Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

Première partie

 

Le terroir de Haute Bléone

 

d’après les anciennes descriptions (XVIIe-XIXe siècle)

 

 

Le pays de Haute Bléone s’étend du sud de Seyne au nord de Digne. Pays de montagne, il est entrecoupé de vallées creusées par des cours d’eau. Au Nord, Auzet est bâti à 1 200 mètres, Marcoux, au sud, repose à 700 m. Chaque vallée a été colonisée et les villages sont à proximité des torrents (Carte 1). Les conditions de vie sont difficiles à cause de la rigueur du climat, d’un sol peu fertile, la plupart du temps pentu et rempli de pierres. Les seules possibilités de culture se trouvent aux abords des rivières et des torrents et sur quelques petits plateaux disséminés dans les montagnes. Celles-ci sont élevées et abruptes, coupées par des ravins étroits. Les communications, autrefois, étaient en outre très aléatoires et même dangereuses.

 

Plusieurs séries de textes nous révèlent les conditions de ce terroir. Ce sont d’abord les rapports des affouagements, au nombre de trois, de 1698, 1728 et 1774-1775 [1]. Les deux premiers livrent les « plaintes et remontrances » de chaque communauté se plaignant que les impositions sont trop élevées et demandant une diminution. La situation du terroir peut sembler être noircie volontairement afin d’attendrir les commissaires, mais à lire le troisième affouagement, celui de 1774, qui a été rédigé par les commissaires eux-mêmes, on s’aperçoit que la réalité n’a pas été trop déformée. Puis viennent trois historiens, Achard en 1787, Garcin en 1835 et Féraud en 1844 [2]. Enfin le cadastre napoléonien et les statistiques annuelles permettent de visualiser la répartition des terres et la qualité du cheptel. Ces textes permettent d’apprécier les conditions de vie, parfois de survie, de cette population de Haute Bléone [3].

 

Cette population n’a jamais été très nombreuse, à cause des conditions du terroir. Avant la peste du XIVe siècle, en 1315, on dénombre 5305 habitants sur un territoire couvrant plus de 51 000 hectares. Après la peste, en 1471, la population a chuté de 71%, avec 1516 habitants. Il faudra attendre le milieu du XIXe siècle, en 1851, pour retrouver un nombre à peu près égal à 1315, soit 5178 habitants. Mais la chute sera de nouveau brutale puisque 100 ans plus tard, en 1962, la population aura décrue avec 1599 habitants, retrouvant celle de 1471. Depuis 1962, la population se relève, avec 2473 habitants en 1990 et 2756 en 1999. C’est la commune du Brusquet qui explose passant de 235 habitants en 1962 à 992 en 1999. Les autres progressent moins spectaculairement, certaines continuent leur déclin comme Auzet, Barles, Prads et Verdaches, sans doute à cause de l’altitude.

 

Les affouagements de 1698 et de 1774 citent la plupart du temps les fontaines, les fours à pain et les moulins à farine. Ces derniers sont repérables sur la carte de Cassini qui est contemporaine des dernières descriptions.

 

Pour mieux suivre ces descriptions, nous reprenons les communes telles qu’elles existaient jusqu’en 1974 avant les différents regroupements (Carte 4).

 

 

 

Carte 4

 

Les communes et leurs principaux hameaux aux 18 et 19e siècles

 

Carte 4

 

 

Les communes de Haute Bléone jusqu’en 1974 :

 

- Canton de La Javie : Archail, Beaujeu, Blégiers, Le Brusquet, Draix, Esclangon, La Javie, Mariaud, Prads, Tanaron.

- Canton de Seyne : Auzet, Barles, Verdaches, Le Vernet.

- Canton de Digne : Ainac, Lambert, Marcoux, La Robine.

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[1] AD AHP, C 18, 40 et 41 pour 1698, C 21 pour 1728 et C 25 pour 1774. Affouagement ou réaffouagement : d’abord impôt sur chaque maison d’habitation, chaque feu ou foyer. Ce feu est devenu ensuite une unité de mesure servant à évaluer la richesse d’une communauté et de son terroir. Il était établi et prélevé par les Etats de Provence au profit du trésor royal et des besoins des services publics de l’administration provençale.

[2] - ACHARD Cl-F. Description historique et géographique et topographique des villes, bourgs, villages et hameaux de la Provence ancienne et moderne …, Aix, 1787-1788 (2 volumes).

- GARCIN E, Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne, Draguignan, 1835.

- FERAUD J.J.M (abbé). Géographie historique et biographique du département des Basses-Alpes, 1844 (Res Universis, 1992).

[3] Pour la population, nous avons utilisé les données fournies par L’Atlas Historique. Provence, Comtat, Orange, Nice, Monaco. Baratier, Duby, Hildesheimer, Paris, 1969. Dates : 1315, 1471, 1765, 1851 et 1962, ainsi que les données de l’INSEE pour la période actuelle. Cadastres napoléoniens, série 3 P ; statistiques annuelles, 6 M 299 (1837).

 

 


 

AINAC

 

 

Cette ancienne commune, rattachée à la commune de La Robine en 1973, offrait une petite superficie de 519 hectares. Aujourd’hui dans le canton de Digne, elle faisait partie, sous l’ancien Régime, de la viguerie de Digne. A près de 1 110 mètres d’altitude, sa situation isolée dans des montagnes abruptes, le défaut de chemins praticables, la rigueur du climat et un terroir peu fertile soumettaient les habitants à la pauvreté. Les terres agricoles représentent 23 % en 1812 et les terres vagues et en friches 73% [1]. Les bois ne couvrent que 2 % du territoire et les pâtures un peu plus de 2 %, ce qui explique le petit nombre de bétails. Celui-ci est peu conséquent et atteint les 300 têtes aussi bien en 1774 qu’en 1837. 

 

Elle était composée de deux hameaux principaux, Villevieille et Ainac, ainsi que de quelques bastides (5 en 1774). Villevieille, comme son nom l’indique, fut d’abord le centre de la commune, puis l’habitat s’est déplacé à Ainac qui devient le chef-lieu, comme on le constate entre 1728 et 1774. La communauté possède un four à pain libre de fournage, mais le moulin à farine est commun avec celui de Lambert, construit sur le Gababre, comme signalé par la carte de Cassini. En 1817, il existe un four dans chaque hameau, l’un commun, l’autre à un particulier. La fontaine est située à 200 mètres du village.

 

Sa population n’a jamais été très importante, vu la petitesse et l’aridité du terroir. Il n’y a que 10 habitants en 1315. Après la peste, le lieu est inhabité en 1471. Il se repeuple peu à peu pour atteindre la centaine au XVIIIe et XIXe siècles, soit une vingtaine de familles. Le maximum sera atteint en 1852 avec 125 habitants. Puis le village va se vider insensiblement pour retrouver en 1962 une population de 11 habitants, comme en 1315. Cette dépopulation entraînera son rattachement à La Robine en 1973.

 

D’abord paroisse à part entière, avec son église dédiée à Notre Dame de Salloye (prieuré de Sallac ou Salloe), son mauvais état et sa petitesse obligent l’évêque de Digne à l’interdire en 1863 [2] et à réunir la paroisse à celle de Lambert [3].

 

Affouagement de 1698

 

Procès verbal :

Il y a 16 chefs de famille et 16 maisons. La communauté possède une terre gaste y ayant un bois pour l’usage et chauffage des habitants dans laquelle ils ont droit de faire depaistre leurs bestiaux en commun avec les habitants de Lambert. Ils jouissent de la liberté de fournage. Il n’y a point de vignes. Il y a plusieurs vallons dans le terroir qui l’endomagent.

Plaintes :

Il y a seize maisons très petites et mauvaises n’estant proprement que des chaumières et la plus part des habitans sont réduicts à la mandicité [4]. Il n’y a aucunes rivières audit lieu qui y portent proffit, mais il y a cantité de torrans et valons en divers endroicts dudit terroir qui en tamps de pluye par leurs desbords et rapidités à cause de la situation dudit terroir en lieu panchant et ardu entresnent quantité de gros rochers, emportent tout le melheur des fonds et causent des daumages très considérables. Il n’y a aucun passage ni commerce audit lieu d’Eynac qui est un meschant trou enfoncé dans les montagnes, esloigné de la ville et des grans chemins où il n’y a que rochers et précipices estant presque impraticables.

Il y a un seigneur qui est l’évêque de Digne et qui perçoit le quart de la dîme et un prieur qui en perçoit les trois quart. Le prieur d’Aynac possède une terre dans laquelle est bastie la meyson clastralle situé au terroir d’Eynac au cartier de Sallouye depandant du prieuré, franche de taille n’ayant jamais esté encadastrée pour estre de l’antien domaine de l’église et avoir esté toujours possédée par les sieurs prieurs dudit lieu.

 

Affouagement de 1728

 

Il y a 19 maisons habitées.

Le lieu est en un hameau appelé Villevieille et le surplus en bastiments épars.

 

Affouagement de 1774

 

Le village d’Aynac est situé au midy et bâti au milieu et sur le penchant d’une montagne en emphiteatre. Il y a une source peu abondante à 200 pas du village qui sert de fontaine publique. Le terroir est exposé aux eaux pluvialles que descendent dans les tems orageux, déposent du gravier au devant des maisons. Les maisons paroissent en mauvais état. Il y a 10 cazeaux ou maisons abandonnées tant dans le lieu que à la campagne. Les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des mauvais chemins, des torrents et rivières qui empêchent la communication de la ville de Digne dans les tems pluvieux, du climat froid et de la quantité des neiges qui tombent en hyver.

Le nombre des maisons habitées est de 8 dans le chef lieu, celuy d’un hameau appelé Villevieille de 7 et celuy des bastides ou maisons à la campagne de 5. Les chefs de famille sont au nombre de 20.

Le terroir est en cotteaux, vallons ou montagnes. Les productions sont le bled froment, le seigle, les légumes, l’avoine, l’espeautre [5], peu de foin et peu de fruits. On y nourrit 300 brebis ou chèvres, 10 beufs, 6 juments, 3 bourriques [6]. La communauté possède un four banal.

 

Garcin 1835

 

114 habitants.

 

Féraud. 1844

 

Le village d’Ainac est à 20 kil. N.N.O. de Digne. Il est placé sur le versant de la montagne qui sépare les deux vallées de Thoard et de la Robine. Cette commune n’offre rien de remarquable. Les habitants se livrent exclusivement à l’agriculture ; mais l’ingratitude du sol ne les dédommage point de leurs travaux : on récolte cependant des grains et des légumes. Le climat en est sain, et très-froid en hiver. La population totale est de 108 âmes.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1812, AD AHP 3 P 19.

[2] Visite pastorale du 6 février 1865 (AD AHP 2 V 87).

[3] Nous reviendrons plus loin sur ce prieuré.

[4] Cette assertion, que nous retrouverons plusieurs fois par la suite, indique que les habitants sont obligés d’aller en Basse Provence pour gagner leur pain, le terroir ne suffisant pas à les nourrir.

[5] Epeautre ou engrain : blé rustique qui s’accommode des terres maigres dans les pays de montagne.

[6] Bourriques : mulets et ânes.


 

ARCHAIL

 

La commune d’Archail s’étend sur 1298 hectares. Le village est situé à quelque 1 000 mètres d’altitude, à l’ouest de Marcoux et au sud de Draix. Aujourd’hui dans le canton de La Javie, sous l’ancien Régime la commune était rattachée à la viguerie de Digne. Les habitants se plaignent de l’éloignement de la ville et des mauvaises communications, ainsi que de la stérilité de leur terroir et surtout de la déforestation. Il leur manque des pâturages pour entretenir les animaux de labour et faute de fumier et de buis servant d’engrais, la terre est encore plus stérile [1]. Ils ne pratiquent que des cultures sèches et ne peuvent entretenir que peu d’animaux. Le cadastre de 1830 [2] reflète bien cette situation avec seulement 15 % du territoire qui peut être consacré à l’agriculture. Les terres vagues et incultes représentent 68 %, les bois seulement 7%, les pâtures 7,7 %. Il y a une fontaine dans le village et un moulin à farine communal situé à plus d’un kilomètre du village.

 

La population est concentrée dans le village avec 3 bastides à la campagne (1775) contrairement aux affirmations d’Achard et de Féraud qui ne reconnaissent qu’un habitat dispersé. Les 125 habitants de 1316 seront le maximum de population. Après la peste, il n’y en aura plus que 30 en 1471, soit une perte de 76%. Au XVIIIe siècle, les habitants avoisinent les 75-80 et atteindront le nombre de 104 en 1851. Cent ans plus tard, ils ne seront plus que 18 en 1962. On constate déjà le délaissement ou déguerpissement de 5 chefs de famille en 1728, qui n’ont même pas pu vendre leurs biens, faute de preneurs.

 

Archail dépendait depuis 1193 et jusqu’à la Révolution du chapitre cathédral de Digne qui en était le seigneur et décimateur. Achard, repris par Féraud, signale la procession de Saint-Georges, l’église paroissiale et l’ancienne église près du cimetière. Nous reviendrons plus loin sur cette assertion où la population se rend en procession à l’ancienne paroisse.

  

Affouagement de 1698

Plaintes  

Le terroir est situé devers le septentrion, ardeu et en pente, traversé de montaignes la plus part inacessibles, plenes de rochers, de torrents et vallons qui a la moindre pluye font des ravages extraordinaires, de façon que la plus part de la terre qui pourroit se cultiver se trouve toute emportée et dans ces endroicts il n’y a presantement plus que de rochers. Il est à remarquer que dans toute l’estandue de ce terroir il n’y a aucun bois pour le fustage, mais seulement quelques jalas et petits buis qui sont espars dans le dit terroir. Dans le dit terroir il ne s’y peut entretenir à present que la quantité de douze à quinze trenteniers average pour ny avoir presque point des herbes, et seulement quelques beufs pour tenir à la culture du peu de bien qu’il leur reste [3]. 

Les habitans de ce pauvre lieu aussi bien que les deux forains sont en estat de déguerpir ne pouvant plus supporter les charges de ce grand et extraordinaire affouagement et tant parce que le dit lieu est scitué hors de tout commerce et tout passage que pour le dousain de tous grains qu’ils payent au seigneur direct et la dime que se lève au treze ne revenant aux susdits habitans que sept charges de grains qu’ils perçoivent que cinq charges et neuf panaux. 

Procès verbal 

Il y a 8 chefs de famille dans 8 maisons. Le moulin est communal. Il y a plusieurs vallons dans le terroir qui l’endomagent.

 

Affouagement de 1728

Vous êtes priés, Messieurs, d’observer que ce lieu est d’une très petite considération par sa situation dans les montagnes qui le rend presqu’inhabitable durant l’hiver et dont les habitants ne peuvent sortir à cause des glaces, par le petit terroir qu’il a étant très resserré des voisins, ce qui ote aux habitants le moyen d’entretenir des bestiaux pour l’engrais des terres, surtout en hyver. 

Vous aurès la bonté de faire attention au petit revenu de la dixme qui est causé par la stérilité du terroir qui ne produit aucun buis pour faire du fumier et dont une partie ne produit absolument rien, et à la petite valeur des biens du terroir qui est justifié par les actes de vente qu’on a fait chercher dans les registres des Notaires le plus exactement que a été possible, dont on a fait un mémoire particulier, qui ne sont pas en grand nombre à cause du peu de cas qu’on fait des biens de ce présant lieu qui est justifié par le délaissement des biens de Jean Baille Gaillardet, de Jean Bassac de Draix, des hoirs de Guillaume Alibert, des hoirs de Jean Margaillan et des hoirs d’Honoré Lions Heyron, lesquels particuliers n’ont pu vendre en aucun prix leurs biens et les ont abandonnées ainsi qu’il paraît par les comptes.

Il y a 15 maisons habitées.

 

Affouagement de 1775

Le village d’Archail est situé au midy bâti sur le penchant d’une montagne en emphithéatre. Il y a une fontaine publique qui tarit dans les grandes chaleurs. Les maisons sont en très mauvais état. Il y a deux cazeaux ou maisons abandonnées. Les rues ne sont point pavées. 

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, de la quantité de neige qui tombe pendant l’hyver, du deffaut de soleil qui n’arrive que sur les onze heures pendant quatre mois de l’hyver et par les mauvais chemins de tous côtés. 

Le nombre des maisons habitées est de 13, 10 au chef lieu et 3 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 17. 

Le terroir produit du bled froment, du seigle, peu d’espeautre et d’avoine, peu de chanvre, du foin et quelques fruits. Il y a une source à un quart de lieue du village qui fait tourner un moulin à farine par écluse et sert pour l’arrosage de la majeure partie des preds, cheneviers et jardins. 

Il y a 1750 brebis ou chèvres, 4 chevaux, 9 bourriques, 13 cochons et 8 beufs.

La dixme va au trois quart au chapitre de Digne et un quart au curé.

 

Achard 1787

Le Climat est très-froid, le sol de mauvaise qualité ne produit que du blé. Deux Torrens arrosent le territoire ; on les nomme lou ricou et lou passet ; ils viennent d’une colline voisine qui est appelée Courcho. Il n’y a pas de hameaux, mais seulement quelques maisons de campagne. On y compte environ quatre-vingt personnes de tout âge.

Le Vicaire est entretenu par le Chapitre de Digne et pour un quart par le Prieur de Draix, qui retire le quart de la dîme du lieu. La Juridiction haute, moyenne et basse appartient entièrement au Chapitre qui est Seigneur temporel d’Archail et qui en cette qualité a le droit de Lods, Chasse, etc.

La Paroisse desservie par un seul Prêtre amovible, à la nomination du Chapitre de Digne, est dédiée à S. George Martyr. Il y a encore une Chapelle sous le titre de l’assomption de N.D. sur une hauteur ; le Cimetière du lieu y est attenant ; on croit dans le Pays que c’étoit-là l’ancienne Paroisse.

Les Fêtes de S. Georges et de N.D. d’Août se célèbrent avec un grand concours des habitants des lieux voisins. La Procession part de la paroisse de S. Georges pour se rendre à la Chapelle de Notre-Dame. Les jeunes gens sous les armes la précèdent et les filles portent des gâteaux garnis de rubans. A leur tête sont les deux Abas avec leurs Abadessos. Ce sont eux qui ouvrent le Bal après le dîner, auquel les Etrangers ne sont pas admis à danser qu’après tous ceux d’Archail. Le prix de la course est un gâteau et celui des quilles un agneau.

 

Garcin 1835

Le climat est froid, le sol de mauvaise qualité ne produisant que du blé ; deux torrents arrosent le territoire. 70 habitants.

 

Féraud en 1844 reprend le texte d’Achard :

Le climat en est très-froid ; le sol, de mauvaise qualité, ne produit que du blé. Deux torrents : lou Riou et lou Passet arrosent le territoire. Il n’y a pas de hameaux, mais seulement quelques maisons de campagne. La population totale est de 106 âmes. La juridiction haute, moyenne et basse d’Archail appartenait jadis entièrement au chapitre de Digne, qui en était seigneur temporel.

L’église paroissiale, dédiée à Notre-Dame, sous le titre de l’Assomption, a été construite en 1828. Elle est desservie par un curé. Il existe une petite chapelle bâtie sur une hauteur, que l’on croit être l’ancienne église paroissiale, et à laquelle on se rendait autrefois en procession. Les jeunes gens, sous les armes, ouvraient la marche. Les filles, précédées de deux abas et de leurs abadesses, portaient des gâteaux garnis de rubans. Il y a une école primaire.

 

Cette reprise du texte d’Achard montre que Féraud ne s’est pas rendu sur place et contraste avec le texte suivant où il existe bien un village et pas seulement quelques maisons à la campagne.

