Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

DRAIX

 

La commune de Draix, dans le canton de La Javie, est située au nord-est de celle d’Archail à une altitude moyenne de 900 mètres. D’une superficie de 2305 hectares, elle est traversée par le Bouinenc. Elle comprend trois hameaux, le chef-lieu, la Rouine et La Pommerée. Le climat est contrasté, froid en hiver et très chaud en été. Les terres, comme à Archail, sont dévastées par les torrents mais nourrissent cependant les habitants. L’élevage est particulièrement productif grâce aux pâturages et les moutons et bœufs sont gras et abondants, selon Achard. Il semblerait cependant que cette activité ait été abandonnée car on ne dénombre plus que 12 bœufs en 1837 et l’ensemble du cheptel est passé de 1649 têtes en 1744 à 1149 en 1837.Les femmes sont fécondes, comme le souligne encore Achard, mais en ajoutant qu’elles sont les plus laides de Provence, assertion dont nous lui laissons la responsabilité. La communauté possède un four à pain qui n’est pas arrenté. En 1684, elle a dû céder le moulin banal à un particulier, sans doute pour combler une partie de ses dettes. Le chanvre permet de faire vivre trois artisans tisseurs à toile. Le cadastre de 1830 signale 2 moulins à farine et 1 à huile [1].

 

La population n’a jamais été très nombreuse. En 1315, elle est composée de 75 habitants. Après la peste, elle en perd 53 % et on en recense 35 en 1471. La reprise sera lente avec 144 habitants en 1765, puis 157 en 1851 qui sera le maximum. Passée à 41 habitants en 1962, elle va repartir de nouveau avec 83 personnes en 1990 et 87 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Plainte :

Il y a la rivière et torrent de Boinenc descendant de la montagne qui passe dans le terroir qui cause de grands dommages au cartier de la Roine et il y a divers autres valons qui se forment des eaux pluviales qui causent pareillement de grand dommages. Il y a 33 maisons, y compris 5 qui ne sont pas habitées.

Procès verbal :

La communauté a aliéné le moulin à bled à un particulier en 1684. La mouture est au 60. Elle possède un four qui n’a jamais été arrenté et qui ne donne aucun revenu.

 

Affouagement de 1728

30 maisons habitées.

 

Affouagement de 1774

Le village de Draix est composé de trois hameaux, deux desquels sont situés au midy sur le penchant d’un cotteau en emplitheatre et l’autre au couchant dans la plaine. Il y a une source peu abondante à chaque hameau servant de fontaine. Les maisons habitées sont en mauvais état. Il y a 12 cazaux ou maisons abandonnées, les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, de la misère des habitants, du mauvais état des chemins, du climat rude et froid et de la quantité des neiges qui tombent en hyver.

Les maisons habitées dans le chef lieu est de 15 et de 9 aux deux autres hameaux. Les chefs de famille sont au nombre de 27.

Il y a trois tisseurs à toile grossier [2]. Le terroir produit du bled tremcat [3], du segle, d’orge, d’avoine, d’espeautre, du chanvre, du foin, des légumes et des fruits.

Il y a 3 sources qui servent à l’arrosage d’une partie du terroir et pour faire tourner un moulin à farine à écluse. Ledit lieu est traversé par le chemin de Colmars à Digne et de Colmars à Seyne.

On nourrit dans le terroir 35 beufs, 20 asnes, 4 jumens, 2 mulets, 8 cochons, 1680 brebis dont 400 descendent à la basse Provence pour y depaitre durant l’hyver.

La dixme revient au prieur. La communauté possède un hôtel de ville et un moulin à farine.

 

Achard 1787

Le climat est froid dans l’hiver et fort chaud en été. Les péripneumonies dans la première saison et les fièvres bilieuses dans la seconde, sont très communes. Les habitants sont vifs et laborieux ; les femmes y sont fécondes. On croirait, d’après ce détail, que le sexe y est beau. Il est bon de détromper nos lecteurs : c’est peut être le lieu de la Provence où il est le plus laid. Le sol est pierreux et fertile en grains, légumes et fruits de toute espèce. L’on y a aussi de bons pâturages, et l’on y élève des troupeaux gras et abondants. Cette Paroisse, quoique la plus petite du Diocèse, n’est pas la plus désagréable. Bouïnenc est un des ruisseaux qui arrose les prairies. Il se jette dans Bléoune, et reçoit dans son lit les eaux du vallon de Redecourt ; celles-ci servent à arroser les jardins et les prairies qui sont auprès du Village.

 

Garcin 1835

Village à 4 lieues de Digne sur la rive droite de la Bléone. Climat froid en hiver et très chaud en été. Sol pierreux et fertile en grains, légumes et fruits de toutes espèces. Il y a de bons pâturages et l’on y élève nombre de troupeaux de menu bétail. 156 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Draix est situé au Nord et sur le penchant du Col de la Line, à 13 kil. Sud de La Javie, et à 15 N.E. de Digne. Le sol est pierreux et coupé par une infinité de monticules : il est cependant fertile en grains, légumes et fruits ; il fournit aussi de bons pâturages pour les troupeaux. Le climat est très froid en hiver et fort chaud en été. La population totale de Draix est de 145 âmes. Outre le village, il y a encore le hameau de Rouine et les campagnes du Pommerée. Le Bouinenc et le Rédecourt arrosent le territoire de cette commune.

 

Lors de la visite pastorale de 1858, le visiteur remarque que

la paroisse de Draix est divisée en deux sections, le chef-lieu où se trouve l’église paroissiale et le hameau de la Rouine, éloigné du chef-lieu de quatre kilomètres environ. Le chemin qui relie les deux sections est mauvais, très fangeux en temps de pluie et de dégel. La paroisse est traversée par la route départementale qui conduit de Digne à Colmars. La paroisse la plus rapprochée est Archail, qui n’est qu’à trois kilomètres. La communication est assez facile. Les autres paroisses voisines sont la Javie chef-lieu au nord-est à six kilomètres environ par un mauvais chemin, le Brusquet au nord à huit kilo. au moins, séparé par une montagne, et Marcoux au nord-ouest à sept kilomètres, on y arrive en suivant la route départementale de Colmars à Digne dont une bonne partie est bordée de précipices et très fangeuse. L’esprit des habitans est bon et assez religieux. Les habitans sont généralement pauvres, ils s’imposent pourtant des sacrifices pour l’ameublement de la sacristie et pour l’ornementation de l’église, ils ont déjà beaucoup fait pour cela.

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[1] Cadastre napoléonien, 1830, 3 P 177.

[2] Toile grossier : dite aussi toile estoupier, est la partie la plus grossière de la filasse issue du chanvre.

[3] Provençal tressol, blé de première qualité.