Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

BARLES

 

La commune de Barles, aujourd’hui dans le canton de Seyne, faisait partie, sous l’Ancien Régime de la viguerie de Seyne et du diocèse de Digne. D’une superficie de 5905 hectares, le chef-lieu lieu est installé près du torrent le Bès à près de 1 000 mètres d’altitude. Le territoire semble plus avenant que les précédents, mais les habitants se plaignent des éboulements, comme ceux qui détruisirent 20 bastides en 1746 et 1755. En 1712, ils n’ont pas eu les moyens de reconstruire un pont en pierre qui existait depuis 1555, mais ils l’édifièrent en bois. La communication avec Digne qui est directe par Esclangon et la vallée du Bès est rendue impossible par l’état du chemin. Ils sont obligés de remonter vers Auzet, puis de redescendre par Verdaches et emprunter la vallée de l’Arigeol qui passe à Beaujeu et La Javie. Les productions agricoles sont essentiellement les froments, particulièrement le blé gros. Les pâturages sont propices à l’élevage, ce qui permet de faire quelque commerce de la laine, comme ces 3 tisseurs, 2 cardeurs et 1 négociant signalés en 1774. Le cadastre de 1825 indique que seulement 31 % du terroir est exploité, dont 11 % en terres agricoles, 15 % en terres pastorales et 5 % en bois. Les 69 % restant consistent en terres vagues, arides et bruyères [1]. Le moulin à farine est mû par le torrent de Val Haut. Il appartient au seigneur.

 

La population est dispersée en 11 hameaux, dont celui de Barles qui ne comporte que 5 maisons. Il y a également 16 bastides ou maisons à la campagne. 31 maisons ont été abandonnées entre 1698 et 1774. Il reste cependant 93 chefs de famille en 1774. En 1315, la population atteignait 665 habitants. Après la peste, il n’en subsiste plus que 220 en 1471, soit une perte de près de 67 %. La commune ne pourra jamais se relever puisque le maximum atteindra 299 habitants en 1851. En 1962, il n’en subsistera plus que 125, puis 105 en 1990 et 114 en 1999.

 

Affouagement de 1698

Il y a 115 maisons en 3 hameaux et 120 chefs de famille. Le seigneur possède le moulin à bled. Le terroir est tout en partie entouré de montagnes affreuses, les chemins impraticables, coupés de plusieurs ravines qui causent de grands dommages.

 

Affouagement de 1728

Il a fallu travailler à réparer le pont construit sur la rivière depuis l’année 1555 qui fut emporté par la grande inondation arrivée en 1712 et non pas d’un autre pont de pierre comme le premier, mais seulement d’un pont de bois et qui a été déjà emporté et réparé pendant trois fois différentes.

Dans ledit lieu il y a le torrent et rivière de Bès qui met en ruine le village estant la communauté obligée de faire de grandes despances pour empêcher que les maisons ne soient pas emportées par ladite rivière.

 

Affouagement de 1774

Le lieu de Barles est situé auprès d’une colline, au devant de la rivière de Bès, au bord de laquelle du côté du levant l’on a construit une digue pour garantir la partie inférieure du village. Il y a dans le lieu une petite source. Les maisons sont en mauvais état, couvertes de paille, à l’exception de deux. Il y a 6 cazeaux. les rues ne sont point pavées, très étroites et fort en pente. L’habitation est incommode par elle-même et par rapport aux avenues [2]. Le moulin à bled est assez près du village.

Le nombre des maisons habitées est de 5. Il y a 10 hameaux composés en tout de 53 maisons habitées, de 14 inhabitées et de 15 cazeaux. Le nombre des bastides habitées est de 16, les administrateurs nous ayant observé que les éboulements de 1746 et 1755 entraînèrent la chute de 20 autres bastides aux quartiers de Blaude et des Eissards. Les chefs de famille sont au nombre de 93. Il y a dans le lieu 3 tisseurs à toile, 2 cardeurs à laine et un négociant en laine. Il y a dans le terroir divers mines de plâtre, certains habitants s’y occupent et le font passer principalement à la ville de Seyne.

