Daniel Thiery

Descriptions géographiques du XVIIe au XIXe siècle

 

AUZET

 

Auzet, dont le village est situé à 1200 mètres d’altitude, est entouré de montagnes dont le sommet de Tête Grosse culmine à 2032 m. Il est établi au bord du torrent de la Grave qui va grossir le Bès. D’une superficie de 3359 hectares, il lui manque surtout des terrains plats, le peu qui existe est emporté par les orages et l’eau des torrents et ravins. L’hiver est rude et dure six mois ce qui empêche les habitants de sortir. Ils en profitent pour travailler la laine de leurs moutons. Par manque de fumier, ils pratiquent la culture sur brûlis afin d’engraisser quelque peu leurs terres. Le cadastre de 1825 indique bien un élevage conséquent car 28 % des terres sont à vocation pastorale, alors que les terres agricoles ne représentent que 10 % du territoire. 15 % du terroir est couvert de bois et 47 % reste en friche ou terres arides [1]. Le cheptel bovin, en 1837, est le plus important de toutes les communes de Haute Bléone. C’est la seule qui élève des taureaux (20 sur 23 au total) et des vaches (60 sur 115) ce qui lui permet d’avoir des veaux (20 sur 48). Le parc de juments est également élevé avec 50 bêtes (sur un total de 132). Les troupeaux d’ovins et de caprins totalisent 1010 têtes.

 

La population s’établissait à 490 habitants en 1315. Ce chiffre ne sera plus atteint par la suite. La peste en décime 67% et il n’en reste que 160 en 1471. La remontée sera lente avec 350 habitants en 1765. Contrairement aux autres communes, la population va décroître dès la fin du XVIIIe siècle et ne remontera pas au cours du milieu du XIXe siècle. En effet, en 1851, elle a perdu 90 membres avec un total de 260, puis aboutira à 111 en 1962. Depuis cette dernière date, la population a continué de chuter passant à 73 habitants en 1990, puis s’est redressée avec 90 personnes en 1999.

 

L’église paroissiale dédiée à saint Barthélemy dépend directement de l’évêque de Digne qui en est prieur et décimateur.

 

Affouagement de1698

Plaintes 

Ledit lieu est sittué dans la montagne ny ayant aucune plaine mais bien de collines beaucoup panchantes subject à un hyver quasi perpétuel et à des orages qui emportent ordinairement les fruits à la meilleure terre n’ayant laditte communauté pour tout advantage de son terroir que les habitants sont obligés de bruller par des fourneaux ou fumée s’ils veulent qu’il produise quelque peu de bled, segle qui se consomme pour la nourriture desdits habitans, la plus part du temps leur en manque et quelque peu d’avoine noire [2].

Procès verbal 

Il y a 59 chefs de famille et 55 maisons. On y sème du segle et du méteil et très peu de froment, ayant un torrent qui emporte le peu de fonds qui ont dans la plaine.

 

Achard 1787

Le climat est très-froid en hiver et venteux ; les toits des maisons qui sont presque toutes couvertes de chaumes, sont très-souvent enlevés par le vent. Les habitans sont tous occupés à l’Agriculture ; leur travail assidu les nourrit, mais ils ne s’enrichissent pas. Ils recueillent des grains et des légumes. Ils ont beaucoup de pins et de hêtres ; ils retirent du fruit de ce dernier arbre une huile qui sert à éclairer et qui devient bonne à manger en vieillissant. Ce fruit s’appelle Fayoun dans le pays. Pendant l’hiver ils travaillent à la laine. Il y a au territoire d’Auzet une source périodique qui ne coule que pendant deux mois et qui ne paroît que de deux en deux ans. Ses eaux ne sont pas potables. On trouve sur les montagnes, des simples en abondance, ainsi que dans les pays voisins [3].

La Paroisse est sous le titre de S. Barthélemi Apôtre ; la Cure est à la nomination de l’Evêque de Digne qui est Prieur-Décimateur d’Auzet. On nous a dit qu’il y avoit anciennement une Maison des Templiers dans ce Village. On prétend qu’elle était située auprès d’un ancien cimetière où l’on va chaque année au jour de l’Ascension, faire l’Absoute ; cérémonie qu’on n’ose abolir à cause du peuple. La Fête de S. Barthélemi se célèbre le 24 août avec affluence de peuple, réjouissances, bal, etc. Le lendemain on fait un service pour les Morts.

 

Garcin 1835

Le climat est venteux et très froid en hiver. Le chaume qui couvre les maisons est souvent enlevé par le vent. Les habitants, au nombre de 303, sont tous cultivateurs ; ils vivent de leur travail, mais ils ne s’enrichissent pas. Ils recueillent des grains et des légumes ; ils ont beaucoup de pins et de hêtres ; du fruit de ce dernier ils retirent une huile qui sert à éclairer, et qui devient mangeable en vieillissant. Pendant l’hiver, les habitants travaillent à des étoffes de laine dans des étables. Il y a dans le territoire une source périodique qui coule pendant dix mois et cesse pendant deux, mais ses eaux ne sont pas potables. Les hauteurs voisines offrent des simples en abondance.

 

Féraud, en 1844, reproduit intégralement comme Garcin le texte d’Achard en ajoutant seulement une phrase :

Les habitants sont tous occupés à la culture des champs pendant six mois de l’année, et passent les autres six mois dans leurs écuries où la neige les retient enfermés.

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[1] Cadastre napoléonien, état des sections, 1825, AD AHP 3 P 56.

[2] Les agriculteurs pratiquaient la culture sur brûlis pour fournir un peu d’engrais à la terre.

[3] Faioun : faîne, fruit du hêtre. On peut remarquer la couverture des maisons en chaume.