 

Visite pastorale de 1858

En effet, quatorze ans après, l’appréciation est différente et à part les communications peu faciles, le terroir d’Archail semble plus agréable :

La petite paroisse d’Archail a un joli site. Le village, dans lequel se trouve l’église paroissiale, formé par les trois quarts au moins de la population est bien exposé au midi à l’extrême nord-est d’un bassin bien agréable, couvert de verdure, à 3 trois kil. de Draix nord-est. La communication est peu facile. Le service de ces paroisses peut être fait assez aisément par un seul prêtre un peu robuste. Les autres paroisses les plus rapprochées sont les Dourbes à sept ou huit kil. au Sud-est avec laquelle les communications sont assez difficiles vu les accidens du terrain coupé par des vallons et Marcoux qui est à sept kil. environ, on y arrive en suivant en grande partie la route départementale de Colmars à Digne, dont une partie est bordée de précipices et très fangeuse. L’esprit des habitans est bon et assez religieux. Cinq ou six habitans sont éloignés du chef-lieu de quatre à cinq kil. du côté des Dourbes. Sans être riches, les habitans sont généralement à l’abri de la misère [4].

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[1] Le buis faisait partie de ces engrais verts qui, d’abord répandu sur les voies publiques pour y être foulé par les animaux, était ensuite enfoui pour provoquer se fermentation, puis répandu dans les champs où il délivrait un azote précieux.

[2] Cadastre napoléonien, état des sections, 1830, AD AHP 3 P 38.

[3] Septentrion : nord. Ardeu : ardu. Fustage : bois de construction. Jalas ou Galas : arbrisseau. Trentenier d’average : troupeau de 30 brebis. Les bœufs étaient utilisés pour les labours.

[4] Visites pastorales (AD AHP 2 V 88).


 

AUZET

 

Auzet, dont le village est situé à 1200 mètres d’altitude, est entouré de montagnes dont le sommet de Tête Grosse culmine à 2032 m. Il est établi au bord du torrent de la Grave qui va grossir le Bès. D’une superficie de 3359 hectares, il lui manque surtout des terrains plats, le peu qui existe est emporté par les orages et l’eau des torrents et ravins. L’hiver est rude et dure six mois ce qui empêche les habitants de sortir. Ils en profitent pour travailler la laine de leurs moutons. Par manque de fumier, ils pratiquent la culture sur brûlis afin d’engraisser quelque peu leurs terres. Le cadastre de 1825 indique bien un élevage conséquent car 28 % des terres sont à vocation pastorale, alors que les terres agricoles ne représentent que 10 % du territoire. 15 % du terroir est couvert de bois et 47 % reste en friche ou terres arides [1]. Le cheptel bovin, en 1837, est le plus important de toutes les communes de Haute Bléone. C’est la seule qui élève des taureaux (20 sur 23 au total) et des vaches (60 sur 115) ce qui lui permet d’avoir des veaux (20 sur 48). Le parc de juments est également élevé avec 50 bêtes (sur un total de 132). Les troupeaux d’ovins et de caprins totalisent 1010 têtes.

 

La population s’établissait à 490 habitants en 1315. Ce chiffre ne sera plus atteint par la suite. La peste en décime 67% et il n’en reste que 160 en 1471. La remontée sera lente avec 350 habitants en 1765. Contrairement aux autres communes, la population va décroître dès la fin du XVIIIe siècle et ne remontera pas au cours du milieu du XIXe siècle. En effet, en 1851, elle a perdu 90 membres avec un total de 260, puis aboutira à 111 en 1962. Depuis cette dernière date, la population a continué de chuter passant à 73 habitants en 1990, puis s’est redressée avec 90 personnes en 1999.

 

L’église paroissiale dédiée à saint Barthélemy dépend directement de l’évêque de Digne qui en est prieur et décimateur.

 

Affouagement de1698

Plaintes 

Ledit lieu est sittué dans la montagne ny ayant aucune plaine mais bien de collines beaucoup panchantes subject à un hyver quasi perpétuel et à des orages qui emportent ordinairement les fruits à la meilleure terre n’ayant laditte communauté pour tout advantage de son terroir que les habitants sont obligés de bruller par des fourneaux ou fumée s’ils veulent qu’il produise quelque peu de bled, segle qui se consomme pour la nourriture desdits habitans, la plus part du temps leur en manque et quelque peu d’avoine noire [2].

Procès verbal 

Il y a 59 chefs de famille et 55 maisons. On y sème du segle et du méteil et très peu de froment, ayant un torrent qui emporte le peu de fonds qui ont dans la plaine.

 

Achard 1787

Le climat est très-froid en hiver et venteux ; les toits des maisons qui sont presque toutes couvertes de chaumes, sont très-souvent enlevés par le vent. Les habitans sont tous occupés à l’Agriculture ; leur travail assidu les nourrit, mais ils ne s’enrichissent pas. Ils recueillent des grains et des légumes. Ils ont beaucoup de pins et de hêtres ; ils retirent du fruit de ce dernier arbre une huile qui sert à éclairer et qui devient bonne à manger en vieillissant. Ce fruit s’appelle Fayoun dans le pays. Pendant l’hiver ils travaillent à la laine. Il y a au territoire d’Auzet une source périodique qui ne coule que pendant deux mois et qui ne paroît que de deux en deux ans. Ses eaux ne sont pas potables. On trouve sur les montagnes, des simples en abondance, ainsi que dans les pays voisins [3].

La Paroisse est sous le titre de S. Barthélemi Apôtre ; la Cure est à la nomination de l’Evêque de Digne qui est Prieur-Décimateur d’Auzet. On nous a dit qu’il y avoit anciennement une Maison des Templiers dans ce Village. On prétend qu’elle était située auprès d’un ancien cimetière où l’on va chaque année au jour de l’Ascension, faire l’Absoute ; cérémonie qu’on n’ose abolir à cause du peuple. La Fête de S. Barthélemi se célèbre le 24 août avec affluence de peuple, réjouissances, bal, etc. Le lendemain on fait un service pour les Morts.

 

Garcin 1835

Le climat est venteux et très froid en hiver. Le chaume qui couvre les maisons est souvent enlevé par le vent. Les habitants, au nombre de 303, sont tous cultivateurs ; ils vivent de leur travail, mais ils ne s’enrichissent pas. Ils recueillent des grains et des légumes ; ils ont beaucoup de pins et de hêtres ; du fruit de ce dernier ils retirent une huile qui sert à éclairer, et qui devient mangeable en vieillissant. Pendant l’hiver, les habitants travaillent à des étoffes de laine dans des étables. Il y a dans le territoire une source périodique qui coule pendant dix mois et cesse pendant deux, mais ses eaux ne sont pas potables. Les hauteurs voisines offrent des simples en abondance.

 

Féraud, en 1844, reproduit intégralement comme Garcin le texte d’Achard en ajoutant seulement une phrase :

Les habitants sont tous occupés à la culture des champs pendant six mois de l’année, et passent les autres six mois dans leurs écuries où la neige les retient enfermés.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1825, AD AHP 3 P 56.

[2] Les agriculteurs pratiquaient la culture sur brûlis pour fournir un peu d’engrais à la terre.

[3] Faioun : faîne, fruit du hêtre. On peut remarquer la couverture des maisons en chaume.


 

BARLES

 

La commune de Barles, aujourd’hui dans le canton de Seyne, faisait partie, sous l’Ancien Régime de la viguerie de Seyne et du diocèse de Digne. D’une superficie de 5905 hectares, le chef-lieu lieu est installé près du torrent le Bès à près de 1 000 mètres d’altitude. Le territoire semble plus avenant que les précédents, mais les habitants se plaignent des éboulements, comme ceux qui détruisirent 20 bastides en 1746 et 1755. En 1712, ils n’ont pas eu les moyens de reconstruire un pont en pierre qui existait depuis 1555, mais ils l’édifièrent en bois. La communication avec Digne qui est directe par Esclangon et la vallée du Bès est rendue impossible par l’état du chemin. Ils sont obligés de remonter vers Auzet, puis de redescendre par Verdaches et emprunter la vallée de l’Arigeol qui passe à Beaujeu et La Javie. Les productions agricoles sont essentiellement les froments, particulièrement le blé gros. Les pâturages sont propices à l’élevage, ce qui permet de faire quelque commerce de la laine, comme ces 3 tisseurs, 2 cardeurs et 1 négociant signalés en 1774. Le cadastre de 1825 indique que seulement 31 % du terroir est exploité, dont 11 % en terres agricoles, 15 % en terres pastorales et 5 % en bois. Les 69 % restant consistent en terres vagues, arides et bruyères [1]. Le moulin à farine est mû par le torrent de Val Haut. Il appartient au seigneur.

 

La population est dispersée en 11 hameaux, dont celui de Barles qui ne comporte que 5 maisons. Il y a également 16 bastides ou maisons à la campagne. 31 maisons ont été abandonnées entre 1698 et 1774. Il reste cependant 93 chefs de famille en 1774. En 1315, la population atteignait 665 habitants. Après la peste, il n’en subsiste plus que 220 en 1471, soit une perte de près de 67 %. La commune ne pourra jamais se relever puisque le maximum atteindra 299 habitants en 1851. En 1962, il n’en subsistera plus que 125, puis 105 en 1990 et 114 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Il y a 115 maisons en 3 hameaux et 120 chefs de famille. Le seigneur possède le moulin à bled. Le terroir est tout en partie entouré de montagnes affreuses, les chemins impraticables, coupés de plusieurs ravines qui causent de grands dommages.

 

Affouagement de 1728

Il a fallu travailler à réparer le pont construit sur la rivière depuis l’année 1555 qui fut emporté par la grande inondation arrivée en 1712 et non pas d’un autre pont de pierre comme le premier, mais seulement d’un pont de bois et qui a été déjà emporté et réparé pendant trois fois différentes.

Dans ledit lieu il y a le torrent et rivière de Bès qui met en ruine le village estant la communauté obligée de faire de grandes despances pour empêcher que les maisons ne soient pas emportées par ladite rivière.

 

Affouagement de 1774

Le lieu de Barles est situé auprès d’une colline, au devant de la rivière de Bès, au bord de laquelle du côté du levant l’on a construit une digue pour garantir la partie inférieure du village. Il y a dans le lieu une petite source. Les maisons sont en mauvais état, couvertes de paille, à l’exception de deux. Il y a 6 cazeaux. les rues ne sont point pavées, très étroites et fort en pente. L’habitation est incommode par elle-même et par rapport aux avenues [2]. Le moulin à bled est assez près du village.

Le nombre des maisons habitées est de 5. Il y a 10 hameaux composés en tout de 53 maisons habitées, de 14 inhabitées et de 15 cazeaux. Le nombre des bastides habitées est de 16, les administrateurs nous ayant observé que les éboulements de 1746 et 1755 entraînèrent la chute de 20 autres bastides aux quartiers de Blaude et des Eissards. Les chefs de famille sont au nombre de 93. Il y a dans le lieu 3 tisseurs à toile, 2 cardeurs à laine et un négociant en laine. Il y a dans le terroir divers mines de plâtre, certains habitants s’y occupent et le font passer principalement à la ville de Seyne.

La plus grande partie du terroir est en montagnes, partie en collines, partie en cotteaux, agrégées quelques unes de pins, de fayards, de mauvais arbustes. D’autres n’ont que du gazon propre au pâturage. Il en est de pelées quelques unes qui ne présente que le rocher, y ayant dans toutes des terres en friche.

Les productions consistent en bled, seigle, avoine, grossants [3], légumes, chanvre, fourrage et quelques menus fruits. Il y a plusieurs sources dans le terroir dont quelques unes arrosent très peu de terrain. La source la plus considérable fait tourner le moulin à bled, dans le canal duquel lors des sécheresses on est obligé d’y dériver partie de l’eau de la rivière de Bès. Les chemins du terroir sont très étroits, forts incommodes et dangereux, celuy qui communique avec Esclangon paroit impraticable.

La dixme appartient à l’évêque de Digne.

 

Achard en 1787 est peu descriptif sur le terroir de Barles, il dit seulement que l’on jouit d’un air assez pur à Barles. Le climat y est froid, et les maladies y sont rares. Barles est un lieu très froid en hiver, où la neige séjourne pendant plus de six mois. Il s’attarde sur un éboulement de terres considérable, arrivé depuis 50 ans environ,(qui) suspendit le cours des eaux de la rivière de Bés et donna naissance à un étang, où l’on pêchoit beaucoup de truites. Il s’intéresse également à une particularité géologique : Les Historiens ont annoncé dans le territoire de Barles, des minéraux précieux. Darluc, qui avoit parcouru la Provence avec attention, n’y a vu que des pierres ferrugineuses et d’autres grises, vitrifiables, dans lesquelles il distingua des points brillants, qu’il prit pour de l’argent natif ; il est à souhaiter qu’on envoie sur les lieux des connaisseurs pour examiner de plus près ce grès quartzeux. Il signale encore une fontaine d’eau minérale qu’on dit propre à la guérison des écrouelles [4].

 

Garcin 1835

Le village est situé dans un vallon sur la petite rivière de Brès. Pays très froid en hiver à cause des neiges qui y séjournent de six à huit mois de l’an. On trouve dans le territoire une sorte de pierre grise vitrifiable dans laquelle on distingue on distingue des points brillants qu’on prendrait pour de l’argent natif. Le pays offre une fontaine d’eau minérale propre à la guérison des écrouelles. Il importe qu’elle soit reconnue pour que les personnes attaquées de cette maladie aillent s’y baigner et tâchent d’y trouver la guérison. 508 habitants.

 

Féraud, en 1844, est un peu plus prolixe :

Le village de Barles, sur la rivière de Besse, est situé à 20 kil. S.O. de Seyne et à 40 N. de Digne, dans une vallée resserrée par trois montagnes élevées. Le climat de Barles est très-froid, et la neige y séjourne une grande partie de l’année. Le sol est fertile en blé, légumes et fruits. Cette commune se compose, outre le village, de neuf hameaux : le Villard, Val-Haut, Château-Vaux, le Forest, Sauvan, Blonde, Saint-Clément, le Lauzet, et de vingt maisons de campagne.

Puis, il reprend les mêmes informations tirées de Achard, en ajoutant :

Les géographes de Provence placent une mine d’or dans le territoire de Barles, son existence n’a jamais été constatée. On y trouve cependant de l’argent, mais en très-petite quantité, et sous des formes variées.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1825, AD AHP 3 P 63.

[2] Avenue a ici le sens de voie d’accès.

[3] Grossants : provençal groussagno : blé gros, froment d’hiver (seisseto). Le blé de Barles était renommé pour sa tige robuste qui ne pliait pas lors des grands vents et des fortes pluies.

[4] Ecrouelles : inflammation et abcès d’origine tuberculeuse, atteignant les ganglions du cou.


 

BEAUJEU

 

La commune de Beaujeu s’étend sur 3566 hectares et est composée essentiellement de gorges étroites et de vallons encaissés. Les seules terres qui sont dans la plaine, c’est-à-dire au bord des rivières et torrents, sont emportées par leurs eaux dévastatrices. Ces terres, à cause des montagnes qui les dominent, ne reçoivent les rayons du soleil que fort tard dans la matinée. Le soleil est alors très chaud et les cultures encore froides de la nuit et humides. Cet écart trop brusque de température nuit gravement à la germination et à l’épanouissement des plantes. Par manque de pâturages et de foin, ils ne peuvent nourrir que très peu d’animaux, seulement 140 brebis en 1774, 20 bœufs pour le labourage et 22 mulets ou ânes pour le transport des récoltes. La situation semble cependant s’être améliorée par la suite, car en 1837 le cheptel se compose de 2533 têtes de bétail dont 90 bœufs et 2363 ovins et caprins. Il y a deux moulins à farine communaux, l’un à Saint-Pierre, l’autre entre Fontfrède et Beaujeu. Quant au four à pain, son accès est libre. En 1830, le cadastre recense 46 % de terres impropres à quoi que ce soit (terres arides et vagues, graviers, rivières et ruisseaux [1]). Les bois occupent 37 % du terroir. Il ne reste que 10 % de terres pastorales et 7 % de terres agricoles. Il y a maintenant 4 moulins et 2 fours à pain [2].

 

En 1775, le chef-lieu lieu n’est composé que de 8 maisons formant le village de Beaujeu installé au confluent du ravin de Combe Fère et de l’Arigeol. Le hameau le plus important est Saint-Pierre avec 19 maisons sur la rive droite de l’Arigeol. Il y a encore 4 hameaux, Boulard, le Clucheret, l’Escale et Fontfrède avec 17 maisons, auxquelles il faut ajouter 22 bastides. La population est dispersée, installée dans les quelques rares petits plateaux cultivables. En 1315, elle atteignait 525 habitants. Après la peste, on n’en recense plus que 90 en 1471, soit une perte de 83 %. L’affouagement de 1728 annonce 40 maisons habitées, ce qui correspond à quelque 200 habitants, chiffre légèrement en hausse en 1765 avec 220 habitants. Les 46 chefs de famille de 1775 indiquent une petite progression avec 230 personnes. Achard, en 1787 en recense 240. Là encore, la plus nette progression culminera en 1852 avec 415 habitants pour se réduire progressivement, comme dans les autres villages et aboutir à 121 habitants en 1962. Une petite reprise cependant se manifeste avec 129 habitants en 1990 et 155 en 1999. Féraud, en 1844, détaille les trois paroisses de Beaujeu, Saint-Pierre et Boulard en indiquant les divers hameaux qui en dépendent.

 

Affouagement de 1698

50 chefs de famille dans 50 maisons. La communauté possède deux moulins à blé arrentés 12 livres annuellement, ainsi qu’un four qui n’est pas arrenté.

 

Affouagement de 1728

Le lieu et terroir de Beaujeu ce trouve citué entre deux collines pellées et scabreuses et ardues fort infertilles et que les eaux pluvialles emportent journellement la terre qui y est et par conséquent la subsistance naturelle des habitans qui y sont d’obligation de decrépir (déguerpir) comme ils font journellement puisque le nombre des habitans depuis environ trante ans ont décrépis du tiers et que ceux qui ce trouvent faulte dy pouvoir subsister tant à cause de la cituation que des grelles frecantes quy ne manque pas une année qui n’emporte la plus part des fruis ny ayant que de grains grossiers sans aucun bien, huille ou autre fruit, sur lesquels on puisse conster (compter). Il y a 40 maisons habitées.

 

Affouagement de 1775

Le village de Beaujeu est situé au midy bâti en emphithéatre dans une gorge, sur le chemin de Digne à Seyne, auprès d’un torrent, entre des montagnes fort rudes et fort voisines l’une de l’autre. Il y a une fontaine peu abondante d’une mauvaise qualité et deux puits.

Les maisons sont en mauvais état et principalement celles des cinq hameaux dont le lieu est composé qui sont presque toutes couvertes de chaume. Qu’il y en a 18 d’abandonnées. Les rues ne sont point pavées. Il y a une petite place. Le nombre des maisons habitées est de 46 dont 8 au chef lieu, 19 au hameau appelé St Pierre, 6 à Boulard, 5 à Clocheiret, 3 l’Escale, 3 à Fontfrède et 22 bastides. Les chefs de famille sont au nombre de 46.

