêque Vualdade (discriptio mancipiorum de agro Galadio, factum temporibus domno Vuadaldo episcopo).

[2] Articles sur le polyptique de Wadalde, dans l’ordre chronologique :

- BLANCARD L. « Le polyptique de Vualdade, évêque de Marseille, étudié du point de vue de la condition des personnes en Provence aux VIIIe et IXe siècles », Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Marseille, 1877-1878, p. 461-499.

- LIEUTAUD V. « Esclangon », Bull. de la Sté Sc. et lit. des BA, 1887-1888, p. 137-151.

- ARBAUD D. « Etude sur le polyptique de Marseille (de l’an 814) ou dénombrement des possessions de l’Eglise de Marseille », Bull. de la Sté Sc. et lit. des BA, 1903, p. 189-203.

- BERGH A. Etudes d’anthroponymie provençale : les noms de personne du polyptique de Wadalde, Göteborg, 1941.

- BALON J. « La donation de la villa Caladius à l’abbaye de Saint-Victor de Marseille », Mélanges Tisset, 1970, p. 15-17.

- SAUZE E. « Le polyptique de Wadalde. Problèmes de toponymie et de topographie provençale au IXe siècle ». Provence Historique, janv-mars 1984, p. 17-21 et 26-33 (sur la Villa Caladius et conclusion)

- CRU Jacques, « Le polyptique de Wadalde (815-814) et l’occupation du sol. L’exemple de la villa Rovagonis, Bastides, bories, hameaux, l’habitat dispersé en Provence, Caco, Mouans-Sartoux, 1986, p. 75 à 96.

[3] Il faut traduire le mot colonica par « colonge » et non par « colonie », du latin colonia. Colonica a, en latin et ici le même sens de « maison de cultivateur, « ferme ». Colonge, Collongue subsistent encore en de nombreux lieux-dits et villages. Pour le latin médiéval consulter NIERMEYER J.F., Mediae Latinitatis lexicon medius, Leiden, 1976.

[4] Le polyptique a classé l’Ager Galadius sous la lettre H suivi d’un numéro, de 1 à 80, pour chaque exploitation. Devant chaque lieu-dit, il faut ajouter la préposition latine in signifiant « à » suivi de l’ablatif que nous avons conservé dans le nom du lieu-dit.

[5] La moyenne par couple s’établit à 3 enfants.

[6] Presbyteratus : à la fois « prêtre » et « cure », ce qui sous-entend une église.