La plus grande partie du terroir est en montagnes, partie en collines, partie en cotteaux, agrégées quelques unes de pins, de fayards, de mauvais arbustes. D’autres n’ont que du gazon propre au pâturage. Il en est de pelées quelques unes qui ne présente que le rocher, y ayant dans toutes des terres en friche.

Les productions consistent en bled, seigle, avoine, grossants [3], légumes, chanvre, fourrage et quelques menus fruits. Il y a plusieurs sources dans le terroir dont quelques unes arrosent très peu de terrain. La source la plus considérable fait tourner le moulin à bled, dans le canal duquel lors des sécheresses on est obligé d’y dériver partie de l’eau de la rivière de Bès. Les chemins du terroir sont très étroits, forts incommodes et dangereux, celuy qui communique avec Esclangon paroit impraticable.

La dixme appartient à l’évêque de Digne.

 

Achard en 1787 est peu descriptif sur le terroir de Barles, il dit seulement que l’on jouit d’un air assez pur à Barles. Le climat y est froid, et les maladies y sont rares. Barles est un lieu très froid en hiver, où la neige séjourne pendant plus de six mois. Il s’attarde sur un éboulement de terres considérable, arrivé depuis 50 ans environ,(qui) suspendit le cours des eaux de la rivière de Bés et donna naissance à un étang, où l’on pêchoit beaucoup de truites. Il s’intéresse également à une particularité géologique : Les Historiens ont annoncé dans le territoire de Barles, des minéraux précieux. Darluc, qui avoit parcouru la Provence avec attention, n’y a vu que des pierres ferrugineuses et d’autres grises, vitrifiables, dans lesquelles il distingua des points brillants, qu’il prit pour de l’argent natif ; il est à souhaiter qu’on envoie sur les lieux des connaisseurs pour examiner de plus près ce grès quartzeux. Il signale encore une fontaine d’eau minérale qu’on dit propre à la guérison des écrouelles [4].

 

Garcin 1835

Le village est situé dans un vallon sur la petite rivière de Brès. Pays très froid en hiver à cause des neiges qui y séjournent de six à huit mois de l’an. On trouve dans le territoire une sorte de pierre grise vitrifiable dans laquelle on distingue on distingue des points brillants qu’on prendrait pour de l’argent natif. Le pays offre une fontaine d’eau minérale propre à la guérison des écrouelles. Il importe qu’elle soit reconnue pour que les personnes attaquées de cette maladie aillent s’y baigner et tâchent d’y trouver la guérison. 508 habitants.

 

Féraud, en 1844, est un peu plus prolixe :

Le village de Barles, sur la rivière de Besse, est situé à 20 kil. S.O. de Seyne et à 40 N. de Digne, dans une vallée resserrée par trois montagnes élevées. Le climat de Barles est très-froid, et la neige y séjourne une grande partie de l’année. Le sol est fertile en blé, légumes et fruits. Cette commune se compose, outre le village, de neuf hameaux : le Villard, Val-Haut, Château-Vaux, le Forest, Sauvan, Blonde, Saint-Clément, le Lauzet, et de vingt maisons de campagne.

Puis, il reprend les mêmes informations tirées de Achard, en ajoutant :

Les géographes de Provence placent une mine d’or dans le territoire de Barles, son existence n’a jamais été constatée. On y trouve cependant de l’argent, mais en très-petite quantité, et sous des formes variées.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1825, AD AHP 3 P 63.

[2] Avenue a ici le sens de voie d’accès.

[3] Grossants : provençal groussagno : blé gros, froment d’hiver (seisseto). Le blé de Barles était renommé pour sa tige robuste qui ne pliait pas lors des grands vents et des fortes pluies.

[4] Ecrouelles : inflammation et abcès d’origine tuberculeuse, atteignant les ganglions du cou.