Les montagnes sont agrégées de petits bois de pins, elles sont fort rudes, peu propres au pâturage et la plus part inaccessibles aux bestiaux. La partie de la plaine est exposée au torrent de Lérigeol. Les murs en maçonnerie et les gabions [3] qui la couvrent ne sont pas suffisants pour le contenir ; sa rapidité et la quantité d’eau qui s’y ramasse renversent très souvent les fortifications et ce n’est que par la plus grande attention que les propriétaires conservent les biens qui sont le plus exposés ; les ravages qu’il a fait dans cette partie et dont on connait encore les marques annoncent la prochaine destruction d’une partie de ces fonds. Les terres situées dans les vallées sont également exposées à divers torrents qui les détériorent beaucoup, leur conservation n’est due qu’à l’industrie des habitants qui sont forts laborieux. Les montagnes qui dérobent le soleil à ces terres jusques assez avant dans le jour, la quantité de rosée et l’excessive chaleur qui s’y fait sentir en été, influent à la grainaison des bleds.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du segle, d’orge, d’avoine, des légumes, peu de chanvre, peu de foin et quelques noix.

L’eau des torrents fait tourner deux moulins à farine, l’un établi au hameau de S. Pierre et l’autre à égale distance du chef lieu et du hameau de Fontfrède, cette même eau sert à l’arrosage de quelques propriétés et celle de Lerigeol d’une partie de la plaine du hameau de Clocheiret.

Ledit terroir est traversé par le chemin de Digne à Seyne dont l’entretien est fort coûteux.

On y nourrit 140 brebis ou chèvres, 20 beufs, 17 bourriques et 5 mulets.

La disme, sauf celle du hameau de Clocheiret, est au sieur prieur. Le seigneur du lieu possède noblement un château et pred contigu d’une bonne qualité d’une contenance de 200 cannes.

 

Achard 1787

On y compte 240 habitants tous compris. Cette Paroisse, qui a porté le titre de Baronnie avant l’an 1487, est sur un ruisseau à trois lieues de Digne ; elle reconnoît pour Patron S. André. Le Curé, seul Prêtre desservant la Paroisse, est nommé par l’Evêque diocésain.

Le territoire de Beaujeu confronte ceux d’Esclangon, de Blégiers, de Chanoles, de Champourcin et de Taneron ; il est séparé par la rivière de Bleoune de celui d’Auribeau. On recueille beaucoup de blé dans ses plaines. Le sol y est marneux en certains quartiers et argileux dans d’autres. Les collines qui bordent le territoire sont calcaires. Le climat est froid en hiver, et les habitants y éprouvent des maladies aigues de poitrine, lorsqu’ils passent subitement de leurs maisons à l’air libre. L’on connoit d’ailleurs en ce Pays peu de maladies épidémiques ou endémiques. Les habitants sont tous agriculteurs et vivent longtems. La population y augmente journellement ; mais les émigrations des jeunes garçons et des filles qui vont servir dans les Villes de la Basse-Provence, diminuent le nombre des habitants.

 

Garcin 1835

Village à 6 lieues de Digne, divisé en plusieurs petits hameaux, dans des gorges assez tristes. Climat froid en hiver ; les collines sont infertiles, les vallons peu productifs, malgré l’abondance des eaux de l’Origeol et celles d’un ruisseau qui naît dans une petite prairie près du chemin de Seyne. 430 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Beaujeu est situé dans une gorge étroite, sur le torrent de Combefère, à 5 kil. N. de la Javie et à 26 N.E. de Digne. Le climat de Beaujeu est froid en hiver ; les maladies de poitrine y sont communes et fréquentes. Les habitants sont laborieux, intelligents et propriétaires agriculteurs. Ils recueillent beaucoup de blé dans les plaines. Le sol est marneux dans certains quartiers et argileux dans d’autres. Les montagnes qui bordent leur territoire sont calcaires. La population totale de Beaujeu est de 408 âmes. Cette commune est divisée, sous le rapport du culte, en trois paroisses, desservies chacune par un curé.

Paroisse de Beaujeu. Cette paroisse a 128 âmes de population, et se compose du village, des hameaux de Fontfrèdes, de l’Escale et de deux maisons de campagne. L’église, sous le titre de l’Assomption, qui en est aussi la fête patronale, n’offre rien de remarquable : on lui donne 300 ans d’existence. Il y a une école primaire.

Paroisse de Saint-Pierre. Cette Paroisse à 180 âmes de population, et se compose du village de Saint-Pierre, du hameau de Cerieige, et de sept maisons de campagne. Cette paroisse est placée dans une vallée, au Midi, et au pied d’un coteau. Il y a 60 ans seulement qu’elle a été érigée en succursale. Il n’y avait alors qu’une petite chapelle dédiée à saint Barthélemy, que l’on a agrandie en 1840, sous le titre de saint Pierre, patron du lieu. On trouve, au Nord de la paroisse et sur une hauteur, des vestiges de construction que l’on croit être un ancien monastère. La tradition porte que ce monastère était une succursale de la maison des Templiers de Valence (Drôme). Ce qui est certain, c’est qu’il existait, en ce lieu, il y a cinquante ans, une chapelle dédiée à saint Pierre, où les habitants se rendaient en procession le jour de la fête de cet apôtre. Il y a une école primaire.

Paroisse de Boulard. Cette paroisse, placée entre deux montagnes, sur une petite colline exposée au Midi, se compose du village, des hameaux de Sausée, de Bouse et des Péaugiers. Population totale : 100 âmes. Il y a une école pendant l’hiver seulement. L’église de Boulard, bâtie en 1824, est sous le titre de Saint-Sauveur ou de la Transfiguration. L’étymologie de Boulard vient de sa position sur une colline, qui a la forme d’une boule.

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[1] Les rivières, ruisseaux et ravins occupent 139 hectares, soit 3 % du terrain.

[2] Cadastre napoléonien, état des sections, 1830, AD AHP 3 P 72.

[3] Gabion : caisse ou grand panier en osier entrelacé remplis de pierres pour protéger les berges d’un cours d’eau.


 

BLEGIERS

 

L’ancienne commune de Blégiers est depuis 1977 réunie à celle de Prads. Auparavant, elle englobait les communautés de Chanolles et de Chavailles, ainsi que celle de Champourcin qui fut uni à Chanolles au 15e siècle, suite à la peste. Vaste de 6817 hectares, à l’est de la commune de La Javie, son territoire est limité au sud par la Montagne du Cheval-Blanc et à l’est par celle des Boules, tous deux dépassants les 2 000 mètres d’altitude. Deux rivières arrosent son terroir, la Bléone auprès de laquelle s’est installé le village de Blégiers (920 m) et la Chanolette avec les villages de Chanolles (967 m) et de Chavailles (1190 m). On peut encore citer les hameaux de Heyre, au nord de Blégiers et de Champourcin au sud qui furent, sur le plan paroissial, des succursales de Blégiers et qui ont conservé leurs chapelles.

 

Le terroir est soumis, comme celui de Beaujeu, à un ensoleillement tardif qui brûle les plantes, mais également aux dévastations des pluies et aux débordements des torrents, les meilleures terres étant établies sur leurs rives. L’hiver est rude, la neige abondante et parfois mortelle comme le rapporte l’abbé Féraud en 1844. En dehors des céréales, le seul avantage du territoire est de nourrir de grands troupeaux de moutons, mais qu’il faut mener en Basse Provence en hiver. Le nombre de bœufs est également important. C’est l’une des rares communes, avec celle de Prads, qui peut pratiquer un élevage conséquent. Il n’est qu’à examiner une carte IGN actuelle pour reconnaître le nombre élevé de granges d’altitude. Le cadastre de 1830 indique un faible pourcentage de terres livrées à l’agriculture, 8 %, mais représentant cependant 544 hectares, la commune étant très vaste. Il en est de même pour les pâtures pour 756 hectares, soit 11 %. Les bois couvrent 18 % du territoire, près de 1200

hectares [1].

 

En 1315, à Blégiers et Chanolles sont recensés 405 habitants. Après la peste, il n’en subsiste que 70 en 1471, soit une perte de 82 %. Champourcin qui comptait 40 habitants sera totalement dépeuplé et réuni à Chanolles. Au 18e siècle, la population retrouvera son état de 1315, soit un peu plus de 400 habitants, puis progressera encore jusqu’au milieu du 19e siècle, avec 517 habitants en 1851, pour recommencer à décliner pour atteindre 116 personnes en 1962.

 

La commune de Blégiers est composée de trois paroisses, Blégiers, Chanolles et Chavailles.

 

Affouagement de 1698

Chanolles est compris dans l’affouagement avec Blégiers.

Il y a 86 maisons habitées. La rigueur du froid, l’abondance des neges et des glaces qui durent sept ou huit mois sur leurs montagnes rendent leur terroir fort stérille et ne permettent aux habitans de travailler leurs biens que pendant environ quatre mois. D’ailheurs les bruines qui se conservent durant l’esté jusques à dix et onze heures du matin, auquel temps seullement le soleil arrive au bas et les hautes montagnes font bruller le plus souvent leurs bleds qui sont d’autre part subjets à des gresles et tempestes que les montagnes leur attirent, ce qui arrive que trop souvent pour le malheur de cette pauvre communauté qui a esté obligé depuis vingt ans d’achepter des bleds pour distribuer aux habitans pour leurs semances pour éviter la désertion du lieu, et presque annuellement elle en achète trente à quarante charges qu’elle distribue aussy à la plus part des habitans pandant l’hyver sans quoy ils mourroient de misère ou abandonneroient le pays.

 

Affouagement de 1728

Blégiers et Chanolles. 63 maisons habitées. Le chanoine sacristain est prébandé et décimateur.

 

Affouagement de 1774

Le lieu de Chanolles est composé de 6 hameaux dont 5 sont situés au midy et l’autre au couchant, tous bâtis sur le penchant des coteaux en emphiteatre. Il y a une source à chaque hameau servant de fontaine. Les trois hameaux les plus considérables sont exposés à des torrents que dans les tems orageux les traversent et couvrent de gravier, les maisons et les champs les plus voisins. Les maisons sont en très mauvais état. Il y en a 20 d’abandonnées. Les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des rochers qui se détachent des montagnes, de la quantité des neiges qui tombent pendant l’hyver, du climat rude et froid, du deffaut de soleil pendant trois mois au lieu de Chanolles, des torrents et rivières qui empêchent la communication des lieux voisins.

Le nombre des maisons habitées est de 24 et celuy des autres hameaux de 50. Chanolles et Chavailles sont deux succursales de Blaigiers où il y un curé. Les chefs de famille sont au nombre de 74, quoiqu’il y en ait que 67 dans l’état de la capitation.

Les productions du terroir sont du bled froment, du seigle, des légumes, de l’avoine, des fruits ; peu de chanvre et du foin.

Il y a trois sources assez abondantes et la rivière de Bleoune qui servent à arroser une partie du terroir et pour faire tourner les moulins à farine.

On nourrit dans le terroir 3670 brebis dont 3400 vont hyverner en basse Provence, 78 beufs, 58 asnes et 12 cochons.

La dixme revient au chapitre de Digne. La communauté possède un appartement dans le château du seigneur servant d’hôtel de ville.

 

Achard 1787

- Blégiers : Village où l’on compte 50 familles qui sont composées d’environ 200 personnes. On y compte deux feux et un seizième de feu. Les productions du territoire sont le blé, le vin de médiocre qualité et les légumes. On y a peu de fourrage. Le caractère des habitants tient du genre d’occupation qu’ils exercent. Uniquement adonnés à la culture des champs, ils sont liés entr’eux et sauvages à l’égard des étrangers, qui n’abordent que fort rarement dans leur pays.

- Chanolles : Diocèse et Viguerie de Digne, Village situé par la rivière de Bléoune, à 4 lieux de Digne et 3 de Colmars, affouagé un feu et quatre cinquièmes. On y compte 400 et quelques personnes, dont l’agriculture fait toute l’occupation. Le territoire de Chanolles est fertile en grains dans la plaine. Les collines sont couvertes de pins : il y a aussi des chênes verts. L’église paroissiale est desservie par un Curé à la nomination de l’Evêque Diocésain. Le caractère des habitants est celui de la campagne éloignée des grandes Villes. Chanolles a deux succursales, Champourcin et Chavayes.

- Champourcin : Diocèse et Viguerie de Digne, situé à 2 lieues de cette Ville, en latin Castrum de Camporci. Ce lieu était affouagé en 1665 pour un vingtième de feu. Dans le dernier affouagement, il est compris dans le territoire de Chanolles, dont il est succursale. La montagne de Champourcin présente des cailloux silicés dans la pierre calcaire, très semblables à ceux que l’on trouve en quantité sur la montagne qu’il faut traverser en allant de Cuges au Bausset.

 

Garcin 1835

Le sol produit des légumes et du vin médiocre. 415 habitants.

 

Féraud 1844

- Blégiers : L’étymologie de Blégiers vient de bla lougier, blé léger. Le territoire en effet n’a que des terrains maigres et qui ont peu de fonds. Il produit également du blé, du vin de médiocre qualité, des légumes et des plantes à fourrage. Le caractère des habitants tient du genre d’occupation qu’ils exercent. Ils sont uniquement adonnés à l’agriculture. La commune de Blégiers est divisée, sous le rapport du culte, en trois paroisses, desservies chacune par un curé. Population totale : 572 âmes. (Note : Blégiers, Chanolles et Chavailles).

La paroisse de Blégiers est composée du village et de trois hameaux : Champourcin, Heyres et les Combes. Le premier de ces hameaux tire son nom de campus porcinus, à cause de la forêt qu’on y trouvait et qui fournissait beaucoup de glands pour l’engrais des cochons. Aussi, dans les anciens actes, est-il appelé castrum de camporci. C’était jadis une succursale du territoire de Chanolles. La montagne de Champourcin contient du cristal de roche, où si l’on veut, des cailloux silicés dans la pierre calcaire.

- Chanolles : La Paroisse de Chanolles est acculée au pied de la montagne du Cheval-Blanc, qui lui dérobe le soleil pendant les mois de décembre, janvier et février. Sa population est de 136 âmes ; elle est toute réunie dans le village de ce nom. Il y a une école qui n’est fréquentée que pendant six mois de l’année. L’église, dédiée à saint Jean-Baptiste, a été reconstruite en 1810, aux frais de feu M. Jaumes, qui en était alors le curé.

- Chavailles : Le village de Chavailles est placé au Midi, et sur la rive droite de Chanolette. Son étymologie vient de cavar, chavar, fouiller. La tradition porte qu’un pauvre habitant de Tercier, hameau de Prads, allant chercher fortune, reçut du curé de Blégiers, l’invitation d’aller défricher, en patois chavar, derrière la montagne qui sépare Tercier de Chavailles. De là, ce lieu a été appelé Endret chava, d’où le nom de Chavailles. Cette paroisse, qui jadis était une succursalle de Chanolles, se compose du village et des hameaux La Colle et les Blancs. Population : 196 âmes. L’église remonte à l’an 1233, suivant le millésime placé sur une pierre placée dans le mur d’enceinte. Il y a une école pendant six mois de l’année.

Vers la fin de l’hiver 1837, une avalanche de neige, partant du sommet de la montagne qui domine le hameau de la Colle, emporta dans sa chute trois maisons et leurs habitants au nombre de quinze. Sur quinze victimes, huit seulement échappèrent à la mort, grâce à l’activité et au dévouement des habitants voisins, qui, pendant plusieurs jours, creusèrent dans le tas de neige où ils étaient ensevelis. Deux de ces misérables, un père et sa fille, ont passé vingt trois jours dans la neige, à l’abri d’un mur qui avait résisté au choc de l’avalanche, n’ayant d’autre nourriture que trois pains et des pommes de terre crues. Une vache, placée de l’autre côté de ce mur, fut sauvée de la même manière.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1830, AD AHP 3 P 84.


 

LE BRUSQUET

 

Dans le canton de la Javie, la commune couvre 2224 hectares. Une partie de son territoire est implantée sur les larges berges de la rive gauche de la Bléone, entre 600 et 700 m d’altitude. Malgré l’emprise de la rivière qui couvre 158 hectares, cette position favorable lui permet la culture des oliviers, du vin et des fruits, en particulier des prunes, dites de Brignolle, qui sont renommées dans la région. Des sources permettent également l’arrosage de plus de 2 hectares de terres. Le cheptel est peu conséquent, à peine 1 000 ovins, mais 100 mulets pour le transport en 1837 [1]. L’inconvénient est le débordement de la rivière et des torrents qui dévalent dans la plaine lors des pluies. Un autre avantage est la proximité de la ville de Digne et son accès facile pour se procurer les besoins de la vie. La commune comprend deux centres d’habitats, le chef-lieu et le hameau du Mousteiret. Ces deux communautés possèdent chacune un four à pain. En 1641, elles ont dû vendre les deux moulins banaux pour rembourser leurs dettes. En 1829, il y a toujours 2 moulins à farine, mais apparaissent 1 moulin à huile et 3 huileries, ainsi qu’un atelier de poterie.

 

Cette situation avantageuse a favorisé le développement de la population qui fut toujours la plus nombreuse des communes de Haute Bléone malgré son petit territoire. Sa population dépasse du double la moyenne générale. En 1315, elle se monte à 475 habitants et la peste aura peu de prise sur elle puisqu’en 1471 elle maintient encore 318 habitants, soit une perte de 33% au lieu de 71% pour l’ensemble de la Haute Bléone. Aussi au XVIIIe siècle, elle dépasse le nombre de 1315 avec 495 habitants en 1765, puis 568 en 1851. La chute est également moins brutale jusqu’en 1962 où l’on recense encore 235 personnes. Puis ce sera une progression spectaculaire avec 787 habitants en 1999 et 995 habitants en 2004.

 

Il y a deux paroisses, une au Brusquet, l’autre au Mousteiret.

 

Affouagement de 1698

Il y a 160 chefs de famille et 140 maisons. La communauté possède 2 fours pour l’usage des particuliers et le deffends de Lauzière. Elle a aliéné en 1641 les 2 moulins banaux.

 

Affouagement de 1728

Les consuls et communauté du Brusquet et du Mousteiret composant qu’une même communauté, viguerie de Digne, ont l’honneur de vous représenter que jusques à ce jour ils ont fait tous leurs efforts pour supporter les charges, impositions du Roy et de la province…. Le Brusquet et Mousteiret sont situés dans les plus hautes montagnes, son terroir des plus ingrats de la province estant presque tout de mauvaise robine et que ce n’est qu’à force de labeurs et par le moyen de divers travaux qu’il faut faire pour se garantir des débordements de la rivière de Bléoune qui traverse le terroir et encore de plusieurs ravins qui environnent tout ce terroir et qui accaparent le plus souvent les fonds et les soins de leurs travaux. Y ayant même une montagne supérieure au village apellée Lausière, que les eaux pluvialles descendent d’icelle avec une très grande rapidité qui causent toutes les années des domages très considérables aux propriétés inférieures qui sont les plus considérables de ce terroir, et cela est vray qu’en l’année 1718 dans le mois d’aoust, ayant fait une pluye rapide les eaux ayant descendu en si grande abondance qu’on croyait qui emporterait le village et le domage du fonds fut si considérable que la communauté feut obligée de présenter un placet à messieurs les procureurs du pais.

 

Affouagement de 1774

Le village du Brusquet ne forme qu’une seule et même communauté avec celuy du Mousteiret quoiqu’ils forment deux paroisses ; ils sont situés l’un et l’autre au midy, bâtis sur des petites éminences en emphitéatre. Il y a une fontaine publique à chaque village, peu abondante surtout celle du Brusquet qui parfois tarit.

Les maisons paroissent en mauvais état. Le village du Brusquet est exposé aux eaux qui en tems de pluye descendent d’un cotteau supérieur et le traversent en deux différents endroits. Dans celuy du Mousteiret il y a 13 cazaux ou maisons abandonnées. Les rues sont mal pavées.

L’habitation est supportable à cause de la situation des lieux, de la proximité de Digne, des chemins praticables, des fruits, du climat tempéré et de la facilité à se procurer les besoins de la vie.

