Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

BEAUJEU

 

La commune de Beaujeu s’étend sur 3566 hectares et est composée essentiellement de gorges étroites et de vallons encaissés. Les seules terres qui sont dans la plaine, c’est-à-dire au bord des rivières et torrents, sont emportées par leurs eaux dévastatrices. Ces terres, à cause des montagnes qui les dominent, ne reçoivent les rayons du soleil que fort tard dans la matinée. Le soleil est alors très chaud et les cultures encore froides de la nuit et humides. Cet écart trop brusque de température nuit gravement à la germination et à l’épanouissement des plantes. Par manque de pâturages et de foin, ils ne peuvent nourrir que très peu d’animaux, seulement 140 brebis en 1774, 20 bœufs pour le labourage et 22 mulets ou ânes pour le transport des récoltes. La situation semble cependant s’être améliorée par la suite, car en 1837 le cheptel se compose de 2533 têtes de bétail dont 90 bœufs et 2363 ovins et caprins. Il y a deux moulins à farine communaux, l’un à Saint-Pierre, l’autre entre Fontfrède et Beaujeu. Quant au four à pain, son accès est libre. En 1830, le cadastre recense 46 % de terres impropres à quoi que ce soit (terres arides et vagues, graviers, rivières et ruisseaux [1]). Les bois occupent 37 % du terroir. Il ne reste que 10 % de terres pastorales et 7 % de terres agricoles. Il y a maintenant 4 moulins et 2 fours à pain [2].

 

En 1775, le chef-lieu lieu n’est composé que de 8 maisons formant le village de Beaujeu installé au confluent du ravin de Combe Fère et de l’Arigeol. Le hameau le plus important est Saint-Pierre avec 19 maisons sur la rive droite de l’Arigeol. Il y a encore 4 hameaux, Boulard, le Clucheret, l’Escale et Fontfrède avec 17 maisons, auxquelles il faut ajouter 22 bastides. La population est dispersée, installée dans les quelques rares petits plateaux cultivables. En 1315, elle atteignait 525 habitants. Après la peste, on n’en recense plus que 90 en 1471, soit une perte de 83 %. L’affouagement de 1728 annonce 40 maisons habitées, ce qui correspond à quelque 200 habitants, chiffre légèrement en hausse en 1765 avec 220 habitants. Les 46 chefs de famille de 1775 indiquent une petite progression avec 230 personnes. Achard, en 1787 en recense 240. Là encore, la plus nette progression culminera en 1852 avec 415 habitants pour se réduire progressivement, comme dans les autres villages et aboutir à 121 habitants en 1962. Une petite reprise cependant se manifeste avec 129 habitants en 1990 et 155 en 1999. Féraud, en 1844, détaille les trois paroisses de Beaujeu, Saint-Pierre et Boulard en indiquant les divers hameaux qui en dépendent.

 

Affouagement de 1698

50 chefs de famille dans 50 maisons. La communauté possède deux moulins à blé arrentés 12 livres annuellement, ainsi qu’un four qui n’est pas arrenté.

 

Affouagement de 1728

Le lieu et terroir de Beaujeu ce trouve citué entre deux collines pellées et scabreuses et ardues fort infertilles et que les eaux pluvialles emportent journellement la terre qui y est et par conséquent la subsistance naturelle des habitans qui y sont d’obligation de decrépir (déguerpir) comme ils font journellement puisque le nombre des habitans depuis environ trante ans ont décrépis du tiers et que ceux qui ce trouvent faulte dy pouvoir subsister tant à cause de la cituation que des grelles frecantes quy ne manque pas une année qui n’emporte la plus part des fruis ny ayant que de grains grossiers sans aucun bien, huille ou autre fruit, sur lesquels on puisse conster (compter). Il y a 40 maisons habitées.

 

Affouagement de 1775

Le village de Beaujeu est situé au midy bâti en emphithéatre dans une gorge, sur le chemin de Digne à Seyne, auprès d’un torrent, entre des montagnes fort rudes et fort voisines l’une de l’autre. Il y a une fontaine peu abondante d’une mauvaise qualité et deux puits.

Les maisons sont en mauvais état et principalement celles des cinq hameaux dont le lieu est composé qui sont presque toutes couvertes de chaume. Qu’il y en a 18 d’abandonnées. Les rues ne sont point pavées. Il y a une petite place. Le nombre des maisons habitées est de 46 dont 8 au chef lieu, 19 au hameau appelé St Pierre, 6 à Boulard, 5 à Clocheiret, 3 l’Escale, 3 à Fontfrède et 22 bastides. Les chefs de famille sont au nombre de 46.

Les montagnes sont agrégées de petits bois de pins, elles sont fort rudes, peu propres au pâturage et la plus part inaccessibles aux bestiaux. La partie de la plaine est exposée au torrent de Lérigeol. Les murs en maçonnerie et les gabions [3] qui la couvrent ne sont pas suffisants pour le contenir ; sa rapidité et la quantité d’eau qui s’y ramasse renversent très souvent les fortifications et ce n’est que par la plus grande attention que les propriétaires conservent les biens qui sont le plus exposés ; les ravages qu’il a fait dans cette partie et dont on connait encore les marques annoncent la prochaine destruction d’une partie de ces fonds. Les terres situées dans les vallées sont également exposées à divers torrents qui les détériorent beaucoup, leur conservation n’est due qu’à l’industrie des habitants qui sont forts laborieux. Les montagnes qui dérobent le soleil à ces terres jusques assez avant dans le jour, la quantité de rosée et l’excessive chaleur qui s’y fait sentir en été, influent à la grainaison des bleds.

