Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

LE BRUSQUET

 

Dans le canton de la Javie, la commune couvre 2224 hectares. Une partie de son territoire est implantée sur les larges berges de la rive gauche de la Bléone, entre 600 et 700 m d’altitude. Malgré l’emprise de la rivière qui couvre 158 hectares, cette position favorable lui permet la culture des oliviers, du vin et des fruits, en particulier des prunes, dites de Brignolle, qui sont renommées dans la région. Des sources permettent également l’arrosage de plus de 2 hectares de terres. Le cheptel est peu conséquent, à peine 1 000 ovins, mais 100 mulets pour le transport en 1837 [1]. L’inconvénient est le débordement de la rivière et des torrents qui dévalent dans la plaine lors des pluies. Un autre avantage est la proximité de la ville de Digne et son accès facile pour se procurer les besoins de la vie. La commune comprend deux centres d’habitats, le chef-lieu et le hameau du Mousteiret. Ces deux communautés possèdent chacune un four à pain. En 1641, elles ont dû vendre les deux moulins banaux pour rembourser leurs dettes. En 1829, il y a toujours 2 moulins à farine, mais apparaissent 1 moulin à huile et 3 huileries, ainsi qu’un atelier de poterie.

 

Cette situation avantageuse a favorisé le développement de la population qui fut toujours la plus nombreuse des communes de Haute Bléone malgré son petit territoire. Sa population dépasse du double la moyenne générale. En 1315, elle se monte à 475 habitants et la peste aura peu de prise sur elle puisqu’en 1471 elle maintient encore 318 habitants, soit une perte de 33% au lieu de 71% pour l’ensemble de la Haute Bléone. Aussi au XVIIIe siècle, elle dépasse le nombre de 1315 avec 495 habitants en 1765, puis 568 en 1851. La chute est également moins brutale jusqu’en 1962 où l’on recense encore 235 personnes. Puis ce sera une progression spectaculaire avec 787 habitants en 1999 et 995 habitants en 2004.

 

Il y a deux paroisses, une au Brusquet, l’autre au Mousteiret.

 

Affouagement de 1698

Il y a 160 chefs de famille et 140 maisons. La communauté possède 2 fours pour l’usage des particuliers et le deffends de Lauzière. Elle a aliéné en 1641 les 2 moulins banaux.

 

Affouagement de 1728

Les consuls et communauté du Brusquet et du Mousteiret composant qu’une même communauté, viguerie de Digne, ont l’honneur de vous représenter que jusques à ce jour ils ont fait tous leurs efforts pour supporter les charges, impositions du Roy et de la province…. Le Brusquet et Mousteiret sont situés dans les plus hautes montagnes, son terroir des plus ingrats de la province estant presque tout de mauvaise robine et que ce n’est qu’à force de labeurs et par le moyen de divers travaux qu’il faut faire pour se garantir des débordements de la rivière de Bléoune qui traverse le terroir et encore de plusieurs ravins qui environnent tout ce terroir et qui accaparent le plus souvent les fonds et les soins de leurs travaux. Y ayant même une montagne supérieure au village apellée Lausière, que les eaux pluvialles descendent d’icelle avec une très grande rapidité qui causent toutes les années des domages très considérables aux propriétés inférieures qui sont les plus considérables de ce terroir, et cela est vray qu’en l’année 1718 dans le mois d’aoust, ayant fait une pluye rapide les eaux ayant descendu en si grande abondance qu’on croyait qui emporterait le village et le domage du fonds fut si considérable que la communauté feut obligée de présenter un placet à messieurs les procureurs du pais.

 

Affouagement de 1774

Le village du Brusquet ne forme qu’une seule et même communauté avec celuy du Mousteiret quoiqu’ils forment deux paroisses ; ils sont situés l’un et l’autre au midy, bâtis sur des petites éminences en emphitéatre. Il y a une fontaine publique à chaque village, peu abondante surtout celle du Brusquet qui parfois tarit.

Les maisons paroissent en mauvais état. Le village du Brusquet est exposé aux eaux qui en tems de pluye descendent d’un cotteau supérieur et le traversent en deux différents endroits. Dans celuy du Mousteiret il y a 13 cazaux ou maisons abandonnées. Les rues sont mal pavées.

L’habitation est supportable à cause de la situation des lieux, de la proximité de Digne, des chemins praticables, des fruits, du climat tempéré et de la facilité à se procurer les besoins de la vie.

Le nombre des maisons habitées dans le lieu est de 50, celui dudit Mousteiret de 22 et celuy des bastides ou maisons à la campagne est de 8. Les chefs de famille sont au nombre de 96.

Qu’il n’y a dans lesdits lieux aucune fabrique ni manufacture, mais seulement deux tisseurs à toile qui travaillent pour le compte des habitants pendant quelque tems de l’hyver, qu’un seul particulier fait le commerce des prunes et l’industrie des autres habitants consiste à l’agriculture.

Les productions sont le bled froment, seigle, légumes, avoine, orge, espautre, peu de chanvre, fruits, vin et foin. Il y a une source à la partie du Brusquet qui sert à l’arrosage de 10 000 cannes de terrain et une autre source au Mousteiret qui sert à l’arrosage d’une partie du terroir et pour faire tourner le moulin à farine.

On nourrit dans lesdits terroirs 846 chèvres ou brebis, 30 beufs, 24 mulets, 9 chevaux, 30 bourriques et 16 cochons.

La dixme revient à l’évêque de Digne. La communauté possède deux chambres servant d’Hôtel de Ville. Les fours sont banaux, le droit de fournage au 60. Il y a deux chapellanies de ste Barbe et de st. Jean Baptiste.

 

Achard 1787

On cultive beaucoup dans son territoire les arbres fruitiers qui forment un produit assez considérable, les prunes principalement, qui se vendent dans le commerce sous le nom de prunes de Brignole. Le blé y est peu abondant, on en recueille assez pour le besoin des habitants. Il y a aussi des vignes, des oliviers, des mûriers, etc. Le Village est à quelque distance de la rive gauche de Bléoune. On y compte environ 500 personnes. On trouve dans son territoire des indices de charbon de pierre.

 

Garcin 1835

A 5 lieues de Digne, le village est bâti au même emplacement où se trouvait autrefois le bourg de Lauzière qui, dit-on, fut détruit pendant les guerres intestines. Le territoire offre beaucoup d’arbres fruitiers qui produisent considérablement ; on y fait beaucoup de prunes-Brignolles qu’on expédie dans les villes de commerce. 615 habitants.

 

Féraud 1844

On trouve, dans son territoire, des indices de charbon de pierre. On y cultive beaucoup les arbres fruitiers qui forment un produit assez considérable, les prunes principalement qui se vendent dans le commerce sous le nom de prunes de Brignoles. Le blé y est peu abondant. Il y a aussi des vignes, des oliviers, des mûriers, etc.

Sur le Mousteiret: La paroisse du Mousteiret a une population de 200 âmes, et se compose du village, situé sur une éminence, de douze bastides ou petits hameaux, dont cinq en-delà de la Bléone.

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[1] Cadastre napoléonien de 1829, AD AHP 3 P 275, où les terres agricoles occupent 349 hectares et les terres pastorales seulement 8 hectares.