Le nombre des maisons habitées dans le lieu est de 50, celui dudit Mousteiret de 22 et celuy des bastides ou maisons à la campagne est de 8. Les chefs de famille sont au nombre de 96.

Qu’il n’y a dans lesdits lieux aucune fabrique ni manufacture, mais seulement deux tisseurs à toile qui travaillent pour le compte des habitants pendant quelque tems de l’hyver, qu’un seul particulier fait le commerce des prunes et l’industrie des autres habitants consiste à l’agriculture.

Les productions sont le bled froment, seigle, légumes, avoine, orge, espautre, peu de chanvre, fruits, vin et foin. Il y a une source à la partie du Brusquet qui sert à l’arrosage de 10 000 cannes de terrain et une autre source au Mousteiret qui sert à l’arrosage d’une partie du terroir et pour faire tourner le moulin à farine.

On nourrit dans lesdits terroirs 846 chèvres ou brebis, 30 beufs, 24 mulets, 9 chevaux, 30 bourriques et 16 cochons.

La dixme revient à l’évêque de Digne. La communauté possède deux chambres servant d’Hôtel de Ville. Les fours sont banaux, le droit de fournage au 60. Il y a deux chapellanies de ste Barbe et de st. Jean Baptiste.

 

Achard 1787

On cultive beaucoup dans son territoire les arbres fruitiers qui forment un produit assez considérable, les prunes principalement, qui se vendent dans le commerce sous le nom de prunes de Brignole. Le blé y est peu abondant, on en recueille assez pour le besoin des habitants. Il y a aussi des vignes, des oliviers, des mûriers, etc. Le Village est à quelque distance de la rive gauche de Bléoune. On y compte environ 500 personnes. On trouve dans son territoire des indices de charbon de pierre.

 

Garcin 1835

A 5 lieues de Digne, le village est bâti au même emplacement où se trouvait autrefois le bourg de Lauzière qui, dit-on, fut détruit pendant les guerres intestines. Le territoire offre beaucoup d’arbres fruitiers qui produisent considérablement ; on y fait beaucoup de prunes-Brignolles qu’on expédie dans les villes de commerce. 615 habitants.

 

Féraud 1844

On trouve, dans son territoire, des indices de charbon de pierre. On y cultive beaucoup les arbres fruitiers qui forment un produit assez considérable, les prunes principalement qui se vendent dans le commerce sous le nom de prunes de Brignoles. Le blé y est peu abondant. Il y a aussi des vignes, des oliviers, des mûriers, etc.

Sur le Mousteiret: La paroisse du Mousteiret a une population de 200 âmes, et se compose du village, situé sur une éminence, de douze bastides ou petits hameaux, dont cinq en-delà de la Bléone.

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[1] Cadastre napoléonien de 1829, AD AHP 3 P 275, où les terres agricoles occupent 349 hectares et les terres pastorales seulement 8 hectares.


 

DRAIX

 

La commune de Draix, dans le canton de La Javie, est située au nord-est de celle d’Archail à une altitude moyenne de 900 mètres. D’une superficie de 2305 hectares, elle est traversée par le Bouinenc. Elle comprend trois hameaux, le chef-lieu, la Rouine et La Pommerée. Le climat est contrasté, froid en hiver et très chaud en été. Les terres, comme à Archail, sont dévastées par les torrents mais nourrissent cependant les habitants. L’élevage est particulièrement productif grâce aux pâturages et les moutons et bœufs sont gras et abondants, selon Achard. Il semblerait cependant que cette activité ait été abandonnée car on ne dénombre plus que 12 bœufs en 1837 et l’ensemble du cheptel est passé de 1649 têtes en 1744 à 1149 en 1837.Les femmes sont fécondes, comme le souligne encore Achard, mais en ajoutant qu’elles sont les plus laides de Provence, assertion dont nous lui laissons la responsabilité. La communauté possède un four à pain qui n’est pas arrenté. En 1684, elle a dû céder le moulin banal à un particulier, sans doute pour combler une partie de ses dettes. Le chanvre permet de faire vivre trois artisans tisseurs à toile. Le cadastre de 1830 signale 2 moulins à farine et 1 à huile [1].

 

La population n’a jamais été très nombreuse. En 1315, elle est composée de 75 habitants. Après la peste, elle en perd 53 % et on en recense 35 en 1471. La reprise sera lente avec 144 habitants en 1765, puis 157 en 1851 qui sera le maximum. Passée à 41 habitants en 1962, elle va repartir de nouveau avec 83 personnes en 1990 et 87 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte :

Il y a la rivière et torrent de Boinenc descendant de la montagne qui passe dans le terroir qui cause de grands dommages au cartier de la Roine et il y a divers autres valons qui se forment des eaux pluviales qui causent pareillement de grand dommages. Il y a 33 maisons, y compris 5 qui ne sont pas habitées.

Procès verbal :

La communauté a aliéné le moulin à bled à un particulier en 1684. La mouture est au 60. Elle possède un four qui n’a jamais été arrenté et qui ne donne aucun revenu.

 

Affouagement de 1728

30 maisons habitées.

 

Affouagement de 1774

Le village de Draix est composé de trois hameaux, deux desquels sont situés au midy sur le penchant d’un cotteau en emplitheatre et l’autre au couchant dans la plaine. Il y a une source peu abondante à chaque hameau servant de fontaine. Les maisons habitées sont en mauvais état. Il y a 12 cazaux ou maisons abandonnées, les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, de la misère des habitants, du mauvais état des chemins, du climat rude et froid et de la quantité des neiges qui tombent en hyver.

Les maisons habitées dans le chef lieu est de 15 et de 9 aux deux autres hameaux. Les chefs de famille sont au nombre de 27.

Il y a trois tisseurs à toile grossier [2]. Le terroir produit du bled tremcat [3], du segle, d’orge, d’avoine, d’espeautre, du chanvre, du foin, des légumes et des fruits.

Il y a 3 sources qui servent à l’arrosage d’une partie du terroir et pour faire tourner un moulin à farine à écluse. Ledit lieu est traversé par le chemin de Colmars à Digne et de Colmars à Seyne.

On nourrit dans le terroir 35 beufs, 20 asnes, 4 jumens, 2 mulets, 8 cochons, 1680 brebis dont 400 descendent à la basse Provence pour y depaitre durant l’hyver.

La dixme revient au prieur. La communauté possède un hôtel de ville et un moulin à farine.

 

Achard 1787

Le climat est froid dans l’hiver et fort chaud en été. Les péripneumonies dans la première saison et les fièvres bilieuses dans la seconde, sont très communes. Les habitants sont vifs et laborieux ; les femmes y sont fécondes. On croirait, d’après ce détail, que le sexe y est beau. Il est bon de détromper nos lecteurs : c’est peut être le lieu de la Provence où il est le plus laid. Le sol est pierreux et fertile en grains, légumes et fruits de toute espèce. L’on y a aussi de bons pâturages, et l’on y élève des troupeaux gras et abondants. Cette Paroisse, quoique la plus petite du Diocèse, n’est pas la plus désagréable. Bouïnenc est un des ruisseaux qui arrose les prairies. Il se jette dans Bléoune, et reçoit dans son lit les eaux du vallon de Redecourt ; celles-ci servent à arroser les jardins et les prairies qui sont auprès du Village.

 

Garcin 1835

Village à 4 lieues de Digne sur la rive droite de la Bléone. Climat froid en hiver et très chaud en été. Sol pierreux et fertile en grains, légumes et fruits de toutes espèces. Il y a de bons pâturages et l’on y élève nombre de troupeaux de menu bétail. 156 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Draix est situé au Nord et sur le penchant du Col de la Line, à 13 kil. Sud de La Javie, et à 15 N.E. de Digne. Le sol est pierreux et coupé par une infinité de monticules : il est cependant fertile en grains, légumes et fruits ; il fournit aussi de bons pâturages pour les troupeaux. Le climat est très froid en hiver et fort chaud en été. La population totale de Draix est de 145 âmes. Outre le village, il y a encore le hameau de Rouine et les campagnes du Pommerée. Le Bouinenc et le Rédecourt arrosent le territoire de cette commune.

 

Lors de la visite pastorale de 1858, le visiteur remarque que

la paroisse de Draix est divisée en deux sections, le chef-lieu où se trouve l’église paroissiale et le hameau de la Rouine, éloigné du chef-lieu de quatre kilomètres environ. Le chemin qui relie les deux sections est mauvais, très fangeux en temps de pluie et de dégel. La paroisse est traversée par la route départementale qui conduit de Digne à Colmars. La paroisse la plus rapprochée est Archail, qui n’est qu’à trois kilomètres. La communication est assez facile. Les autres paroisses voisines sont la Javie chef-lieu au nord-est à six kilomètres environ par un mauvais chemin, le Brusquet au nord à huit kilo. au moins, séparé par une montagne, et Marcoux au nord-ouest à sept kilomètres, on y arrive en suivant la route départementale de Colmars à Digne dont une bonne partie est bordée de précipices et très fangeuse. L’esprit des habitans est bon et assez religieux. Les habitans sont généralement pauvres, ils s’imposent pourtant des sacrifices pour l’ameublement de la sacristie et pour l’ornementation de l’église, ils ont déjà beaucoup fait pour cela.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 177.

[2] Toile grossier : dite aussi toile estoupier, est la partie la plus grossière de la filasse issue du chanvre.

[3] Provençal tressol, blé de première qualité.


 

ESCLANGON

 

Dans le canton de La Javie, cette petite commune de 1388 hectares ne comportait plus que 2 habitants en 1962. Aussi, elle fut rattachée à la commune de La Javie en 1973. Le village est implanté au bord du Bès à environ 800 mètres d’altitude. Son terroir n’est composé que de montagnes pelées et de vallons encaissés. Il ne possède ni prairies, ni prés, ce qui empêche tout élevage, sinon celui de quelques chèvres qui se contentent de maigres arbustes. Les descriptions décrivent bien la misère des habitants. L’état des sections du cadastre napoléonien de 1830 confirme ces réalités, avec 92 % du territoire inculte. Il ne reste que 6% de terres agricoles (73 hectares) et à peine 1% de terres pastorales et de bois (22 ha) [1]. La communauté possède en 1774 un moulin banal à farine sur le Bès. En 1830, il existe 3 moulins et 1 four.

 

En 1315, la population est de 55 habitants. En 1471, après la peste, elle en a perdu 54 %, et il subsiste 25 habitants. La reprise sera très lente puisqu’en 1765, il n’y a que 32 habitants. Les 106 habitants de 1851 seront le maximum jamais atteint. Puis ce sera le déclin avec seulement 2 habitants en 1962. Réunie à La Javie en 1973, le village reprend cependant vie avec 15 habitants en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte

Esclangon n’est qu’une filiale de la cure de Thanaron. 22 maisons habitées. Le lieu et terroir d’Esclangon est très petit et des plus pauvres et misérables de la province, scitué entre des meschantes montagnes pelées, tout sur les rochers, en lieu panchant et ardu, tout entouré, croisé et traversé par des torrens et vallons rapides qui emportent tout le terrain en temps de pluye en sorte qu’il ne reste que les rochers. Il y a si peu de terres laborables et si mauvaise, ingrates et stérilles qu’il ne se recueille pas du bled pour les habitans pour quatre mois de l’année. Il n’y a que quelques meschants preds et mauvaises vignes, le tout si sterille et de si peu de rapport, à cause de la situation dans la montagne et lieu froid et à cause du meschant terrain, que tous les habitans y sont misérables.

Procès verbal 

25 chefs de famille et 40 maisons dont 15 inhabitées. La communauté possède un moulin. Elle paye au seigneur 200 livres annuellement pour l’acquisition de ce moulin.

 

Affouagement de 1728

19 maisons habitées. Le seigneur ne possède que son château.

Il y a le torrent de Bès tirant du septentrion au midy et plusieurs vallons et ravins qui ont gasté et ruyné la plus grande partie du terroir qui font des éboulements et emportements inévitables et irréparables.

 

Affouagement de 1774

Ledit village d’Esclangon est situé au dessus d’une colline environnée du costé du levant, couchant et nord de montagnes très scarpées et entièrement pelées. Il y a une petite fontaine en forme de puit distante d’environs 200 pas du village. Les maisons sont en très mauvais état. Il y a 6 cazeaux ou maisons abandonnées. Les rues ne sont point pavées. L’éloignement des villes et villages, les chemins de tout cotté absolument impraticables, concourent ensemble avec l’abondance des neiges qui y tombent en tems d’hyver à rendre l’habitation des plus insupportables ; l’air et les eaux y sont néanmoins bonnes.

Le nombre des maisons habitées est de 9 et celuy des campagnes ou bastides est de 5. Les chefs de famille sont au nombre de 16. La seule industrie des habitants consiste à l’agriculture et à nourrir quelques chèvres. Que tout le terroir ne consiste qu’en cotteaux, ravins et montagnes pelées et roches.

Les productions sont bled froment, seigle, peu de légumes, foin et très peu de fruits. L’eau du vallon de Bais fait tourner un moulin à farine n’y en ayant aucune qui puisse servir d’arrosage.

 

Achard 1787

Vulgairement Esclangoun, en latin Esclango ; petite Paroisse du Diocèse et de la Viguerie de Digne, située dans les montagnes, à deux lieux de cette Ville. On n’y compte que deux tiers de feu en cadastre, et environ trente habitans.

S. André est Titulaire et Patron de la Paroisse, qui n’est desservie que par un seul Prêtre.

Le climat est froid, le sol peu fertile ; on y récolte du blé et peu de vin. Les habitans sont généralement bons. Le territoire est séparé de celui de Tanneron par la rivière de Bès et par le ruisseau d’Aiguebelle.

 

Garcin 1835

Petit village à 2 lieues de Digne. Climat froid, sol peu fertile, il produit du blé et peu de vin. 100 habitants.

 

Féraud 1844

Le village d’Esclangon, ainsi appelé de sa position dans des montagnes, est sur la rive gauche de la Besse, à 15 kil. N.O. de la Javie, et à 21 N. de Digne. Le climat en est froid, le sol peu fertile ; on y récolte du blé et peu de vin. Son territoire est séparé de celui du Tanaron par la rivière de Besse et par le ruisseau d’Aiguebelle. Saint André apôtre est titulaire et patron de l’église, qui est desservie par un curé. Il y a une école primaire. Population totale : 97 âmes.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P197.


 

LA JAVIE

 

Chef-lieu de canton, la commune de La Javie couvre 2342 hectares. Le village est implanté à quelque 800 mètres d’altitude au confluent de la Bléone et de l’Arigeol. Une large plaine s’étale sur la rive droite de la Bléone, favorable aux cultures fruitières. Mais cet avantage est contrarié par les débordements de la rivière et des ravins qui descendent de la montagne au nord. Le lit de la rivière occupe 170 hectares improductifs. Les habitants ne cessent d’élever des digues pour protéger leurs terres, travaux qu’il faut sans cesse renouveler après les crues. Ils doivent entretenir des ponts de bois sur les deux rivières à leurs frais jusqu’en 1782 où la province a financé et installé des ponts en pierre. Ils sont passés maîtres dans la conduite des bois flottés jusqu’à la Durance. La déforestation qui n’a laissé que des rochers empêche d’entretenir les troupeaux de moutons et de bœufs, ce qui en conséquence entraîne un manque d’engrais. La moitié du moulin et le four appartiennent au seigneur et sont soumis à la banalité. En 1829, il y aura 2 moulins et un foulon à draps, 9 fours et une scie à eau [1].

 

Outre le village, il existe trois hameaux : Bouse, Bouisse et Chaudol, ce dernier divisé en deux hameaux, dits aujourd’hui Grand et Petit Chaudol. La population n’était pas très importante en 1315 avec 190 habitants. Après la peste, il n’en reste que 65, soit une perte de 65 %. Le redressement sera plus accentué que pour les autres communes puisqu’en 1765 sont dénombrés 349 habitants et 479 en 1851. La décrue va reprendre jusqu’en 1962 avec 265 habitants. Depuis, la population a recommencé à progresser avec 297 habitants en 1990 et 341 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte

64 maisons habitées. Cette communauté ne possède aucun bien, elle a véritablement la terre gaste sans herbe ni arbres, n’y ayant que des rochers pelés et quelques buis, ne pouvant les habitans entretenir aucun gros bestail ny menu que de leur fourrage particulier, ce qui est cause de la misère des habitants qui n’ont pas le moyen d’engraisser leurs biens ny mesme les travailler comme ils devroient par le deffaut de gros et menu bestail, pouvant assurer que dans cette communauté il n’y a que sept peres de beufs ce qui fait voir la faiblesse et la pauvretté des habitans.

Il passe dans le terroir de cette communauté la rivière de Bleoune et le torrent de Leirijol qui descendent, scavoir celle de Bleoune des montagnes de Pras et Leirijol des montagnes du Vernet et Mariaud et Beaujeu et leurs débordemens sont si grands et si fréquents qu’il n’y a qu’à voir leur grandeur de lict qu’il se sont faites au dépans du plus précieux des biens de ce terroir et où messieurs les commissaires sont priés de faire attention en y passant. Et s’il n’estoit par un travail continuel en réparations que les habitans font annuellement à grands frais, il n’y aurait plus de bien en leur plaine ny mesme au devant des maisons du lieu, que si l’on venoit à manquer de faire des réparations, ces deux torrents emporteroient tous les biens voisins et feroient déserter le lieu. Par-dessus ces deux grands torrens il y a encore celui du Merdaric qui descend de Boulard lequel ravage de l’autre coutté cette petite plaine et demande aussi des réparations considérables et il se forme aussy tous les jours de nouveaux courants et valons qui descendent de toutes les terres gastes qui endomagent au moindre pluye et orage tous les biens voisins et qui en ont hors de culture une grande quantité et particulièrement depuis Bleoune jusqu’au terroir du Brusquet qui compose un autre grand valon qui inonde beaucoup de biens ; et au surplus tous les biens de ce terroir, soit de la plaine que des autres quartiers ne sont remplis que de fossés et razes et en teste et par les milieux pour réduire et conduire les eaux, en quoy il y a toujours à faire.

Qu’il n’y a dans ce lieu aucun commerce ny négoce pour les habitans, que véritablement le lieu est sur le passage de Digne à Seine, lequel passage est désavantageux à la communauté, soit à cause de la foule des gens de guerre qui montent et descendent que pour les ponts et planches qu’il faut tenir sur les rivières, n’estant scittué ny pour le diner ny coucher des passants qui vont de Digne à Seine ny qui descendent de Seine à Digne.

Procès verbal 

La Javie et Sainte Colombe. 80 chefs de familles, 100 maisons dont 20 en ruine. Le seigneur possède le four banal et la moitié du moulin.

 

Affouagement de 1728

50 maisons habitées, dont 15 abandonnées pour se retirer ailleurs.

La disme du hameau de Clucheret, terroir du lieu de Beaujeu, dépendant du prieuré dudit la Javie, Sainte Colombe ou Chaudol.

La rivière Bléoune coupe le terroir du levant au couchant, le torrent de l’hérigeol le coupe du septentrion au couchant, le torrent Mardaric le coupe aussi de septentrion au couchant, sans y comprendre une grande quantité de razes et vallons qui descendent des montagnes, qui désolent entièrement le terroir. La rivière de Bléoune et les deux torrents de l’herigeol et du Mardaric emportent toutes les années dudit terroir quoy que les habitants fassent tous leurs efforts pour tâcher de le conserver par les grandes fortifications qu’ils font soit en gabions, cavalets massifs à chaux et sable et les réparations sont si dispendieuses que les fonds ne produisent pas bien souvent ce que les habitants sont obligés de dépenser. La communauté est encore obligée à entretenir les ponts de bois pour les passages des gens à pied sur la rivière Bléoune et sur l’hérigeol.

