Daniel Thiery

Historique du peuplement de l'Antiquité au XIIIe siècle

 

Chapitre II

 

Le Moyen Age du VIIIe au XIIIe siècle

 

Autant la période précédente était pauvre en éléments d’appréciation, autant celle que nous abordons maintenant est plus riche. Pour un pays isolé comme celui de la Haute Bléone, la documentation permet de reconstituer ce qu’était la vie durant le haut Moyen Age, c’est-à-dire ici la période de 700 à 850. Les témoins reprennent ensuite à partir de l’an Mil jusqu’à la fin du Moyen Age, après la grande peste.

 

Ce chapitre se divisera en deux parties :

 

- l’ager et la villa Caladius, pendant la période carolingienne (VIIIe-milieu IXe s.)

- le renouveau des monastères et les paroisses rurales (XIe-milieu XIIe s.)

 

La documentation repose essentiellement sur le Cartulaire de Saint-Victor qui fournit l’essentiel des données pour les deux premières périodes. Quelques historiens apporteront leur lot de renseignements. C’est cette synthèse que nous voudrions présenter maintenant.

 

Au cours du IIIe et IVe siècle, le christianisme s’impose dans tout l’Empire. La conversion de l’empereur Constantin en 313 fait du christianisme la religion officielle que ses successeurs Gratien et Théodose rendront même obligatoire pour tous. Les évêchés s’implantent dans les civitas, centres administratifs. En Provence, le premier apparaît à Embrun vers 368, suivi immédiatement de Digne. Parallèlement, des moines ermites s’installent dans des contrées isolées, puis édifient des monastères de cénobites, le premier à Saint-Honorat de Lérins en 410 puis à Saint-Victor de Marseille vers 415. Ces moines fournissent ensuite bon nombre d’évêques et commencent la christianisation des campagnes. Toute la Provence est vitalisée par un tissu d’églises et de paroisses rurales qui ont investi les domaines et les villae gallo-romaines. Le culte des saints et des reliques se diffuse largement, surtout sur les tombeaux des premiers martyrs et évangélisateurs.

 

Après la chute de l’Empire romain la Provence est d’abord aux mains des Wisigoths en 484, qui professent la religion chrétienne mais sous la forme de l’arianisme [1]. Puis elle passe aux mains des Ostrogoths de 508 à 536. Mais il y a peu de changement, car Théodoric représente l’autorité de l’empereur byzantin, successeur de l’empereur romain. A partir de 536, ce sont les Francs qui prennent le pouvoir et les lois et coutumes nordiques vont prendre progressivement le pas sur les lois romaines. La conversion au christianisme de Clovis en 496 n’oblitère pas cette nouvelle administration, mais la division de ses successeurs pour se partager la Provence va amener le chaos dans une province qui sera démembrée et laissée à l’abandon. En même temps les Lombards d’Italie viennent régulièrement la piller. Sous les derniers mérovingiens, seuls les maires du palais possèdent encore une certaine autorité, tentant de sauver cette monarchie. Charles Martel en sera le sauveur qui installera une nouvelle dynastie, celle des carolingiens. Nommé maire du palais en 717, il dirige le royaume sous les derniers rois mérovingiens Childéric II et III. Son fils cadet, Pépin le Bref, premier carolingien, est élu roi des Francs en 751, son fils Charlemagne lui succède en 768. C’est à ce moment qu’apparaît la Haute Bléone.

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[1] Doctrine niant l’unité de la Sainte Trinité et la divinité du Christ qui fut condamnée par le concile de Nicée en 325.