Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

ESCLANGON

 

Dans le canton de La Javie, cette petite commune de 1388 hectares ne comportait plus que 2 habitants en 1962. Aussi, elle fut rattachée à la commune de La Javie en 1973. Le village est implanté au bord du Bès à environ 800 mètres d’altitude. Son terroir n’est composé que de montagnes pelées et de vallons encaissés. Il ne possède ni prairies, ni prés, ce qui empêche tout élevage, sinon celui de quelques chèvres qui se contentent de maigres arbustes. Les descriptions décrivent bien la misère des habitants. L’état des sections du cadastre napoléonien de 1830 confirme ces réalités, avec 92 % du territoire inculte. Il ne reste que 6% de terres agricoles (73 hectares) et à peine 1% de terres pastorales et de bois (22 ha) [1]. La communauté possède en 1774 un moulin banal à farine sur le Bès. En 1830, il existe 3 moulins et 1 four.

 

En 1315, la population est de 55 habitants. En 1471, après la peste, elle en a perdu 54 %, et il subsiste 25 habitants. La reprise sera très lente puisqu’en 1765, il n’y a que 32 habitants. Les 106 habitants de 1851 seront le maximum jamais atteint. Puis ce sera le déclin avec seulement 2 habitants en 1962. Réunie à La Javie en 1973, le village reprend cependant vie avec 15 habitants en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte

Esclangon n’est qu’une filiale de la cure de Thanaron. 22 maisons habitées. Le lieu et terroir d’Esclangon est très petit et des plus pauvres et misérables de la province, scitué entre des meschantes montagnes pelées, tout sur les rochers, en lieu panchant et ardu, tout entouré, croisé et traversé par des torrens et vallons rapides qui emportent tout le terrain en temps de pluye en sorte qu’il ne reste que les rochers. Il y a si peu de terres laborables et si mauvaise, ingrates et stérilles qu’il ne se recueille pas du bled pour les habitans pour quatre mois de l’année. Il n’y a que quelques meschants preds et mauvaises vignes, le tout si sterille et de si peu de rapport, à cause de la situation dans la montagne et lieu froid et à cause du meschant terrain, que tous les habitans y sont misérables.

Procès verbal 

25 chefs de famille et 40 maisons dont 15 inhabitées. La communauté possède un moulin. Elle paye au seigneur 200 livres annuellement pour l’acquisition de ce moulin.

 

Affouagement de 1728

19 maisons habitées. Le seigneur ne possède que son château.

Il y a le torrent de Bès tirant du septentrion au midy et plusieurs vallons et ravins qui ont gasté et ruyné la plus grande partie du terroir qui font des éboulements et emportements inévitables et irréparables.

 

Affouagement de 1774

Ledit village d’Esclangon est situé au dessus d’une colline environnée du costé du levant, couchant et nord de montagnes très scarpées et entièrement pelées. Il y a une petite fontaine en forme de puit distante d’environs 200 pas du village. Les maisons sont en très mauvais état. Il y a 6 cazeaux ou maisons abandonnées. Les rues ne sont point pavées. L’éloignement des villes et villages, les chemins de tout cotté absolument impraticables, concourent ensemble avec l’abondance des neiges qui y tombent en tems d’hyver à rendre l’habitation des plus insupportables ; l’air et les eaux y sont néanmoins bonnes.

Le nombre des maisons habitées est de 9 et celuy des campagnes ou bastides est de 5. Les chefs de famille sont au nombre de 16. La seule industrie des habitants consiste à l’agriculture et à nourrir quelques chèvres. Que tout le terroir ne consiste qu’en cotteaux, ravins et montagnes pelées et roches.

Les productions sont bled froment, seigle, peu de légumes, foin et très peu de fruits. L’eau du vallon de Bais fait tourner un moulin à farine n’y en ayant aucune qui puisse servir d’arrosage.

 

Achard 1787

Vulgairement Esclangoun, en latin Esclango ; petite Paroisse du Diocèse et de la Viguerie de Digne, située dans les montagnes, à deux lieux de cette Ville. On n’y compte que deux tiers de feu en cadastre, et environ trente habitans.

S. André est Titulaire et Patron de la Paroisse, qui n’est desservie que par un seul Prêtre.

Le climat est froid, le sol peu fertile ; on y récolte du blé et peu de vin. Les habitans sont généralement bons. Le territoire est séparé de celui de Tanneron par la rivière de Bès et par le ruisseau d’Aiguebelle.

 

Garcin 1835

Petit village à 2 lieues de Digne. Climat froid, sol peu fertile, il produit du blé et peu de vin. 100 habitants.

 

Féraud 1844

Le village d’Esclangon, ainsi appelé de sa position dans des montagnes, est sur la rive gauche de la Besse, à 15 kil. N.O. de la Javie, et à 21 N. de Digne. Le climat en est froid, le sol peu fertile ; on y récolte du blé et peu de vin. Son territoire est séparé de celui du Tanaron par la rivière de Besse et par le ruisseau d’Aiguebelle. Saint André apôtre est titulaire et patron de l’église, qui est desservie par un curé. Il y a une école primaire. Population totale : 97 âmes.

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[1] Cadastre napoléonien de 1830, 3 P197.