 

Affouagement de 1774

Le village de la Javie est situé du midy au couchant bâti au pied d’un rocher fort élevé, partie en plaine et partie sur le roq en emphitéatre et placé entre la rivière de Bleone et le torrent de Lerigeol qui forment une isle et se répandent dans les rues lors des pluyes fréquentes.

Il y a une source fort abondante à 100 pas du village dans la plaine qui se divise en trois branches dont une passant tout auprès des maisons. Les maisons sont en fort mauvais état. Il y a actuellement 2 maisons au hameau de la Bouze qui ont été consumées par le feu, 1 cazeau au chef lieu, 1 autre au hameau de Chaudol et 12 maisons abandonnées au village. L’habitation est incommode à cause des inondations du torrent de Lerigeol et de Bleone.

Les maisons habitées sont au nombre de 56, dont 37 au chef lieu, 2 au hameau de Bouze, 7 à celuy de la Bouisse, 3 à la campagne et 7 aux hameaux de Chaudol. Il y a quelques facturiers de toile et draps grossiers. Les habitants excellent dans la conduite des bois de haute futaye à la Durence et à passer la rivière quand elle est enfle, industrie fort utile pour les voyageurs.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, d’avoine, d’orge, des légumes, foin, chanvre, noix et beaucoup des fruits d’eau. L’eau de la Bleone fait tourner un moulin. On nourrit 10 bœufs, 4 chevaux, 12 mulets, 13 bourriques, 260 brebis ou chèvres.

La dixme appartient au prieur décimateur à la nomination des messires de saint Victor.

 

Achard  1787

Ce lieu est très ancien, si l’on en juge par la manière dont le Village est bâti. On voit sur le sommet de la colline à laquelle la Village est adossé, les restes d’un Château que la tradition attribue aux Chevaliers du Temple.

Ce lieu est situé à deux lieues N.E. de Digne, à peu de distance de la rive droite de Bléoune. Le climat est tempéré, l’air pur, la population y est considérable. Il est peu de femmes qui ne fassent des jumeaux au moins une fois dans leur vie. Il en existe une, qui dans l’espace de 18 mois a fait cinq enfans. Bléoune et l’Origeol arrosent et dévastent souvent le territoire. On a pratiqué sur ces rivières des ponts de pierre aux frais de la Provence. Ils furent commencés en 1780 et finis en 1782. L’on recueille beaucoup de prunes à la Javy, des poires et des pommes. Le sol est d’ailleurs fort ingrat. Les habitans sont laborieux, bons, mais vifs. Il y a quelques Manufactures d’étoffes de laine et quelques Fabriques de toile. Le nombre des habitans est d’environ 400.

 

Garcin 1835

Petit bourg, chef-lieu de canton, à 4 lieues de Digne, entre la Bléonne et l’Origol. Ce lieu, quoique fort ancien, n’a jamais été considérable. Il est aujourd’hui divisé en plusieurs hameaux, dont le principal est sur le chemin de Barcelonnette. Les maisons, sur une seule ligne, sont toutes basses et d’un extérieur rustique. Le climat est tempéré, l’air est pur. Il y a peu femmes, dit-on, qui ne fassent des jumeaux au moins une fois dans leur vie. Le sol est fort ingrat, il produit des poires, des pommes et beaucoup de prunes qu’on livre au commerce. Le pays offre quelques tisseurs. 420 habitants.

 

Féraud 1844

La Javie, à 21 kil. N.E. de Digne, est placée dans un bassin entouré de montagnes au Levant, au Nord et au midi, et ouvert du côté du Sud-Ouest. Le climat en est tempéré et l’air pur. La Bléone et l’Arigeol arrosent et dévastent souvent son territoire. On a pratiqué, sur ces rivières, des ponts de pierre aux frais de la Province, en 1780. On recueille à La Javie beaucoup de prunes, de poires et de pommes. Le sol est d‘ailleurs assez ingrat. Les habitants sont laborieux et bons, mais vifs et légers. Il y a quelques manufactures d’étoffes et quelques fabriques de toile. La Javie a une population totale de 452 âmes, dont 300 agglomérées, et le reste disséminé dans les hameaux de Cluchier, de Chaudol et de Bouisse.

L’église paroissiale, sous le titre de saint Jean-Baptiste, a, pour fête patronale, Sainte-Madeleine (22 juillet). Elle est desservie par un curé. Elle a été reconstruite en 1822. Un ancien usage obligeait le prieur de la Javie de fournir à chaque chef de famille, la veille de Noël, une poignée de figues sèches, une poignée de raisins secs, une tasse de vin cuit et un gros morceau de gâteau. La communauté lui faisait en retour une redevance annuelle de deux livres tournois. Ce singulier usage avait pour but de rappeler aux habitants les grâces abondantes que Jésus-Christ avait répandu sur les hommes par le bienfait de sa naissance.

 

Visite pastorale de 1890 

La paroisse de la Javie, quoique importante comme population, présente cependant des difficultés exceptionnelles pour le service religieux. En sus de l’agglomération du village, qui est de 400 âmes environ, elle comporte un peu plus de 100 âmes disséminées dans 4 hameaux qui sont : Chaudol, le Clucheret, la Bouisse et Champourcin, distants du chef-lieu de 2 à 6 kilomètres. Chacun de ces hameaux a sa chapelle, ses fonts baptismaux, son cimetière ; et Mr le Curé de la Javie doit s’y transporter pour les baptêmes, les enterrements, les Messes des Morts chantées, etc. Ce qui est très pénible et très fatigant, surtout en hiver. En outre l’état de ces chapelles, de leur mobilier et de leurs nombreux cimetières, laisse énormément à désirer à tous les points de vue, et on ne sait comment y remédier, à cause de la pauvreté des habitants de ces hameaux et de ceux du chef-lieu, dont l’église elle-même a tant de besoins.

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[1] Cadastre napoléonien 1830, 3 P 248.


 

LAMBERT

 

La commune de Lambert est comparable à celle d’Ainac à qui elle était étroitement unie, seulement séparée d’elle par le torrent de Galabre. D’une superficie de 520 hectares, elle offre le même terroir montagneux et aride.

 

Comme Esclangon, 91 % du terrain est improductif, il ne reste que 32 hectares pour les cultures et 9 hectares de pâtures, les bois ne couvrant que 4 hectares[1]. Il y a donc très peu d’élevage. Le village est perché à 1115 mètres d’altitude. Les communications avec l’extérieur étaient impossibles en hiver ou dangereuses. Comme Ainac, la commune fut rattachée à La Robine en 1973. Aujourd’hui dans le canton de Digne, elle était, sous l’ancien Régime, dans la viguerie de Digne. Le moulin sur le Galabre et le four sont banaux appartenant au seigneur du lieu.

 

La population était de 80 habitants en 1315. Après la peste, le terroir est inhabité en 1471 comme celui d’Ainac. Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle qu’il atteindra son maximun de population avec 119 habitants en 1765. L’habitat est dispersé puisqu’en 1775 il n’y a que 5 maisons dans le village mais 11 foyers répartis dans des bastides. Contrairement aux autres communes, elle ne progressera plus, mais au contraire va régresser avec 106 habitants en 1851, puis plus que 21 en 1962.

 

Affouagement de 1698

Plainte :

Le seigneur dudit lieu possède divers biens nobles consistant en un château seigneurial, un grand jas ou escurie et un grand pigeonnier. Il y a 26 maisons habitées. La dîme revient par moitié au seigneur évêque de Digne, l’autre moitié au curé. Il y a eu une transaction en avril 1495 donnant le droit aux habitants de prendre du bois pour leur usage et chauffage et de faire paître leurs bestiaux dans le bois et terre gaste.

Procès verbal :

28 chefs de famille dans 28 maisons. Le seigneur possède le four où les habitants font cuire leur pain sans rien payer, moyennant 1 panal bled pour chaque chef de famille. Il possède encore le moulin banal et 3 bastides.

 

Affouagement de 1728

23 maisons habitées.

 

Affouagement de 1775

Le village de Lambert est situé au midy et bâti sur le penchant d’une montagne en forme d’emphiteatre. Une source peu abondante sert de fontaine publique. Il est exposé à un torrent qui parfois le traverse. Les maisons sont en très mauvais état. Il y a 19 cazeaux ou maisons abandonnées, 11 dans le lieu et 8 dans la campagne. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des mauvais chemins, de la difficulté de se procurer les besoins de la vie par les torrents et rivières qui ferment la communication des lieux voisins dans un certain tems de l’année, du climat rude et froid et de la quantité de neige qui tombe en hyver.

Le nombre des maisons habitées dans le lieu est de 4 et les bastides de 11. Les chefs de famille sont au nombre de 15.

Les productions du terroir sont du bled froment, du seigle, des légumes, de l’avoine, de l’espeautre, peu de foin et peu de fruits.

Une seule source sert à l’arrosage et faire tourner un moulin à farine.

Il y a 500 brebis, 10 bœufs, 4 juments, 4 bourriques.

 

Achard 1787

Cette Paroisse située à trois lieues N.N.O. de Digne, n’est affouagée que un quart de feu. On n’y compte guère que 25 familles et environ 130 personnes. Ce lieu est situé dans les montagnes et avoisine les terres de Thaneron, Aynac, Feyssal et Barles. La rivière de Galabre naît dans son territoire. Le sol est ingrat, le climat sain et très-froid en hiver. Les habitans bons, mais grossiers. On trouve dans le territoire de Lambert du sel fossile.

 

Garcin 1835

Village à 5 lieues de Digne, situé dans les montagnes, sur la Galabre, qui naît dans son territoire. Climat sain et très froid ; sol ingrat ; on y trouve du sel fossile. 130 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de Lambert n’est séparée de la précédente (Ainac) que par le Galabre, qui prend sa source dans son territoire et se jette dans le Bès. Le village de Lambert n’est qu’à dix minutes de celui d’Ainac : aussi ces deux communes ne forment qu’une seule et même paroisse, et n’ont aussi qu’une seule école. Ce pays est situé à 20 kil. N.N.O. de Digne : la voie qui y conduit est à peine viable et toujours suspendue sur un précipice. Lambert a 115 âmes de population totale. Son terroir est peu productif, et sa température très-froide en hiver. On trouve dans cette commune une source salée, dont l’eau soumise à l’épreuve du feu, donne un sel assez bon. Cette source abondante ne tarit pas, même pendant les plus fortes chaleurs de l’été.

 

Visite de 1857 

La paroisse de Lambert formée de deux communes, Lambert et Ainac, n’a point d’agglomération, les habitants sont éparpillés sur toute l’étendue du bassin un peu étroit formé par les montagnes assez élevées et escarpées, à l’exception du couchant qui le sépare d’Auribeau. Tout le sol qui est tout en pente est déchiré par le croulement du terrain produit par le torrent de Galabre et qui se jette dans la rivière de Bès au dessous de la Robine. Les paroisses rapprochées de Lambert sont Auribeau au couchant qui en est distant de six kilomètres environ et la Robine au sud-est distant de 8 kilomètres environ. Le chemin qui conduit à la Robine parcourt un vallon très étroit et sur plusieurs points est bordé de précipices, il est viable la neige n’y séjournant pas en quantité. Un seul prêtre, s’il est jeune, peut absolument faire le service des deux paroisses, péniblement pourtant. Le chemin qui conduit de Auribeau à Lambert est beaucoup accidenté par des torrents et des ravins, il n’est bordé par aucun précipice, mais il traverse un terrain très fangeux en temps de pluie et à la fonte des neiges, surtout d’Ainac à Lambert il franchit un petit col qui n’est pas élevé et dont les abords en sont particulièrement pénibles. Un seul prêtre peut absolument desservir Lambert et Auribeau, mais péniblement.

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[1] Cadastre napoléonien, 1819, 3 P 250.


 

MARCOUX

 

La commune de Marcoux est la troisième et dernière commune, avec Le Brusquet et La Javie, à être située au pied des montagnes, dans la plaine, au bord de la Bléone. D’une superficie de 3217 hectares, à une altitude moyenne de 600-700 mètres, cette position favorable permet la culture fruitière et semble-t-il également de l’olivier puisqu’un moulin à farine et à huile est signalé en 1698. En 1811, le cadastre recense 13 hectares de vignes et d’olivier. La rivière et ses berges remplies de graviers envahissent 330 hectares [1] Limitrophe avec la commune de Digne, cette proximité facilite les besoins de la vie. Les débordements des rivières (Bléone, Bouinenc et Mardaric), sont toujours le plus grand inconvénient. La communauté possède un four communal où les habitants viennent cuire leur pain à discrétion. Elle a dû vendre son moulin à farine et à huile en 1640 pour rembourser ses créanciers.

 

La population est regroupée essentiellement dans le village. Elle comprenait 390 habitants en 1315, puis après la peste, 140 en 1471, soit une perte de 64 %. Elle se redressera lentement, passant par 359 habitants en 1765, puis 375 en 1851. Comme les autres communes, elle va rechuter jusqu’en 1962 avec 180 personnes, puis se stabiliser autour de 414 et 408 en 1990 et 1999. Il aura fallu attendre 700 ans pour retrouver une population égale à celle de 1315.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le Seigneur est l’évêque de Digne. Le seigneur temporel et spirituel possède une maison et un pred de 1200 cannes et un pigeonnier. Le chapitre possède une bastide appelée Saint Martin. Il y a 70 maisons ou bastides habitées.

Procès verbal 

100 chefs de famille et 80 maisons. La communauté possède un four qu’elle arrente 15 livres 8 sols, les habitants payant le fournage à discrétion. Le moulin à bled et à huile a été aliéné en 1640 en faveur de ses créanciers. Le seigneur possède une maison, un pigeonnier et un pred de 12 000 cannes [2].

 

Affouagement de 1728

Le seigneur est l’évêque de Digne. Il a un château ou maison seignoriale avec un pigeonnier qui en est éloigné d’environ deux cent pas. Les chanoines du chapitre de Digne possèdent le fief de saint Martin de 50 000 cannes.

Il y a 65 maisons habitées y comprenant les bastides répandues aux différents cartiers du terroir. Le terroir est coupé du septentrion au midy par la rivière de Bléone, du levant au couchant par celle du Bouinenc et par quantité d’autres gros torrens qui descendent des montagnes, quy inondent et emportent le terrain dans le temps des pluyes rapides et de la fonte des neiges. Il n’y a aucun passage au lieu de Marcoux qui est entièrement séparé du grand chemin sur lequel un particulier a fait nouvellement bâtir un cabaret qui est peu fréquenté, soit parce que c’est une maison seule à la campagne, soit par ce que ce chemin qui n’est que celui de Seine et de la vallée de Barcelonnette, est peu fréquenté aussy. Enfin ce passage, bien loin d’être d’aucune utilité à Marcoux luy est au contraire extrêmement à charge par les dépenses extraordinaires qu’elle est obligée de faire toutes les années pour l’entretien des chemins, au surplus pour ce qui est du commerce, il n’y en a aucun, n’y ayant aucun des denrées dans le pays qui soient de transport.

 

Affouagement de 1775

Le village de Marcoux est situé du levant au midy, bâti au pied d’une montagne sur une petite éminence en emphitheatre. Il n’y a point de fontaine publique, mais seulement 2 puits dont l’eau est d’une mauvaise qualité, si bien que les habitants sont obligés de se servir de l’eau de la rivière de Bléone pour boire, ladite rivière distante de 500 pas du village. Les maisons sont en bien mauvais état. Il y a 12 cazeaux ou maisons abandonnées et 3 à la campagne, en tout 15. L’habitation y est supportable à cause de la proximité de la ville de Digne et de la facilité de se procurer les besoins de la vie.

Les maisons habitées sont au nombre de 64, 40 au chef lieu et 24 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 64. Il y a 3 facturiers dont 2 de toile grossière et 1 de draps grossiers qui travaillent seulement pour le compte des habitants. La seule industrie est le transport du bois à Digne pendant l’hyver, 2 des habitants font un commerce de boeufs et mulets.

Le terroir produit du bled froment, seigle, peu d’orge, d’espeautre, chanvre, foin, légumes, peu de vin, fruits et surtout des prunes qui sont d’une bonne qualité. Le Bouinenc sert à l’arrosage et à un moulin à farine.

Le terroir nourrit 24 boeufs, 12 mulets, 6 chevaux, 24 bourriques, 33 cochons, 1600 brebis.

La dixme revient à l’évêque de Digne. Le seigneur possède noblement un château en mauvais état et un pigeonnier et jardin attenant au château de 120 cannes de bonne qualité.

 

Achard 1787

En latin, Marcosium ; Paroisse du Diocèse et de la Viguerie de Digne, à demi-lieue N.E. de cette Ville, et à peu de distance de la rive gauche de la Bléoune.

Le Patron de la Paroisse, desservie par un seul Curé à la nomination de l’Evêque Diocésain, est dédiée à S. Etienne, premier Martyr. On en fait la fête le 3 Août, avec quelque éclat. Il y a dans cette Paroisse un Prieuré sous le titre de S. Raphael, de nomination laïque.

Le climat est sain est tempéré. Les habitans, au nombre d’environ 300, sont bons et laborieux. Le sol ne produit pas beaucoup de blé ; la principale récolte est celle des prunes. Le commerce consiste dans la vente des chevaux, des mulets et des bêtes à cornes.

La rivière de Bléoune passe dans le fiel de S. Martin, et un ruisseau, qu’on nomme Bouïnenq, arrose la moitié du territoire. Ces eaux donnent la fertilité à des prés et à des jardins qu’on a pratiqués en différens endroits.

On compte à Marcoux trois feux, réduits à deux feux et quatre cinquième. Le nombre des habitans est d’environ 400.

 

Garcin 1835

Petit village à 2 lieues de Digne. Climat sain et tempéré. Le sol produit peu de blé, mais beaucoup de prunes qu’on sèche et qu’on expédie [3]. Un ruisseau arrose la moitié du territoire. Le commerce consiste dans la vente des chevaux, mulets et bêtes à cornes.

 

Féraud 1844

Ce village, distant de 7 kilom. N.E. du chef-lieu, est bâti sur une petite colline qui est adossée à une montagne qui lui masque le soleil en hiver, et rend le pays très-froid. L’étymologie de Marcoux vient du mot provençal marécageoux marécageux, par le retranchement de quatre lettres. Ce pays est en effet arrosé par la Bléone, le Bouinenc, le Mardaric et quelques sources, dont les exhalaisons ont fait donner aux habitants de Marcoux le surnom d’Estubassats, qui signifie enfumés. A part le commerce des mulets, l’agriculture est la seule occupation des Marcousins. Le terroir produit du blé, du vin, des fruits, surtout des prunes, et des plantes à fourrage. Ce pays a donné le jour à un pieux prêtre des missions étrangères, le père Chastan qui, à l’âge de 37 ans, avait déjà parcouru la Chine, la Cochinchine et la Corée, annonçant partout l’évangile, au péril de ses jours. Le père Chastan, né le 7 octobre 1803, a été décapité pour la foi, dans la Corée, dans le cours de l’année 1839.

 

Visite de 1858

La paroisse de Marcoux a un périmètre assez étendu. Le village de Marcoux, chef-lieu dans lequel se trouve l’église paroissiale, est situé au pied de la montagne St. Michel, regardant bien le levant. Il est à six kilom. de Digne, à une petite distance de la route impériale. Plusieurs habitations sont éparpillées dans la plaine à une distance plus ou moins grande et un plus grand nombre sont sur la rive droite de la Bléone, assez éloignées les unes des autres. Le passage de la rivière en rend parfois l’accès bien difficile et quelquefois impossible à cause de la grande quantité d’eau, c’est ce qui rend le plus pénible le service de cette paroisse. Les paroisses voisines sont Digne, le Brusquet, le Mousteiret, Draix et Archail, qui sont à peu près à la même distance. Les accès de Digne, du Brusquet et du Mousteiret sont les plus faciles parce qu’on suit la route impériale, qui n’offre aucun danger. L’esprit des habitants est généralement bon sans être très religieux, ils sont assez généralement dans l’aisance.