Le terroir produit du bled froment, du méteil, du segle, d’orge, d’avoine, des légumes, peu de chanvre, peu de foin et quelques noix.

L’eau des torrents fait tourner deux moulins à farine, l’un établi au hameau de S. Pierre et l’autre à égale distance du chef lieu et du hameau de Fontfrède, cette même eau sert à l’arrosage de quelques propriétés et celle de Lerigeol d’une partie de la plaine du hameau de Clocheiret.

Ledit terroir est traversé par le chemin de Digne à Seyne dont l’entretien est fort coûteux.

On y nourrit 140 brebis ou chèvres, 20 beufs, 17 bourriques et 5 mulets.

La disme, sauf celle du hameau de Clocheiret, est au sieur prieur. Le seigneur du lieu possède noblement un château et pred contigu d’une bonne qualité d’une contenance de 200 cannes.

 

Achard 1787

On y compte 240 habitants tous compris. Cette Paroisse, qui a porté le titre de Baronnie avant l’an 1487, est sur un ruisseau à trois lieues de Digne ; elle reconnoît pour Patron S. André. Le Curé, seul Prêtre desservant la Paroisse, est nommé par l’Evêque diocésain.

Le territoire de Beaujeu confronte ceux d’Esclangon, de Blégiers, de Chanoles, de Champourcin et de Taneron ; il est séparé par la rivière de Bleoune de celui d’Auribeau. On recueille beaucoup de blé dans ses plaines. Le sol y est marneux en certains quartiers et argileux dans d’autres. Les collines qui bordent le territoire sont calcaires. Le climat est froid en hiver, et les habitants y éprouvent des maladies aigues de poitrine, lorsqu’ils passent subitement de leurs maisons à l’air libre. L’on connoit d’ailleurs en ce Pays peu de maladies épidémiques ou endémiques. Les habitants sont tous agriculteurs et vivent longtems. La population y augmente journellement ; mais les émigrations des jeunes garçons et des filles qui vont servir dans les Villes de la Basse-Provence, diminuent le nombre des habitants.

 

Garcin 1835

Village à 6 lieues de Digne, divisé en plusieurs petits hameaux, dans des gorges assez tristes. Climat froid en hiver ; les collines sont infertiles, les vallons peu productifs, malgré l’abondance des eaux de l’Origeol et celles d’un ruisseau qui naît dans une petite prairie près du chemin de Seyne. 430 habitants.

 

Féraud 1844

Le village de Beaujeu est situé dans une gorge étroite, sur le torrent de Combefère, à 5 kil. N. de la Javie et à 26 N.E. de Digne. Le climat de Beaujeu est froid en hiver ; les maladies de poitrine y sont communes et fréquentes. Les habitants sont laborieux, intelligents et propriétaires agriculteurs. Ils recueillent beaucoup de blé dans les plaines. Le sol est marneux dans certains quartiers et argileux dans d’autres. Les montagnes qui bordent leur territoire sont calcaires. La population totale de Beaujeu est de 408 âmes. Cette commune est divisée, sous le rapport du culte, en trois paroisses, desservies chacune par un curé.

Paroisse de Beaujeu. Cette paroisse a 128 âmes de population, et se compose du village, des hameaux de Fontfrèdes, de l’Escale et de deux maisons de campagne. L’église, sous le titre de l’Assomption, qui en est aussi la fête patronale, n’offre rien de remarquable : on lui donne 300 ans d’existence. Il y a une école primaire.

Paroisse de Saint-Pierre. Cette Paroisse à 180 âmes de population, et se compose du village de Saint-Pierre, du hameau de Cerieige, et de sept maisons de campagne. Cette paroisse est placée dans une vallée, au Midi, et au pied d’un coteau. Il y a 60 ans seulement qu’elle a été érigée en succursale. Il n’y avait alors qu’une petite chapelle dédiée à saint Barthélemy, que l’on a agrandie en 1840, sous le titre de saint Pierre, patron du lieu. On trouve, au Nord de la paroisse et sur une hauteur, des vestiges de construction que l’on croit être un ancien monastère. La tradition porte que ce monastère était une succursale de la maison des Templiers de Valence (Drôme). Ce qui est certain, c’est qu’il existait, en ce lieu, il y a cinquante ans, une chapelle dédiée à saint Pierre, où les habitants se rendaient en procession le jour de la fête de cet apôtre. Il y a une école primaire.

Paroisse de Boulard. Cette paroisse, placée entre deux montagnes, sur une petite colline exposée au Midi, se compose du village, des hameaux de Sausée, de Bouse et des Péaugiers. Population totale : 100 âmes. Il y a une école pendant l’hiver seulement. L’église de Boulard, bâtie en 1824, est sous le titre de Saint-Sauveur ou de la Transfiguration. L’étymologie de Boulard vient de sa position sur une colline, qui a la forme d’une boule.

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[1] Les rivières, ruisseaux et ravins occupent 139 hectares, soit 3 % du terrain.

[2] Cadastre napoléonien, état des sections, 1830, AD AHP 3 P 72.

[3] Gabion : caisse ou grand panier en osier entrelacé remplis de pierres pour protéger les berges d’un cours d’eau.