Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

BLEGIERS

 

L’ancienne commune de Blégiers est depuis 1977 réunie à celle de Prads. Auparavant, elle englobait les communautés de Chanolles et de Chavailles, ainsi que celle de Champourcin qui fut uni à Chanolles au 15e siècle, suite à la peste. Vaste de 6817 hectares, à l’est de la commune de La Javie, son territoire est limité au sud par la Montagne du Cheval-Blanc et à l’est par celle des Boules, tous deux dépassants les 2 000 mètres d’altitude. Deux rivières arrosent son terroir, la Bléone auprès de laquelle s’est installé le village de Blégiers (920 m) et la Chanolette avec les villages de Chanolles (967 m) et de Chavailles (1190 m). On peut encore citer les hameaux de Heyre, au nord de Blégiers et de Champourcin au sud qui furent, sur le plan paroissial, des succursales de Blégiers et qui ont conservé leurs chapelles.

 

Le terroir est soumis, comme celui de Beaujeu, à un ensoleillement tardif qui brûle les plantes, mais également aux dévastations des pluies et aux débordements des torrents, les meilleures terres étant établies sur leurs rives. L’hiver est rude, la neige abondante et parfois mortelle comme le rapporte l’abbé Féraud en 1844. En dehors des céréales, le seul avantage du territoire est de nourrir de grands troupeaux de moutons, mais qu’il faut mener en Basse Provence en hiver. Le nombre de bœufs est également important. C’est l’une des rares communes, avec celle de Prads, qui peut pratiquer un élevage conséquent. Il n’est qu’à examiner une carte IGN actuelle pour reconnaître le nombre élevé de granges d’altitude. Le cadastre de 1830 indique un faible pourcentage de terres livrées à l’agriculture, 8 %, mais représentant cependant 544 hectares, la commune étant très vaste. Il en est de même pour les pâtures pour 756 hectares, soit 11 %. Les bois couvrent 18 % du territoire, près de 1200

hectares [1].

 

En 1315, à Blégiers et Chanolles sont recensés 405 habitants. Après la peste, il n’en subsiste que 70 en 1471, soit une perte de 82 %. Champourcin qui comptait 40 habitants sera totalement dépeuplé et réuni à Chanolles. Au 18e siècle, la population retrouvera son état de 1315, soit un peu plus de 400 habitants, puis progressera encore jusqu’au milieu du 19e siècle, avec 517 habitants en 1851, pour recommencer à décliner pour atteindre 116 personnes en 1962.

 

La commune de Blégiers est composée de trois paroisses, Blégiers, Chanolles et Chavailles.

 

Affouagement de 1698

Chanolles est compris dans l’affouagement avec Blégiers.

Il y a 86 maisons habitées. La rigueur du froid, l’abondance des neges et des glaces qui durent sept ou huit mois sur leurs montagnes rendent leur terroir fort stérille et ne permettent aux habitans de travailler leurs biens que pendant environ quatre mois. D’ailheurs les bruines qui se conservent durant l’esté jusques à dix et onze heures du matin, auquel temps seullement le soleil arrive au bas et les hautes montagnes font bruller le plus souvent leurs bleds qui sont d’autre part subjets à des gresles et tempestes que les montagnes leur attirent, ce qui arrive que trop souvent pour le malheur de cette pauvre communauté qui a esté obligé depuis vingt ans d’achepter des bleds pour distribuer aux habitans pour leurs semances pour éviter la désertion du lieu, et presque annuellement elle en achète trente à quarante charges qu’elle distribue aussy à la plus part des habitans pandant l’hyver sans quoy ils mourroient de misère ou abandonneroient le pays.

 

Affouagement de 1728

Blégiers et Chanolles. 63 maisons habitées. Le chanoine sacristain est prébandé et décimateur.

 

Affouagement de 1774

Le lieu de Chanolles est composé de 6 hameaux dont 5 sont situés au midy et l’autre au couchant, tous bâtis sur le penchant des coteaux en emphiteatre. Il y a une source à chaque hameau servant de fontaine. Les trois hameaux les plus considérables sont exposés à des torrents que dans les tems orageux les traversent et couvrent de gravier, les maisons et les champs les plus voisins. Les maisons sont en très mauvais état. Il y en a 20 d’abandonnées. Les rues ne sont point pavées.

L’habitation est incommode à cause de la situation du lieu, des rochers qui se détachent des montagnes, de la quantité des neiges qui tombent pendant l’hyver, du climat rude et froid, du deffaut de soleil pendant trois mois au lieu de Chanolles, des torrents et rivières qui empêchent la communication des lieux voisins.

Le nombre des maisons habitées est de 24 et celuy des autres hameaux de 50. Chanolles et Chavailles sont deux succursales de Blaigiers où il y un curé. Les chefs de famille sont au nombre de 74, quoiqu’il y en ait que 67 dans l’état de la capitation.

Les productions du terroir sont du bled froment, du seigle, des légumes, de l’avoine, des fruits ; peu de chanvre et du foin.

Il y a trois sources assez abondantes et la rivière de Bleoune qui servent à arroser une partie du terroir et pour faire tourner les moulins à farine.