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[1] Cadastre napoléonien, 1811, 3 P 342.

[2] Il faut comprendre canne ². La canne mesurant à peu près 2 mètres, le pré offre une superficie de 2,4 hectares.

[3] Les prunes séchées sont le seul renseignement complémentaire fourni par Garcin.


 

MARIAUD

 

L’ancienne commune de Mariaud, réunie à celle de Prads en 1987, est située au NNE de Beaujeu sur les rives de l’Arigeol. D’une superficie de 2923 hectares, son implantation entre 1 200 et 1 500 mètres d’altitude rend la vie difficile, surtout en hiver. Les habitants sont malgré tout industrieux et attachés à leur terroir. Outre les céréales, ils pratiquent l’élevage des moutons et la fabrication de draps avec la laine et le chanvre. Ils vivent isolés, loin des autres villages. Le cadastre de 1830 recense 480 hectares de terres pastorales contre 125 de terres agricoles[1].

 

Les 2000 têtes de bétail, moutons et chèvres, recensés en 1770, indiquent bien cette activité pastorale. Celle-ci semble avoir été délaissée par la suite, puisqu’en 1837, il n’en subsiste plus que 700, fait dû sans doute au dépeuplement déjà amorcé à la fin du XVIIIe siècle.

 

Il n’y pas de village à proprement dit, mais quelques groupements de fermes comme celles de Saume Longe, Pré Fourcha et l’Adrech. L’église au lieu-dit Vière représente le lieu de rassemblement de la communauté. C’est là également qu’a été installé le moulin communal au confluent du ravin de Raybaud et de l’Arigeol (indiqué par la carte de Cassini). La population s’élevait à 250 habitants en 1315. La peste en décime 80 %, il n’en reste que 50 en 1471. Elle ne retrouvera jamais plus le taux de 1315. 1795 sera le maximum de reprise avec 195 habitants. Puis ce sera le déclin avec 151 personnes en 1851, puis 18 en 1962.

 

Affouagement de 1698

La dîme revient au prieur de Beaujeu. 25 maisons habitées y compris celle du curé.

 

Affouagement de 1728

34 maisons habitées. Ledit lieu est dispersé en cinq hameaux fort écartés l’un de l’autre.

 

Affouagement de 1775

Le village de Mariaud est situé au midy, bâti dans une gorge, entre des montagnes fort élevées. Il est composé de 4 hameaux, deux desquels sont bâtis auprès d’un torrent qui a emporté ou couvert de gravier la plus grande partie des terres et se répand souvent presque dans les rues. Les habitants se servent de l’eau d’une source qui jaillit auprès d’un rocher à 200 pas du village. Les hameaux se servent également des eaux des sources qui leur sont le plus à portée. Les maisons sont en très mauvais état, toutes couvertes de chaume. Il y en a 4 d’abandonnées et 5 cazeaux. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est fort incommode à cause de la situation du lieu, de la quantité de neige qui tombe en hyver, de l’éloignement des villes principales, des torrents et rivières qui empêchent la communication avec les lieux voisins lors de la fonte des neiges ou des pluyes, du deffaut du bois, et de la difficulté de se procurer les besoins de la vie.

Le nombre des maisons habitées est de 26, scavoir 4 au chef lieu, 9 à l’hameau de Saume longe, 2 à celui de Laÿmerée, 3 à celuy de Préfourcha et 8 à celuy des Adrechs. Les chefs de famille sont au nombre de 26. Les habitants sont assez industrieux, les uns fabriquent des draps grossiers pendant l’hyver, les autres amènent des brebis et des chèvres à Marseille, tous s’attachent au pâturage des bestiaux. Le terroir est tout en vallons ou montagnes fort élevées, dégarnies des bois, mais propres au pâturage. Les eaux qui tombent de ces montagnes forment des torrents qui emportent et détruisent tous les biens qui sont à portée, leur rapidité et les pierres qu’ils entraînent ne permettent pas de les contenir par aucune sorte de fortification.

La plus grande partie des terres situées dans les montagnes sont si ardues qu’elles ne peuvent être cultivées qu’à bras d’homme et dépérissent journellement. Le village et les hameaux de Laÿmerée et de Pifourcha ont beaucoup souffert par un torrent qui passe tout auprès ; le progrès qu’il fait journellement et les terres qui ont été emportées annoncent l’entière destruction de ces deux hameaux.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du seigle, des légumes, d’avoine, d’orge, peu de foin et du chanvre. Le terrain arrosé par l’eau des torrents ou par les petites sources qui jaillissent dans l’étandue du terroir est actuellement de peu de considération, toutes les eaux réunies font tourner un moulin à farine pendant l’hyver seulement.

On nourrit 1870 brebis ou chèvres en été seulement, 26 boeufs, 22 bourriques.

La dixme appartient au sieur prieur de Beaujeu.

 

Achard 1787

Petit village du Diocèse et de la Viguerie de Digne, à deux lieues de Seyne, et à cinq de Digne, en latin Mariaudus, en Provençal Mariaut. Dans le dernier dénombrement, il ne s’y trouva que 195 personnes, tous compris. Dans l’affouagement de la Viguerie de Digne, ce lieu est compris pour un tiers de feu, il a été réduit à un quart de feu.

L’église paroissiale, desservie par un Curé, sous le titre de N.D., est à Prats, Mariaud n’en est que la Succursale.

Cependant ces deux villages forment deux Communautés distinctes dans l’affouagement de la Province.

Le climat de Mariaud est excessivement froid en hiver. On recueille dans le terroir de ce lieu du blé, des légumes et des fruits. Le sol en général assez fertile ; les pâturages y sont excellents.

 

Féraud 1844

Le village de Mariaud, situé dans une petite vallée, au pied d’un roc, est à 15 kil. N.N-E. de la Javie, et à 36 N.E. de Digne. Ce pays est excessivement froid en hiver ; la neige y séjourne trois mois de l’année, et l’on n’y moissonne qu’un mois plus tard qu’à Digne. Le sol est en général fertile, on y récolte du blé, des légumes et des fruits. Les pâtures y sont excellentes. On trouve dans ce territoire une mine d’argent qui n’est pas exploitée, à cause de son faible produit.

Outre le village qui est central, la commune de Mariaud comprend cinq hameaux : Saumalonge, Senmerrée, Piéfourcha, Ladrech et Champclinchin. Population totale : 162 âmes. Les mœurs des habitants rappellent celles des patriarches de l’ancienne loi. Leur isolement les a entretenus dans des habitudes simples et agrestes.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P 344.


 

PRADS

 

Encore une commune d’altitude comme celle de Mariaud dont elle est limitrophe. Son vaste terroir de 6824 hectares est composé essentiellement de montagnes favorables au pastoralisme. La culture des céréales est rendue difficile par le nombre de rivières et de ravins qui dévastent leurs abords qui peuvent être mis en culture. Les descriptions sont éloquentes à ce sujet. Leur seule richesse consiste en l’élevage des moutons, brebis et chèvres, 6 000 en 1775, dont 2 000 appartenant à des étrangers venant d’Arles. Les pâtures, en 1830, couvrent 1470 hectares, soit 25% de la totalité du terroir de Haute Bléone [1]. Elles nourrissent, en 1837, plus de 7000 têtes de bétail, dont 100 bœufs et 6600 moutons, brebis et agneaux. La communauté possède un moulin à farine banal et plusieurs fours. En 1830, sont recensés 3 fours, 3 moulins à farine, 1 scie à eau et 1 moulin à huile, celui-ci broyant certainement les noix, l’olivier ne pouvant s’élever à cette altitude.

 

Le village de Prads est situé sur la rive droite de la Bléone à 1050 mètres d’altitude. Il y a également 3 hameaux relativement importants, La Favière, Tercier et Eaux Chaudes. Les deux premiers abritaient chacun une chapelle et un moulin à farine. La population a été la plus importante de toutes les communes de Haute Bléone au 18e siècle avec 783 habitants. En 1315, il y a déjà 425 habitants. 83 % vont disparaître à la suite de la peste, si bien qu’il n’en subsiste que 70 en 1471. Elle va reprendre vie pour culminer en 1765, puis décliner au XIXe et XXe siècles avec 538 habitants en 1851, puis seulement 105 en 1962. Ayant récupéré les communes de Blégiers et de Mariaud en 1977 et 1987, elle remonte à 180 habitants en 1990, mais n’arrive pas à se stabiliser puisqu’on ne dénombre plus que 147 habitants en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le sieur archidiacre du chapitre de Digne est prébandé audit lieu. 90 maisons habitées. Il y a la rivière appelée Bleoune qui prend sa naissance au plus haut des montagnes laquelle rivière jusques et adroit et a goche d’icelle il desgorge de grands valons et torrens lhors des ravages des pluyes jusques à l’ameau d’Aigues Chaudes, que a l’adroit il desgorge un gran torran appelé Bussin quy prand sa naissance sur le plus haut d’une montagne du terroir de Mariaud descendant en bas et desgorge un autre grand torrant appelé le Riou qui prend sa naissance au plus haut des montagnes dudit Pras du levant et pendant leurs cours il n’y a que vallons et ravins attandu la situation du terroir dudit Pras qui n’est composé que montagnes et collines, le tout extremement panchant et à la (…) du village dudit Pras se joint à ladite rivière de Bléoune un autre torran nommé laune quy prend sa naissance aux montagnes du prioré et seignorie de Failhe feu laquelle libre et seignorie appartient au recteur du collège St Martial d’Avignon.

Procès verbal 

100 chefs de famille. La communauté possède le moulin qu’elle arrente à 27 charges de bled, auquel les habitants payent la mouture au 24 et les fours desquels les habitants en jouissent en liberté. Le lieu est très mal scitué, hors de toute sorte de commerce, que le chemin pour y aller est impraticable en tout temps, que la rivière de Bléone qui passe dans le terroir joint aux plusieurs vallons et torrens l’endomage considérablement.

 

Affouagement de 1728

Il n’y a présentement que cent maisons habitées au lieu de Prads ou à ses hameaux, celles qui y sont de plus ont été entièrement désertées et abandonnées aussy bien que les fonds que les propriétaires y possédaient pour ne pouvoir subvenir au paiement de la taille. La rivière de Bléonne qui prend sa source dans ledit terroir découle et passe au milieu d’iceluy durant toute sa longueur. Il y a encore deux torrens, l’un appelé le Riou et l’autre la Laune qui traversent aussy ledit terroir et qui se jettent dans ladite rivière de Bléonne, lequel terroir qui est enfoncé dans les montagnes scitué en lieu panchant et ardeux et d’ailleurs coupé de quantité de valons et ravins de sorte que les neiges lorsque l’eau fond et les eaux pluvialles et les débordements de ladite rivière, torrens et ravins, emportent toute la bonne terre, ravagent, inondent en graviers et emportent la plus grande partie du terroir. Toutes les réparations que les propriétaires voisins de ladite rivière et torrans font pour tacher de se garantir et dont la dépence excède le plus souvent la valeur des fonds, en sorte que ledit terroir par sa scituation diminue chaque année considérablement et dans peu de temps les habitans seront obligés de déguerpir et l’abandonner.

 

Affouagement de 1775

Le village de Prads est situé au midy, bâti auprès de la rivière de Bléone dans une vallée, au pied de montagnes fort élevées. Il y a une fontaine peu abondante dont l’eau est d’une mauvaise qualité. Les eaux de la montagne ont formé un torrent dans cette partie qui traverse le village. Les maisons sont en très mauvais état, la plus part couvertes de bois. Il y en a 15 d’abandonnées y compris 2 qui ont été basties depuis peu. La situation du lieu, la quantité de neige qui tombe en hyver, les pierres qui se détachent de la montagne et qui tombent dans les rues, l’éloignement des villes principales, la communication interrompue avec les lieux voisins par la crue de la rivière de Bléone ou des torrents lors de la fonte des neiges ou des pluyes et les chemins impraticables établis dans le gravier ou dans les montagnes, rendent l’habitation fort incommode.

Les maisons habitées sont au nombre de 90, dont 32 au chef lieu, 36 au hameau de la Favière, 17 à Tercier et 5 à Eaux Chaudes. Le nombre des chefs de famille est de 93.

Il y a quelques facturiers de toile et draps grossiers. Les habitants sont fort laborieux et paisibles, s’attachant beaucoup à la culture des terres et au pâturage des bestiaux.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du segle, de l’avoine,de l’orge, des légumes, du chanvre, du foin et quelques noix.

L’eau de trois torrents font tourner 3 moulins à farine.

On nourrit dans le terroir 6000 brebis ou chèvres, dont 2000 appartenant à des étrangers, 48 bœufs, 7 mulets, 2 chevaux et 40 bourriques.

La dixme appartient au chapitre de Digne. La communauté possède des montagnes où les bergers d’Arles viennent faire dépaitre leurs troupeaux en été et donnent 1525 livres. Le seigneur possède noblement un château dans l’enceinte du village.

 

Achard 1787

Prats, Diocèse et Viguerie de Digne. On y compte un feu et trois quarts de feu. Cette Paroisse est sur la rive droite de la Bleoune, à 3 lieus O.S.O. de Colmars, et 4 et demis N.E. de Digne. L’église paroissiale desservie par un Curé a pour succursale l’Eglise de Mariaud dont nous avons parlé en son lieu.

Prats est en pays de montagnes. Le terroir produit peu de blé. La rivière de Bleoune vient des montagnes qui confinent à ses limites. Il y a des moulins à blé sur cette rivière pour l’usage des habitans du lieu.

 

Garcin 1835

Village à 5 lieues de Digne sur le rive gauche de la Bléoune dans un pays montagneux. Le sol ne produit que du blé. 522 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Prads est placé sur la rivière droite de la Bléone, à 16 N.E de la Javie, et à 35 N.E. de Digne. Prads est en pays de montagnes : le terroir produit peu de blé. La moisson se fait quinze jours plus tard et même un mois plus tard dans les hameaux, qu’à Digne. Les habitants sont pauvres et sont tous agriculteurs ou bergers. Cette commune se compose du village, des hameaux de la Favière, de Tercier et des Eaux-Chaudes. L’étymologie de Prads vient du provençal pras, pré. Indépendamment des montagnes pastorales, on y trouvait autrefois beaucoup de prairies que la Bléone a ravagées et détruites. Le hameau des Eaux-Chaudes tire son nom d’un petit lac de 200 mètres de circonférence, où tous les habitants font rouir leur chanvre.

Avant la réunion de la vallée de Barcelonnette à la France, Prads était frontière. On voit, dans les précipices affreux, des restes de chemin qui communiquaient aux forteresses de Saint-Vincent et de Colmars, et qui aujourd’hui ne sont plus fréquentés que par les chamois. Sur les confins de Prads, de La Fous et des Agneliers, on trouve trois rochers appelés les Trois Evêchés, parce que c’était là que finissait la juridiction des trois évêques de Senez, de Digne et d’Embrun. Le village portait jadis le nom de ville : il y avait un juge, un notaire, un curé et un vicaire. Son église paroissiale était bâtie sur un rocher escarpé de 200 mètres d’élévation. L’église actuelle est bâtie dans le village et date du quatorzième siècle. Elle est desservie par un curé et dédiée à sainte Anne.

Il y a une école primaire. Chaque hameau a de plus un instituteur dans la saison d’hiver. Population totale : 560 âmes.

On trouve, dans le territoire de Prads, les restes d’un couvent des Templiers, au pied de la belle forêt de Faille-Feu. Ces religieux possédaient les montagnes pastorales de Prads et de Blégiers. Leur église était construite en entier en pierres de taille symétriquement taillées et placées. On a découvert, il y a peu d’années, à la porte de la sacristie, un superbe tombeau en pierre, portant le millésime du douzième siècle, et contenant un cadavre. Ces religieux avaient des succursales dans la commune de Mariaud, ce qui confirme ce que nous avons dit ci-dessus en parlant de l’église de ce lieu.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 431.


 

LA ROBINE

 

La situation de la Roubine est semblable à celles d’Ainac et de Lambert, qui depuis 1973 ne font plus qu’une seule et même commune avec Tanaron. Aux abords du Galabre, le terroir de 1195 hectares n’offre qu’une terre stérile, d’où la commune tire son nom. Le défaut de chemins praticables l’isole de tout commerce, les maisons ne sont que des chaumières et les habitants ont du mal à subsister. Le cadastre de 1823 fait état de 100 hectares de terres agricoles et de seulement 3 hectares de pâtures [1], ce qui explique le nombre peu élevé de têtes de bétail, un peu plus de 600 en 1770. Il n’y a qu’un seul moulin qui est seigneurial.

 

La population est concentrée dans deux hameaux distants l’un de l’autre de 500 pas, le Clouet et le Fourest. Le moulin à farine, auprès du Galabre, fonctionne à l’éclusée et appartient au seigneur. Il y avait 95 habitants en 1315. On ne connaît pas le nombre en 1471, sans doute inhabité comme Ainac et Lambert. En 1765, la population atteint 168 habitants, puis 189 en 1851. La chute est ensuite très sensible avec 48 personnes en 1962. La réunion avec Ainac et Lambert va provoquer un redressement appréciable avec 228 habitants en 1990, puis 259 en 1999 et 300 en 2005.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le lieu et terroir de la Robine est très petit et des plus pauvres et misérables de la province, scitué entre deux meschantes montagnes pelées, panchant et ardu, tout entouré, croisé et traversé par des torrents et vallons rapides qui emportent tout le terrain en temps de pluye, en sorte qu’il ne reste que la robinaire et rochers nus. Il y a si peu de terres labourables et sy mauvaises et stérilles qu’il ne se cultive que du bled pour les habitans pour quatre mois de l’année. 44 maisons habitées.

Procès verbal 

50 chefs de famille et 50 maisons. Le seigneur possède le moulin.

 

Affouagement de 1728

Les maisons ne sont que des chaumières bâties sur un terrain infructueux. Il y a deux hameaux de 30 maisons.

 

Affouagement de 1774

Le village de la Robine est situé au levant, dans une vallée, entre des montagnes qui bornent la vue de tous côtés, à peu de distance de deux torrents et est bâti sur une petite éminence formant un dos d’asne. Il est divisé en deux parties à 500 pas d’éloignement l’une de l’autre et sur la même ligne. Il n’y a qu’une fontaine à la partie inférieure, les habitants de l’autre partie se servent de l’eau des torrents. Les maisons sont mal bâties. Il y a 2 cazeaux et 11 maisons abandonnées, ces maisons sont cependant possédées par d’autres particuliers et réunies aux leurs. Les rues ne sont point pavées. L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, de l’éloignement de l’église, des torrents et rivières qui empêchent la communication avec la ville de Digne lors de la crue des eaux et du deffaut des chemins. Le nombre des maisons habitées est de 27, scavoir 14 au hameau supérieur, 12 à l’autre hameau et 1 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 27.

La seule industrie des habitants est quelque menu bestail qu’ils tiennent à la faveur du pâturage qu’ils achètent des lieux voisins et le transport du bois à Digne à quoy ils s’occupent partie de l’année, ce transport peut être plutôt regardé comme un doux appauvrissement et non comme une industrie, le besoin et l’indigence en ont fait une loy.

Le terroir est tout en cotteau, vallons ou montagnes, tout le bien fonds est en général d’une mauvaise qualité, il est formé ainsi que les montagnes de cette pierre dont le village tire le nom. Les deux torrents qui passent à peu de distance du village, fournis par une grande quantité de ravins, inondent parfois les champs qui en sont riverains. L’un des deux appelé Galabre fait beaucoup plus de ravage, le gravier qu’il dépose est d’une mauvaise qualité. Les montagnes sont assez couvertes jusques à présent, elles sont en partie agrégées de chaine et de hetre.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, des légumes, du foin, peu de vin, du chanvre et des fruits. Deux sources servent à l’arrosage des biens situés autour du village ; ces sources sont néanmoins peu abondantes, surtout celle du hameau supérieur. L’eau dudit torrent de Galabre fait tourner un moulin à farine par écluse et arrose une petite contenance de terrain.

On nourrit dans le terroir 10 bœufs, 8 juments, 12 bourriques, 600 brebis ou chèvres qui vont despaitre la plus grande partie de l’année dans les terroirs voisins.

La dixme appartient au curé du lieu.

 

Achard 1787

Diocèse et Viguerie de Digne, à une lieue et demie de cette Ville au N. On n’y compte que deux tiers de feu et tout au plus deux cent personnes.

Le territoire de la Robine confine à ceux de Brusquet, Thaneron, Auribeau, Castelar, Thoard, Marcoux et Mousteiret. La petite rivière de Galabre traverse le territoire et va se jetter dans celle de Besse près de son embouchure dans la Bléoune.

On trouve deux bois dans cette Paroisse, celui de Clarette et celui de la Chaux ; ils sont de peu d’étendue.

Les collines sont du genre calcaire, l’argile domine dans la plaine ; le blé forme la principale récolte du lieu. Les habitants sont tous appliqués à la culture des champs.

Un seul Prêtre dessert l’Eglise paroissiale. Il a le titre de Curé.

 

Garcin 1835

Village à 4 lieues de Digne. Le blé forme la principale récolte du pays. 113 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de la Robine est placée dans une étroite vallée que le Galabre arrose, et qu’entourent des montagnes ornées de quelques chênes clair-semés. Par sa position, ce pays est exposé aux froids rigoureux de l’hiver, et brûlé par les ardeurs du soleil en été. La population totale est de 159 âmes, dont 36 seulement agglomérées. Il y a deux hameaux , le Fourest et le Clouat, qui sont séparés par le Galabre. Le village est à 15 kil. N. de Digne : le chemin qui y conduit semble n’avoir été frayé que pour des chèvres, et de plus, il est suspendu sur un précipice continuel. Les habitants sont tous agriculteurs et généralement pauvres ; les produits d’un sol peu fertile les dédommagent à peine de leurs labeurs.

Une tradition glorieuse pour la Robine porte que cette vallée a été évangélisée et desservie, pendant plusieurs années, par saint Vincent, apôtre et second évêque de Digne.

L’église paroissiale, qui est desservie par un curé, est dédiée à cet illustre apôtre des Alpes [2]. Elle est éloignée du village et des hameaux. Elle n’a de remarquable que son antiquité. La fête patronale se célèbre le dimanche après le 22 janvier. Il y a une école primaire.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P 269.

[2] Cité en 374,premier évêque de Digne. Les évêques de Digne sont seigneurs et barons de Lausières (Atlas).


 

TANARON

 

Depuis son rattachement en 1974 à la commune de La Robine, Tanaron fait maintenant partie du canton de Digne alors qu’auparavant elle faisait partie de celui de La Javie. Le village fait face à Esclangon, dominant la rive droite du Bès. Perchées à 1 000 mètres d’altitude, les maisons étaient dans un état misérable, chaumières ou en ruine. Le terroir, d’une superficie de 2012 hectares, ressemble à ceux de La Robine, Ainac, Lambert et Esclangon, c’est-à-dire ravagé par les vallons et ravins qui recouvrent de gravier le peu de terres arables. Les pâtures sont restreintes, 3 % du territoire en 1830 [1] Aussi l’élevage est peu développé, 648 têtes en 1770, 939 en 1837, dont la moitié de chèvres. Les communications avec l’extérieur sont souvent difficiles. Le moulin à blé, sur le Bès, est soumis à une banalité seigneuriale, le four est arrenté par la communauté. Après la Révolution, en 1830, il y aura jusqu’à 12 fours à pain et 3 moulins.

 

La population comprenait 200 habitants en 1315. Après la peste, en 1471, il n’en subsiste que 70, soit une perte de 65 %. Elle retrouve son niveau de 1315 en 1765 avec 230 habitants. Puis, ce sera la décrue, avec 219 personnes en 1851 et la chute brutale jusqu’en 1962 avec seulement 7 habitants, ce qui provoquera son rattachement à La Robine.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Il y a 66 maisons habitées qui viennent presque toutes en ruynes. L’évêque est seigneur du lieu. La situation du terroir sur des rochers en lieu panchant et ardu qui a esté tout emporté par les vallons qui descendent des montagnes et qui traversent de tous costés ledit terroir lors des neges et pluyes rapides qui sont assez fréquentes audit lieu que leurs biens ont diminué de plus de la moitié de leur valleur, lesquels vallons par leur rapidité au temps des pluyes entrainent de gros rochers (…..) Ils ont causé et causent actuellement de très grands dommages et le terroir est tellement rampli de vallons et ravines qu’il n’y paroit autre chose ayant tout le meilheur et la fleur de la terre esté emportée. Et leurs biens sont tellement ingrats et esterilles et légers ny ayant presque point de fonds que sans le grand soin de culture et engraissement que les habitans se forcent de faire il ne produiroient presque point de fruit et dailheurs le terroir est pour son malheur à cause de sa situation dans les montagnes tellement subjet aux gelées que lors des trempestes il emporte tout.

Procès verbal 

80 chefs de famille et 70 maisons. La communauté possède le four pour une rente annuelle de 18 livres. Le seigneur possède le moulin à bled banal.

 

Affouagement de 1728

Les maisons ne sont que des chaumières basties sur le sommet d’une montagne et par conséquent dans un terrain infructueux. Il y a 66 maisons habitées.

 

Affouagement de 1774

Le village de Taneron est situé au midy, bâti sur une montagne, dans un local ardu et panchant. Il y a une fontaine publique distante du village d’environ 300 pas, peu abondante. Les maisons sont en mauvais état. Il y a 36 cazeaux ou maisons abandonnées. Les rues sont dépavées en grande partie. La situation est incommode à cause de la situation du lieu, du mauvais état des chemins, des torrents et rivières qui empêchent la communication de la ville de Digne dans certain tems de l’année, de la misère des habitants, du climat rude, froid et de la quantité des neiges qui tombent pendant l’hyver.

Le nombre des maisons habitées est de 31 et celuy des bastides ou maisons à la campagne est de 17, dont 15 forment 3 hameaux. Les chefs de famille sont au nombre de 48. La seule industrie des habitants est l’agriculture.

Le terroir produit du bled froment, du seigle, d’avoine, d’espeautre, d’orge, des légumes, du vin, peu de chanvre et peu de fruits. La rivière appelée Bès fait tourner un moulin à farine.

On nourrit dans le lieu 600 chèvres ou brebis, 24 boeufs, 4 juments, 12 bourriques, 8 cochons.

La dixme appartient à l’évêque de Digne. La communauté possède un hôtel de ville et un four. Le seigneur possède un moulin avec sa banalité.

 

Achard 1787

Thaneron. Village du Diocèse et de la Viguerie de Digne, en Provençal, Tanaroun, en latin Tanero.

L’église paroissiale est sous le titre de S. Laurent ; elle a une annexe ou Succursale sous le titre de S. André. L’évêque de Digne est collateur de la Cure, et Seigneur spirituel et temporel de Thaneron.

Le climat de ce lieu est sain ; les habitans sont aussi honnêtes que pauvres. Le sol seroit assez bon, mais il ne nourrit que douze habitans, tandis qu’il y en a 45. On y recueille du blé et des fèves. On y fait du charbon que l’on vend à Digne, qui n’en est éloigné que de deux lieux. Il n’y a dans le territoire qu’un seul ruisseau qui ne peut arroser que le sol d’une campagne. On compte à Thaneron 1 feu et 4 quints de feu au cadastre.

 

Garcin 1835

Thaneron est un village à 5 lieues de Digne. Climat sain. Le sol serait bon mais il ne peut suffire aux besoins des habitants ; il produit du blé et des fèves. 218 habitants.

 

Féraud 1844

Ce village est placé au Midi d’une montagne, sur la rive droite de la Besse, à 16 kil. O. de la Javie, et à 19 N. de Digne. L’étymologie de son nom, en latin Tanero, vient de petite tanière. Un énorme rocher l’abrite contre le vent du Nord ; de hautes montagnes l’entourent et forment une petite vallée assez agréable. Le climat de ce lieu est sain et tempéré. Les habitants y sont très-polis, mais pauvres. On y recueille du blé et des fèves. On y fait du charbon que l’on exporte à Digne [2]. L’église paroissiale, sous le titre de saint Laurent, patron du pays, est desservie par un curé. Il y a une école primaire. Le seul hameau de cette commune s’appelle Pudayen. La population totale est de 245 âmes, dont la moitié agglomérée.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830. 3 P 575.

[2] Il s’agit du charbon de bois.


 

VERDACHES

 

Verdaches fait partie du canton de Seyne. Sous l’ancien Régime, elle était dans la viguerie de Seyne et dans le diocèse de Digne. D’une superficie de 2274 hectares, son territoire dépasse les 1 100 mètres d’altitude. Les descriptions font état d’un hiver très long, la neige séjournant près de 9 mois de l’année. Aussi, les productions agricoles ne suffisent pas à nourrir les habitants qui vont, comme à Tanaron, mandier leur pain ailheurs. Le terroir nourrit cependant en été de grands troupeaux de moutons et de bœufs, mais qui doivent hiverner en Basse Provence en hiver à cause du froid et de la neige. La forêt couvre 1435 hectares en 1825, soit 63% de la commune et caractérise son terroir [1]. les têtes de bétail qui s’élevaient à 1900 en 1770 ne sont plus que 1300 en 1837. La commune est traversée par le Bès dans lequel se jettent le Mardaric et La Jaunée. Le village, au confluent des deux premiers, est sis à 1 120 mètres d’altitude. Le hameau de La Route est à 1 160 mètres. La communauté gère le moulin à farine et les fours à pain sont libres.

 

Le maximum de population jamais atteint depuis fut de 350 habitants en 1315. Après la peste, elle en perd 78 % et il n’en subsiste que 75 en 1741. Le redressement sera lent, avec 263 habitants en 1765 et 270 en 1851. Ensuite, ce sera une chute progressive : 90 habitants en 1962, puis 61 en 1990 et 48 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le lieu de Verdaches est sur les mauvaises situations du lieu de la montagne dans une situation froide à la nege séjourne pour le moins neuf mois de l’année et en cy grande quantité que les jeans et bestail ont payne de sourtir de leurs maisons, cella fait qu’ils ne peuvent sepmer ny recueillir au terroir dudit lieu que de bled mitadié et quelques grossans [2] et encore ils n’en peuvent pas recueillir pour ce nourrir la moitié de l’année à cause de la petitesse du terroir qui est d’une très petite étendue et d’ailleurs très mauvais la plus part en lieu panchant tout ramplis de vallons et ravins que les eaux pluvialles qui ont emporté la fleur et la meilleure de la terre. Les habitans y sont tous misérables et sont obligés la plus part d’aller mandier leur pain alheurs pendant plus de six mois de l’année pour s’empecher de mourir de faim [3]. 56 maisons habitées.

Procès verbal 

78 chefs de famille et 63 maisons. La communauté possède 1 moulin à bled banal dont elle retire annuellement la rante de 15 livres 8 sols. Le dit lieu est divisé en 4 hameaux scitués le long d’un torrent. Les habitants ont la liberté d’avoir des fours sans payer aucun droit.

 

Affouagement de 1728

La dîme revient à l’évêque.

Que le terroir est fort petit, le meilheur et le plus précieux est possédé comme noble et en franchise de taille par les seigneurs du lieu. D’ailheurs le terroir est fondé sur le rocher, le terrain est sableux et craint tellement la sécheresse que dès que le printemps et même l’esté ne sont pas pluvieux, les plantes y sèchent ou du moins les bleds ont peine de faire l’epie. Il est scittué dans deux vallons au pied de grosses montagnes et le long des vallons où les gellées sont très abondantes, font bien souvent mourir les plantes, ou du moins le soleil n’apparaissant que fort tard, avec sa chaleur, brûle d’abord les bleds, précipitte leur maturité et le grain reste si maigre et petit que bien souvent le panal ne pèze pas plus de 22 à 23 livres.

 

Affouagement de 1774

Le village de Verdaches est bâti partie au pied et partie sur le penchant d’une colline, divisé par un torrent. Les habitants se servent de l’eau de puits et de celle des torrents pour leur usage. Les maisons sont en mauvais état et toutes couvertes de chaumes. Il y en a 7 d’abandonnées, et les rues ne sont point pavées. La situation du lieu, la quantité de neige qui tombe en hyver, l’éloignement de l’église paroissiale, le deffaut de boucherie et autres choses nécessaires à la vie rendent l’habitation incommode.

Il y a 45 maisons habitées, 33 au chef lieu, 10 au hameau la Routte et 2 bastides. Les chefs de famille sont au nombre de 45.

La principale industrie est le pâturage des bestiaux. Les montagnes sont agrégées de bois de pins, chaines et hetres, elles sont assez bonnes pour le pâturage.

On cultive du méteil, du seigle, de l’avoine, des légumes, du foin, beaucoup de chanvre et peu de fruits. On nourrit 1750 brebis ou chèvres et 700 pendant l’hyver. 100 boeufs en été et 50 en hyver, 40 bouriques et 8 juments.

La dixme appartient à l’évêque de Digne. La communauté possède une maison de ville en mauvais état et le moulin banal à farine.

 

Garcin 1835

Village à 15 lieues de Digne dans un pays de montagnes d’autant plus tristes qu’elles sont 9 mois de l’an couvertes de neige. Aussi pendant l’hiver, il n’y reste presque que les vieillards qui s’occupent à carder et à filer la laine. 270 habitants.

 

Féraud 1844

La commune de Verdaches est placée sur la petite rivière de Besse, à 20 kil. S. de Seyne, et 32 N.E de Digne. Elle est composée de six hameaux : le Villard, le Bourget, la Serre, les Jaubert, les Routis et Sambuech. Le village n’a que douze habitants. La population totale est de 281 âmes. Le sol de Verdaches produit du blé, des fruits et du bois de chauffage. Le climat en est tempéré. On assure qu’il y a une mine de cuivre.

Il y a une école primaire qui n’est fréquentée qu’en hiver. L’église paroissiale, dédiée à saint Jean-Baptiste, n’existe que depuis soixante ans. Elle est desservie par un curé.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 629.

[2] Grossans : groussagno : blé gros, froment d’hiver (seisseto)

[3] L’expression mandier son pain ailheurs signifie que certains habitants vont gagner leur pain en louant leurs bras dans les fermes de Basse Provence.


 

LE VERNET

 

Cette commune, d’une superficie de 2304 hectares, possède le même terroir que celui de Verdaches dont elle est limitrophe à l’ouest, mais à une altitude encore plus élevée. Les deux villages du Bas et du Haut Vernet sont établis entre 1 200 et 1 300 mètres. L’agriculture ne suffit pas à nourrir les habitants qui, eux aussi, sont obligés d’aller se louer en Basse Provence s’il ne veulent pas se nourrir de l’avoine que l’on donne aux chevaux et aux cochons. Seul, le fourrage et l’élevage des brebis et chèvres, des bœufs et des vaches, mais seulement en été, leur procurent quelques revenus. En 1825, les terres agricoles et pastorales offrent à peu près la même superficie, 224 et 118 hectares, ce qui permet une double exploitation, ce qui n’est pas toujours le cas pour les autres communes [1]. Entre 1770 et 1837, le cheptel comprend un nombre égal de 2000 têtes de bétail, principalement des brebis et moutons. On recense également le même nombre de bœufs, 80. Les deux villages sont équipés chacun d’un moulin à farine, mais que la communauté a dû vendre à des particuliers en 1641 et 1646.

 

Sa population, la troisième la plus importante de Haute Bléone en 1315 s’élevait à 500 habitants. Après la peste, elle en perd 80 %, il n’en subsiste que 75. Cette grave hémorragie n’a jamais pu permettre à la population de se reconstituer. Elle cumule ensuite à 293, puis 300 en 1765 et 1851. Puis, de nouveau, c’est la chute avec 65 habitants en 1962. Elle se stabilise depuis 1990 à une centaine d’habitants.

 

Affouagement de 1698

Plainte 

Le sieur prieur de Lislle possède une chapellanie sous le titre de st. Clément. Le sieur d’Astoin si devant curé d’Entrages possède la chapellanie soubs le titre de st Anthoine. La dîme va aux deux tiers à l’évêque, l’autre tiers au curé. 50 maisons habitées.

Il n’y aucun passage ny commerce audit terroir pour estre situé au plus haut des montagnes impraticables pendant plus de six mois de l’année à cause des grandes neiges. La rigueur du froid, l’abondance des neiges et des glaces qui durent huit mois dans le terroir le rendent fort estérille et ne permet pas aux habitans de travailler leurs biens que pendant quatre mois durans lesquels il faut qu’ils fassent tous leurs travaux.

Procès verbal 

56 chefs de famille et 52 maisons. Il y a 2 moulins à bled banaux vendus à des particuliers en 1641 et 1646. Les recteurs des chapelles S. Michel, S. Clément et S. Anthoine possèdent 18 charges en semence de terres labourables. Ledit lieu est divisé en 2 hameaux dont un dans la plaine et l’autre sur une petite éminence au passage de Digne à Seyne.

 

Affouagement de 1728

Le seigneur est l’abbé de Saint-Victor. Il y a 52 maisons habitées, en ayant déguerpis depuis le dernier affouagement vingt qui étaient habitables.

Remontrances : la situation de ce pauvre village qui est scitué et environné de montagnes de toutes parts, subjet à un hiver perpétuel, y ayant des trois parties de l’année cinq ou six pieds de neige, en façon que les chemins sont impraticables à pouvoir aller d’un lieu à un autre. La plus grande partie des habitants qui y résident estant la plus grande partie obligé d’aller dans la basse [2] pour y travailler et gagner du pain pour leur pauvre famille dont la plus grande partie vont mandier leur pain pour ne se soumettre à manger du pain d’avoine, grain qui n’est propre, sauf risque, que pour les chevaux et cochons.

 

Affouagement de 1774

Le village du Vernet est divisé en haut et bas Vernet. Le Bas Vernet qui est le chef lieu est situé au midy, bâti en plaine sur le chemin de Digne à Seyne, le Haut Vernet est situé au levant, bâti sur la croupe d’un coteau en amphiteatre. Il y a une fontaine à chaque hameau. Les maisons paroissent en assez bon état, elles sont couvertes de chaume. Il y en a 4 d’abandonnées.

Il y a 51 maisons habitées, 20 au Bas Vernet, 16 au Haut Vernet et 15 à la campagne. Les chefs de famille sont au nombre de 51. Le pâturage est la principale industrie des habitants, quelques uns d’entre eux font le négoce des bestiaux. La quantité de fourrage qui se récolte favorise le commerce. Les montagnes sont agrégées de bois de pins et de hêtres et les autres sont gazonnées et propres au pâturage.

On y recueille du bled froment, du méteil, du seigle, de l’avoine, des légumes, peu de chanvre, beaucoup de foin.

Le Bès fait tourner un moulin à farine. On nourrit dans le terroir 1860 brebis ou chèvres en esté et 600 en hyver, 80 bœufs ou vaches en esté et 60 en hyver, 20 chevaux ou juments, 25 mulets, 30 petits veaux.