On nourrit dans le terroir 3670 brebis dont 3400 vont hyverner en basse Provence, 78 beufs, 58 asnes et 12 cochons.

La dixme revient au chapitre de Digne. La communauté possède un appartement dans le château du seigneur servant d’hôtel de ville.

 

Achard 1787

- Blégiers : Village où l’on compte 50 familles qui sont composées d’environ 200 personnes. On y compte deux feux et un seizième de feu. Les productions du territoire sont le blé, le vin de médiocre qualité et les légumes. On y a peu de fourrage. Le caractère des habitants tient du genre d’occupation qu’ils exercent. Uniquement adonnés à la culture des champs, ils sont liés entr’eux et sauvages à l’égard des étrangers, qui n’abordent que fort rarement dans leur pays.

- Chanolles : Diocèse et Viguerie de Digne, Village situé par la rivière de Bléoune, à 4 lieux de Digne et 3 de Colmars, affouagé un feu et quatre cinquièmes. On y compte 400 et quelques personnes, dont l’agriculture fait toute l’occupation. Le territoire de Chanolles est fertile en grains dans la plaine. Les collines sont couvertes de pins : il y a aussi des chênes verts. L’église paroissiale est desservie par un Curé à la nomination de l’Evêque Diocésain. Le caractère des habitants est celui de la campagne éloignée des grandes Villes. Chanolles a deux succursales, Champourcin et Chavayes.

- Champourcin : Diocèse et Viguerie de Digne, situé à 2 lieues de cette Ville, en latin Castrum de Camporci. Ce lieu était affouagé en 1665 pour un vingtième de feu. Dans le dernier affouagement, il est compris dans le territoire de Chanolles, dont il est succursale. La montagne de Champourcin présente des cailloux silicés dans la pierre calcaire, très semblables à ceux que l’on trouve en quantité sur la montagne qu’il faut traverser en allant de Cuges au Bausset.

 

Garcin 1835

Le sol produit des légumes et du vin médiocre. 415 habitants.

 

Féraud 1844

- Blégiers : L’étymologie de Blégiers vient de bla lougier, blé léger. Le territoire en effet n’a que des terrains maigres et qui ont peu de fonds. Il produit également du blé, du vin de médiocre qualité, des légumes et des plantes à fourrage. Le caractère des habitants tient du genre d’occupation qu’ils exercent. Ils sont uniquement adonnés à l’agriculture. La commune de Blégiers est divisée, sous le rapport du culte, en trois paroisses, desservies chacune par un curé. Population totale : 572 âmes. (Note : Blégiers, Chanolles et Chavailles).

La paroisse de Blégiers est composée du village et de trois hameaux : Champourcin, Heyres et les Combes. Le premier de ces hameaux tire son nom de campus porcinus, à cause de la forêt qu’on y trouvait et qui fournissait beaucoup de glands pour l’engrais des cochons. Aussi, dans les anciens actes, est-il appelé castrum de camporci. C’était jadis une succursale du territoire de Chanolles. La montagne de Champourcin contient du cristal de roche, où si l’on veut, des cailloux silicés dans la pierre calcaire.

- Chanolles : La Paroisse de Chanolles est acculée au pied de la montagne du Cheval-Blanc, qui lui dérobe le soleil pendant les mois de décembre, janvier et février. Sa population est de 136 âmes ; elle est toute réunie dans le village de ce nom. Il y a une école qui n’est fréquentée que pendant six mois de l’année. L’église, dédiée à saint Jean-Baptiste, a été reconstruite en 1810, aux frais de feu M. Jaumes, qui en était alors le curé.

- Chavailles : Le village de Chavailles est placé au Midi, et sur la rive droite de Chanolette. Son étymologie vient de cavar, chavar, fouiller. La tradition porte qu’un pauvre habitant de Tercier, hameau de Prads, allant chercher fortune, reçut du curé de Blégiers, l’invitation d’aller défricher, en patois chavar, derrière la montagne qui sépare Tercier de Chavailles. De là, ce lieu a été appelé Endret chava, d’où le nom de Chavailles. Cette paroisse, qui jadis était une succursalle de Chanolles, se compose du village et des hameaux La Colle et les Blancs. Population : 196 âmes. L’église remonte à l’an 1233, suivant le millésime placé sur une pierre placée dans le mur d’enceinte. Il y a une école pendant six mois de l’année.

Vers la fin de l’hiver 1837, une avalanche de neige, partant du sommet de la montagne qui domine le hameau de la Colle, emporta dans sa chute trois maisons et leurs habitants au nombre de quinze. Sur quinze victimes, huit seulement échappèrent à la mort, grâce à l’activité et au dévouement des habitants voisins, qui, pendant plusieurs jours, creusèrent dans le tas de neige où ils étaient ensevelis. Deux de ces misérables, un père et sa fille, ont passé vingt trois jours dans la neige, à l’abri d’un mur qui avait résisté au choc de l’avalanche, n’ayant d’autre nourriture que trois pains et des pommes de terre crues. Une vache, placée de l’autre côté de ce mur, fut sauvée de la même manière.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1830, AD AHP 3 P 84.