La dixme revient à l’évêque de Digne. L’église possède les chappellanies de St Michel et de St Antoine, ainsi que l’hôpital saint Jacques.

 

Garcin 1835

A 9 lieues de Digne, le village est divisé en deux parties. Le bas Vernet est sur la rive gauche du Bès, large torrent qui ravage toute la plaine ; le haut Vernet est sur une hauteur où se trouvait anciennement un fort très bien situé pour défendre ce passage. Climat froid en hiver et tempéré en été. Les hautes montagnes qui bordent le territoire du côté de l’est et du nord sont toujours garnies de neige vers le sommet. En dessous, ce n’est que gazon ou forêts de mélèzes, de hêtres et de sapins. Des troupeaux nombreux passent la belle saison dans ces pâturages. Les torrents détachent de ces montagnes plusieurs sortes de pierres. On y trouve quelquefois du grès, des morceaux de serpentine, des pierres de roche cornée, du quartz, du schiste argileux et surtout du calcaire compacte et spatique ; toutes ces pierres indiquent l’organisation des montagnes supérieures. 280 habitants [3].

 

Féraud 1844

Le Vernet est placé sur la route départementale n° 3, à 14 kil. S.S.-E de Seyne, et à 39 N.E de Digne. Sa position, dans un petit bassin au pied d’une montagne, en rend le climat très-froid en hiver. L’état de fortune des habitants est très-médiocre : ils sont tous agriculteurs. Cette commune se compose du village, dit le Bas-Vernet, du Haut-Vernet, et de douze maisons de campagnes. Le territoire du Vernet est arrosé par la Besse. On y trouve beaucoup de prairies bordées d’arbres, tels que le hêtre, le frêne et beaucoup d’arbustes. La verdure de ces prairies rendue à l’œil terne par l’ombrage de ces arbres, a donné le nom de Vernet que porte cette commune, c’est-à-dire, vert-noir.

Le Vernet a donné le jour à l’un des praticiens les plus distingués qui aient paru en France depuis le renouvellement de l’Ecole de Médecine, le docteur Bayle Gaspard-Laurent. Il naquit le 18 août 1774, et fut successivement médecin de la Charité, et médecin de la maison de l’Empereur Napoléon. Une mort prématurée mit fin à sa carrière le 11 mai 1816. Il fut célèbre par sa science médicale, par ses écrits, par son dévouement à la religion et par sa charité envers les pauvres.

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[1] Cadastre napoléonien, 1825, 3 P 308.

[2] La Basse Provence.

[3] C’est le seul texte de Garcin sur un village de la Haute Bléone qui présente une certaine originalité.


 

Le terroir de Haute Bléone

 

 

Population

 

 

Communes

1315

1471

Perte %

1765

1851

1962

1990

1999

Ainac

10

0

100%

112

125

11

   

Archail

125

30

76%

74

104

18

6

7

Auzet

490

160

67%

350

260

111

73

90

Barles

665

220

67%

291

299

125

105

114

Beaujeu

525

90

83%

220

415

121

129

155

Blégiers

405

70

82%

415

517

116

   

Le Brusquet

475

318

33%

495

568

235

787

992

Draix

75

35

53%

144

157

41

83

87

Esclangon

55

25

54%

32

106

2

   

La Javie

190

65

65%

349

479

265

297

341

Lambert

80

0

100%

119

106

21

   

Marcoux

390

140

64%

359

375

180

414

408

Mariaud

250

50

80%

195

151

18

   

Prads

425

70

83%

783

538

105

180

147

La Robine

95

   

168

189

48

228

259

Tanaron

200

70

65%

230

219

7

   

Verdaches

350

75

78%

263

270

90

61

48

Le Vernet

500

98

80%

293

300

85

110

108

Total

5305

1516

71%

4892

5178

1599

2473

2756

 

Les chiffres en gras indiquent le maximum de population pour chaque commune. 7 communes sur 18 ont atteints leur maximum en 1315. 3 sont à leur maximum en 1765 et 5 seulement en 1851. Les 3 dernières vont attendre la fin du XXe siècle. On peut remarquer les données à peu près équivalentes entre 1471 et 1962. Dans son ensemble, la Haute Bléone n’a jamais pu retrouver le chiffre de 1315.

 

La peste a décimé 71 % de la population, ce qui est plus que la moyenne estimée à 60 % en Provence. Mais certaines communautés ont souffert plus que d’autres, 71 à 80% et plus de perte. Le Brusquet a été particulièrement épargné, sans que l’on sache pourquoi. Deux communes se sont retrouvées inhabitées. Il y eut ces dernières années le rattachement de 6 communes, mais qu’en sera-t-il d’Archail ? Les plus peuplées actuellement sont celles qui sont situées dans la Moyenne Bléone et proches de Digne, Le Brusquet, La Javie et Marcoux qui représentent à elles seules 63 % de la population totale, prémisse d’une nouvelle évolution.

 

 

Etat du terroir de Haute Bléone au début du 19e siècle

Les données du cadastre napoléonien

 

Communes

Superficie

Terres agricoles

 

Terres pastorales

 

Bois

 

Incultes

 

Cadastres

Hectare

Hectare

     %

Hectare

    %

Hectare

    %

Hectare

    %

Ainac - 1812

571

131

23

12

2

10

2

418

73

Archail - 1830

1 298

181

15

99

9

93

7

925

69

Auzet - 1825

3 359

327

10

855

28

517

15

1 660

47

Barles - 1825

5 614

577

11

810

15

315

5

3 912

69

Beaujeu - 1830

4 553

322

7

372

10

1 700

37

2 159

46

Blégiers - 1830

6 817

544

8

757

11

1 205

18

4 311

63

Le Brusquet - 1829

2 224

349

16

8

1

624

28

1 243

55

Draix - 1830

2 305

220

10

120

6

230

10

1 735

74

Esclangon - 1830

1 388

73

6

5

1

17

1

1 293

92

La Javie - 1829

2 342

207

9

95

4

46

2

1 994

85

Lambert - 1819

520

32

6

9

2

4

1

475

91

Marcoux - 1811

3 217

347

10

56

2

190

6

2 624

82

Mariaud - 1830

2 923

125

5

480

16

120

4

2 198

75

Prads - 1830

6 824

305

5

1 470

22

910

13

4 139

60

La Robine - 1823

1 195

100

9

3

0

142

12

950

79

Tanaron - 1830

2 012

256

13

32

2

400

20

1 324

65

Verdaches - 1825

2 274

224

10

118

5

1 435

63

497

22

Le Vernet - 1828

2 304

305

14

427

18

215

10

1 357

58

                   

Total

51 740

4 625

 

5 728

 

8 173

 

33 214

 

Pourcentage

 

9%

 

11%

 

16 %

 

64 %

 

 

Dans les « terres agricoles », nous avons inclu les « terres labours », c'est-à-dire consacrées aux céréales, ainsi que les vignes, les vergers et les jardins. Les « terres pastorales » comportent les prés qui fournissent le fourrage et les « pâtures » où l’on va faire paître le bétail. Les bois comprennent deux catégories les « bois taillis » répandus partout et les « bois futaies » que l’on ne rencontre que dans les communes de haute montagne. Parmi les « terres incultes », sont intégrés les « terres arides », « terres vagues », « bruyères », « oseraies », « buissières », « graviers » et « rivières et ruisseaux ».

 

Les terres les plus imposées sont les « prés », les « vergers » et les « jardins » : 37,90 francs à l’hectare en 1830.

Viennent ensuite les « terres labours » dont la première classe est imposée 19,00 francs à l’hectare.

Viennent ensuite les « bois futaies » à 1,90 l’hectare et les « pâtures » imposées 1,50 franc l’hectare.

Le reste subit une imposition minime, entre 0,60 et 0,30 francs à l’hectare.

Les « terres arides », « graviers » et « rivières » ne sont pas imposés.

 

Nous sommes à l’époque où la Haute Bléone était la plus peuplée, retrouvant presque le nombre de la fin du Moyen Age en 1315. 36 % seulement du territoire est productif, avec 20% de terres agricoles et pastorales et 16 % en bois. Il n’est pas sûr qu’une population plus importante ait pu augmenter son emprise sur une nature difficile. On a constaté en effet que plusieurs communautés au XVIIIe siècle avaient du mal à survivre et devaient s’expatrier en hiver pour gagner leur subsistance. Ce qui est surprenant, c’est que des hommes et des femmes se soient maintenus pendant un si long temps dans un tel terroir. La facilité des transports, l’attrait des villes de la côte et de la plaine l’ont finalement vidé de sa substance humaine. 

 

Le cheptel en 1774 et 1837

 

1774

 

Chevaux

 

Chèvres

 

Anes

 
 

Bœufs

Juments

Veaux

Moutons

Cochons

Mulets

Total

Ainac

10

6

 

300

 

3

319

Archail

8

4

 

1 750

13

9

1 784

Beaujeu

20

   

140

 

22

182

Le Brusquet

 

9

 

846

16

54

925

Draix

35

4

 

1 580

8

22

1 649

Esclangon

4

   

180

2

5

191

La Javie

10

4

 

250

 

25

289

Lambert

10

4

 

500

 

4

518

Mariaud

26

   

1 870

 

11

1 907

Prads

48

2

 

6 000

 

55

6 105

Tanaron

24

4

 

600

8

12

648

Verdaches

100

8

 

1 750

 

40

1 898

Le Vernet

80

20

25

1 860

 

25

2 010

Total

375

65

25

17 626

47

287

18 425

 

 

 

Taureaux

Bœufs

Vaches

Veaux

Béliers

Moutons

Brebis

Agneaux

Porcs

Chèvres

Chevaux

Juments

Poulains

Mulets

Anes

 

1837

                               
                                 
                               

Total

Ainac

 

15

   

15

 

16

100

15

80

 

10

3

3

3

260

Archail

 

10

3

2

20

100

500

100

12

20

 

10

4

 

6

787

Auzet

20

 

60

20

20

250

400

180

38

160

 

50

6

10

 

1214

Barles

 

88

   

40

200

800

534

72

209

19

   

77

24

2063

Beaujeu

 

90

   

55

760

700

640

70

82

 

1

 

125

10

2533

Blégiers

 

56

18

4

30

528

316

36

73

208

     

30

30

1329

Brusquet

 

8

   

60

300

400

200

120

70

1

1

 

100

5

1265

Draix

 

12

   

40

200

600

200

20

40

 

2

 

30

5

1149

Esclangon

 

16

     

50

250

150

12

100

 

3

 

12

2

595

La Javie

 

8

   

40

60

250

50

40

30

 

4

 

50

10

542

Lambert

 

15

   

12

 

100

80

13

20

 

4

 

2

1

247

Mariaud

 

60

4

 

32

250

400

100

17

92

 

1

 

18

 

974

Prads

 

100

   

200

1000

3000

2400

100

300

     

120

6

7226

Tanaron

 

20

   

30

 

200

150

40

460

 

12

 

12

15

939

Verdaches

1

70

10

8

 

800

150

100

28

80

 

12

8

40

7

1314

Le Vernet

2

80

20

14

15

1200

300

200

30

24

3

22

8

94

6

2018

Total

23

648

115

48

609

5698

8382

5220

700

1975

23

132

29

723

130

24455

 

 

Les données de l’affouagement de 1774 sont fragmentaires et toutes les communes n’ont pas bénéficié du recensement du cheptel. De même en 1837 où La Robine a été négligée. Néanmoins, si l’on effectue pour les deux périodes une moyenne calculée d’après le nombre total de têtes de bétail et le nombre de communes recensées, on obtient à peu près le même chiffre, soit 1417 en 1774 et 1528 en 1837.

 

Prads ressort particulièrement des deux tableaux, suivi de loin par les autres communes de montagnes. Les ovins représentent 90 % des têtes de bétail. Le nombre des bœufs est conséquent, contrairement aux vaches et veaux. Seul, Auzet en 1837, élève des taureaux et des veaux en nombre important. 700 cochons et 723 mules ou mulets complètent ces données sur le cheptel.

 

Moulins

 

 

 

 

Les voies de communication au XVIIIe siècle

 

Carte Cassini

 

La carte de Cassini, outre les voies de communication, permet de visualiser le relief et les différents cours d’eau. En noir et blanc, nous nous sommes permis de mettre en couleur les rivières et voies de communication pour une meilleure visibilité. Nous avons également ajouté une légende pour le sommet de Blayeul, dit aussi des Quatre Termes et à deux cols.

 

La voie principale est celle qui relie Digne à Seyne. Cassini la qualifie de Grand Chemin, terme indiquant une route faisant partie du réseau de la province, reliant deux chefs-lieux de viguerie, Digne et Seyne. Au XIXe siècle, elle deviendra route départementale, ce qu’elle est encore aujourd'hui (D 900). À partir de La Javie, elle suit le cours de l’Arigeol, passant pas Beaujeu et Le Vernet. Cette voie est plutôt un désagrément pour les habitants de La Javie qui déplorent cette situation, soit à cause de la foule des gens de guerre qui montent et descendent que pour les ponts et planches qu’il faut tenir sur les rivières, n’estant scittué ny pour le diner ny coucher des passants qui vont de Digne à Seine ny qui descendent de Seine à Digne [1].

 

Un chemin permet aux habitants d’Auzet et de Barles de rejoindre Digne par Esclangon sans passer par le Grand Chemin. Il suit à peu de distance les rives de la rivière Bès, mais il est en mauvais état comme décrit en 1774, le chemin qui communique avec Esclangon paroit impraticable. Les autres villages sont également desservis par d’autres chemins. Deux d’entre eux relient trois vallées l’une à l’autre, passant par des cols entre 1 400 et 1 500 mètres d’altitude. Mais comme le font remarquer les différents affouagements, ces chemins sont impraticables en hiver à cause de la neige et au printemps à cause de la fonte des neiges.

 

La carte de Cassini signale enfin un chemin permettant de passer dans la vallée du Verdon. De Prads, par Tercier et Faillefeu, il franchissait le col de Chalufy à 2034 m d’altitude. Il redescendait ensuite par la vallée de la Chasse, pour rejoindre celle du Verdon et Colmars.

__________________________________________

[1] Affouagement de 1698.

 

 

CONCLUSION

 

 

Deux secteurs : la montagne et la plaine. Les cultures sont plus diversifiées en plaine avec les fruits, les légumes, la vigne et l’olivier. Par contre, il manque du fourrage et des terres à céréales. En montagne, il n’existe que les céréales, mais le fourrage et les alpages permettent un élevage conséquent. On peut diviser la montagne en deux secteurs.

 

La haute montagne avec les 4 communes du canton de Seyne (Auzet, Barles, Le Vernet et Verdaches) ainsi que celles de Prads et de Mariaud, qui malgré l’altitude arrivent à subsister grâce à l’élevage.

 

La moyenne montagne, que l’on peut diviser en deux sections : celle de La Robine (avec Ainac, Lambert, Esclangon et Tanaron) et celle de Beaujeu, Blégiers, Draix et Archail, qui toutes deux semblent être prises entre deux feux, sans pouvoir, à cause de leur situation, tirer leur subsistance aussi bien des avantages de la montagne que de ceux de la plaine. Pour ces communes de haute et de moyenne montagne, le principal inconvénient pour la culture des céréales, est l’arrivée tardive du soleil qui brûle l’épi et les grains. L’inconvénient majeur pour toutes les communes, qu’elles soient de montagnes ou de plaines, est le débordement des rivières et des torrents, des pluies dévastatrices et des hivers longs et rigoureux.

 

Les cultures sont essentiellement vivrières. Il n’y a pas d’excédent que l’on puisse négocier. Au contraire, les communautés sont obligées parfois de se fournir en blé à l’extérieur pour subsister. Blé froment, épeautre, seigle, orge, méteil sont les principales céréales cultivées. Des petits jardins fournissent les légumes. Les arbres fruitiers sont rares dans la montagne, seule la plaine permet une culture dont on tire quelque bénéfice. Le chanvre est cultivé partout pour le besoin des habitants. La vigne apparaît peu dans les descriptions, mais elle semble être élevée également partout, comme signalé par les toponymes livrés par le cadastre napoléonien. Les outils aratoires n’ont pas changé depuis l’Antiquité. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’apparaîtront les premières charrues et autres engins mécaniques. L’engrais est essentiellement fourni par les végétaux, en particulier le buis. Le cadastre napoléonien a d’ailleurs établi une catégorie pour cette plante sous l’appellation Buissière.

 

L’élevage est également diversifié selon les secteurs. Brebis, moutons et chèvres sont particulièrement abondants dans les communes de haute montagne. Chaque communauté entretient également des bœufs pour le travail des terres agricoles, des mulets, ânes et bourriques pour le transport des récoltes et du foin, un cochon à engraisser dans chaque foyer pour l’année et sans doute des volailles, ces dernières n’étant pas recensées. La récolte du miel n’est pas signalée, mais était nécessaire pour son apport en sucre et vitamines.

 

Conditions de vie.

 

Elles apparaissent difficiles, à cause de la situation dans des vallées encaissées ou dans une plaine ravagée par les inondations. Beaucoup d’habitants sont obligés de s’expatrier en hiver pour trouver du travail en Basse Provence. Quelques-uns pratiquent le flottage du bois jusqu’à la Durance. Les habitations sont misérables, qualifiées de chaumières, couvertes de chaume, ce qui n’est pas nécessairement un handicap, mais la couverture en tuile n’existe pas encore à la fin du XVIIIe siècle, alors qu’elle est largement répandue en Provence.

 

L’éloignement de Digne, mais surtout le mauvais état des chemins empêchent toute communication durant l’hiver pour les communes de montagne. Il n’existe aucun commerce, ni négoce. Seules, deux communes accueillent des troupeaux étrangers en été. Dans la plaine, on rencontre un seul négociant en fruits. Chaque communauté semble vivre en autarcie, se nourrissant de ses récoltes, se vêtant d’habits de laine et de chanvre tissés par quelques artisans locaux. Il est probable que des échanges existaient entre les producteurs de la montagne et ceux de la plaine, sans doute sous forme de troc. Chaque communauté dispose de moulins à farine fonctionnant à l’éclusée. Dans les communes où l’habitat est dispersé, chaque hameau en possède un. Il en de même pour les fours à pain. On a vu que quelques communautés ont dû céder leur moulin banal à des particuliers au cours du XVIIe siècle, seul moyen de faire face aux créanciers.

 

La population qui était relativement élevée en 1315 n’a jamais retrouvé le même nombre d’habitants. Dans toute la Provence, en 1765, les communautés avaient largement dépassé ce seuil. Ici, cela fut impossible. Même le milieu du XIXe siècle, qui est reconnu comme étant le point culminant de population en Haute Provence, n’a pu retrouver cette base. Au contraire, on remarque déjà au cours du XVIIIe siècle pour certaines communautés une déprime déjà amorcée. Celle-ci n’a fait que s’accentuer gravement durant les 200 années suivantes. Le regroupement de plusieurs communes en fut l’aboutissement.

 

Il était utile et nécessaire de connaître ce terroir dans ses conditions géographiques et humaines durant les quatre derniers siècles si l’on veut maintenant appréhender ce qu’il a pu être depuis l’Antiquité. D’autres textes vont permettre cette approche, mais en gardant, sous-jacentes, les informations relevées dans ces descriptions du terroir de Haute-Bléone. L’Homme, dans sa quête de survie, dans des conditions identiques, trouve les mêmes réponses et les mêmes motivations d’adaptation. Façonné par le terroir, il va l’humaniser de la même manière.

 

Deuxième partie : Historique du peuplement, de l'Antiquité au XIIIe siècle